Entretien avec Françoise Héritier « La domination masculine est encore partout »

29/11/2007

Propos recueillis par Emilie Lanez

Source: http://1libertaire.free.fr/FHeritier05.html

Cette anthropologue de renom, disciple de Lévi-Strauss, va faire grincer des dents *. Alors que l’époque salue la progression sociale des femmes, Françoise Héritier démontre que cette idée est fausse et qu’au contraire la suprématie masculine reste universelle.


Dans un précédent ouvrage, l’anthropologue Françoise Héritier démontrait que la différence des sexes est à l’origine de toute pensée. Elle racontait les premiers humains, observant la nature, regardant leur corps et découvrant qu’il y a du mâle et du femelle, du sperme et du sang, du jour et de la nuit, du chaud et du froid, de l’humide et du sec. Cette catégorisation binaire, faite « aux aubes de l’humanité », structure la pensée.
Aujourd’hui, la disciple de Claude Lévi-Strauss, professeur au Collège de France, va plus loin. Elle démontre que la suprématie masculine est universelle. Elle s’est immiscée au coeur de la modernité, elle est présente dans les techniques de procréation médicale, dans le débat autour de la prostitution, dans la parité. Un voyage vertigineux, où l’on découvre que l’archaïque est encore dans nos têtes.

LE POINT : Au début donc, le masculin et le féminin. Puis, très vite, le masculin qui domine partout, toujours. Comment la hiérarchie s’est-elle insinuée dans la différence des sexes ?

FRANÇOISE HÉRITIER : Les observations, faites aux aubes de l’humanité, sont concrètes. Le sang est chaud et signifie la vie. L’homme ne le perd qu’accidentellement ou volontairement, en tout cas de manière active. Il est considéré comme constamment chaud. La femme perd son sang régulièrement, ce qui lui donne un caractère froid et humide, et elle le perd sans pouvoir l’empêcher, ce qui lui confère un caractère passif. Or, dans la plupart des sociétés, l’actif est masculin et supérieur au passif féminin. Le fait que ces catégorisations binaires soient hiérarchisées, au-delà de la simple différence, signifie que la hiérarchie provient d’une autre raison que ces différences sexuées.
En effet, parmi toutes les observations faites par nos ancêtres, il en est une particulièrement inexplicable, injuste, exorbitante : les femmes font leurs semblables, des filles comme elles, les hommes, non. Ils ont besoin des femmes pour faire leurs fils. Mais cette capacité de produire du différent, des corps masculins, s’est retournée contre les femmes. Elles sont devenues une ressource nécessaire à se partager. Les hommes doivent socialement se les approprier sur la longue durée pour avoir des fils. En outre, des systèmes de pensée expliquent le mystère de la procréation en plaçant le germe exclusivement dans la semence masculine. La naissance de filles est un échec du masculin, provisoire mais nécessaire. Dans cette double appropriation, en esprit et en corps, naît la hiérarchie. Elle s’inscrit déjà dans les catégories binaires qui caractérisent les deux sexes, car elles s’accompagnent nécessairement de dénigrement, de dépossession de la liberté et de confinement dans la fonction reproductive.

LE POINT : La domination du masculin serait universelle dans le temps et dans l’espace ?

FRANÇOISE HÉRITIER : Notre grille de lecture est toujours celle, immuable, archaïque, de ces catégories hiérarchisées. Les sociétés, même les plus évoluées, sont marquées par la survivance de ce type de pensée, que j’appelle le modèle dominant archaïque.
Prenons un exemple. En avril 2000, le magazine Nature Neuroscience fait état d’une expérience portant sur la capacité à sortir d’un labyrinthe virtuel. La femme met 55 secondes de plus que l’homme. On montre, par ailleurs, que dans la réalité les femmes s’orientent par rapport à des critères sensibles, les hommes par rapport à des critères géométriques. Et, semble-t-il, rats et rates en feraient autant sur leurs territoires de chasse sans que cela ait d’effet sur le résultat respectif de leur quête alimentaire. On en conclut à une infériorité femelle, sur la base du postulat que savoir s’orienter rapidement selon des critères abstraits est supérieur à le faire plus lentement selon des critères concrets, car le rapide est supérieur au lent et l’abstrait au concret. Le jugement global n’est ainsi justifié que par rapport à une hiérarchie de valeurs archaïque et déjà présente dans la tête tant de l’expérimentateur que du lecteur. On voit là que prévalent des données sexuées, non questionnables. Il y a une bonne manière d’utiliser son cerveau – par les hommes – et une autre qui l’est moins – par les femmes.

LE POINT : N’y a-t-il pas eu des exemples de microsociétés fondées sur le matriarcat ?

FRANÇOISE HÉRITIER : Non, le matriarcat est un mythe au sens propre. Les mythes ont pour fonction de justifier pourquoi les choses sont comme elles sont. Ils ne racontent pas une réalité historique antérieure, mais une histoire qui justifie que les hommes dominent maintenant les femmes et détiennent le pouvoir. On raconte ainsi des histoires de temps anciens où les femmes avaient le pouvoir et le savoir, mais les utilisaient fort mal. Ce qui justifie l’intervention masculine pour les remplacer.

LE POINT : Mais il existe des sociétés matrilinéaires…

FRANÇOISE HÉRITIER : La confusion est souvent faite entre le matriarcat primitif mythologique et les sociétés matrilinéaires, où les hommes ont le pouvoir, mais où la filiation se fait par les femmes. Un clan se reconnaît par la transmission de la filiation par les femmes, mais ce sont les frères des femmes qui ont le pouvoir. La transmission des biens et des fonctions s’y fait de l’oncle maternel au neveu, fils de la soeur.
Il existe quelques microsociétés de chasseurs-collecteurs dont on pourrait penser qu’elles sont égalitaires. Mais les décisions importantes, comme lever le camp, relèvent des hommes. Les femmes contribuent par la cueillette à 80 % de l’apport alimentaire nécessaire, mais c’est la nourriture apportée par l’homme, le produit de la chasse, qui est estimée et valorisée.

LE POINT : Quelques femmes illustres ont dirigé leur pays, dominé leur empire, régné… Cela ne contredit-il pas votre démonstration ?

FRANÇOISE HÉRITIER : Ce sont des femmes d’exception, dont la conduite a été considérée comme masculine. Cela n’a rien à voir avec la situation des femmes ordinaires. Femmes d’exception par la naissance ou par l’occasion, telles Hatshepsout, qui fut pharaonne d’Egypte, Judith, Elisabeth Ire, Catherine de Russie, etc. Par ailleurs, pour les femmes ordinaires, il y a des situations et des moments où elles disposent d’une « chaleur » analogue à celle des hommes, qui peut les rendre dangereuses, qu’il s’agisse de fillettes prépubères ou de femmes ménopausées. La virginité ou le célibat des femmes sont ainsi considérés comme des situations paradoxales puisqu’elles détournent les femmes de leur fonction de reproductrices, ce qui leur donne parfois la capacité de se comporter en quasi-hommes, telles Jeanne d’Arc ou la Grande Mademoiselle (qui de plus jouissait d’une naissance noble) dans notre propre histoire.

LE POINT : Lorsque des pays évoquent le relativisme culturel pour justifier l’excision, la polygamie, le mariage forcé, etc., s’agit-il, selon vous, d’un paravent commode ?

FRANÇOISE HÉRITIER : La notion de culture est certes respectable. Mais elle recouvre des systèmes d’oppo-sition particulièrement remarquables entre peuples qui jouissent de cultures différentes, qu’il s’agisse d’art, de religion, d’architecture, de nourriture, de manière de faire, de politesse, etc. Toutefois, lorsqu’on se sert de l’argu-ment culturel pour récuser l’application des droits de l’homme aux femmes (argument dont il faut noter qu’il a été jusqu’à présent admis par les Nations unies), ce qui est remarquable, ce n’est pas la diversité des usages, des comportements, des convictions à l’égard des femmes selon les différents Etats qui se réclament de ce paravent, mais au contraire l’écrasante uniformité d’un seul et unique argument : les femmes appartiennent aux hommes et ne peuvent avoir comme eux le libre usage de leur sexualité, de leur corps et de leur esprit.

LE POINT : La nature féminine serait une construction intellectuelle. Pourtant, n’est-il pas vrai que les femmes sont plus douces, plus faibles, plus fragiles ?

FRANÇOISE HÉRITIER :Les femmes ont peut-être la voix ou la peau plus douce, que les hommes, quoique cela ne soit pas une généralité absolue. De la douceur objectivement repérable de la voix ou de la peau, on fait découler des qualités féminines de passivité ou de soumission, ce qui ne va pas vraiment de soi. Il s’agit bel et bien d’une construction intellectuelle. Le physiologique sert ainsi à justifier la valence différentielle des sexes. Ces traits dits féminins sont d’ailleurs généralement assumés, voire revendiqués par les femmes comme étant l’apanage de leur sexe, leur identité, leur valeur refuge. L’ensemble du corps social érige ainsi artificiellement en qualités « naturelles », qui ne pourraient donc être modifiées, ce qui n’est que l’effet d’un prodigieux dressage mental et physique, qui existe et se pratique depuis des millénaires.

LE POINT : Première brèche dans la domination masculine : la contraception. Que vous considérez comme une conquête plus importante pour l’humanité que celle de l’espace…

FRANÇOISE HÉRITIER : Dans la longue marche vers l’égalité des sexes, on a toujours pensé que l’éducation est première. C’est vrai, et je crois aussi en la nécessité de l’éducation à l’égalité dès la naissance. Mais il y faut un préalable, me semble-t-il, et c’est au XXe siècle qu’il a trouvé sa solution. Si les femmes ont été assujetties et dominées par le seul fait de leur fécondité et de leur aptitude à faire des fils aux hommes, c’est en leur donnant le droit institutionnellement reconnu de la contraception qu’on leur accorde le statut de personne libre. C’est le premier pas vers l’égalité des sexes.

Ce n’était pas là le but recherché. Cet effet de la contraception a été accordé aux femmes pratiquement par erreur, en tout cas par mésintelligence des suites. En effet, les méthodes contraceptives peuvent être masculines ou féminines. En privilégiant la contraception féminine, les législateurs ont suivi la pente habituelle qui délègue aux femmes tout ce qui concerne les enfants, sans prévoir les conséquences d’une telle décision. Car la pilule est vraiment désormais l’instrument fondamental de l’émancipation féminine.

LE POINT : Lorsqu’on s’occupe de sexualité féminine, c’est pour inventer la contraception. Lorsqu’on s’occupe de sexualité masculine, c’est pour fournir aux hommes du Viagra, un médicament qui décuple leur puissance…

FRANÇOISE HÉRITIER : Si le politique avait simplement voulu contrôler efficacement les naissances, le meilleur moyen eût été de prendre comme lieu de contrôle le corps des hommes. Mais c’est là une utopie ! La contraception médicalisée masculine est difficile à aborder en général et aussi dans nos pays, car elle est dans l’imaginaire masculin associée à l’impuissance et, toujours dans l’imaginaire, rien ne doit entraver l’acte sexuel masculin, où fécondité possible et plaisir sont mêlés. Si la contraception masculine est un échec, en revanche, le succès du Viagra est phénoménal dans le monde entier. C’est une substance dont l’usage s’inscrit dans la logique de la domination masculine.


LE POINT : Les technologies de la reproduction peuvent-elles modifier le rapport entre le masculin et le féminin ?


FRANÇOISE HÉRITIER : En elles-mêmes, absolument pas. Le professeur Jean-Louis David, initiateur des Cecos – Centres d’étude et de conservation des oeufs et du sperme -, s’étonnait qu’il n’y ait jamais eu de reportage dans la presse sur des couples ayant eu recours à l’insémination artificielle avec donneur (IAD) ou sur des enfants nés de cette façon. A l’inverse, les premiers enfants nés par fécondation in vitro et transfert d’embryon (fivete), comme Louisa Brown en Grande-Bretagne ou Amandine en France, ainsi que leurs parents, ont été surmédiatisés. La stérilité que la FIV permet de pallier est celle de la femme, il n’est donc pas choquant d’en parler. La stérilité palliée par l’IAD est masculine, elle est très mal vécue, le recours à un donneur doit rester caché aux yeux du monde. La stérilité du couple a toujours et partout été considérée comme quasi exclusivement d’origine féminine. Nous en voyons ainsi la trace dans notre propre système de valeurs. La technologie, même la plus sophistiquée, se coule aisément dans ce schéma archaïque de la domination masculine, y compris conceptuelle.

LE POINT : Et le clonage ?

FRANÇOISE HÉRITIER : Le clonage ne modifiera en rien le rapport de domination. Si le clonage était réservé aux hommes, il leur faudrait se procurer des ovules de femmes dont on ôterait le noyau féminin et des utérus pour y placer l’ovule, dont le noyau a été remplacé par une cellule somatique masculine. Dans cette optique, le corps des femmes serait instrumentalisé. Elles seraient esclaves des intérêts masculins. A la limite, pour poursuivre dans la science-fiction, seules les femmes pourraient s’autoreproduire. Il suffirait de ponctionner un ovule, de l’énucléer, de remplacer le noyau par une cellule somatique prélevée sur leur organisme et de réimplanter le tout dans leur propre utérus. Une société pourrait être ainsi constituée uniquement de lignées féminines clonées différentes, à condition de conserver quelques paillettes de semence congelée pour renouveler de temps en temps l’espèce. Le genre masculin pourrait ainsi disparaître. Ce serait le triomphe absolu du privilège exorbitant de la féminité, non plus de produire le différent mais de se reproduire exclusi-vement, dont l’histoire de l’homme montre qu’il a toujours voulu l’asservir et s’en servir. Pour ma part, je pense que les gouvernements ont eu raison d’interdire le clonage reproductif, non pas parce qu’il est attentatoire à la dignité humaine, mais parce qu’il est attentatoire à la nécessaire reconnaissance et au nécessaire recours à l’altérité pour la constitution du social.

LE POINT : Vous prenez vigoureusement position dans le débat en cours autour de la prostitution, qui oppose les partisans d’une réglementation aux défenseurs de l’abolition. Vous rejetez ces deux positions ?

FRANÇOISE HÉRITIER : On objecte toujours qu’en matière de prostitution il n’y a rien à faire, qu’il s’agit d’un mal nécessaire, que c’est le plus vieux métier du monde, etc. Pourquoi ? Je réponds à cela qu’il s’agit simplement du fait que, par un accord tacite et dans tous les pays du monde, tout le monde s’accorde à penser que la pulsion sexuelle masculine n’a pas à être contenue, qu’elle doit suivre son cours, la seule limite étant celle de la convention sociale qui veut que l’on ne peut normalement user du corps des femmes qui sont sous le contrôle et l’autorité d’un autre homme, père, frère, mari – sauf en cas de guerre où l’attentat au corps de la femme est aussi une atteinte à l’honneur de l’homme ou à celui de la famille.
On trouve normal que les jeunes gens jettent leur gourme, que les hommes s’épanchent dans des corps accueillants, parce qu’ils ne peuvent pas se retenir, que leur désir est irrépressible. Ce postulat inquestionnable est faux. C’est donc lui qu’il faut remettre en question, par l’éducation certes, mais aussi progressivement en maîtrisant de l’intérieur tous les systèmes d’expression tels que la publicité qui exploitent à la fois l’idée que le corps des femmes est offert et appartient à tous les hommes et que cette appropriation est leur droit d’homme parce que la pulsion sexuelle masculine est absolument licite et n’a pas à être maîtrisée.

LE POINT : Et là, vous notez qu’un homme public est un homme de pouvoir, une femme publique, une prostituée ?

FRANÇOISE HÉRITIER : Ce paradoxe terminologique a été relevé par l’historienne Michelle Perrot. C’est un chiasme parfait. La femme publique est celle qui fait de son corps le déversoir des humeurs sexuelles d’individus singuliers, activité considérée comme basse et méprisable. L’homme public est celui qui consacre sa pensée, son action, sa vie à l’action politique conçue comme une oblation au bien de la société.

LE POINT : Revenons à la prostitution. Quelle réponse apportez-vous ?

FRANÇOISE HÉRITIER : Il faut apprendre aux enfants que la pulsion sexuelle des hommes n’est pas irrépressible et que nombre d’entre eux savent la canaliser. Il faut aussi admettre que le désir féminin, quoique occulté, existe et qu’il a toujours été férocement réprimé, même s’il l’est moins à notre époque dans nos sociétés occidentales. Il faut aussi faire comprendre très tôt la différence entre pulsion et désir pour un partenaire choisi.
Mon point de vue est qu’il n’y a pas de prostitution libre dans la mesure où elle n’existe que comme réponse à une demande qui tient à ce caractère inquestionnable de l’irrépressibilité et de la liciéité de la pulsion masculine. Par ailleurs, la punition du client n’est pas envisageable comme moyen éducatif tant que rien n’est fait pour faire comprendre aux intéressés qu’user, contre argent, du corps de quelqu’un est un abus de pouvoir.

LE POINT : Le paysage du masculin/féminin que vous dressez est bien sombre. Le politique peut-il le modifier ?

FRANÇOISE HÉRITIER : Le politique ne se saisit guère de la question et, quand il le fait, il lui apporte des réponses insatisfaisantes. Comme l’instauration de la parité dans la Constitution et par la loi, qui reconnaît ainsi institu-tionnellement une différence naturelle, fondamentale entre les sexes. Plus généralement, les mesures qui cherchent à établir l’égalité sont des mesures de rattrapage : rattraper un retard, rattraper celui qui est devant. Cela serait peut-être possible dans un système inerte où celui qu’on doit rattraper reste sur place. Ce n’est pas le cas. On le voit par exemple dans les astuces électorales mises en place pour empêcher concrètement la parité de se faire dans nos assemblées. En fait, les mesures efficaces seraient celles où l’on ferait se rapprocher les activités des deux sexes et non l’un courir derrière l’autre.

LE POINT : Par exemple ?

FRANÇOISE HÉRITIER : Je me félicite de ce point de vue de l’instauration d’un congé de paternité, signe avant-coureur, je l’espère, d’autres gestes plus efficaces. Il faut croire en l’efficacité des symboles pour parvenir au changement dans les esprits, même si ce changement, pour être universel, devra encore prendre quelques milliers d’années. Mais quelques milliers d’années pour l’humanité, ce n’est rien.

* « Masculin/féminin, volume II. Dissoudre la hiérarchie », de Françoise Héritier (Odile Jacob, 220 pages, 24,50 euro).

Françoise Héritier Elle est née le 15 novembre 1933 à Veauche (Loire). Anthropologue célèbre, ses travaux ont porté le plus souvent sur la parenté, l’inceste, la violence et la symbolique des corps. Ses ouvrages principaux : « L’exercice de la parenté » (Seuil-Gallimard) et, chez Odile Jacob, « Les deux soeurs et leur mère », « De l’inceste », « Masculin/ féminin, vol. I, La pensée de la différence », « De la violence I et II » et « Contraception : contrainte ou liberté ».

Le lien d’origine : http://www.lepoint.fr/edito/document.html?did=122421

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17 Réponses to “Entretien avec Françoise Héritier « La domination masculine est encore partout »”

  1. jevoudraisvivrelibreetegale Says:

    Remarquable réflexion je trouve.

    Merci mauvaiseherbe.

  2. emelire Says:

    j’ai lu masculin féminin II de F. Héritier et c’est quelque chose que j’ai compris et aimé.

  3. mauvaiseherbe Says:

    Je comprends le sens de votre intervention, il est vrai hélas que beaucoup de textes féministes essentiels, demandent beaucoup d’efforts pour être seulement compris, ils ne permettent pas un accès immédiat et bien souvent découragent la lecture. Je pourrais citer nombre de théoriciennes dont les écrits restent pour moi encore difficiles à appréhender . Qu’en est-il pour celles et ceux moins spontanément intéressés par ces questions? Comment libérer la parole des femmes quand celle ci souffre, pour le plus grand nombre, d’une telle obscurité?

  4. Lory Says:

    J’ai du mal avec Françoise Héritier, qui quoi qu’il en soit a réalisé un travail passionnant. Bon, je ne suis pas spécialiste, mais quand meme, j’ai quelques objections à faire.

    Certes, du point de vue anthropologique, ça tient la route et c’est vérifiable. mais je n’arrive pas à etre convaincue à 100%.

    1) Par rapport à l’orientation dans l’espace selon laquelle les femmes s’orienteraient par des repères sensitifs et les hommes par des repères géométriques:

    – La seule référence apportée me parait un peu peu.

    – ça ne me parait pas cadrer avec par exemple avec ce que dit Rozoy sur le peuplement (de la France au mésolithique): si les tribus non sédentaires avaient toutefois leurs parcours annuels et revenaient périodiquement aux memes endroits qu’ils considéraient leur territoires, et qu’il semble bien qu’ils reconnaissaient leur itinéraire à des repères sensibles, comment affirmer que les hommes ont plus le sens de l’orientation géométrique?
    http://www.membres.lycos.fr/rozoyprehistoire/frameset.html

    2) à propos des témoignages restant sur les tribus de Patagonie encore existantes au début du XXème siècle, (vivant au stade mésolithique si je ne m’abuse) il est dit ceci:

    « Comme la plupart des autres peuples, les yagans croyaient que dans le passé les femmes avaient gouverné grâce à leur magie et à leur astuce. D’après ce qu’ils racontaient, il y avait relativement peu de temps que les hommes avaient assumé le commandement. Il semble qu’ils y soient parvenus par accord mutuel ; aucun indice ne laisse supposer de tuerie des femmes comme ce qui était arrivé chez les Onas, si l’on en croie leur mythologie. On voit encore, non loin de Ushuaia, des restes de ce qui fut une fois un grand peuplement, et où, d’après ce qu’on nous a dit, eut lieu une assemblée d’indiens comme jamais il n’y en avait eu, ni en aura jamais. Les canots arrivaient de tous les confins de la terre des yagans. Ce fut lors de cette réunion transcendantale que les hommes décidèrent de prendre le pouvoir. »
    http://www.limbos.org/sur/yamanfr.htm

    « D’après ce qu’ils racontaient, il y avait relativement peu de temps que les hommes avaient assumé le commandement… »

    comment etre sur à 100% que des sociétés matriarcales n’aient jamais existé et qu’il ne s’agisse que de mythe, d’autant que par ailleurs dans les kourganes ont été retrouvés quasi exclusivement des squelettes de princes/reines archères et cavalières, ce qui corrobore tout de meme étrangement la légende des amazones laissée par les grecs?

  5. noelle Says:

    J’apprécie énormément votre réflexion et le point qu’il amene.
    J’ai toujours été étonnée que certaines personnes hommes/femmes tiennent un discours sur la prostitution style « le plus vieux métier du monde,etc… » Ce qui est faux d’ailleurs.
    Je pense en effet que  » user contre argent de quelqu’un est un abus de pouvoir ».
    Je suis d’ailleurs toujours scandalisée qu’on laisse la prostitution en vitrine, c’est vraiment scandaleux. Le corps n’est pas une marchandise ou alors faut arrêter l’hypocrisie.
    Moi-même ayant eu recours a la prostitution dans un autre cadre, de facon tout a fait volontaire, je tiens surtout a mettre le point sur une chose, derrière toute la souffrance, qui pour 99% des filles qui font cela. Nombre d’entre elles, ont connu des abus sexuels ou autre. Moi-même en ai été victime. Les discours des personnes, même des femmes qui trouvent cela « normal » ou que les hommes doivent se soulager est vraiment meurtier.
    Mais c’est qui me choque le plus encore c’est que penalement, on en soit nulle part.

  6. mauvaiseherbe Says:

    Noelle, merci pour votre intervention et comme vous dites oui il est important de rappeler que pour celles que l’on désigne bien souvent comme des victimes consentantes, la plupart ont été abusées: viol ou inceste. Enfin: « Les discours des personnes, même des femmes qui trouvent cela “normal” ou que les hommes doivent se soulager est vraiment meurtier » Meurtrier oui, et tellement pratique pour justifier cette barbarie

  7. jevoudraisvivrelibreetegale Says:

    Noelle tout d’abord je vous exprime toute ma compassion et j’espère que vous allez mieux.

    Je voulais vous dire que pour moi c’est plus qu’un abus de pouvoir mais carrément un viol commercialisé.

    Je trouve d’ailleurs la mentalité de violeur partout : dans la prostitution et la pornographie bien sûr, mais aussi dans les publicités à chaque coin de rue, à la télévision, au cinéma, sur les kiosques de journaux.

    Quand je pense à Sardou et sa chanson « je voudrais violer des femmes » ou encore Souchon le soit-diant subversif avec « sous les jupe des filles » je trouve ça affligeant, révélateur, désespérant.

    Surtout qu’une fois de plus on culpabilise les victimes et ce sont elles qu’on stigmatise, oubliant les « clients » et rien que ce mot « clients » me glace le sang … ce sont des gens qui payent pour violer à mon sens et le fait de payer soulage leur conscience de meurtrier…

  8. mauvaiseherbe Says:

    Bah non, ne blâmer pas cette très efficace chanson de Souchon , “sous les jupes des filles” qui pointe au contraire les carcans de la masculinité, ces attributions genrées selon les lois de l’hétéronormatif. Avec en guise de synthèse cette phrase d’ Eluard (reprise à Kipling ): “et tu seras un homme mon fils” ; Souchon se moque au contraire de la nécessité de chacun de tenir son rôle: les hommes chasseurs et prédateurs devant démontrer leur virilité, et les femmes objets serviles de cette convoitise “très fières, sur leur escabeau en l’air…” J’aime moi beaucoup cette chanson :-)

  9. jevoudraisvivrelibreetegale Says:

    je la déteste… ;)je trouve qu’elle banalise tout ça, on la voit pas de la même façon…
    :)

  10. mauvaiseherbe Says:

    Elle ne banalise pas non, son ton est terriblement sarcastique au contraire et en celà oui plutôt subversif (écoutez ce passage notamment: « alors faut qu’ca tombe…ou bien les palombes » Souchon se moque des conséquences de ce virilisme grotesque ;-)

  11. jevoudraisvivrelibreetegale Says:

    Faut que je la réécoute alors.


  12. Voir le documentaire
    Françoise Héritier et les lois du genre
    jusqu’au 6 juillet 2010 en version intégrale et gratuite

    http://www.universcience.tv/media/1212/francoise-heritier-et-les-lois-du-genre.html

    L’anthropologue Françoise Héritier développe sa pensée sur l’organisation et l’origine du rapport hiérarchique entre les sexes.

    durée : 49 mn

    Réalisation : Anne-France Sion

    Production : CNRS Images 2009


  13. Merci… :-)

    je vais publier votre lien

  14. Lilie Says:

    C’est tout à fait passionnant, mais je m’étonne que dans cette construction ne soit pas prise en compte un élément physique basique : dans un univers ou la force physique est essentielle (face au danger, au climat, ou pour accomplir un travail qui est manuel pour l’essentiel), la plus grande force physique des hommes, le fait aussi que les femmes soient régulièrement en situation de fragilité physique (la grossesse), n’a-t-il pas joué dans le positionnement dominant et protecteur de l’homme, la femme restant à l’intérieur avec un statut « fragile »?


  15. Au risque de paraitre trivial, je trouve certains developpements un peu capilo-tractes. Par exemple :

    « Si le politique avait simplement voulu contrôler efficacement les naissances, le meilleur moyen eût été de prendre comme lieu de contrôle le corps des hommes. Mais c’est là une utopie ! La contraception médicalisée masculine est difficile à aborder en général et aussi dans nos pays, car elle est dans l’imaginaire masculin associée à l’impuissance et, toujours dans l’imaginaire, rien ne doit entraver l’acte sexuel masculin, où fécondité possible et plaisir sont mêlés.  »

    La contraception medicalisee masculine est surtout difficile a mettre en oeuvre techniquement. Si un homme ne prend pas sa pillule, alors c’est sa partenaire qui en fera les frais (IVG, ou grossesse non desiree). Alors que si une femme ne prend pas sa pillule, son partenaire subit il me semble un prejudice moins important.

  16. Lilie Says:

    Pourtant, dans le monde chinois, la contraception est confiée aux hommes. C’est une évidence et leur parler de nos pratiques européennes provoque un grand étonnement.
    Elle n’est pas associée à l’impuissance mais au contraire à l’idée de la maîtrise par l’homme de sa descendance, dont le choix n’est pas laissé à la femme.
    Donc c’est possible. Mais il est vrai que le rapport à la responsabilité parentale est différent, une grossesse non désirée est encore synonyme de mariage et donc de responsabilité pour l’homme et sa famille.


  17. […] dans son lieu d’origine à la fois réel et fantasmé, c’est-à-dire la reproduction sexuée. Elle écrit ainsi : « Cette capacité de produire du différent, des corps masculins, s’est retournée contre […]


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