NON-MIXITE : OU JE VEUX, QUAND JE VEUX !

04/01/2008

Marie-Anne sur http://1libertaire.free.fr/NonMixite01.html

Origine : http://www.ifrance.com/pocker/anarchie/SEXISME/mixite.html

Pourquoi le choix de la non-mixité dans les groupes féministes à l’aube du XXIème siècle ?

Oeuvrer pour la réalisation d’une société féministe, afin d’abandonner les différentes doctrines essentialistes omniprésentes et universelles sur la planète, revient à se demander pourquoi et comment à partir d’une différence anatomique (le sexe biologique et ses attributs), l’humanité a pu parvenir à de telles extrémités et à des situations iniques, désastreuses à l’égard du sexe féminin.

Mettre en exergue l’égalité entre les sexe nécessite, non seulement une réflexion et une prise de conscience féministes mais également une participation active ou militante afin d’aboutir à la concrétisation d’un monde féministe (je rêve, je sais !). En effet, nous devons mêler l’action à la réflexion afin de voir émerger une société en marge vers l’égalité des sexes et son corollaire, c’est à dire des effets libérateurs, émancipateurs. Qu’on se le dise : rien ne sert de se cloîtrer chez soi, de se taire dans les milieux universitaires, de s’effacer à son travail ou de compter toujours sur les autres pour faire avancer la locomotive ; cessons de fantasmer (un instant) : qui ne risque rien n’a rien ; alors songez que sans groupes et/ou mouvements féministes il ne se passera rien. Je viens donc d’évoquer de façon succincte et très ténue la nécessité d’une lutte militante féministe afin d’introduire l’objet de mon propos, à savoir, la non-mixité féministe.

Il s’avère qu’au cours de multiples et nombreuses discussions et rencontres, lorsque je soulève la question du féminisme et le problème de son fonctionnement militant, une interrogation récurrente, lancinante apparaît systématiquement : pourquoi les Marie Pas Claire ainsi que d’autres groupes féministes sont-ils non mixtes ? Cette question s’accompagne souvent d’une certaine agressivité dans le ton qui marque une désapprobation par rapport à ce choix, quand ce n’est pas des accusations infondées qui frisent le contresens voire les insultes.

Apparemment la non-mixité féministe inquiète et mécontente (le soupçon d’un lesbianisme intolérant et/ou d’un sexisme contre les hommes est présent) la plupart des gens hors du milieu féministe, hors du milieu militant en général, mais même au sein des groupes militants « progressistes ». Elle suscite des sentiments d’agacement, d’incompréhension voire d’irritation et des regrets. Et l’objection est d’autant plus grande que « MPC » est composé de féministes qui ont, pour la plupart, au plus 30 ans, donc caractérisé comme un groupe de jeunes femmes (qui vieillissent néanmoins comme tout le monde), mais surtout nous symbolisons la génération qui est née dans les années 70 ou à la fin des années 60, c’est-à-dire la génération qui a toujours connu la mixité scolaire, donc qui devrait considérer comme « normal » et indispensable que les deux sexes soient obligatoirement réunis à toutes les strates de la société et ensemble à tout moment, dans tous les lieux, y compris dans un groupe féministe.

Eh bien que nenni. Nous portons un regard critique et ménageons un esprit féministe afin de réfléchir sereinement sur la chose. Tout d’abord, ce qui dérange, c’est la non-mixité politique réfléchie et décidée par les féministes ; quand il s’agit d’une non-mixité ou presque qui s’instaure dans la société soit spontanément soit par effet de bicatégorisation sexuelle, peu de personnes s’émeuvent de cette réalité sociale. Lorsqu’une famille invite une autre famille chez elle et qu’il se produit un phénomène de non-mixité dans la cuisine, par exemple, la plupart du temps ce sont les féministes qui s’insurgent contre cet état des choses. Une question cruciale s’impose : peut-on attendre de la mixité dans les organisations féministes des changements dans les rapports sociaux de genre alors que les identités sexuées se construisent sous l’emprise de la domination patriarcale-sexiste ?

S’opposer, refuser puis combattre le pouvoir de l’homme ne signifie pas répudier l’être humain mâle en tant que tel. La libération des femmes commence et ne peut se réaliser que par la libération du monopole masculin du pouvoir, de la parole, des idéologies, des enjeux. Il faut s’émanciper du regard et de la censure des hommes car il va de soi que le féminisme engendre des réticences, de l’hostilité chez les hommes, même parmi les plus favorables à l’égalité des sexes. La mixité n’exclue pas les rapports de pouvoir et dans certains cas, peut même les augmenter. La misogynie n’est malheureusement pas une « valeur » obsolète qui n’appartient qu’au passé. La structure dualiste hiérarchique entre les sexes n’est pas supprimée. Bien sûr, la mixité (je ne parle pas des groupes féministes ici ) présente des avantages pour les femmes. Elle leur permet un regard positif sur elles-mêmes dans la mesure où elles ont la possibilité de se rendre dans tous les lieux, toutes les organisations, etc… Elles sont moins assignées dans des lieux précis et à des places circonscrites où elles étaient prisonnières auparavant. Qu’il s’agisse de profession ou autres, on retrouve cependant une dominante féminine ou masculine dans la société, qui laisse très peu de place à une réelle mixité. Donc si la mixité a supplanté la ségrégation, il faut faire la part entre les illusions et les réalités de la mixité. En effet, la mixité ne masque-t-elle pas les situations inégales entre les sexes ? Est-ce qu’elle a le pouvoir miraculeux d’éradiquer les inégalités dues au patriarcat ? NON.

Aussi, il s’avère que l’idéologie de la mixité aseptise les luttes féministes et mystifie la réalité. Quant à moi, je suis pour la non-mixité dans les groupes féministes bien que j’honore les groupes anti-sexistes mixtes qui se créent ; je désire ardemment que femmes et hommes, nous réfléchissions, agissions et luttions dans le même sens, celui d’une société féministe (pour l’instant, c’est de l’ordre de l’utopie). Les hommes doivent sérieusement se remettre en cause de façon unilatérale, or la plupart ne le font guère, même s’il faut saluer le courage de quelques uns. Il est nécessaire de rappeler avant tout que quasiment aucun homme n’envisage de militer dans un groupe féministe (déjà, les femmes, principales concernées, n’affluent guère). Même si l’égalité juridique entre femme et homme est presque réalisée (la transmission du nom des femmes envers leurs descendant-es demeure interdite, illégale, sauf cas exceptionnel), l’égalité de fait n’existe pas. J’estime alors que nous sommes une génération de leurrées : on nous a parlé de la mixité (on l’a même tout le temps vécue), promis l’égalité et cependant on reste victime de sexisme, du patriarcat ; la désillusion provoque de la souffrance et de l’amertume.

La non-mixité est indispensable dans un groupe féministe car elle constitue un espace qui échappe au contrôle masculin-dominant. A travers elle, l’existence ce d’une autonomie féministe devient possible. C’est une étape pour parvenir à l’égalité entre les sexes, les intérêts féministes des femmes ne correspondant pas forcément à ceux des hommes. Et comme le souligne, Françoise Collin (1) :  » Les espaces non mixtes constitués par le féminisme, en forme de lieux ou de réseaux sont et restent la condition indispensable de l’avancée des femmes, où la pensée et l’agir viennent se ressourcer… Le féminisme n’est pas une religion assortie d’un dogme, mais un projet politique et une vigilance. La non mixité du regroupement des femmes se prélève toujours sur une donnée mixte, c’est à dire bi-sexuée. C’est un moment indispensable à la transformation d’une mixité inégalitaire en une mixité égalitaire… Refuser la maîtrise de l’autre n’est pas refuser l’autre. Le moment de « l’entre femme » consiste à instaurer les conditions d’une altérité libérée de l’aliénation… Les féministes l’ont appelée dès le début du mouvement : leur lutte a pour adversaire le patriarcat, non les hommes comme tels. »

Marie-Anne
1 : sous la direction de C. Baudoux et C. Zaidman : Egalité entre les sexes, éd. de l’Harmattan.

Voilà un article que je ne pouvais pas m’empêcher de mettre, tellement le choix de la non mixité est critiqué partout… J’espère que ça aura convaincu les sceptiques ! Et puis personne ne fait autant de bruit quand des copines sortent se faire une bouffe entre elles… Vive la non mixité !

Euh… j’en profite pour signaler, là, dans un coin, que le programmateur de ce site est un homme, et que nous avons donc fait ça en toute mixité… Moi la directrice artistique, et lui le pauvre ouvrier… aïïe…(puiske c kom ca le webmestre il censure l’adresse MPC !)

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11 Réponses to “NON-MIXITE : OU JE VEUX, QUAND JE VEUX !”

  1. Lory Says:

    Tout à fait. Je suis née dans les années 50 et je ne suis plus une jeune femme, et je suis en-tiè-re-ment d’accord avec le contenu de ce texte. Ces jeunes femmes là ont toute ma solidarité.

    Mes dernières réflexions me portent meme à penser que c’est une impérieuse nécessité parce qu’une condition sine qua non de toute possibilité d’avancer et de combattre efficacement le patriarcat. La seule possibilité.

    D’autant plus impérieuse que nous nous trouvons à une époque de reconquète catholique autant que d’islamisation, d’émergence de sectes de tous poils, où les femmes ont tout à perdre et rien à gagner.

    La non-mixité féministe me parait la meilleure stratégie à adopter pour contrattaquer l’offensive masculiniste portée par les religions.

    A l’heure ou la mouvance altermondialiste est nettement dominée, selon moi, par les courants pro-voile et pro-prostituion qui en réalité en cachent l’essentialisme, la non-mixité des groupes féministes me parait la meilleure tactique, la plus efficace.

  2. mauvaiseherbe Says:

    Bonjour Lory, merci de votre intervention et surtout de votre soutien. Je défends moi aussi la nécessité de la non-mixité féministe, gardons nous de toute tentative de récupération au moins ici, et puis comme il est dit dans ce texte :

    « La non-mixité est indispensable dans un groupe féministe car elle constitue un espace qui échappe au contrôle masculin-dominant. A travers elle, l’existence ce d’une autonomie féministe devient possible. C’est une étape pour parvenir à l’égalité entre les sexes, les intérêts féministes des femmes ne correspondant pas forcément à ceux des hommes »

    Enfin et surtout je tiens à vous dire que j’admire votre vigilance et votre implication sur ces forums bien pensants où se distille de façon des plus sournoises les poncifs misogynes crasses à peine masqués derrière une rhétorique proprette et bienveillante… La pire!

  3. jevoudraisvivrelibreetegale Says:

    Bonsoir et rebonne année à toi Mauvaise Herbe.

    C’est vrai que je n’avais jamais réellement réfléchi à ce problème et en le voyant comme ça et en voyant aussi commet j’agis, je me dis que j’aimerais trop qu’il y ait de nouveau des groupes de conscience féministes comme il y avait avant.

    Au fond, je commence à compendre cette exigence de non-mixité.

    Bien à toi. Merci encore pour tes textes.

  4. mauvaiseherbe Says:

    Ravie de te lire… Et à mon tour je t’adresse mes meilleurs voeux pour cette année 2008. Comme toi je souhaite une mobilisation forte, une multiplication des groupes de réflexions féministes, une solidarité profonde, je suis convaincue de la nécessité de nous fédérer, de tisser le plus large réseau dans un esprit de sororité. Unissons nous afin de donner le plus large écho à nos voix.

    A bientôt, ;-)

  5. Lory Says:

    Sincèrement, je vois mal la possibilité de se fédérer avec les pro-voile et les pro-prostitution…

  6. mauvaiseherbe Says:

    Je parlais exclusivement des féministes ;-)

    Malgré les postures contorsionnées de certain(e)s, il m’est comme pour vous impossible d’admettre le prétexte féministe de certains positionnements intellectuels, et tout particulièrement pour ces deux catégories citées. Derrière le masque d’un discours bien rodé on devine rapidement le visage fourbe d’un anti-féminisme sournois et rentré.

  7. A Says:

    « A l’heure ou la mouvance altermondialiste est nettement dominée, selon moi, par les courants pro-voile et pro-prostituion qui en réalité en cachent l’essentialisme, la non-mixité des groupes féministes me parait la meilleure tactique, la plus efficace. »

    On peut tout à fait être pro-voile ou/et Pro-prostitution sans forcément cautionner la misogynie et le sexisme ambiant de quelques bords extrêmes et militer pour l’essentialisme et la mixité.

  8. A Says:

    Je pense qu’il faut se trouver dans le juste milieux car les extrémistes sont autant chez les pro que chez les anti.

  9. mauvaise herbe Says:

    Je suppose qu’avant 1848, certains comme vous défendaient l’esclavage en considérant qu’ils n’étaient pour autant pas racistes.

    Enfin, face à l’extrémiste des « pro », l’extrémiste des « anti » est une nécessité, le juste milieux? Le juste milieux de quoi?

  10. macdougal Says:

     » militer pour l’essentialisme et la mixité. »

    Il faut être clair sur le sens du mot « féminisme », pour moi cela n’a rien à voir avec l’essentialisme.
    De plus l’essentialisme repose sur des différences , toutes les différences entraînent une hiérarchisation. On sait dans quel sens elle se fait. Ce n’est pas un hasard si actuellement on a un regain d’essentialisme.

  11. Sébastien le Goff Says:

    J’appartiens à cette catégorie de vilain « mâle », qui probablement par incontience, ne peut s’empêcher d’exercer ma domination sur les femmes, donc au lieu de vous donner mon opinion sur la non mixité, je vais me contenter de relayer celui d’un(e) autre que j’ai lu sur un autre site qui adoptait la même analyse :

    En tant qu’individu classé dans la minorité trans et sans genre déterminé, j’avoue que vous me gonflez avec votre binarité homme/femme. Vous ne comprendrez donc jamais qu’il existe d’autres gens, que ceux comme vous qui se reconnaissent dans un genre ou l’autre, ou qui pensent qu’il faut se résoudre à l’un ou à l’autre parce que la société obligerait à cela. Elle a bon dos la société ! Vous êtes aussi la société, et elle est ce que vous faites de vos vies et rapports aux autres.

    Étant ni l’un°e, ni l’autre ou un peu des deux d’après certainEs, militantEs comprisEs, je suis confronté°e très souvent à des situations où vous me renvoyez le totalitarisme de vos propres conditionnements homme/femme. Vos questions même sur la mixité ou non-mixité sont le signe de votre impuissance à dépasser ces conditionnements, et même en réalité pour nombre de militantEs, celui de votre non-volonté à dépasser vos conditionnements d’éducation. Et moi, je dois aller où ? dans la file non-mixte ou dans la mixte ? Je réponds ni l’une, ni l’autre, les hommes et les femmes vous me gonflez avec votre hétéro-normatisme, votre hétéro-homo-sociabilité de groupes de mecs ou de meufs ou des deux. Oui je suis misandre et misogyne parce que je sais que je dois combattre l’un et l’autre si je veux exister et m’émanciper et ne pas me retrouver enferré°e dans les schémas que vous reproduisez générations après générations.

    Il n’y a de mixité et de non-mixité que pour les individus qui se réunissent sous l’angle de leur conditionnement genré et qui choisissent de ne pas éclater directement le cadre de ce conditionnement. Vous vous comportez en prenant en compte un soi-disant « regard de la société », (en fait juste celui de la majorité visible), pas en vous fiant à votre seul regard.

    Oui, aller à contre-courant des normes sociales demande un effort de lutte et des risques dont on aimerait pouvoir se passer un jour, mais se victimiser ou se glorifier pour se réunir dans un identitaire ne mène à rien de plus que la reproduction au sein même de la contestation de ce contre quoi nous luttons.

    Ni fièr°e ni victime, juste agissant°e pour la trans-formation.


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