C’est pour un garçon ou pour une fille ?

17/01/2008

Georges-Claude Guilbert

La dictature du genre
Autrement, 2004
collection Frontières

Passionnant petit guide féminin/masculin
à l’usage des « constructionnistes » potentiel(le)s…

sur http://www.sitartmag.com/genres.htm

« Imaginez : voilà vingt-cinq mille ans, il existait une poignée de sociétés matrilinéaires, dans lesquelles déesses, prêtresses et femmes ordinaires étaient au pire très respectées, au mieux vénérées. Pourquoi ? Parce que les hommes n’avaient pas saisi le rôle du sperme dans la procréation et voyaient les femmes comme des créatures magiques, capables de donner la vie sans assistance.
Le jour où ils ont compris, ils ont commencé à se venger. Leur vengeance continue ; elle a pour nom patriarcat. »

C’est sur cette excellente synthèse (qui rejoint, dans les grandes lignes, les thèses qui sous-tendent le non moins excellent roman de David Haziot, Elles) que débute la démonstration téméraire de Georges-Claude Guilbert, angliciste, professeur de littérature et de civilisation américaine à l’université de Rouen, profondément influencé par les théories féministes anglo-saxonnes dites « constructionnistes » ; des théories qu’il s’est donné pour tâche de propager et de mettre à la portée des citoyennes et des citoyens français… qui en ont certainement grand besoin. Ceci expliquant cela, c’est en tant que « chercheur féministe » (ce dernier adjectif n’étant pas exclusivement réservé au « genre » féminin…) qu’il a composé cet ouvrage éclairant dont nous conseillons la lecture à toutes et à tous, sans distinction de sexe, de genre ou d’orientation sexuelle…

Naît-on homme ou femme ou bien le devient-on ? Quand le débat de l’inné contre l’acquis rentre en scène…

L’auteur, s’appuyant sur ses connaissances constructionnistes, dénonce « la fausse et criminelle équation sexe = genre », « la plus belle invention du patriarcat sexiste pour dominer les femmes. » Quelques éclaircissements s’imposent : le constructionnisme s’appuie sur l’idée que le genre (terme correspondant à l’anglais « gender », souvent difficilement traduisible tel quel en français) est un concept purement social, un « artifice », voire un procédé totalitaire réducteur qui, dès la petite enfance, est employé consciemment ou non pour séparer les enfants en deux groupes sociaux bien distincts : garçons et filles. Bien entendu, personne ne nie le fait qu’il existe, d’un point de vue biologique, deux sexes, que l’on détermine selon la présence d’organes reproducteurs mâles ou femelles ; mais même au stade biologique, nombre de combinaisons sont possibles, comme le cas des individus « intersexuels » (environ 1 % de la population) que l’on considère parfois comme des « erreurs » de la nature ou des handicapés, alors qu’ils sont tout simplement nés « différents »…

Le genre que l’on impose à la naissance n’est pas le sexe, mais un rôle, une façade que les normes et les traditions sociales distribuent dans certains cas arbitrairement ; une fonction qui, étrangement, amplifie la binarité homme / femme. Ainsi, avant même de considérer l’enfant comme un individu, on le verra comme « garçon » ou « fille », on l’enfermera dans un comportement préformaté (les petites filles aiment jouer à la poupée, les garçons préfèrent le foot… Les femmes aiment faire la vaisselle, les hommes sont faits pour la chasse ; les femmes donnent naissance à des enfants, les hommes accouchent d’œuvres… etc.etc.), avec toutes les affligeantes dérives que l’on connaît et qui, encore aujourd’hui, entravent les efforts de parité. La « police du genre » va encore plus loin en proposant une autre équation, qui découle « naturellement » de la précédente : sexe = genre = orientation sexuelle, et imposant par là même une norme hétérosexuelle dominante et un modèle familial qui, plus ou moins directement, sanctionne moralement les comportements qui n’entrent pas dans cette norme (quand on sait qu’environ 10 % de la population est homosexuelle).

La dictature au quotidien

Ce que Georges-Claude Guilbert nomme « la dictature du genre » est ainsi décortiqué avec force exemples tirés de la vie quotidienne occidentale et commentés avec habileté par ce fervent adepte du constructionnisme anglo-saxon ; « pour les constructionnistes, l’être humain se différencie de l’animal grâce au langage, à la création artistique, à la religion, au meurtre gratuit éventuellement, mais surtout grâce au fait qu’il est moins assujetti à ses instincts que l’animal, notamment et surtout en matière de genre et de sexualité. (…) Et les constructionnistes remettent sans cesse en question tout rôle, tout attribut, tout mode de pensée traditionnellement considéré comme féminin ou masculin. » Face à eux, les « essentialistes » (ou « différentialistes ») « qui croient à toutes sortes de différences innées entre les filles et garçons. » L’éternel débat qui oppose l’inné et l’acquis, la prédétermination et le libre arbitre…
Mais l’auteur s’en prend aussi aux « très nombreuses femmes qui participent avec enthousiasme à la consolidation de leur propre esclavage », complices, sans forcément en avoir conscience, d’une société où hommes et femmes féministes sont parfois considérés comme des hystériques ou des empêcheurs de tourner en rond (on renverra chacun à ses expériences personnelles…). Les femmes qui acceptent l’oppression patriarcale sont « traîtresses à la cause des femmes » mais aussi les victimes d’un grand « lavage de cerveau ». Pour l’auteur, « l’un des pires exemples, après Christine Boutin, de complicité active, véritable collaboration avec l’oppresseur, mérite d’être cité : Ellen Willet « , qui a publié Les hommes, les femmes etc. un ouvrage « grand public » destiné à prouver que si les hommes et les femmes se comportent différemment, c’est bien parce que c’est leur nature en s’appuyant sur tous les poncifs existants et autres stéréotypes…

Il énumère ainsi « les moyens de l’oppression des femmes à travers les siècles » : le travail, l’éducation, le droit (est-il encore légitime de parler aujourd’hui de « chef de famille »?) la religion, l’art (« les représentations de la femme qui y abondent soutiennent la culture dominante et ses clichés phallocrates »), la mode vestimentaire, la science etc. Tout semble avoir été construit pour réprimer toute tentative d’égalité et les interdits concernent « aussi » les hommes : « selon les rôles traditionnels, un homme ne doit pas se maquiller, ne doit pas avoir les cheveux ou les ongles longs, ne doit pas porter de chaussures à talons, ne doit pas s’épiler les sourcils, tandis qu’une femme ne doit pas, par exemple, poursuivre un homme de ses ardeurs. » (pour plus de détails, on peut se référer à l’ouvrage d’Elisabeth Badinter, XY, De l’identité masculine). Plus loin, il étudie brièvement la notion de genre à travers quelques oeuvres littéraires et/ou traditionnelles, des analyses que l’on aimerait voir développées (la Bible, Shakespeare, D.H. Lawrence, Virginia Woolf, Carson McCullers, Truman Capote, Anne Rice ou encore l’écrivaine française Anne Garreta), le cinéma (les figures androgynes d’actrices comme Marlène Dietrich et Mae West, des films : Tout sur ma mère de Pedro Almodovar, Priscilla Folle du désert de Stephan Elliott, etc.) et la musique pop (David Bowie, Madonna — l’auteur vient de faire publier La mythe Madonna, Le Nouveau Monde, 2004 — ou Annie Lennox).

À un autre niveau, il rend aussi hommage à Geneviève Fraisse (pourtant « différentialiste », mais qui participe à l’écriture de l’histoire des femmes, occultée des siècles durant) et aux travaux de Michel Foucault sur les comportements sexuels et l’homosexualité. Il présente aussi dans le détail les travaux de la constructionniste Judith Butler (philosophe, critique littéraire et linguiste) qui démontrent que « sexe génétique, genre et orientation sexuelle sont indépendants, et que leur confusion est responsable d’une grande partie de l’oppression exercée par la culture dominante, au sein de laquelle sexisme, misogynie et homophobie font bon ménage. » Son ouvrage Gender trouble : Feminism and the Subversion of Identity, publié en 1990, « a changé la face du monde ». En passant par la psychanalyse, elle désavoue les affirmations phallocrates de Freud ainsi que ses théories sur le complexe de castration. Elle explique aussi que le genre, comme tout ce qui est transmis aux enfants, se fonde sur une imitation des comportements des adultes, un rôle que renforcent quelques formules rebattues (« les garçons ne pleurent pas, les petites filles ne se battent pas »). Mais des chercheures françaises s’intéressent aussi à ce que l’on nomme les « gender studies » : Christine Delphy, Marie-Magdeleine Lessana, Françoise Héritier, Françoise Gaspard, etc. ; malgré tout, la recherche sur le genre « se porte moins bien en France que dans les pays anglophones ».

Elisabeth Badinter contre le différentialisme

Georges-Claude Guilbert confronte ses propres points de vue à ceux d’Élisabeth Badinter en se référant principalement à son dernier ouvrage, Fausse route (O. Jacob, 2003), dans lequel la célèbre féministe ose s’attaquer au « différentialisme » du nouveau féminisme qui recrée un nouveau « dualisme sexuel oppositionnel » ; elle s’en prend au « victimisme » prôné de nos jours, à l’extrémisme et aux dérives du séparatisme (purement culturel, donc modifiable), au « mythe » de l’instinct maternel (sur lequel les différentialistes comme Antoinette Fouque s’appuient pour conférer à la Femme un statut spécial…) et au mot d’ordre de « l’égalité dans la différence », une « bombe à retardement », rappelant en conclusion que « la différence des sexes [biologique] est un fait, mais elle ne prédestine pas aux rôles et aux fonctions. Il n’y a pas une psychologie masculine et une psychologie féminine imperméables l’une à l’autre, ni deux identités sexuelles fixées dans le marbre ». Des propos marqués au coin du bon sens que ne rapporte pas Georges-Claude Guilbert, mais qu’il inclut implicitement dans sa démarche (« comme elle [Elisabeth Badinter], je suis en tant que féministe anti-parité artificielle ») et l’on est alors en droit de s’étonner de son hommage mitigé, lorsqu’il affirme :  » je la voudrais plus radicale. »…

Par ailleurs, il développe plus particulièrement la pensée de Marie-Hélène Bourcier telle qu’elle se développe dans son ouvrage Queer zones : politiques des identités sexuelles, des représentations et des savoirs (2001), qui s’intéresse aux « pratiques transgenre » (lesbiennes, gays, bisexuels, transsexuels, drag queens et drag kings travestis, etc.) tout en étant obligée de parsemer ses analyses de franglais, notre langue ne disposant pas d’un vocabulaire adéquat, ces notions n’étant pas encore assimilées chez nous (on sait aussi combien la langue anglaise est flexible). La transgression du genre est encore bien mal considérée en Occident, alors que dans certaines cultures, elle est un phénomène social positif (chez les Tchoukchis de Sibérie ou encore chez certains Indiens d’Amérique et en Polynésie), en grande partie liée au pouvoir spirituel de quelques individus.

Dérives…

De nos jours, certains médecins et chercheurs occidentaux tentent « de trouver des explications scientifiques à l’homosexualité » (par exemple un gène « gay » !) ou de prouver que le cerveau masculin diffère du cerveau féminin (au passage, on ne peut s’empêcher de repenser aux méfaits de la phrénologie, l’étude pseudo-scientifique de la morphologie du crâne qui, au XIXe siècle, a permis à certains « savants » de « démontrer », entre autres, la supériorité de l’homme blanc sur les noirs ou autres « sauvages »…). Pour l’auteur, « le cerveau est un muscle et se travaille », et il serait erroné d’affirmer que les filles sont plus littéraires ou intuitives que les garçons qui eux-mêmes seraient plus rationnels et donc scientifiques… « Tous ceux qui y voient d’irréversibles données génétiques sont complices de la dictature du genre » et ces disparités sont plutôt le fait d’un lavage de cerveau généralisé, plus ou moins consciemment entretenu par ce que l’auteur nomme, tout au long de son ouvrage, « la police du genre », que l’on pourrait définir comme un assemblage social éclectique comprenant les institutions, les politiques mais aussi tout individu, homme ou femme, parent ou éducateur, qui transmet aux enfants des valeurs binaires et manichéennes profondément enracinées dans l’inconscient et la conscience collective depuis des siècles : cela demande ainsi un effort que d’apprendre à décrypter les dérives sexistes, certains comportements discriminatoires et de les dénoncer. L’auteur dit s’être « intéressé surtout aux ravages de la dictature du genre chez les femmes. » Mais il admet (bien que tardivement dans l’ouvrage) que l’insidieux totalitarisme dont il est ici question affecte aussi les hommes et que les pressions parfois contradictoires que la société exerce sur certains d’entre eux (qu’ils soient homosexuels ou hétérosexuels) sont également néfastes.

…et propositions

C’est sur une note révolutionnaire que Georges-Claude Guilbert achève cet ouvrage étonnamment ambitieux, tout en restant à la portée d’un large public : « c’est à une réforme globale de la société que j’en appelle. À bas les rôles gendérisés et la hiérarchie des genres à tous les niveaux (…) Partout ! Est-il permis d’en rêver ? » Cet essai de vulgarisation érudite passionnera les « filles », qui y trouveront de quoi alimenter leur révolte personnelle ; mais il est fortement recommandé aux « garçons », qui y feront d’étonnantes découvertes sur eux-mêmes : qu’ils osent donc ouvrir cet ouvrage, dont la prose d’abord informative recèle toutefois un humour légèrement acide qui en rend la lecture particulièrement jubilatoire. Parions que certains (dont les « nouveaux » féministes ») y verront là provocation, déstabilisation de l’ordre social ou endoctrinement, qu’importe ! Cette attaque en règle de la dictature du genre est un livre pour les filles… et les garçons ! Comme Simone de Beauvoir, il est évident que Georges-Claude Guilbert en appelle à l’éclatement des frontières entre les genres, à la négation des différences (autres que biologiques) sur lesquelles sont malheureusement encore fondés la plupart de nos a priori et de nos rapports sociaux et politiques.

Blandine Longre

(septembre 2004)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

Lire aussi, d’Anthony Giddens : La transformation de l’intimité
Sexualité, amour et érotisme dans les sociétés modernes
Le Rouergue / Chambon, 2004

L’auteur
http://www.georgesclaudeguilbert.com

Autrement
http://www.autrement.com

Voir aussi, sur Sitartmag
Elles de David Haziot (Autrement, 2004)
Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne Olympe de Gouges
(Mille et une nuits, 2003)
Histoire des femmes philosophes de Gilles ménage (Arléa, 2004)

Judith Butler
http://www.theory.org.uk/ctr-butl.htm
http://vacarme.eu.org/article392.html

ressources diverses

http://www.sla.purdue.edu/academic/engl/theory

http://www.penelopes.org/xarticle.php3?id_article=5279

http://multitudes.samizdat.net/auteur.php3?id_auteur=162

http://m.renneville.free.fr/langinfo.htm

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4 Réponses to “C’est pour un garçon ou pour une fille ?”

  1. Chaminou Says:

    Un excellent lien, très clair, qui me semble reprendre à lui seul des bases fondamentales : à proposer aux essentialistes formaté-e-s qui commencent peut-être à se poser des questions (sait-on jamais… ;o)) ?!

  2. Emelire Says:

    j’ai bcp aimé ce livre même si je ne suis pas d’accord avec tout. Mais il soulève des réalités. Je crois aussi qu’il m’a appris qu’il n’y a pas que els genres « fille » ou « garçon » et intersexués, etc. entre, mais des paliers bien plus fins entre « garçon » et « fille ». Et tant d’autres choses sur les stéréotypes et les gamelles accrochées avec ! le titre lui même est savoureux … bon sang que cette question peut m’énerver : c’est pour un garçon ou pour une fille ? comme si on mettait des ingrédients dans le milkshake pour en sortir … l’un ou l’autre (l’autre étant féminin of course !) grrr

  3. mauvaiseherbe Says:

    Chaminou,

    sait-on jamais oui ;-)

    Emelire

    rien à ajouter, sinon qu’en effet la construction sociale du genre est une première aberration.

  4. Georges-Claude Guilbert Says:

    Bonjour, merci, je me permets de signaler mon nouvel ouvrage, écrit à la première personne au féminin (exercice pratique d’Etudes sur le genre), sur une héroïne qui ne se laisse pas marcher sur les pieds, inspirée par ma grand-mère vietnamienne:

    Georges-Claude Guilbert
    ROMAN
    Après Hanoï : Les mémoires brouillés d’une princesse vietnamienne

    http://www.amazon.fr/Apr%C3%A8s-Hano%C3%AF-brouill%C3%A9s-princesse-vietnamienne/dp/2748360435/ref=sr_1_4?s=books&ie=UTF8&qid=1296414323&sr=1-4

    De l’Indochine française à la Californie d’aujourd’hui, en passant par ses
    échappées thaïlandaises, une aristocrate vietnamienne se souvient et se confie à
    son petit-fils. A quatre-vingt-dix ans, sa mémoire est encore riche, les images
    indélébiles, les sentiments vifs. Comment participer à la lutte nationaliste
    lorsqu’on condamne le communisme, de plus lorsqu’on est une femme ? Une
    authenticité de chaque instant pour un beau portrait de femme, fière et
    volontaire, qui n’aura de cesse d’affronter les ennemis de son pays : les
    Français, les Américains, les communistes. Intriguer et jouer en eaux troubles.
    Survivre et fuir, d’hier à aujourd’hui, d’ici à là-bas. A travers Les Mémoires
    brouillés d’une princesse vietnamienne, Georges-Claude Guilbert nous livre
    l’histoire d’un pays plongé en plein chaos, l’histoire de ses victimes, de ses
    coupables, où rien n’est aussi simple qu’il n’y paraît. Entre
    envahisseurs et réfugiés, un tourbillon d’âmes égarées nous emporte dans
    l’effervescence d’une époque troublée, nourrie de violence et de contradictions.

    http://www.publibook.com/boutique2006/detail-5392-PB.html


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