F (emale) to L (esbian) Pour un nouveau genre de visibilité

11/02/2008

Communication au colloque lesbien de Rome, mai 2005 : « le sujet lesbienne. Subvertir la pensée hégémonique pour une récriture de symbolique »

Jacqueline Julien

Résumé

Il y a de quoi se demander : pourquoi le CORPS lesbien, s’étant visibilisé et montré dans toute sa « fierté » au long de fiers défilés, disparaît ensuite régulièrement de la scène sociale et du champ symbolique ? A moins qu’on ne le fasse disparaître ?

Mais de quelle disparition s’agit-il ? Et disparition de quelle idéale idée d’identité ?

Si l’on évoque celle qui s’efface dans la course gaie à l’homologation, celle qui se fond dans la sexision female, ou se réduit à 1/4 de portion dans l’occulte sigle LGBT, la voici, notre corporéité lesbienne, pourtant unique dans son potentiel d’implosion des catégories de sexes, rétrécie au summum de l’effacement : la lettre L.

Mais qui est L . Comment avons-nous pu permettre une telle dilution ? Il ne s’agit pas seulement de poser les questions mais d’y répondre, et vite si nous voulons reproposer celle de notre visibilité – donc de l’eternel retour à l’invisibilité – , en somme si nous ne voulons pas souscrire au contrat homohétérosocial qui structurellement nous anéantit.

Je me propose d’introduire mon intervention avec ces deux composants : la colère et le pessimisme.

Naturellement j’essaierai de montrer que mon pessimisme est étroitement surveillé par ma colère , puisque c’est la colère qui anime – et j’ajoute nécessairement – mon pessimisme. Nécessaire plus que jamais, la colère. À mes yeux aujourd’hui dénutrie , dans ce que nous-mêmes appelons communauté lesbienne. Nous devons accomplir à nouveau beaucoup d’efforts pour accéder collectivement, donc singulièrement, « l’une après l’autre » , à un état de fureur permanent.

Paradoxalement, nous aurons plus de mal à remobiliser cette colère du fait qu’elle a déjà été éprouvée et agie (année 70-80-90), et ensuite nous l’avons en partie perdue (début de la fin des années 90) (1) . Il nous faudra donc également affiner, radicaliser notre pessimisme, qui donne à voir cette perte. Les deux composants , colère et pessimisme, je le précise, ne sont pas contradictoires. Aujourd’hui, ils sont dialectiques, et tactiques.

Depuis un certain nombre d’années, la fureur lesbienne fuit. Elle fuit par le haut (les Anciennes sont fatiguées ou casées ou mortes), par le bas (les Nouvelles sont enthousiastes et/ou inconscientes, ou au contraire inexistantes car trop opprimées) et par le milieu, comme chez les lesbiennes gay-ysées ou queerisées que j’appellerai domestiquées.

Mais il y a sûrement des espaces où on peut encore trouver cette fureur. Non ?

Par fureur j’entends une fureur volontaire, facile d’accès et non autodestructrice, à condition qu’elle soit armée du même poids de jubilation radicale, à condition de l’étayer par notre ardeur à  » réinventer le monde  » . la fureur est la base mentale nécessaire à toute action d’éclat, préalable à tout labeur de réécriture de l’existant. Quant au pessimisme, il n’est pas une résignation, n’est pas un lamento d’Ariane, ce qu’il serait sans la colère. Il n’entrave nullement des fonctions vitales comme rire aux éclats (le rire de la Méduse ?), faire l’amour- seule ou accompagnée-, ni ne vous prive de cultiver des plantes en pots sur votre balcon.

Le pessimisme ne doit pas être un épouvantail, au contraire : contre l’épouvante du demain, il nous permet de nous ériger, menaçantes car indignées, luttant stratégiquement contre ce que nous révèlent nos pires cauchemards : la réalité d’aujourd’hui.

Toutefois, pour être vraiment fonctionnel, notre pessimisme a besoin, à part être furibond, d’être lubrifié par une autre huile essentielle : la lucidité, je dirais même la volonté de lucidité. (NB :  » lucide « , de lucidus, eut le premier sens de clair, lumineux ; et la  » lucidité  » fut d’abord synonyme- fin XVe s. – de gloire et d’éclat.)

Puissions-nous retrouver éclat et gloire dans l’exercice de la lucidité ? Or si je veux parler de cette  » réalité d’aujourd’hui  » – ce qui demande lucidité, cette fois au sens de clairvoyance, perspicacité -, je ne peux le faire sans pessimisme, voire désespoir. Et s’il nous faut contrer ce réel du jour qui est celui de demain, j’estime que nous, lesbiennes ayant soi-disant conquis la fierté de l’être avons besoin surtout, ici et maintenant, de désespoir. Et cela afin de RE-agir. (Nous verrons ensemble de quel ordre et où : localement ? nationalement ? ou au moins au niveau européen – en attendant mieux ?)

Ayant formulé cela, je suis consciente de provoquer quelque remous. mon discours sera incompréhensible à qui oublie de quelle phénoménale en-rage nous provenons, ou à qui estime que nous avons conquis des droits et qui pour cela trouve des raisons d’être confiante quant au partage final et global de tous les privilèges de l’hétérosociété.

Nous avons peut-être cru car espéré être devenues socialement visibles parce que nous avons défilé sous l’arc-en-ciel de la fierté (Gay & ) lesbienne. ces défilés n’ont pas été inutiles. Les premiers ont même été une réelle ébriété, à nous voir ainsi nous voyant , toutes et chacune, ô dykes, à l’air libre. ces fiertés ont eu aussi, bien entendu, leur fonction d’électrochoc dans l’establishment hétérolobotomisé ; d’ailleurs, si l’on pense aux pays infiltrés/gouvernés par un fondamentalisme religieux d’Etat, comme la Pologne, impossible de nier qu’une manifestation gay et lesbienne y assume son pouvoir de subversion et d’éveil (et il fallait les entendre et les voir, les huées de haine contre la Pride de Cracovie en 2004, pour se rappeler ce que c’est, une  » Pensée hégémonique  » en action… ) Désormais, à l’ouest, nous sommes LGBT, et je ne doute pas que les dykes polonaises accéderont sous peu à un tel privilège (2).

Hélas, les initiales de ce nom de code, contenants évacués de leur contenu, traduisent l’érosion du vouloir révolutionnaire, ne manifestant au mieux qu’un potentiel subversif contre l’ordre moral. Mais le lesbianisme est bien plus qu’une subversion de l’ordre moral. Dans cette  » fierté  » mixée aux consones cryptées, les lesbiennes, comme d’ailleurs leurs collègues GBT, sont dé-nommées, de-substantivées en épithètes ; et même pas, car si en grec epitheton signifie  » ajouté  » , l’épithète qualificatif lesbienne a même disparu, désormais réduit à cette initiale, à cette seule et muette majuscule : L. Soit le 1/4 de portion du fameux sigle fédératif ( pour fédérer quoi au juste ? ) et abusivement consensuel (pour quel consensus may I ask ? )

Tout cela n’est pas sans conséquences.

Mais qui est L ?

A l’heure actuelle n’est à voir dans cet L que ce qu’il n’est pas mais qui  » saute aux yeux  » si on peut le dire – d’une disparition : effet escamotage dans le mixage queerisé des objectifs gay-les-bi-trans, L traduit une caméléonique invisibilité sociale, donc économique, donc politique, donc culturelle, parce que linguistique, donc symbolique. Et j’ajouterais  » graphique  » . Donc tragique. Quant à l’histoire, fût-elle récente,  » (…) ne dites pas, il y a eu des périodes de chaos. Comme si nous avions connu d’autres temps. Âge sombre après âge sombre, telle a été notre histoire.  » Ainsi admonestaient Monique Wittig et Sande Zeig (pour la définition du mot histoire) dans le Brouillon pour un dictionnaire des amantes. C’était en 1976. Dans La Pensée straight (3) , Wittig réitérait son indignation, volontairement pessimiste, évidemment lucide et se donnant les moyens de l’être en glorieuse éclatante :  » Il n’y a aucun doute, une guerre a été entreprise contre le lesbianisme. La destruction systématique des textes issus de cette culture, la clandestinité dans laquelle elle a été plongée l’attestent  » .

Contre cela, cette suppression suprême et principielle (nier toute culture aux dominé-es est la stratégie princeps, et qui plus est durable), ne devrions-nous pas être animées d’une rage cosmique ? Non, si l’on contemple notre incapacité tactique, évidemment empreinte de lassitude, à stopper net la vague légaliste de l’homologation lesbienne (L) réclamant son bon droit d’exister (de disparaître) dans l’hétéro-homosocialité (4) . Le déplorable manque de colère qui caractérise l’oecuménisme, ou disons le grand gay brassage LGBT, nous décourage d’afficher nous-mêmes-s notre colère radicale. Au lieu que nous manifestions d’être révoltées, rageuses, agressives, implacables (je ne parle pas ici d’individues mais de capacité de mouvement), nous laissons courir le courant au titre d’esprit de communauté compatissante, laissons enfler le mainstream des aspirations familialistes des lesbiennes à enfants, de toute cette homolesbitude pacsée domestiquée et gay gay marions-nous (5) . Serions-nous redevenues en lesbianisme ces  » filles à papa  » vilipendées par Valérie Solanas ?

Il se pourrait même que certaines lesbiennes plus jeunes, celles qui n’ont pas été socialisées par le mouvement féministe mais par les gays, soient entrées de plain- pied dans l’ère du fratriarcat analysé par Rosanna Fiocchetto (6) Voici donc, du moins en France, toute une nouvelle génération de petites-soeurs, zélées ferventes de leurs grands-frères. Contrairement à celles qui, bien que n’ayant pas connu générationnellement le mouvement des femmes des années 70-80, sont, elles, avides de culture lesbienne féministe, les petites-soeurs-des-pauvres – dans ce cas des pauvres gays sidéens, des pauvres trans- (à chouchouter en particulier : les Male to Female , et intersexué-es – ne pensent pas lesbien. mais de même qu’on demandait :  » Comment peut-on penser femme à l’ombre des hommes ?  » , on est en droit de redemander, avec Brigitte Boucheron : Comment peut-on penser lesbien à l’ombre des homos ?

Tout cela, à savoirentendre, est très fatiguant.

Cette fatigue, elle nous sape le moral, nous ôte la confiance en un possible redéploiement radical, comme si on se croyait incapables politiquement (théoriquement/pratiquement) de contrer avec éclat ce rouleau compresseur consensuel de l’homofratriarchie, inaptes à annuler l’amnésie de la violence hétéropatriarcale et des moyens de cette violence. Nous qui avons défilé en 2003 à Bari (8) , ville du Grand Sud de l’Europe, et qui n’y avons PAS subi de violence violente, voudrions oublier pour autant qu’une des tactiques les plus efficaces du fondamentalisme hétérosocial, quand n’est plus considéré  » esthétique  » de trucider l’homosexuel-le, est celle de digérer la sédition de ses autres différents ? Naturellement qu’on ne l’a pas oublié. Mais cela ne nous rend pas plus aptes.

Et tout cela nous met (souvent) de mauvaise humeur.

Le problème de la mauvaise humeur, contrairement à une fureur ontologique, c’est qu’elle reste dans l’anecdotique et fait alliance avec la résignation – ce quant-à-soi qui reste chez soi -, le silence. Ainsi, de  » silenciées  » (mot outil de Michèle Causse), nous voici mutifiées. Disparues du champ sociétal mais participant de cette disparition, clandestines ou dans l’esquive, nous ne savons plus être activistes (ces rebelles  » trépidantes, énivrantes  » , pour re-évoquer Solanas !), nous ne parvenons pas à transformer notre humeur massacrante en action véritablement  » éclatante et glorieuse  » . Le fait est, éclat-et-gloire font bien défaut à la lettre L, plutôt éteinte derrière les paillettes des défilés gay-bi-trans : font défaut, certes non pas par  » manque  » de paillettes et de plumes ! – et qu’on me fasse grâce ici de l’accusation de pudibonderie  » normative  » : notre REFUS des oripeaux F(emale), fussent-ils de provocation/dérision, est la base et le tout de notre REFUS politique des classes de sexes.

Alors balayons les paillettes et revenons au fait : nous lesbiennes radicales n’avons plus la mine glorieuse-éclatante. Les anciennes, parce qu’elles sont anciennes et fatiguées de projeter leur corps dans un espace public homo/hétéro hostile à leur pensée, ignorant du corpus lesbien ; quant aux Moins Anciennes… elles sont certes moins fatiguées mais l’éclat et la gloire ne sont pas non plus évidents chez elles : se sentant elles aussi minoritaires ou minorisées par l’homohégémonie, elles préfèrent entretenir leurs propres espaces d’alliance et de séparation des corps (9) . séparées, donc, du courant majoritaire… qui le leur rend bien ! Cloison de verre, et pas de forces, assez, pour le faire exploser.

Depuis 40 ans, les Anciennes, rejointes par les Moins Anciennes, écrivent articles et livres implacables. Problème, pour le moins de visibilité puisqu’il s’agit de lisibilité : ces articles, ces livres ne sont ni lus ni traduits, et d’ailleurs peu publiés et presque jamais réédités (10)

Allons, ne parlais-je pas d’un pessimisme qui devrait  » se convertir en action  » comme l’exigeait Audre Lorde à propos de la colère (11) ? Las, creusons la plaie :  » dans le passé, écrivait George Orwell dans 1984, chaque tyranie finissait, un jour ou l’autre, par être renversée, ou au moins combattue, parce qu’ainsi le voulait la nature humaine, éprise comme il se doit de liberté ( ? le point d’interrogation est le mien, nda). Rien ne nous garantit que cette « nature humaine » soit immuable. Il se pourrait tout autant que l’on parvienne à créer une race d’hommes (sic : nous sommes chez un auteur androlectal même si lucide sur certain point pour lequel je le cite, nda) n’aspirant PAS à la liberté, comme on pourrait créer des vaches sans cornes  » .

…Comme on pourrait créer des vaches sans cornes

Ma consternation, voyez-vous, est de faire partie demain d’une communauté de vaches sans cornes.

Un : parce que mon amour pour les vaches en souffre.

Deux : parce que je suis au désespoir de ne pouvoir comprendre (ou trop comprendre ?) le sens de cette immolation collective, de cet effacement lesbien (toujours au nom de la solidarité avec les autres-différents) dans le jeu de piste des intertersexué-es et des transgenres. Le lesbianisme à son préalable est tout autre qu’un jeu de classe sexuelle mais bien une guerre déclarée à la bicatégorisation des sexes. je répète, la révolution lesbienne n’oeuvre pas à la seule subversion d’un Ordre moral (prisée surtout par les gais), mais au renversement du mythe de la féminité, au démantèlement des rôles imposés à la différence femelle. Nous avons nous-mêmes initié la démolition théorique de la dualité des sexes – l’enjeu véritable, et non le jeu (ou alors l’en-je), étant de faire rendre gorge à l’héteronorme donc à LA norme, de faire imploser l’hétérosexualité donc LA sexualité, de déminer l’hétérosociété donc LA société. Si chez Wittig, comme chez Causse, le lesbianisme radical opère dans le champ littéraire, c’est qu’il est  » le lieu privilégié pour faire advenir un sujet un jour.

Tout cela est très excitant.

Mais voilà un enjeu tellement considérable, pour les lesbiennes et pour les femmes du monde, qu’il y a de quoi se demander si ce n’est pas l’énormité de cette déconstruction/reconstruction révolutionnaire qui a amené certains et certaines à l’éclater, à la compartimenter dans des propositions architecturales apparemment encore plus  » osées  » , censées être plus expertes à déconstruire le mono/logos, la monolithique loi des genres ; ces petits bungalows ou mobil-homes, très mobiles en effet, n’offrent en réalité qu’une façade ultra-kitsch. Leur pomponnage post-postmoderne masque dramatiquement et scandaleusement la réalité des fondations du pouvoir qu’elles prétendent défier.

Alors, question : le lesbianisme radical est-il seul capable aujourd’hui de faire sauter la banque ? Cette banque mondiale du sperme qui régit les consciences et où maintenant vont s’approvisionner les goudous en mâle d’enfant ? Je parle cru, car la menace est crue. Et cruelle.

Dans le cadre de la digestion des diversités en un Universel, lequel régit la bicatégorisation des sexes, le complot de l’homologation DES sexualités à LA sexualité est désormais médiatique. (Je dis bien des sexualités y compris lesdites  » différences  » de la-normale.) Florissante, l’idéologie du nombre Deux, seul horizon du couple fût-il LGBT, s’incruste. (et Danielle Charest décolle cette croûte idéologique, impitoyablement (12) ). On nous sert jusqu’à en vomir de ces documentaires indigents sur nos  » histoires de vie  » , estampillées au sceau de cette NORME-alitée à deux. On y apprend que les lesbiennes, scoop fracassant, couchent – mais oui couchent, et que certaines sont même acquises au hard sex (Allons, foin de préjugés, semblent insinuer les journalistes avec des airs gourmands de pornographes (13) .) Tandis que les gays bénéficient de l’allusion à une production, ne serait-ce que livresque ou filmique, les lesbiennes n’apparaissent quasiment jamais, dans ces docu-menteurs mortels, comme productrices d’écrit, génératrices de concept ; ni au passé (et de grâce passons sur Sapho qui n’est au mieux qu’une étiquette d’origine controlée, dans le grand public), ni au présent ni au demain.

Face à l’insulte recurrente et l’acculturation systématique (violence inouïe aux rarissimes exceptions, voir note précédente), que faisons-nous ?

Comment démanteler la  » tolérance répressive  » (expression de Marcuse (14) ) qui suffoque nos écrits, nos voix et a contaminé telle une MST nos amies en homosexualité ?  » Voilà pourquoi je suis fatiguée de la tolérance, dit Edda Billi (15) dans un récent communiqué, ce mot sournois qui va jusqu’à nous ouvrir des créneaux dans le balayage médiatique, offrant nos visages et nos corps, exploitant hypocritement nos intelligences comme on exhibe les guenons au zoo. » Le dominant nous hait tranquillement le mal nous anéantit mais « ça ne se voit pas  » . pire encore, nous ne le voyons pas, puisqu’il paraît que nous sommes (mieux) tolérées.

L’opposé de la lucidité serait donc bien l’oubli des capacités digestives de l’androcratie, l’aveuglement sur la fonction répressive, puisque de contrôle , de la tolérance ; aussi cette partie sur le péril des vaches sans cornes se conclut-elle avec le risque déjà annoncé : l’abandon du désir de liberté.

À l’instar de l’installation mondiale de l’ultralibéralisme et de pensée Unique -pensée inique- un Nouvel Universel s’est insensiblement imposé, persuadant un grand nombre de lesbiennes d’en être les naturelles ayants droit. cette nouvelle universalité de la  » différence normale  » (16) alliée ou du moins associée des autres-différents caractérise l’homolesbianisme à la sauce mixte. Lequel a abandonné – paradoxe – le désir de liberté alors même qu’il semble réclamer toujours plus de  » libertés  » : pluriel d’abondance, à la façon de ces énormes packs de supermarché proposés comme plus avantageux et contenant dix fois plus que ce dont on a réellement besoin.

Ainsi les lesbiennes qui se veulent à la fois aussi  » normales  » que les hétéros (couchant, s’épousant, pondant) mais différentes à l’intérieur d’une  » communauté  » dominée par les gays, gays-queers, gay-trans, gays-bi, se retrouvent invisibilisées par cette  » différence  » même. La  » différence  » ne fait plus la différence ! elle est à la fois rejointe (assimilée) par les  » autres-différences  » et va se fondre unanimement dans le  » Tous-Genres  » , défendus au nom même de la subversion des genres. (Performativité ma soeur…) Cela ne fait pas bouger d’un iota l’édifice hétéropolitique, ni ne remet en cause le corps féminin F(emale) obligatoire dans l’hétérosocialité et sa  » présomption d’hétérosexualité  » , selon la formule de Teresa de Lauretis (17) . Légalistes, Gentilles, Braves et Tranquilles, les lesbiennes  » gay-isées  » du courant mixte LGBT ont donc été rattrapées par le différentialisme qui régit la société toute entière.

Tout cela nous menace grandement.

Où avons-nous égaré notre pouvoir terrifiant de la lavender menace imaginée par Nicole Brossard, formalisée par Monique Wittig ?

Devrions-nous encore toucher le fond du désespoir, donc atteindre le summum de la lucidité pour enfin RE-agir  » méchamment  » ?

Contre le Nouvel Universel, casser le fil (du Lamento) d’Ariane

L’idée d’une nouvelle normalité, on l’a vu, est non seulement une voie sans issue, dangereuse comme une impasse la nuit, mais elle est peut-être aussi l’expression d’une nouvelle mélancolie, d’un refus du malheur travesti en désir de jouir. Comme dans toutes les époques de profonde dépression, de crise-de-société, il y a toujours des petits futés qui viennent réclamer avant tout, non pas un salaire égal à compétence égale, mais de  » jouir sans entrave  » – c’est bien ce que proclamaient non pas les filles, mais les petits mâles de 68, ayant vite saisi les avantages immédiats qu’ils allaient tirer d’une imminente  » révolution sexuelle  » .

Eh bien tope là, jouissons sans entrave et que la sexualité – to have sex – nous tienne lieu de gaîté, qu’elle anticipe le discours et l’évacue. que le gode soit notre bâton de pèlerin et grossissons le flot des nouvelles converties en Tous-Genres. En magasin, nous avons aussi la tentation du neutre ou de l’androgyne. Allons donc : dépasser l’espace d’indétermination sexuelle et de genre réclamée par les queers, n’offre qu’une marge étroite, car cet espace est extrêmement exigu. Mais déjà dit et redit mille fois par les radicales. Faut-il encore et toujours se répéter ?

 » Le procédé qui consisterait à neutraliser tous les termes en employant systématiquement le masculin n’aurait pour résultat, en l’état actuel de la langue, que l’occultation, dans le texte, des femmes et ne ferait que perpétuer la tradition. Se trouveraient évincés du discours, non l’oppression, mais l’opprimée, non le féminin, mais les femmes.(18)  »

Et j’ajouterai : évincé, non les genres, mais les lesbiennes. Puisque  » le genre est une farce ontologique  » (Monique Wittig, La pensée straight) je repose la question :

Qui est L ? De quelle  » visibilité  » identitaire ou de quel sujet est-elle la lettre d’impasse ?

Est-elle vouée à rester cette  » anomalie qui réclame le nom caché  » , de Djuna Barnes ? Et nous, ici, oeuvrons-nous toujours dans un projet révolutionnaire incarné ? Et quelle pensée non volatile incarne en 2005 un corps lesbien, plus de trente après la publication du Corps lesbien de Wittig ? (Le concept-image de volatile est emprunté à Causse dans l’interloquée :  » Une pensée qui n’est pas soutenue par un corps est une pensée volatile (19)  » )

Quel est alors ce « sujet lesbienne  » de nos livres implacables ? Quel est même ce  » nom  » de lesbienne ? Katy Barasc a retravaillé ces questions, qui sont d’ordre philosophique, comme on travaille une pâte reposée sous la haute main de la généalogie (20) . Tout est à reprendre, même les interrogations. d’ailleurs  » Il ne s’agit pas de trouver de nouvelles réponses à de vieilles questions (…) mais d’ouvrir les brèches pour un futur vivable (21) . » Le passé n’est pas vivable, on ne le sait que trop. Quant au demain, devrons-nous, comme nous avons porté les corps sanglants des femmes avortées dans l’illicite, porter longtemps le fardeau mental des homosexuelles ?

Oh redonnez-moi la Babel de nos pensées NON volatiles !

 » Une lesbienne est radicale ou n’est pas lesbienne, disait ( avec beaucoup d’autres choses) Nicole Brossard. Devrions-nous alors, non pas nous séparer mais nous réparer, et pour cela demander réparation -oh symboliquement- à celles qui nous freinent, les satisfaites, qui nous pèsent et nous retiennent de tout leur ancrage dans la fratriarchie ? Celles, les  » excisées mentales « , à qui peu ne chaut, entre autres, des excisées réelles ? Comment redéployer notre agency, notre puissance d’agir ?

Peut-être, nous, Anciennes, oubliant notre fatigue, nous re-exercer à la jouissance ? Triompher de la mise sous silence ou de l’in-signifiance ? retrouver le goût le défi le panache le rien-à-perdre ? Ranimer cette lavender menace que nous représentons et qui nous a tant et tant fait rire ? Notre langue est difficile. Mais  » une langue difficile peut changer un monde brutal  » – et comment ne pas être d’accord, dans ce cas, avec Judith Butler ! laquelle précise, parlant d’or, qu’une langue remettant en question le sens commun  » peut aider à déterminer les voies d’un monde socialement plus juste (22)  » . Semble lui faire écho Michèle Causse (mais cela 20 ans plus tôt – elle le disait en 1988 ! ) : « Récupérer le sujet de l’énonciation exige aussi la maîtrise de l’énoncé (23)  » .

Alors : Voulons-nous la maîtrise de l’énoncé ? Voulons-nous re-agir sur le SUJET de l’énonciation, au lieu de le laisser être « récupéré  » par d’autres, plus pressé-es (cf.  » jouir sans entraves  » ! ) ou moins scrupuleuses ? Lorsque sous ma bouche la raison du monde ruisselle… (24)

Alors : je… Ou j/e ? Quel en-je ? En tout cas : cette elle en chacune qui disais-je n’a  » rien à perdre  » , qui peut dire  » d’après-moi  » ou  » en-ce-qui-me-concerne  » , cette je-e-là dit que notre désespoir doit sans cesse être réinvesti dans son dépassement.

La dialectique dialogale entre désespoir et colère, entre fureur et jubilation n’est certes pas la voie la plus calme (il m’arrive d’être très-énervée) et le  » moi  » ne sait parfois plus où donner de la tête, sic.

Mais lorsque sous ma bouche la raison du monde ruisselle …

C’est aussi avec la poésie que je veux conclure. Revenir au poème : comme pour y protéger la paix au coeur de ma colère. Le faire exprès signifie partager avec vous l’humour nécessaire au désespoir. C’est qu’il ne s’agit pas d’être  » à moitié  » pessimistes, ni  » à moitié  » lucides, ni donc  » à moitié  » furieuses, il faut l’être  » à la perfection » .

Comme c’est étrange le

le bruit des explosions dans les cafés

le nombre des martyrs

des illetrés

des buveurs de bière et de thé

le nombre des morts mon amour c’est étrange

deux femmes qui s’aiment dans l’angle

du plaisir fou c’est étrange le plaisir

le nombre des saisons qui diminue

le futur qui rétrécit dans le silence

comme si nous rêvions avec une ardeur

sans nom

pour cogner dans l’histoire

en pleine crise d’espoir

c’est si étrange

le trafic des êtres et des bêtes

les visages, les cornes, les défenses

les sexes

comme c’est étrange

que pour éviter le pire

l’âme laisse les épines se multiplier

dans les ruelles, les bars

les musées et les jardins

c’est étrange comment

tu dis vouloir recommencer à plier par en dedans

la planète pour qu’il y ait

du vent dans les traductions,

qui augmente la passion

comme c’est étrange quand

tu me dis sors de ta solitude

et que je n’entends rien

les yeux branchés sur la nuit

donne-moi une allumette

il fait noir dans notre humanité

C’est étrange, Nicole Brossard, (inédit)

Mon amour, je te la donne cette allumette.

Pour illuminer notre langue.

Notre langue est difficile.

Pour changer un monde brutal.

Notre désespoir sera sans fin réinvesti dans son dépassement.

Jacqueline Julien Rome, mai 2005

[1]

[1] Notes :

1-Sur l’histoire de la visibilité lesbienne en france, lire de Brigitte Boucheron « La visibilité lesbienne en France, it’s a long way  » , Lesbia Magazine, N° de juillet-août 2005. Panoramique extra-documenté en version remaniée et élargie de « France, années 90 : la décennie lesbienne  » , conférence donnée en 1999 au Séminaire Orientation et identités sexuelles, questions de genre – Équipe Simone, conceptualisation et communication de la recherche/femmes, université Toulouse-Le Mirail.

2-Déjà fait on dirait (ouf ! les lesbiennes polonaises n’ont même eu besoin de l’étape laborieuse du féminisme, elles/ils -puisqu’il faut les associer aux GBT -, sont passé-es directement au queer) : les 18-20 septembre 2005 à Bielsko-Biala, se tiendra le colloque : Queer community/ies, queer exclusion/s

3- In Questions féministes, mai 1980, n°8 ; – The Straight mind and others essays, Beacon Press, 1992, rééd. dans Monique Wittig, La pensée straight, Balland, 2001.

4-Voir Danielle Charest,  » Intégrationisme : les contrats apparentés au mariage. Une fuite en arrière  » in lesbianisme et féminisme, éds. N. Chetcuti et C. Michard, L’Harmattan, 2003. Et communication au colloque de Rome,  » Le sujet lesbienne  » , mai 2005.

5- Voir aussi Brigitte Boucheron (article cité note 1), qui commente ainsi la triste acculturation lesbienne :  » Trop de lesbiennes sont acculturées, phagocytées par la culture hétérosexuelle et gay, trop peu souhaitent l’existence d’une culture lesbienne, trop peu sont porteuses d’une ambition lesbienne, trop peu souhaitent autre chose que l’aménagement d’un  » territoire intérieur  » , confortablement interné en l’hétérosexualité.  »

6-Rosanna Fiocchetto, Phénoménologie et pratique de la fureur. Amazones d’hier et d’aujourd’hui (voir espace lesbien n°4, mais sa communication romaine au colloque de mai 2005 a été enrichie par un commentaire raisonné de la situation italienne en 2005)

7- Brigitte Boucheron, article cité.

8-Gay & Lesbian Pride de Bari, 6 juin 2003 (les desiderandae m’y avaient invitée pour « raconter Bagdam »). En Italie les fiertés nationales sont chaque année organisées par une (grande) ville différente. En 2000 ce fut à Rome (fierté nationale et mondiale) et malgré les intimidations et menaces pour la faire interdire (ou plutôt grâce à cela), cette Fierté s’est transformée en gigantesque manif ( 500 000 personnes !) de tous les laïques et gauche hétéro confondus et cette fois solidaires pour faire la nique au jubilé fondamentaliste catholique romain. Cette année 2005, ce sera à Milan, et il semble que cette Fierté soit organisée par le mainstream (droit au Pacs, enfants, etc.). D’où la colère de nos amies lesbiennes séparatistes, organisatrices du colloque de Rome.

9- Lire à ce sujet, et concernant l’Italie, Simonetta Spinelli, « L’espace du désir » : la réception de l’oeuvre de Wittig en Italie » , in Parce que les lesbiennes ne sont pas des femmes, eds M.-H.Bourcier et S. Robichon.,éd. gaies et lesbiennes, Paris, 2002.)

10-Concernant l’accès à nos oeuvres, difficultés de tous ordre dont les causes principales sont la mauvaise volonté éditoriale (même Le puits de solitude de Radclife Hall n’est pas réedité, alors que ce classique devrait être en livre de poche !) et le manque de moyens que nous investissons pour nous éditer et nous diffuser. En Italie, Wittig est introuvable et pratiquement impubliée. Voir Simonetta Spinelli, article cité.

11-Audre Lorde, Sister Outsider, The Crossing Press Feminist Series, Freedom California, 1984 ; – Sister Outsider, Essais et propos d’Audre Lorde sur la poésie, l’érotisme, le racisme, le sexisme,.éd. Mamamélis (Genève, CH) et Trois (Laval, Canada), 2001.

12-Danielle Charest, article cité et communication au colloque de Rome,  » le sujet lesbienne  » , mai 2005.

13- Modèle du genre et dernier en date (mai 2005, sur TV5) : Mes questions sur… des femmes qui aiment les femmes, de Serge Moati. Fascination morbide de l’hétéromasculinisme, transpiration de curiosité agressive, le tout criblé d’arrogance et confondant d’ignorance. Mais, deux exceptionnelles exceptions à la règle : en étroite collaboration avec Bagdam Cafée, La sexualité lesbienne, de Catherine Muller-Feuga, France3-Sud, 1996, avec Marie-Jo Bonnet, Michèle Causse, Jacqueline Julien. L’autre divine surprise, ultra-récente, est le film réalisé par Michèle Causse, de Michel Garcia-Luna, Un écrivain en terres occupées, 50’. Bijou de didactisme sur le lesbianisme radical et le chantier entrepris par Michèle Causse sur le langage. Un DVD à commander : Luna.prod@wanadoo.fr

14-Tolérance repressive  » (…) par laquelle les dominants, loin d’abandonner leurs tentatives d’imposer leurs normes, font mine d’accepter les différences pour mieux les contrôler  » . Brigitte Boucheron, article cité.

15- Edda Billi, lesbienne féministe italienne  » historique  » , responsable administrative de la Casa internazionale delle Donne de Rome.

16- Voir à ce sujet la communication de Luki Massa qui rappelle sa stupéfaction consternée lors de la Fierté nationale italienne à Naples en 1996, où plusieurs associations lesbiennes proclamèrent (fièrement !) leur « normalité  » (slogans chantés et banderoles).

17-Teresa de Lauretis : ce concept de la  » presumption of heterosexuality  » chez les femmes, figure entre autres dans son article  » Quand les lesbiennes n’étaient pas des femmes  » , in Parce que les lesbiennes ne sont pas des femmes, eds. M.-H Bourcier et S. Robichon, éd. gaies et lesbiennes, Paris, 2002. En Français, c’est hélas le seul article accessible de cette grande théoricienne italienne enseignant aux Etats-unis, dont l’oeuvre est traduite dans de nombreuses langues. Voir note 10.

18-Catherine Ecarnot, L’écriture de Monique Wittig. A la couleur de Sapho, L’Harmattan, 2002. Voir aussi sur ces sujets la brillante anthologie qui vient de paraître en anglais (fevrier 2005), éditée par Namascar Shaktini : On Monique Wittig Theorical, Political, and literary essaysed. Namascar Shaktini University of Ilinois Press, Urbana & Chicago, 2005. http://www.press.uillinois.edu Catherine Ecarnot et Namascar Shaktini ont toutes deux été intervenantes au 3e colloque de Bagdam (2002). Leurs superbes communications sur Monique Wittig sont à lire dans Espace lesbien n°3,  » Le sexe sur le bout de la langue  » , Bagdam Espace édition, sept. 2002.

19-Michèle Causse, L’interloquée, Les oubliées de l’oubli, Dé/générée, éd Trois, laval, Québec, Canada, 1991.

20-Katy Barasc,  » Généalogie du mot lesbienne. Du subir au jouir  » in Espace lesbien n°4, Fureur et Jubilation, Bagdam Espace édition, oct. 2004. Et communication au colloque de Rome, Le sujet lesbienne, mai 2005.

21-Françoise Armengaud, Avertissement à L’interloquée, op. cit.

22- Judith Butler,  » Changer de sujet : la resignification radicale  » in Humain, inhumain. Le travail critique des normes. Entretiens, éd. Amsterdam, Paris, 2005.

23-L’interloquée, op.cit.

24- Nicole Brossard, Picture Theory, Ed. Nouvelle Optique, 1982, rééd. L’Hexagone, Montréal, Québec, Canada, 1989.

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6 Réponses to “F (emale) to L (esbian) Pour un nouveau genre de visibilité”

  1. vi Says:

    C’est un très bon article …
    ciao
    v.

  2. arash Says:

    خهصعی

  3. arash Says:

    arash .

  4. mauvaiseherbe Says:

    arash a dit :
    juillet 12, 2008 à 3:38 e

    Très bonne idée de provoquer par vos interventions une curiosité vers cet excellent texte de Jacqueline Julien.

  5. semaphore Says:

    (-: où comment servir une cause en voulant lui nuire!…

    Cet article tenant une place privilégiée dans mon florilège personnel

     » c’est si étrange

    le trafic des êtres et des bêtes

    les visages, les cornes, les défenses

    les sexes

    comme c’est étrange

    que pour éviter le pire

    l’âme laisse les épines se multiplier »
    N. Brossart

    « je répète, la révolution lesbienne n’oeuvre pas à la seule subversion d’un Ordre moral (prisée surtout par les gais), mais au renversement du mythe de la féminité, au démantèlement des rôles imposés à la différence femelle.

    Nous avons nous-mêmes initié la démolition théorique de la dualité des sexes – l’enjeu véritable, et non le jeu (ou alors l’en-je), étant de faire rendre gorge à l’héteronorme donc à LA norme, de faire imploser l’hétérosexualité donc LA sexualité, de déminer l’hétérosociété donc LA société. Si chez Wittig, comme chez Causse, le lesbianisme radical opère dans le champ littéraire, c’est qu’il est ” le lieu privilégié pour faire advenir un sujet un jour. »

    « Mon amour, je te la donne cette allumette.

    Pour illuminer notre langue.

    Notre langue est difficile.

    Pour changer un monde brutal.

    Notre désespoir sera sans fin réinvesti dans son dépassement. »

    Jacqueline Julien

  6. wildo Says:

    En ce jour de 14 juillet – jour de téstostérone nationale – je me sens un peu ridicule (mais jamais deséspérée par contre) avec ma subversion lesbienne … ;-)


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