20/11/2007

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2 Réponses to “”

  1. Vlasta Says:

    A Tungaï, village kényan, les hommes sont bannis
    Par Stéphanie Braquehais (Journaliste) 10H36 23/10/2007

    Trente-huit femmes, toutes divorcées, vivent ici entre elles, en autarcie, loin de ces hommes qui les ont maltraitées.

    (De Tungaï, Kenya) Le village est délimité par des branchages d’acacias, qui enclosent une dizaine de maisons, surmontées de toits en terre et bouse de vache. Tout autour, un paysage aride et des montagnes qui donnent à l’environnement un aspect lunaire.

    Nous sommes dans le village de Tungai, peuplé entièrement de femmes et « interdit » aux hommes. La « chef » de ce village s’appelle Beatrice, 28 ans, trois enfants de 11, 9 et 7 ans. Visage rond et charmeur, les yeux pétillants, corps longiligne, Beatrice appartient à l’ethnie Samburu, population d’origine pastorale qui représente 0,5% de la population du Kenya.

    Drapée d’un pagne orange vif, colliers de perle autour de la tête et du cou, Beatrice, surnommée « Chili », accueille les étrangers d’un air professionnel, efficace, habituée aux flots de touristes envoyés par les responsables du lodge voisin, situé dans la réserve nationale de Shaba, pour visiter ce village étrange, sorti de nulle part et qui, accessoirement, pourront acheter quelques colliers fabriqués localement. Elle ne se fait pas prier pour expliquer les tenants et les aboutissants de la communauté de Tungaï:

    « Ici, pour être accueillies, les femmes doivent être divorcées. La plupart d’entre nous avons décidé de ne plus vivre avec des hommes, qui nous ont ont violentées, qui ont abusé de nous, nous ont fait travailler comme des esclaves. »

    A l’âge de la circoncision, vers 15 ans, les garçons sont donc renvoyés à l’extérieur du village pour chercher de la nourriture, et vivre leur propre vie.

    L’excision, une pratique traditionnelle très respectée chez les Samburu, a été abolie pour les fillettes du village. « Les gens ne voient pas cela d’un bon œil, peut-être que nos filles auront du mal à se marier, mais au moins, elles ne souffriront pas et ne risqueront pas de mourir en perdant trop de sang », explique Chili, d’un ton lapidaire. Elle désigne son père, assis sur une pierre plate, sous un immense acacia, qui lève sa lance en acier, et prononce un sonore « Supa! » (« Bonjour » en Samburu).

    « Lorsque j’ai décidé de divorcer, mes parents m’ont soutenue. Mon mari n’a jamais voulu visiter ses enfants, il me maltraitait toute la journée, dépensait tout l’argent du foyer. » Elles sont trente-huit, de tous les âges, à vivre ici, occupées toute la journée à aller chercher de l’eau de source à l’aide de jerricanes en plastique, transportés par des ânes, à fabriquer des colliers pour les touristes et… à se nourrir. A l’entrée du village, de jeunes hommes maquillés, vêtus de la tenue traditionnelle des guerriers Samburu, font office de gardes, tous des fils de Tungaï.

    « Beaucoup de nos femmes ont été violées par des militaires britanniques »

    Soudain, un nuage de poussière blanche se soulève, tandis qu’un vrombissement retentit. En une seconde, les femmes tournent la tête pour voir défiler le convoi militaire, qui passe en grande trombe. Ce sont les soldats de l’armée britannique, qui, chaque année, à raison de trois bataillons toutes les six semaines, s’entraînent dans plusieurs régions du Kenya, dont le district de Samburu (3000 soldats par an au total).

    Chili se renfrogne:

    « Nous ne les aimons pas. Ils sont aussi la cause de nos malheurs. Dans le village, beaucoup de nos femmes ont été violées par les militaires au début des années 80, sans que personne ne se révolte, qu’aucune plainte ne soit jugée recevable par les autorités judiciaires kenyanes. C’est aussi pour cela que nous avons décidé de devenir indépendantes des hommes. »

    En 2003, plusieurs centaines de femmes ont porté plainte pour viols contre l’armée britannique, représentées par un avocat anglais, Martin Day, faisant état de dizaines d’enfants métisses nés durant ces années. En avril 2003, les premières investigations ont eu lieu par la Royal military police, pendant trois ans. En 2005, l’une de ces femmes s’est même déplacée au siège de l’ONU à New York pour faire entendre les voix des victimes. En 2006, le gouvernement britannique affirmait que les plaintes avaient été fabriquées de toute pièce et qu’aucune preuve valable ne permettait de poursuivre en justice l’armée britannique.

    Les fourgons repartent, Chili rentre dans sa case, et ressort vêtue d’une jupe et d’un chemisier, son téléphone portable à la main. Elle est la seule à parler un anglais à peu près standard et à détenir un appareil cellulaire, précieux lien avec l’extérieur. Après s’être concertée avec les autres femmes, elle retire quelques milliers de shillings de la caisse commune, qui se résume à une boîte en plastique minuscule, dissimulée dans une maison, sous des draps, et contenant l’équivalent de 15000 ks, soit 160 euros, le budget du village pour deux jours, selon Chili, qui provient en majeure partie des recettes touristiques.

    Elle s’apprête à parcourir à pied 4 km pour rejoindre la route et prendre un matatu (bus kenyan) qui l’emmènera à Isiolo, la ville la plus proche, à 40 km de Tungaï. Une à deux fois par semaine, Chili passe une demi-journée à faire cette expédition afin de recharger son téléphone portable dans une petite échoppe du centre-ville, le village et ses alentours étant dénués d’électricité. Elle en profite pour acheter quelques manuels scolaires et des fournitures pour les enfants qui vont à l’école primaire (gratuite au Kenya depuis 2003), et à l’école secondaire. Une fois par mois, elle voyage jusqu’à Nairobi, la capitale, pour acheter les matériaux qui permettront de fabriquer les bijoux.

    « Nous avons réussi, cela attire les jalousies »

    Elle s’amuse elle-même de la curiosité qu’elle peut attirer de la part des étrangers, mais également des villageois, qui ne regardent pas cette initiative d’un très bon œil. « Nous avons réussi, cela attire les jalousies, surtout celle des hommes. Il y a quelques semaines, un homme est venu au village pour nous provoquer, nous insulter, nous disant que nous ne respections pas les traditions. Nous l’avons sorti du village en le battant, il a eu très peur et n’est jamais revenu », explique-t-elle en éclatant de rire.

    Je lui montre du doigt la flopée d’enfants en bas âge qui piaillent dans la cour du village. Si les femmes continuent à avoir des enfants, c’est qu’elles ont donc encore des relations avec des hommes? Chili ne répond pas. Puis, pour couper court à toute ambiguïté, ou du moins le pense-t-elle, elle extirpe de sa poche quelques racines. D’un air malicieux, elle poursuit:

    « Nous allons chercher ces racines dans les montagnes, les faisons tremper dans de l’eau chaude, puis nous buvons. Cela nous empêche d’avoir du désir pour les hommes. »

    Sans s’attarder sur mon regard dubitatif, Chili conclut: « Nous sommes autosuffisantes, on nous regarde comme si nous étions des bêtes curieuses, mais cela ne nous empêchera pas de poursuivre notre vie comme ça. »

  2. mauvaiseherbe Says:

    Merci à toi Vlasta pour ce témoignage…

    je suis un peu agacée par cette ironie de la journaliste, quant à la possibilité pour ces femmes de fréquenter les hommes malgré ce « choix », ce mouvement de résistance, de créer cette micro société sans les hommes, ces oppresseurs légaux… convaincue de pointer avec sa réflexion une contradiction dans la démarche de ces femmes, alors que dans leur volonté de vivre « sans » les hommes il n’est pas forcément question de couper toute relation avec eux. Dans son témoignage, Chili ne déclare pas ‘être asexuelle ou homosexuelle! Pourquoi cet amalgame, pour tenter de discréditer la résistance de ces femmes? Stéphanie Braquehais propose t-elle une alternative? Qu’elles restent des victimes silencieuses surtout , et ne dérangent pas l’ordre naturel des choses…


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