Écologie et Féminisme: Révolution ou Mutation

03/01/2008

Françoise d’Eaubonne

(Silence, numéro 220-221, été 1998)

sur http://membres.lycos.fr/endehors/page33.html


En 1978, j’ai publié mon livre « Eco-Féminisme, » qui a été reçu avec dérision. On m’a dit que j’avais accolé deux concepts modernes qui n’avaient rien en commun. Au congrès mondial sur la Population à Bucarest, des femmes du Sud m’ont dit que l’éco-féminisme était une déviation contribuant à affaiblir la lutte des classes.

Mais je suis à moitié aragonaise et à moitié bretonne. Le dicton dit: « Quand un Aragonais n’arrive pas à planter un clou avec son marteau, il utilise sa tête. » Aujourd’hui la situation a bien changé, la théorie, les idées que je professais alors sont bien établies dans la société. Il faut maintenant qu’elles pénètrenet dans la pratique pour résoudre la crise écologique mondiale.

J’aimerais m’attarder quelques instants sur les origines historiques de la crise écologique. Le drame écologique découle directement de l’origine du patriarcat, que l’ont peut rapporter à deux faits qui se sont produit au début du Néolithique.

L’appropriation par les hommes de l’agriculture

A l’origine, l’agriculture était l’affaire des femmes. Il ne s’agissait pas d’un matriarcat, sorte de patriarcat renversé. Cela n’a jamais existé. Les femmes jouissaient d’un prestige certain, lié à leur importance dans la société, mais qui n’était pas lié à une hiérarchie.

La femme, mère et agriculturice, travaillait au sein de petites communautés familiales, dans une économie de type communiste primitif. Il s’agissait d’une agriculture à la houe, sèche, sans irrigation, nécessistant des déplacements fréquents le long des grandes voies de migration pré-romaines.

Le grand renversement s’est opéré avec la découverte de la charrue et de l’irrigation. L’agriculture est devenue sédentaire, avec appropriation du sol qu’il fallait défendre face aux tiers.

La découverte du processus de la paternité

Les primitifs croyaient à une interventions divine: Philippe de Macédoine a conçu son fils, Alexandre le Grand, dans la grotte de Samothrace avec Olympias, prostituée sacrée. Il a toujours pensé que son fils était le fils du dieu serpent, vénéré par Olympias. L tradition chrétienne du Christ, engendré par le Saint Esprit, s’enracine dans cette très ancienne tradition.

En 1950 encore, des missionaires disent qu’il est difficile d’expliquer, dans des populations primitives, qu’un enfant est le fils de son père, dans la mesure où il existe des femmes mariées qui n’ont pas d’enfants. Malraux pour sa part dit: « Létonnant n’est pas qu’ils l’aient reconnu si tard, mais qu’ils l’aient reconnu. »

Dès le début du pastoralisme, les hommes ont observé les animaux qu’ils domestiquaient et c’est ainsi qu’ils ont découvert la paternité.

C’est ainsi que les hommes se sont appropriés les des deux ressources qui appartenaient aux femmes: l’agriculture et la fécondité.

Tous les problèmes actuels, qu’ils s’agisse de l’épuisement des ressources ou de l’explosion démographique, en découlent.

La terre n’est pas extensible. Ce n’est pas une enveloppe de caoutchouc extensible, il s’agit plutôt d’une peau de chagrin.

L’Europe a tiré sa richesse de l’exploitation jusqu’à épuisement des ressources de l’agriculturue. Celle-ci est fonction de l’épaisseur de la couche d’humus. Autrefois, l’agriculture était plus respectueuese: polyculture, rotation des cultures. La soif du profit et la rationalisation ont radicalement changé la donne. L’appropriation de la terre a conduit à l’exploitation des minerais, avec l’épuisement des ressources et l’accumulation de déchets.

Par ailleurs, l’apporpriation de la fécondité a conduit à la surpopulation. Encore maintenat les natalistes exaltent la fécondité, source de main d’œuvre à bon marché, de consommateurs, de ceux qui paieront les retriates etc.

Épuisement de ressources et surpopulation sont devenus planétaires et don’t à l’origine des conflits Nord-Sud: La saturation des marchés a transformé le capitalisme de papa. Après s’être partagé les marchés du monde (colonisation), il entre en guerre. La globalisation rend caduque le concept de nations. Les plus pauvres et les plus faibles, où qu’ils soient, sont écrasé par les puissants et les riches.

Nous vivons dans un paradoxe mortel: une population croissante doit vivre de ressources qui vont en diminuant. Ceci est la conséquence directe des deux révolutions fondatrices du patriarcat.

Ce n’est que très récemment, dans les pays les plus avancés, que les femmes ont commencé à revendiquer le contrôle de leur propre fécondité, le droit de choisir leurs maternités, et ceci contre leurs alliées naturelles, le classes les plus d’efavorisées, qui les ont accusées de détourner les revendications des « classes laborieuses ».

René Dumont a bien montré la réalité des sols assassinés par la chimie et le machinisme agricoles. Là encore, à Bucarest, à la Conf’erence sur la Population, les représentants des pays les plus pauvres, souvent des femmes, parlaient contre les intérêts de leurs propres populations en r’eclamant des tracteurs, pour produire davantage de blé, destiné à pourrir dans les silos, étant donné que les gens qui meurent de faim, n’ont pas d’argent pour l’acheter.

A présent, dans les instances internationales, on s’inquiète. On veut limiter la natalité des pays du Sud: « Puisque 50% des enfants mourront de faim, pourquoi les mettre au monde? » La bombe P ne concerne selon eux que le Sud.

Les femmes doivent impérativement reprendre en mains la propriété de leurs corps qui leur a été volée par le patriarcat. Il est par ailleurs urgent de relier la lutte pourles droits des femmes à celle pour la d’efense de la nature, violée par le patriarcat.

Le viol du charnel par le virtuel: « l’écologie grise » (Paul Virilio)

Si nous entrevoyons les solutions à la crise actuelle, ces solutions sont néanmoins encore loin d’être mises en œuvre. En effet le patriarcat a modernisé et globalisé les moyens de sa domination sur la nature, les femmes et le vivant.

Notre civilisation vient d’entrer dans une ère complètement nouvelle: Après l’imprimerie et l’industrialisation, elle est entrée dans l’âge informatique, qui permet de manipuler l’humanité dans le sens du « progrès ». Il s’agit d’une transformation radicale de la condition humaine.

Cybernétique vient du radical grec « cyber », qui signifie gouverner. L’informatique permet aux transnationales de gouverner, de manipuler d’une manière insidieuse, omniprésente, d’orienter les frustrations, d’empêcher de poser les questions fondamentales.

L’effondrement du marché du travail fait que les humains rampent devant les transationales pour obtenir un emploi. On cite souvent l’exemple d’une transationale américaine, établie sur les Champs-Elysées, qui se délocalise… pour aller nulle part. Les écrans remplacent les bureaux, ce qui met des millions de personnes sur le pavé. Les techniciens se transforment en presse boutons d’écrans, comme l’a très bien montré Vivane Forrester.

L’accélération du travail à distance réduit dramatiquement la convivialité, voir l’exemple de ces hôtels robotisés où une carte à puces ouvre la porte, programme la livraison du petit déjeuner et règle les dépenses.

Selon Paul Virilio, le cyberspace permet la cr’eation de villes virtuelles, cr’eations d’un imaginaire total.

4 sens sur 5 sont d’ores et déjà récupérables pour être manipulés: la vue, l’ouïe, le toucher et l’odorat. Le résultat en est une génération de schizophrènes, soumis à une drogue mentale pire que les drogues chimiques, capable de complètement les couper du réel, des solutions urgentes à apporter à la crise planétaire.

En mai 68, on clamait « L’imagination au pouvoir! » Aujourd’hui, le pouvoir a conquis l’imaginaire.

Les femmes sont en train de comprendre la menace. A une époque où des richesses virtuelles font le tour de la planète à la vitesse de la lumière, les hommes ont perdu le contact avec leurs contemporains et leurs problèmes, ainsi qu’avec nos prédécesseurs et leur sagesse. La Maison des Chimères qui vient de se créer a bien posé le problème:

Les femmes composent et reproduisent la tecture de l’humanité. Elles doivent aujourd’hui organiser la résistance du charnel contre le virtuel.

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Une Réponse to “Écologie et Féminisme: Révolution ou Mutation”

  1. Mistral Says:

    Bonne année 2008 de l’homme que je suis …Et Malthus a encore de beaux jours devant lui …


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