Mission EgalitéS Pour une plus grande et une meilleure visibilité

05/12/2007

Femme derrière un paravent…

C’était le titre d’une émission de Jean-Charles Aschero sur France Inter…diffusée tard dans la nuit, découvrant le visage de son interlocutrice seulement à la fin de l’émission, une approche sensible de l’être au-delà du masque des apparences.

Mais si je vous invite à lire ce document dans son intégralité, ici présent en document joint en pdf…c’est qu’ici le paravent est révélateur du symptôme machiste régissant chaque parcelle de nos sociétés dites modernes, où est-elle l’évolution ?

Ce document en dit long sur la lutte des femmes qui dans ce secteur que l’on pourrait croire ouvert, n’est ce pas ?…La Culture !…Il nous montre combien ce secteur ne déroge pourtant pas, lui non plus, à l’hégémonie du phallocentrisme ambiant ! Non… bien au contraire !…

Découvrir que les musiciennes puissent être récrutées par le subterfuge du paravent reste affligeant !…et nous enseigne sur les préjugés des dits jury, tout mélomanes soient-ils ! …et de surcroît, prétendus impartiaux concernant le genre du musicien appelé à rejoindre l’orchestre… Le talent et la qualité d’interprétation auraient-ils un sexe ?…

Claire Gibault, chef d’orchestre, précisait dernièrement lors d’une interview qu’il était même recommandée aux musiciennes d’être en pantalon le jour de leur audition et chaussée de godillot pour ne pas trahir leur malheureuse condition féminine !

semaphore

Mission EgalitéS

Pour une plus grande et une meilleure visibilité des diverses composantes de la population française dans le secteur du spectacle vivant

par Reine Prat
mission_egalites_dans_le_spectacle_vivant_reine_prat_.pdf

Musiques (suite)

Dans l’enseignement (enquêtes statistiques du Deps) : – 56% des élèves de musique sont des filles. – 43,6% des enseignants sont des femmes. – Les femmes constituent 35,4% des équipes de direction pédagogique des Cnr et Enm. – Elles assurent 13,7% des directions (tous établissements publics). – Alors que les écoles et cours privés sont dirigés à 42,5% par des femmes (chiffre Irma).

nb : ces établissements, ouverts à l’enseignement de la danse et plus rarement du théâtre sont très généralement encore dirigés par des musiciens.

Les interprètes (étude Deps, Ph. Coulangeon, 2004, renvoyant à Hyacinthe Ravet et Philippe Coulangeon, La Division sexuelle du travail chez les musiciens français in Sociologie du travail, 3/2003)  : – 24% des musiciens interprètes sont des femmes – Elles représentent 44% des musiciens interprètes dans le domaine des musiques savantes (rappelons que l’usage du paravent lors des concours de recrutement augmente sensiblement les chances de recrutement des femmes ; cette pratique est d’ailleurs fréquemment contestée). – alors qu’elles ne sont encore que 17% dans le domaine des musiques populaires. – Dans l’ensemble elles représentent 57% des chanteurs – mais 16% des instrumentistes (39% musiques savantes, 8% musiques populaires). Dans les orchestres permanents (données Afo 2001 in étude Deps, Coulangeon, 2004, renvoyant à Hyacinthe Ravet, Professionnalisation féminine et féminisation d’une profession : les artistes interprètes de musique in Travail, genre et sociétés, 9/2003) : – 30% des permanents d’orchestre sont des femmes. – Elles représentent : 44% des cordes, 25% des percussions, 16% des bois, 2% des cuivres. – Huit solistes sur dix sont des hommes. – Les femmes représentent plus de la moitié des violonistes mais moins d’un quart des solistes pour ce pupitre.

Reine Prat – mission pour l’égalité et contre les exclusions – rapport d’étape n°1 p.46

La musicienne, le paravent, l’orchestre et l’hôpital

C’est l’histoire d’une corniste qui remporte un concours de recrutement, après audition derrière paravent. Aussitôt intégrée dans l’orchestre, elle fait l’objet de la part de ses collègues de sévères contestations quant à la capacité de sa cage thoracique. Pour mettre fin au harcèlement, elle finira par obtenir que l’ensemble des cornistes de l’orchestre se rende à l’hôpital et se soumette à des tests dont elle sortira victorieuse devant tous ses challengers malgré une apparence physique qui ne la donnait pas gagnante.

« [La flûte,] instrument autrefois fermé aux femmes, car nécessitant l’usage du souffle, est [aujourd’hui] considéré comme typiquement féminin. […] Concomitamment, on est passé de l’image des « vapeurs féminines » peu compatibles avec une pratique instrumentale professionnelle, à une image du souffle féminin, léger, gracieux, aigu, de côté, représenté par la flûte (et non le jeu de face comme la trompette ou entre les jambes comme la clarinette). » Hyacinthe Ravet, Féminin et masculin en musique – dynamiques identitaires et rapports de pouvoir, in L’accès des femmes à l’expression musicale, dir. Anne-Marie Green et Hyacinthe Ravet, L’Harmattan, 2005.

Puisque les flûtistes y sont arrivées, aux cornistes tous les espoirs sont permis…

La danseuse et le Colosse

C’est une chorégraphie dans laquelle une toute petite et très frêle danseuse porte en équilibre sur son épaule un danseur dont la masse musculaire devrait l’écraser sans faillir : les forces demandent à être gérées dans leurs rapports les unes aux autres et non à être exercées avec brutalité. « […] dans la Grèce archaïque, les femmes maniaient le javelot et les armes avec maestria, étaient à la course aussi performantes que les hommes. La soi-disant faiblesse des femmes n’était pas inscrite dans leur corps, mais le résultat pernicieux de leur immobilisation par la civilisation. » d’après Pierre Samuel, Amazones, guerrières et gaillardes, cité par Michelle Perrot dans Les Femmes ou les silences de l’histoire, Flammarion, 1998.

1- Pour l’égal accès des femmes et des hommes aux postes de responsabilité, aux lieux de décision, à la maîtrise de la représentation mai 2006 Reine Prat

reine.prat@culture.gouv.fr Mcc – Dmdts 53, rue Saint-Dominique 75 007 Paris 01 40 15 38 13

1 Préambule p. 4 Pour l’égal accès des femmes et des hommes… p. 6 Une méthode inspirée de la Charte de l’égalité… p. 7 … appliquée au spectacle vivant p. 8 Un double constat : une situation fortement inégalitaire… p. 9 … qui induit un fonctionnement homosocial préjudiciable à la vitalité du secteur p. 11 « L’autre absoluE », une construction culturelle p. 12 Objectifs p. 14 Une responsabilité particulière aux arts du spectacle ? p. 15 Questions de représentation p. 16 Des systèmes de filtres p. 18 qui laissent les talents en jachère et les viviers improductifs qui s’exercent aussi, plus ponctuellement, à l’encontre des garçons Une responsabilité collective p. 20 L’histoire du vote de la loi sur la parité est éclairante p. 21 Reine Prat – mission pour l’égalité et contre les exclusions – rapport d’étape n°1 2 Les freins à l’égalité préjugés, idées reçues et pratiques discriminatoires et comment en sortir p. 22 L’accès aux postes de direction p. 23 Rares sont les candidates Des réticences difficiles à formuler Quand les craintes s’expriment Quand il s’agit d’artistes… Et les interprètes… « Sois belle et tais-toi » ? p. 27 Comédienne ET metteuse en scène ? La musicienne, le paravent, l’orchestre et l’hôpital La danseuse et le Colosse Des quotas… d’élimination Questions de genres : interroger la convention… Préconisations p. 30 Fixer des objectifs quantifiés de progression Adopter des mesures simples, d’application immédiate Partager ces objectifs Elargissement du chantier « égalitéS » à de nouvelles problématiques p. 35 Réactions, participations, initiatives p. 36 Partenaires p. 36 Annexes Des chiffres p. 37 Environnement juridique p. 48 Bibliographie p. 51 Citations p. 54

Dans un article paru au printemps 2005, le ministre de la culture et de la communication évoquait la nécessité du « dialogue, avec les professionnels du spectacle comme avec les collectivités territoriales, […] pour aller vers une plus grande transparence et une plus grande ouverture, afin d’enrichir les liens des institutions [du spectacle vivant] avec la société », il rappelait son engagement en faveur de « la diversité culturelle » et s’étonnait en particulier de la faible présence des femmes aux postes de responsabilité : « Est-il par exemple normal que sur les trente-huit directeurs de centres dramatiques nationaux et régionaux, on ne compte que trois femmes ? » Renaud Donnedieu de Vabres, Ma politique pour le spectacle vivant, in La Lettre du spectacle, 1er avril 2005. C’est dans ce contexte que la direction de la musique, de la danse, du théâtre et des spectacles a engagé, au printemps 2005, une mission d’analyse et de propositions visant « à assurer, dans [ses] domaines d’intervention, une plus grande et une meilleure visibilité des diverses composantes de la population française, notamment des femmes. La nécessité d’une représentation plus juste de cette diversité est en effet perceptible aujourd’hui. » Jérôme Bouët, directeur de la musique, de la danse, du théâtre et des spectacles, note du 29 mars 2005. Que le spectacle vivant s’enrichisse, dans son organisation comme dans les représentations qu’il propose, de toutes les différences qui composent la société française, c’est l’objet d’un chantier auquel sont invités à s’associer tous les acteurs et partenaires du secteur.

« Nous vivons dans un petit monde, construit selon des lois artificielles, et qui ne correspond en rien à la population à qui nous sommes censés nous adresser. Et d’ailleurs nous ne nous adressons pas à elle. Peu à peu, le public aussi s’est calibré : le niveau social, la couleur de la peau, l’absence de handicap. Le fait de refuser de faire entrer la féminité, les couches populaires, les cultures autres que françaises, la maladie, la fragilité physique et psychique dans le monde de ceux qui font et décident du théâtre me paraît le condamner à l’ennui. » Claire Lasne, directrice du centre dramatique régional de Poitou- Charentes, lettre du 14 décembre 2005.

Dans ce premier document, nous n’aborderons qu’un seul aspect de la question, celui de l’égalité des hommes et des femmes. D’autres travaux suivront qui s’attacheront plus spécifiquement à mettre en lumière les autres types de discrimination à l’oeuvre dans notre secteur (consciemment ou non) et envisageront les moyens de les réduire.

Comme le soulignent les chefs d’entreprise interrogés par Yamina Benguigui dans son film Les Défricheurs, sorti en salle en janvier 2006, le conformisme des systèmes de recrutement, figés dans l’auto-reproduction, maintient l’entreprise dans une disharmonie et une disjonction d’avec le corps social de la nation qui entravent sa compétitivité et la menacent de sclérose. L’adoption, le 22 octobre 2004, par une quarantaine d’entreprises, de la Charte de la diversité entend favoriser des transformations jugées vitales.

« La Charte de la diversité dans l’entreprise repose sur une idée simple. Nos entreprises ont intérêt à refléter la diversité de la société dans laquelle elles sont implantées. De la même façon que la mixité hommes/femmes au travail est, de fait, un facteur de dynamisme social et un stimulateur de performances, la diversité relève non pas de la compassion mais bien de l’intérêt économique et social de l’entreprise. » La difficulté de se renouveler et de s’ouvrir à la diversité constitutive du corps social de la nation, s’observe de la même manière dans les entreprises et les réseaux de notre secteur. En prendre conscience suppose de décrire un certain nombre de phénomènes et de problématiques généralement passées sous silence, de dire ce que l’on a coutume de taire. C’est à quoi nous nous attachons dans ce texte. Il s’agit ensuite d’adopter une démarche volontariste et collective en faveur de l’égalité dans tous les domaines et à tous les niveaux de responsabilité. Dans notre secteur, il y va non seulement de l’intérêt économique et social mais aussi du contenu artistique, de sa diversité, partant, de son rayonnement. Une telle démarche demande d’abord un effort d’imagination.

Pour l’égal accès des femmes et des hommes aux postes de responsabilité, aux lieux de décision, à la maîtrise de la représentation

« Les actions positives […] sont destinées à corriger et à surmonter les discriminations dont les femmes sont l’objet. Elles traduisent la nécessité d’une dimension volontariste pour accroître le nombre de femmes dans les emplois supérieurs. Ces actions positives sont légitimes et fondées en droit. » Anicet Le Pors et Françoise Milewski, Vouloir l’égalité, troisième rapport du comité de pilotage pour l’égal accès des femmes et des hommes aux emplois supérieurs des fonctions publiques, Documentation française, 2005. C’est à l’invention et à la mise en oeuvre d’actions positives qu’invite le présent document. Il dresse un premier état des lieux, formule des pistes de réflexion, propose des méthodes d’action et suggère quelques mesures concrètes immédiatement applicables. Ces données et propositions ont été élaborées à partir de chiffres fournis par les directions régionales des affaires culturelles et par les centres de ressources du spectacle vivant, à partir d’entretiens individuels, de groupes de réflexion informels, de rencontres institutionnelles. Elles se sont enrichies de la lecture d’ouvrages de référence et de documents d’actualité.

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