Un féminisme gangrené par le relativisme

03/03/2008

Aux insoumises de ce monde.

par Micheline Carrier

Comme des otages atteints du syndrome de Stockholm (1), des féministes ont commencé depuis quelque temps à trouver des vertus à l’oppression et aux oppresseurs. Des silences aussi bien que des prises de position illustrent cette forme d’accommodement. Les exemples les plus courants sont ceux de la prostitution et des symboles religieux, par exemple le port du foulard islamique. Parce que quelques-unes l’ont affirmé, on s’est fait accroire que la plupart des femmes prostituées et des femmes portant le foulard islamique ont le choix. C’est commode, on n’a pas à remettre en question les codes patriarcaux profanes ou religieux qui incitent à faire un tel « choix », ni surtout à interpeller ceux qui en tirent profit : pères, frères, conjoints, patrons, collègues, amis, voisins.

Au Québec, on marche sur des chardons si l’on s’avise de critiquer les valeurs sexistes et les coutumes misogynes de certains groupes ethno-religieux. Critiquer le sexisme des Québécois de souche, d’accord. Mais critiquer publiquement le sexisme des Québécois dont les coutumes et la religion écartent les femmes des lieux publics fréquentés par des hommes, leur imposent de se cacher ou de se raser les cheveux, les placent en retrait dans les lieux de culte ou leur interdisent certaines fonctions publiques, ce serait du racisme. Dénoncer le Vatican, mais pas les imams, les rabbins et les intégristes religieux bien que les uns et les autres voient les femmes comme des êtres à soumettre. On dit agir ainsi au nom de la « tolérance » et du « respect ». L’égalité des femmes et des hommes ne concernerait-elle donc pas tous les groupes ethno-culturels qui composent la société québécoise ?

Pour une féministe, c’est aussi un exercice périlleux de critiquer des positions ou des non-positions d’autres féministes. Plusieurs ont choisi de se taire de peur d’apporter de l’eau au moulin des adversaires, toujours à l’affût des divisions, ou de se faire reprocher leur « manque de solidarité ». Quand des récalcitrantes insistent trop, on impose un moratoire ou la censure, comme cela s’est produit pour les débats sur la prostitution et sur l’extrémisme religieux dans des listes de discussions féministes. Tant de luttes menées par des femmes pour le droit de prendre la parole…

La société entière est gangrenée par un relativisme multiforme, et le féminisme n’y échappe pas. Tous les systèmes de valeurs s’équivaudraient et, si on n’adhère pas à ce credo, c’est qu’on est une fieffée occidentale blanche, colonialiste et peut-être même xénophobe. On tente parfois de se faire accroire que porter le voile islamique (hijab, foulard, burqa) ne signifie pas autre chose que de porter un quelconque vêtement, comme on s’est fait accroire que la prostitution est simplement un “travail comme un autre“ et un mode de vie marginal. C’est un choix, et de quel droit discute-t-on le choix d’autrui ? Certaines « éprouvent » et « pensent » ce que toutes les femmes musulmanes sont censées éprouver et penser face aux critiques du foulard islamique. Elles se sentent « humiliées », « exclues », « rejetées », « jugées »… par procuration. Mais on a la solidarité sélective. Cette belle empathie s’étend-elle autant aux femmes musulmanes qui, au Canada comme dans le monde entier, refusent un symbole religieux qui s’accompagne le plus souvent de la perte de leurs droits fondamentaux, ces femmes qui subissent des menaces en raison de leur insoumission ?

Tout le monde sait que, chez les musulmans, seules les femmes sont encouragées à « faire le choix » de porter un signe distinctif qui les stigmatise, mais on n’aurait pas le droit de s’interroger publiquement sur le sens et les conséquences de cette « distinction ». Il me semble qu’une telle attitude n’a rien de féministe. Il y a plus d’indifférence ou de condescendance que de respect et de tolérance dans le fait d’accepter que des femmes canadiennes, quelle que soit leur origine, – en l’occurrence il s’agit de Canadiennes musulmanes – soient marquées publiquement comme des êtres mineurs et dangereux pour l’autre sexe, qu’elles soient utilisées (« instrumentalisées ») comme porte-étendard idéologique et marginalisées par leur propre communauté. Pour démontrer ô combien elles sont tolérantes et solidaires, certaines ont même suggéré de manifester en faveur du droit de porter ce symbole imposé aux femmes musulmanes.(…)

 

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6 Réponses to “Un féminisme gangrené par le relativisme”

  1. Lory Says:

    Tout à fait, il y en a meme pour leur faire de la pub, comme cette traitresse-là: http://blog.emceebeulogue.fr/post/2007/12/26/Femme-devoilee-femme-liberee
    avec le « soutien » des « copains du Rezo » qui nous fourguent en prime les lumières d’Alain Gresh et frère Tariq.

    Moi je dis que « les copains du Rezo », ils ont un foulard dans un main derrière le dos quand ils s’adressent aux femmes, comme d’autres proposent des bonbons aux petits nenfants à la sortie des école.

  2. macdougal Says:

    Cet article est très intéressant. Il pose bien le problème du contenu du féminisme, de sa définition. De retour en arrière en retour en arrière on en arrive à un féminisme vidé de toute substance. En fait on en arrive à demander ce qu’on a toujours demandé à la femme, d’être tolérante, compréhensive, patiente, respectueuse des choix des autres, quand ces choix vont dans le sens du patriarcat.
    Le mot « racisme » ressort vite et d’ailleurs dans la première réponse à l’article de Micheline Carrier le mot est ressorti , à croire que la personne n’avait pas lu l’article.

  3. Emelire Says:

    je l’ai lu aussi et je trouve ça intéressant. Tiens d’ailleurs les féministes pointent aux USA que si B. Obama prenait en racisme ce que H. Clinton prend en sexisme, ce serait dénoncé haut et fort. Là, rien :o/

  4. semaphore Says:


    just a little smile

  5. mauvaiseherbe Says:

    « Les femmes ont été la cible de haine à cause de leur sexe/race/origine ethnique/religion ; elles ont été violées, battues, envahies dans leur esprit et leur corps et forcées à enfanter ; elles ont toujours été majoritaires parmi les pauvres, les analphabètes, les handicapés, les réfugiés, les soignants, les séropositifs/sidéens, les impuissants. Nous avons survécu à l’invisibilité, au ridicule, aux intégrismes religieux, à la polygamie, aux gaz lacrymogènes, au gavage, à la prison, à l’asile, au sati, au purdah, aux mutilations génitales, aux bûchers dressés pour les sorcières, aux lapidations et aux tentatives de gynocide. Nous avons tout essayé : les appels à la raison, la persuasion et la surqualification, pour apprendre après tous nos efforts que nos difficultés n’avaient rien à voir avec un manque de compétence. Nous savons qu’à l’époque où nous vivons, les femmes perçoivent le monde différemment des hommes – bien qu’elles ne le perçoivent pas nécessairement toutes de la même façon – et qu’elles peuvent gouverner autrement, comme en témoignent Elizabeth Tudor (8), Michèle Bachelet (9) et Ellen Johnson Sirleaf (10) »

    La suite ici http://sisyphe.org/article.php3?id_article=2912

  6. digitale Says:

    …I run to read the continuation
    Thank you for this extract
    Yes! « Goodbye to all that »!


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