Nos amis et nous

04/05/2008

(Première partie)

A propos des fondements cachés de quelques discours pseudo-féministes

Par Christine Delphy 22, Juin 2005

sur http://lmsi.net/spip.php?article431

Introduction

Dans ce texte écrit en 1977, Christine Delphy pointe du doigt un des obstacles majeurs à la lutte pour l’émancipation des femmes : non pas les machos, les brutes épaisses et tous les défenseurs affichés du patriarcat, mais certains hommes « féministes », qui affichent leur dévouement à la cause et sont suffisamment larges d’esprit pour reconnaître la légitimité de l’autonomie des collectifs féministes… mais à condition que, de manière autonome, ces collectifs choisissent de prêter une oreille attentive à leurs conseils et de leur réserver la place qu’ils méritent ! Aujourd’hui, ces « amis » sont toujours là, toujours prompts à prendre – et à garder – la parole pour expliquer aux féministes comment faire pour s’émanciper. Avec un langage certes plus raffiné, en appelant par exemple à la « déconstruction des identités de genre » ou aux « devenirs-minoritaires », ils ne cessent pas de ne pas s’interroger sur leur place, en tant qu’hommes, dans les luttes féministes. Trente ans après sa première publication, ce texte de Christine Delphy garde hélas toute sa pertinence en ce qui concerne les « amis du féminisme » ; et au-delà du féminisme, il propose une réflexion largement transposable aux autres mouvements autonomes qui se construisent en réaction à une oppression spécifique. Il permet notamment d’éclairer et de déconstruire la floraison de conseils et de mises en garde amicales que reçoivent aujourd’hui les « Indigènes de la République ».

Article

Nous comptons de bons amis parmi les hommes. Nous les fuyons comme la peste, et eux tâchent de forcer notre intérêt : qui ne reconnaîtrait là la démarche même de l’amitié ? Y. Florenne, aux premiers rangs de ceux-ci, n’arrête pas d’être amical du haut de sa colonne du Monde. C. Alzon, du haut de sa tribune du même ou de sa chaire de Vincennes, se proclame « féministe ». Nous nous découvrons tous les jours de nouveaux « amis » : P. Lainé par exemple, découvert dans un numéro spécial que La Quinzaine Littéraire a « consacré aux femmes » en 1974 et qui nous a fait l’amitié d’écrire un livre sur nous, Samir Amin qui « salue le féminisme » dans la revue Minuit (janvier 1974).

Tous ces amis, ces partisans masculins de la libération des femmes, ont plusieurs points communs :

– Ils veulent se substituer à nous.

– Ils parlent effectivement à notre place.

– Ils approuvent la libération des femmes, et même la participation des susdites à ce projet, tant que libération et femmes les suivent et surtout ne les précèdent pas.

– Ils veulent imposer leur conception de la libération des femmes, qui induit la participation des hommes, et réciproquement ils veulent imposer cette participation pour contrôler le mouvement et le sens : la direction, de la libération des femmes.

Aussi bienveillants soient nos amis masculins, ils ne peuvent s’empêcher de laisser poindre, à un moment ou à un autre, le bout de l’oreille. Ils comprennent les mouvements de libération des femmes, jusque dans leur non-mixité disent-ils : « Bien sûr, les opprimés doivent se libérer eux-mêmes. » En ceci ils se distinguent de et se montrent supérieurs à la grande majorité des hommes, qui ne comprend pas, et qu’ils renient vertueusement. Eux montrent une attitude « ouverte » : ils essaient de comprendre parce que ce sont de fines têtes politiques, du genre qui sait flairer avant tout le monde d’où souffle le vent. Mais justement, en tant que fines têtes politiques, c’est leur devoir de produire de fines analyses. Et ceci les conduit inévitablement à repérer, ici ou là, des points négligés par les femmes, qui restent, entendons-nous bien, les actrices principales de leur libération. Mais, ayant repéré, il serait malhonnête, voire inamical, de ne pas nous indiquer ces points par nous négligés. Et indiquer ils font, gentiment, mais fermement.

Où l’on voit qu’il y a mieux qu’un silence de femme : une parole d’homme

Ainsi Chénau, l’un de nos meilleurs supporters, en une page, dans La Quinzaine Littéraire, produit une analyse définitive des mouvements de femmes et – amitié oblige – des gouffres qui les guettent et qu’elles n’ont pas vus, mais que lui voit. Ces mouvements ont pris une mauvaise voie – une voie non-chénauienne. Son devoir, qu’il assume tristement mais courageusement, est de nous avertir que, dans ces conditions (de non-chénauité), nous courons à notre perte. Et croyez bien qu’il en est désolé mais il y a réfléchi une page entière. Alors… que peuvent des milliers de femmes et des milliers de pages venant du monde entier contre la pénétration politique d’un Chénau ? Pour lui, rien. Que ces groupes qui travaillent depuis six ans sur une question dont il dispose en soixante lignes, et tout seul, arrivent à des conclusions opposées aux siennes ne le fait pas douter une seconde de la validité de son analyse : si quelqu’un se trompe, ce n’est pas lui.

Y. Florenne, lui, sait mieux que les femmes quelle psychanalyse les opprime et à laquelle elles doivent s’attaquer. Lui aussi, et avec le même regret, se doit de nous signaler que nous nous sommes trompées de cible. Ah, si seulement il y avait plus d’hommes comme lui parmi les femmes !

C. Alzon fait chorus avec Florenne, mais sur un ton déjà plus sec. Car si le premier prétend encore « plaisanter » en disant que « le féminisme est une chose trop sérieuse pour être laissée aux femmes », C. Alzon ne rigole plus du tout : le féminisme est son affaire et ces bons dieux de bonnes femmes sont en train d’y foutre la merde. A preuve : elles ne traitent pas des problèmes qu’il a mis sur leur agenda (car c’est son affaire mais c’est à nous de faire le travail), se plaint-il dans sa tribune du Monde. Et encore si c’était question de paresse : mais c’est pire. Il détecte de la mauvaise volonté, voire de la mauvaise foi : il diagnostique que si nous ne traitons pas des problèmes qu’il a décidé que nous devions traiter, c’est parce que nous ne sommes pas prêtes à « tenir compte loyalement de la biologie et de l’ethnologie ».

En somme, mais est-ce étonnant de la part de femmes, nous refusons un combat d’homme à homme avec ces êtres (la « biologie » et « l’ethnologie » doivent être des personnes de chair et de sang puisqu’on peut être « loyal » ou « déloyal » avec elles). Et notre déloyauté elle même doit être mise au compte d’un « manque d’honnêteté élémentaire ». Et « ce n’est pas tout ». Nous « préconisons » des « solutions inacceptables » (pour qui ?). Enfin nous ne « précisons pas » que la non-mixité est « affaire de tactique et non de dogme ». Peut-être que nous ne savons pas ? Mais alors quand on ne sait pas Mademoiselle on ne lève pas la main. Rasseyez-vous et laissez la parole à votre petit camarade qui sait : sait ce qui est affaire de tactique et sait ce qui est affaire de dogme, en bref sait ce qu’est le « radical-féminisme ». Et là, évidemment, Alzon a une longueur d’avance sur nous puisqu’il a inventé le mot. En tous les cas le « radical-féminisme » est là : le modèle en est tout clair dans la tête d’Alzon, et les femmes sont tout simplement en train de dévoyer ce modèle.

Mais d’où ces hommes tiennent-ils une vue si claire non seulement de ce que devrait être le féminisme, mais de ce qu’il est dans son essence, essence dont les mouvements réels ne sont à leurs yeux qu’une incarnation contingente, un reflet, et, à les entendre, une imitation tout à fait approximative sinon carrément insatisfaisante ?

Le fait de ne pas participer à ces mouvements réels, de ne pas en suivre les discussions et les débats contradictoires, enfin le fait de ne pas être des individus directement et premièrement impliqués, ne semblent pas pour eux constituer un obstacle à la prise de positions. Ils pensent que leurs opinions sont non seulement aussi valables que celles des individus susmentionnés, mais mieux, qu’elles sont plus valables. Il semble qu’ils conçoivent leur inévitable non-engagement, leur statut d’observateurs, non comme un handicap, mais au contraire comme un avantage. Cette conception implicite va de toute évidence à l’encontre de leurs propres principes politiques et de ceux qu’ils acceptent en acceptant les mouvements de libération des femmes.

Pourquoi cette contradiction flagrante ? C’est que nous ne sommes pas des opprimées comme les autres. Ils n’oseraient jamais « conseiller » les Noirs, les peuples du Tiers-Monde, les Palestiniens – à plus forte raison « rectifier » leurs « erreurs » – sur la façon de mener la lutte contre eux, Blancs occidentaux [1]. Ils n’oseraient jamais sous-entendre que ces opprimés-là sont « à la fois juge et partie », tandis que les oppresseurs ne seraient « que juges » ( !), comme ils le sous-entendent constamment à propos des femmes. L’« amitié » de nos amis est du paternalisme : une bienveillance qui comporte nécessairement une bonne dose de mépris, mieux, une bienveillance qui ne s’explique que par le mépris. Ils se mêlent de nos affaires parce qu’ils nous estiment incapables de nous en occuper.

Mais « ce n’est pas tout » : la vérité – une autre vérité – c’est qu’ils ne peuvent se résigner, eux qui sont les premiers partout, à ne plus l’être aussi là : or, là, ils ne peuvent manifestement pas l’être. Leur bienveillance n’est qu’une tentative de garder une place, de n’être pas exclus. Il existe une raison objective et majeure à leur tentative de contrôler la direction des mouvements : la peur qu’ils ne se dirigent contre eux : mais de surcroît une tendance imprimée en eux dès leur naissance, et devenue une seconde nature, est plus forte qu’eux : il faut que cette place soit leur place, et leur place, c’est devant.

On l’a vu d’une façon spatiale à la première grande manifestation de femmes en novembre 1971 pour la liberté de l’avortement. Si un tiers des hommes était derrière, comme convenu, les deux autres tiers étaient devant, cachant les femmes, laissant croire qu’il s’agissait d’une manifestation usuelle, c’est-à-dire d’hommes. Aucune exhortation ne pouvait les convaincre de se remettre, sinon derrière, au moins dans les rangs. Et pourtant ils étaient conscients qu’il s’agissait d’une manifestation de femmes. Mais leur conditionnement allait contre les conséquences pratiques de ce fait. Il fallait que là encore ils soient, comme d’habitude, au premier rang de ce qui se passait, quitte à mettre en échec l’objectif politique qu’ils approuvaient.

Où est alors la différence entre ces « amis » et nos ennemis déclarés, ceux qui nous traînent dans la boue et nous couvrent de ridicule ? C’est une différence de moyens et pas de fin, ou comme dirait Alzon, une « affaire de tactique », et non de stratégie. Les premiers nous attaquent de front et avouent franchement (« loyalement » ?) leur objectif : rester à leur place (et donc nous maintenir à la nôtre). Nos amis, eux, ont choisi d’essayer de garder leur place d’une façon plus subtile, mais aussi plus complète. Car les premiers sont exclus, de peu puisqu’il leur reste la société entière, mais au moins des rangs féministes, tandis que les seconds ne visent à rien moins qu’à maintenir leur pouvoir jusqu’à l’intérieur du petit bastion de résistance à ce pouvoir.

Au printemps 1971, nous avons essayé à plusieurs reprises de passer un papier dans Le Monde, avant et après le manifeste « des 343 » pour expliquer notre position. Le Monde nous l’a toujours refusé, sous le prétexte que cette position était déjà exposée. C’était faux : de 1970 à 1971 il était paru une soixantaine d’articles sur l’avortement dans ce journal. La moitié provenait des réactionnaires, l’autre moitié des réformistes, la moitié était contre tout avortement, l’autre moitié contre l’avortement libre. Aucun ne défendait la liberté de l’avortement. Le Monde avait donc donné la parole en un an au moins trente fois à Laissez-les vivre et trente fois à l’ANEA (Association nationale pour l’étude de l’avortement) – organisation antidémocratique, élitiste, et anti-femmes, soutenant l’avortement thérapeutique, c’est-à-dire la mise en tutelle des femmes. Jamais Le Monde n’a accordé la parole aux femmes qui luttaient pour elles-mêmes, ni en tant que parties prenantes d’un mouvement historique et international, ni en tant que signataires d’un manifeste qu’il s’est cependant dépêché de publier en première page. Jamais il n’a accepté de présenter une seule fois la position qui était à l’origine du manifeste et qui devait rester le moteur de toute la campagne subséquente, celle pour la liberté totale de l’avortement. à titre de comparaison, notons que M. Badiou, leader d’un groupuscule maoïste qui totalise vingt-cinq militants répartis dans l’université de Vincennes tout entière, eut droit en cette qualité à exposer ses conceptions politiques dans une tribune du Monde.

Juste après le manifeste « des 343 », qui a été invité à parler au colloque organisé par Le Nouvel Observateur, à propos de ce manifeste, le 26 avril 1973 ? L’ANEA, le Dr Milliez, E. Sullerot, etc. mais pas les signataires. Qui, à cause de ce même manifeste, a pu s’exprimer largement dans les journaux ? Les partisans de l’avortement thérapeutique – ceux que le manifeste, de surcroît, combattait et dont le mouvement était en train de dépérir et aurait périclité sans la « bombe » journalistique du manifeste. Ainsi, celui-ci a fait la fortune de ses adversaires : des adversaires de la liberté. C’est par un pur hasard que la position des signataires du manifeste a été publiée dans le livre blanc que Le Nouvel Observateur a fait après le colloque. Il n’était pas prévu par ce journal qu’elle le fût. En revanche les opinions de Milliez, Sullerot, Dourlen-Raulier, etc. avaient été religieusement recueillies et s’y étalaient.

Le Monde, Le Nouvel Observateur, bien, dira-t-on. A quoi d’autre s’attendre de la part de l’establishment ? Parlons alors des « révolutionnaires » : parlons de Maspéro par exemple. Le numéro spécial de Partisans : « Libération des Femmes, année zéro » (n° 54-55, Juillet-Octobre 1970), a été arraché de haute lutte au rédacteur en chef de cette revue, Emile Copferman. Quelques femmes d’un groupe féministe ayant en 1970 proposé un manuscrit à Maspéro, celui-ci refusa de l’éditer et proposa à la place d’en publier des extraits sous forme d’articles dans un numéro de Partisans qui serait entièrement consacré aux femmes. Et de chercher des auteurs pour ce numéro. Et de les trouver. Qui donc, en dehors de nos camarades, devait écrire – qui devait remplir les deux tiers de la revue ? Des spécialistes. Des spécialistes de quoi ? Mais du marxisme, voyons ! Ainsi Emmanuel Terray était-il pressenti pour une article sur… Engels, et le reste à l’envie. Voilà ce qu’on appelait et continue d’appeler un « numéro consacré aux femmes » : des commentaires d’hommes sur des livres d’autres hommes.

Nous sommes allées voir Copferman à trois. Quand nous lui avons dit que nous étions du mouvement de libération des femmes, il nous a toisées :

« Quel mouvement ? »

Ceci pouvait à la rigueur se comprendre : nul ne connaissait notre existence. Mais justement nous étions là pour l’informer. D’être informé – et parmi les premiers – non seulement ne nous a valu aucune gratitude, mais ne lui a pas suffi. Apparemment, qu’un groupe d’opprimés se constitue en groupe de lutte est un acte politique en soi dans tous les cas, sauf dans le cas des femmes :

« Comment puis-je savoir qu’il ne s’agit pas d’un mouvement petit-bourgeois ? »

Hélas, nous n’avions pas de certificat signé d’un révolutionnaire patenté (lui-même par qui d’ailleurs ?). Ne sachant rien, comme on l’a vu, de la libération des femmes, ignorant tout de sa problématique, Copferman ne doutait cependant pas un instant de savoir quelles étaient les bonnes questions à poser.

Il ne doutait pas de détenir – par quelle légitimité ? – la « Révolution » tandis que nous étions en situation de lui demander un satisfecit. Et il envisageait encore moins que nous aurions pu lui retourner la question : lui demander ses titres de propriété de la Révolution : nous en considérer comme les légitimes héritières, et ne voir en lui qu’un bâtard sans droits. A propos de sa question sur « petit-bourgeois » : qu’elle fût pour nous complètement à côté de la plaque ne lui faisait ni chaud ni froid. Dans les premières réunions du groupe de Paris, alors unique en 1970, nous avons dû vider physiquement des hommes, venus seuls, et persuadés que ces réunions devaient être mixtes. Que les premières concernées fussent d’un avis contraire à celui de l’intrus ne jetait pas de doute dans son esprit quant à la validité de sa propre opinion, pas plus que le fait qu’elles étaient deux cents et lui seul.

Pour ces hommes, je crois que deux cents femmes n’étaient pas une majorité : c’était plutôt comme un seul autre individu, puisque c’étaient toutes des femmes. Et à cet autre et unique individu, l’homme en question se sentait de plus le droit d’imposer son opinion et sa présence.

Pour en revenir à Copferman, son arrogance ne nous a pas intimidées comme il l’espérait, mais indignées : nous lui avons dit qu’un mouvement social n’avait pas à se justifier devant un individu, fût-il rédacteur en chef d’une revue « révolutionnaire », et nous avons pris la direction politique de ce numéro, comme il était normal. Nous avons donc fait seules – ou presque, un certain Godmichau s’étant accroché – ce numéro. Mais Copferman ne se l’est – et ne nous l’a – jamais pardonné. Un numéro suivant de Partisans (n° 57) contenait deux articles vindicatifs vis-à-vis du mouvement des femmes et serviles vis-à-vis de la gauche masculine, que, pour comble d’indignité, Copferman – ou Maspéro, mais qu’importe les individus – avait commandés à des femmes de leur organisation (trotskyste). Et environ un an et demi après, Partisans publiait un article de C. Alzon, que beaucoup ont pris à l’époque pour une femme (ce qu’on devait espérer chez Maspéro puisque l’équivoque – très utile – n’a pas été levée), « La femme potiche et la femme bonniche ».

Cet article acceptait assez du féminisme pour n’être pas récusé d’emblée (et d’autant moins qu’il semblait que l’auteur fût une femme), puis l’utilisait contre lui même : ce qui est la définition de la récupération. Un an plus tard, Maspéro sortait en livre ce texte, à peine augmenté. Inutile de dire que Maspéro avait toujours refusé les quelques manuscrits féministes qui lui avaient été proposés. C’est donc bien notre parole que C. Alzon a prise, et avec l’aide – avec l’empressement complice – de « l’éditeur révolutionnaire de France ». Le contenu du livre est révélateur en soi : mais qu’il soit publié chez Maspéro, quand on sait l’animosité que Maspéro et Copferman (ce dernier a été jusqu’à adresser une lettre d’injures ordurières, par l’intermédiaire d’Actuel, à E. Durand, auteure dans Partisans de l’article « Le viol ») n’ont cessé de manifester au mouvement, était déjà une indication d’antiféminisme.

Quant au numéro de La Quinzaine Littéraire, inutile de dire que s’il a été fait sur les femmes, c’est dans le sens qu’il a été fait sur leur dos : car les mouvements de libération qui en étaient le sujet n’ont été ni contactés ni même prévenus. Un numéro entier sur les mouvements de femmes, qui s’y prétend de plus sympathique, et où la parole n’est pas donnée une seule fois à une quelconque des femmes de ces mouvements ! Voilà une belle performance, qu’on voudrait voir réitérée – pour le sport – au sujet des Palestiniens, des Bretons ou des Jeunes. Mais nul doute que l’on ne le verra pas : l’impudence a ses limites, qu’on ne peut franchir qu’avec les femmes. Mais avec elles, pourquoi se gêner ? C. Alzon, dont on sait maintenant qu’il est un homme et ne fait donc partie, à son grand dam, d’aucun groupe féministe, a écrit ce jour deux tribunes libres du Monde sur… la libération des femmes. On sait avec quel succès nous avons demandé ces tribunes. Et C. Alzon n’aurait jamais bénéficié même d’une tribune sur un autre sujet : c’est parce qu’il parle sur les femmes qu’il a obtenu ces tribunes. Et il ne les aurait jamais obtenues, sur ce sujet non plus, il y a cinq ans : c’est le surgissement des mouvements de libération et la demande de parole des femmes qui a créé une demande de parole sur les femmes.

Le pouvoir mâle non seulement dissocie ces deux exigences, mais utilise l’une contre l’autre : il ne suffisait pas de refuser la parole aux femmes : il fallait, pour mieux rétablir l’ordre, faire parler des hommes sur les femmes. Ces hommes parlent donc doublement à notre place : ils parlent de nous, mieux, de notre libération, et ils en parlent des lieux d’où nous sommes proscrites. Ils ont la parole grâce à nous, mais de plus, en nous la retirant. Plus exactement, c’est pour nous la retirer qu’on la leur donne. Tandis qu’auteurs et réalisateurs anxieux de se faire un nom et une carrière sautent à pieds joints et bras raccourcis sur ce nouveau domaine : la libération des femmes, éditeurs et rédacteurs de livres et de journaux, producteurs de films ou de télévision attendent anxieusement ce qui sera plus encore qu’un silence de femme : une parole d’homme.

Où l’on voit Merlin l’Enchanteur transformer les bonnes intentions en appartenance de classe

Les amis mâles de la libération des femmes – que d’aucunes appellent avec l’impertinence, pire, l’ingratitude, qui caractérisent les enfants gâtées, nos « souteneurs » – ont révélé à maintes reprises que leur compréhension s’arrêtait là où la véritable libération commence. Comment, dans les conditions décrites plus haut, peuvent-ils, sans forfaiture, se déclarer nos « alliés » ? Ils ne le déclarent pas longtemps d’ailleurs. Il n’en faut pas beaucoup pour qu’on s’aperçoive que la bienveillance affichée par laquelle ils prétendent se distinguer des autres hommes recouvre le même mépris que l’hostilité déclarée du grand nombre. Pris la main dans le sac, en flagrant délit de « rectifier nos erreurs », Y. Florenne abandonne vite la carotte pour le bâton :

« Prenez garde, dit-il, de vous aliéner les quelques hommes qui sont bien disposés envers vous. »

Mais pourquoi devrions-nous prendre garde à cela ? N’est-ce pas de nous que dépend principalement notre libération ? Cette mise en garde révèle que nos « amis », qui prétendent le penser, le disent en fait du bout des lèvres, par tactique, mais n’en croient pas un mot : qu’ils estiment « l’alliance » (on verra laquelle) d’une minorité d’hommes plus importante pour la libération des femmes que la prise de conscience de la majorité des femmes.

C. Alzon, lui, le dit carrément : ce n’est pas des femmes, comme on le croirait naïvement, que dépend ultimement l’issue du combat féministe, mais de nos « amis » mâles. Son souci d’appuyer ce qu’il voudrait être vrai des femmes sur une prétendue « loi », le conduit à généraliser, et cette généralisation rend encore plus patente l’absurdité de sa proposition :

« Aucune révolution sociale n’a pu se faire sans l’appui d’éléments issus des castes dominantes. »

On peut soutenir que l’appui de quelques ennemis de classes, ou plutôt d’individus ayant abandonné leur position de classe, car s’ils la gardent, ils restent des ennemis, est utile à certains moments. Dire qu’il est important à tous moments est aller un peu loin. Mais dire qu’il est déterminant, qu’il est une condition indispensable, que sans lui « la révolution ne peut se faire », est à la fois une contre-vérité historique et une ineptie politique, car c’est confondre conviction intellectuelle et position réelle de classe.

« Parole d ’homme » ou l’idéalisme à l’œuvre

La pensée qui peut produire une telle confusion est marquée au coin de l’idéalisme et de la réaction. Y. Florenne va encore plus loin, si l’on peut dire, dans cette pensée. Il affirme – naïvement ? – que le rapport individuel entre un homme et une femme est, de tous les rapports, celui qui est le plus susceptible d’échapper à la société ! On en reste baba.

Quant à Alzon, poursuivant sa confusion jusqu’à son terme logique, il soutient que

« l’opposition n’est pas entre hommes et femmes mais entre le féminisme et l’antiféminisme ».

La position de classe et la façon de la penser, le matérialisme dont il se réclame, sont là complètement évacués : il suffit d’un peu de bonne volonté, et hop ! On peut faire fi de la structure sociale (tout en « luttant quand même contre cette structure », on se demande pourquoi). Et notre grand spécialiste de se précipiter dans une ineptie de plus – on ne pourra au moins pas lui reprocher d’être incohérent :

« l’opposition n’est pas entre Blancs et Noirs mais entre ceux qui acceptent et ceux qui refusent un certain type d’oppression ».

J’aime le « certain type » pour sa pudeur vieille France, pour son flou tout à fait « rétro » ». Mais surtout, que j’aime à entendre des « marxistes » affirmer que tout se passe au niveau des valeurs, mieux, des déclarations d’intentions (pures, bien sûr) : que les luttes révolutionnaires ne sont pas des conflits entre des groupes concrets opposés par des intérêts concrets mais, comme la philosophie idéaliste, tant savante que vulgaire, nous le serine depuis deux mille ans, des conflits d’idées : que le fait de bénéficier de ou de subir l’oppression ne fait aucune différence ! Dire que cela fait une différence, c’est pour Alzon, non pas se référer à la réalité de l’oppression, qui est après tout la raison d’être de la révolution, mais « faire preuve de racisme ou de sexisme » !

Le retournement de l’accusation de racisme est une réaction classiquement défensive et une défense classiquement réactionnaire. Et cela fait quelque temps déjà que l’on voit les femmes accusées de sexisme par des gens qui souvent n’en connaissent même pas le sens originel, mais qui ont l’excuse de ne pas poser aux « révolutionnaires », encore moins aux « féministes ». L’accusation de « contre-racisme » ou de « sexisme à l’envers » est typiquement réactionnaire : elle l’est déjà a priori, avant tout examen, en cela seul qu’elle pose implicitement une symétrie entre oppresseurs et opprimés. Il est incroyable qu’on ose proférer de telles choses à propos des Noirs, dont le mouvement (aux Etats-Unis) est plus ancien, plus connu et plus reconnu, que celui des femmes. Il est incroyable que quiconque se prétendant non seulement au courant des luttes, mais de surcroît « spécialiste », fasse preuve d’une telle ignorance, au sens premier d’absence d’information : et que quelqu’un qui ignore des faits élémentaires de l’histoire contemporaine ose aborder le sujet. En effet, le « concept » de « contre-racisme » a été démystifié depuis longtemps pour ce qu’il est : une tentative d’intimidation. Et ceci n’est pas un développement idéologique récent et mal connu : toute l’Amérique le sait. Aucun Blanc, encore moins un Blanc « libéral », encore moins un « révolutionnaire », n’oserait l’employer aujourd’hui aux États-Unis.

Cette démystification a été l’œuvre de la « nouvelle révolution noire » aux États-Unis, qui a commencé en 1965 par l’exclusion des Blancs des organisations de « droits civiques ». Cette révolution a mis un terme à cinquante ans de réformisme sur le problème racial, cinquante ans de paternalisme blanc. En effet le fonctionnement de ces groupes était fondé sur un déni de réalité, un faire-semblant constant. On faisait semblant, comme le propose Alzon, que la situation où les Blancs étaient oppresseurs et les Noirs opprimés était sans influence sur le fonctionnement des groupes de droits civiques :

– sur leur politique

– sur la structure de pouvoir de ces groupes.

On faisait comme si l’inégalité intrinsèque caractérisant les rapports entre Noirs et Blancs était annulée dès qu’on entrait dans le local de l’organisation. On niait que les Blancs apportaient des ressources politiques supérieures – leurs meilleures connaissances de l’ accès à la structure du pouvoir – et des ressources, qu’on doit pour l’instant, faute d’un autre mot, appeler « psychologiques », supérieures. Comme on ne peut lutter contre ce que l’on ignore, ce que l’on nie, ces facteurs jouaient donc pleinement et sans frein, avec le résultat inévitable que les Blancs occupaient une position privilégiée jusque dans les organisations consacrées à « l’amélioration du sort des Noirs ».

Mais leur présence, en dehors même de toute position dominante dans la hiérarchie du groupe lui-même, avait des conséquences encore plus fondamentales, c’est-à-dire dans des domaines encore plus importants :

– dans la définition des objectifs, qui elle-même est liée à la définition du combat, c’est-à-dire de l’oppression contre laquelle on est censé lutté : les Noirs ne pouvaient en présence des Blancs reconnaître leur propre oppression : d’abord ils ne pouvaient, même s’ils la voyaient, dénoncer la position dominante des Blancs dans le groupe lui-même, puisque le dogme, la représentation officielle du fonctionnement du groupe, dont dépendait l’existence du groupe en tant que tel, c’est-à-dire en tant que groupe mixte, déniait a priori la possibilité d’une telle chose :

– surtout, que les Blancs du groupe aient ou non des positions individuellement dominantes, leur présence renforçait la tendance à adopter la définition dominante, c’est-à-dire la définition blanche de ce dont les Noirs « souffraient ».

Cette idéologie, cette définition par l’oppresseur de ce qu’est l’oppression, diffuse au dehors, intériorisée par les Noirs, était incarnée par les membres blancs du groupe. N’étant pas noirs, ils l’exprimaient « sincèrement », et il était d’autant plus difficile pour les Noirs d’y opposer leur définition que celle-ci n’existait pas vraiment, tandis que la définition des Blancs était la définition officielle. L’opinion des Blancs était donc soutenue à la fois par l’ensemble de la culture – dont les Noirs participent – et par leur prestige d’oppresseurs.

Là résidait un des points cruciaux. Car non seulement ce prestige empêchait les Noirs de trouver leur définition de leur oppression, mais en retour la présence des Blancs les empêchait de lutter contre le prestige que ceux-ci avaient à leurs yeux. En effet, les Noirs ne pouvaient à la fois voir des Blancs et ne pas les voir d’une façon positive : ne pas les admirer, ne pas désirer être eux, puisque ceci est à la fois un des résultats, une des manifestations et un des moyens de l’oppression. Être en présence de Blancs, les voir, c’était dans le même temps et avoir une image positive de la blancheur et en prendre conscience. En prendre conscience, c’était prendre conscience dans le même temps de la base, de la condition nécessaire de cette image positive : l’image négative de la noirceur, et prendre conscience que cette image non seulement existait, mais subsistait et jouait à l’intérieur d’un combat de « libération ».

Ce n’est pas un hasard si l’exclusion des Blancs a coïncidé et avec la mode « afro », qui est bien plus qu’une mode ou même qu’une thérapie, et avec l’apparition du slogan « Black is beautiful ». La non-mixité était la condition logique et historique de la lutte contre la haine de soi. Les faits concrets, l’histoire concrète de la lutte, et des Noirs et des femmes, comme les implications logiques de la proposition que la libération des opprimés est d’abord, sinon seulement, l’œuvre des opprimés, amènent à la même conclusion : les oppresseurs ne sauraient jouer le même rôle dans les luttes de libération que les opprimés.

En attribuant la non-mixité des groupes de femmes à un « reliquat » du « traumatisme » » que « l’autoritarisme mâle » aurait causé aux femmes et en le traitant comme un phénomène passager, et, si non passager, condamnable, C. Alzon est à côté de la plaque autant qu’on peut l’être, et de surcroît il nie tout simplement et l’histoire concrète et les prémisses politiques des mouvements de libération. Sans parler de la condescendance et de l’autoritarisme manifestes dans sa phrase et qui, seuls, suffiraient à la discréditer, Alzon démontre son incompréhension totale et générale, non limitée aux femmes, des processus de libération.

Sa phrase révèle en effet une vision à la fois statique et idéaliste de ces processus. Pour lui il est clair qu’il s’agit seulement, et seulement pour un temps, de contourner un obstacle purement « psychologique », et il est clair aussi que pour lui « psychologique » » s’oppose comme « subjectif » (à la limite « imaginaire », « fantasmatique ») à « objectif » (ce qui est bien la conception vulgaire, c’est-à-dire idéologique), et donc comme « épiphénoménal » à « structurel ». En conséquence, ce traumatisme étant d’après lui un phénomène subjectif est aussi facilement guérissable que toute impression subjective est modifiable. D’autre part, une fois cet obstacle levé, cette maladie guérie par une période de repos (c’est ainsi qu’il voit la non mixité, c’est ainsi seulement qu’elle est justifiée pour lui : la mi-temps pendant laquelle les joueurs pansent leurs blessures), on reprend la partie. La partie, pour lui, c’est une lutte qui n’a plus qu’à procéder : contre une oppression connue.

Cet article a été écrit entre 1974 et 1975 et publié dans le premier n° de la revue Questions féministes. Il a été republié en 1998 dans le livre L’ennemi principal, Economie politique du patriarcat, Paris : Syllepse.

Nos amis et nous

(Deuxième partie)

La révolution : prise de conscience ou match de foot ?

Par Christine Delphy

Juin 2005

Article

On m’accordera que le premier empêchement à lutter contre son oppression, c’est de ne pas se sentir opprimée. Donc le premier moment de la révolte ne peut consister à entamer la lutte mais doit consister au contraire à se découvrir opprimée : à découvrir l’existence de l’oppression. L’oppression est découverte d’abord quelque part. Dès lors son existence est établie, certes, mais non son étendue. C’est à partir de la preuve qu’elle existe qu’on la cherche ensuite ailleurs, ici, là, en progressant de proche en proche. La lutte féministe consiste autant à découvrir les oppressions inconnues, à voir l’oppression là où on ne la voyait pas, qu’à lutter contre les oppressions connues.

Peut-être, sûrement même, ceci n’est-il pas évident ; peut-être faut-il l’avoir vécu pour comprendre cette dynamique, pour comprendre à quel point est fausse la représentation de la libération comme une simple lutte en ce qu’elle implique une vision de l’oppression comme une carte aux points dûment recensés, aux contours exactement délimités, carte sur laquelle il ne s’agirait plus que d’avancer : de gagner des victoires. Bien au contraire, la libération consiste d’abord à élaborer cette carte, car plus on avance, plus on réalise que les contours de ce territoire sont flous et éloignés. Ce procès, ces progrès ne sont pas seulement horizontaux et territoriaux : chaque nouveau territoire annexé à la problématique de l’oppression est aussi et indissociablement une nouvelle dimension, cette fois dans le sens de signification, ajoutée à et donc transformant la définition de l’oppression.

Si on ne peut, sans l’avoir vécu, connaître cela, alors on ne parle pas de ce qu’on ne connaît pas ; et l’impossibilité de le vivre ne justifie pas l’ignorance ; en revanche, elle prouve que la prétention des non-opprimés à participer également à la lutte est absurde. On ne peut admettre que quiconque parlant de libération en ignore le caractère dynamique, que quiconque parlant d’oppression en ignore le caractère objectif à tous les niveaux. Or la phrase d’Alzon, outre qu’elle implique une vue statique de la libération, conçue comme une « lutte », implique aussi une vue à la fois subjective et interpersonnelle de l’oppression subie par les femmes et exercée par les hommes. Pour lui, le seul obstacle à la participation égale des hommes à la libération des femmes est « l’autoritarisme » de ceux-ci (facteur de nature subjective, ce qui signifie pour lui qu’il peut être levé par la seule bonne volonté des hommes) et le « traumatisme » subséquent des femmes, facteur également subjectif.

De cette position idéaliste (voir plus haut à quelles définitions du « psychologique » elle renvoie), il émet la conviction – sujet de rigolade pour les femmes – que l’oppression peut être supprimée d’un rapport individuel homme-femme ; mieux, il insinue, et ce faire-valoir est peut-être le message réel, qu’il l’a supprimée de ses rapports personnels. Ceci revient à affirmer, comme le vulgaire, comme l’oppresseur-type, que tout se passe dans la tête ; et comme pour l’idéologie ce qui se passe dans la tête n’est pas objectif, mieux, est défini par opposition à ce qui est objectif , qu’il ne se passe donc rien. Ceci revient à dire que le « sexisme », expression idéologique de l’oppression institutionnelle, partie émergée du patriarcat, constitue toute l’oppression. C’est nier l’existence de la structure institutionnelle qui cause le « sexisme ». C’est surtout nier que la structure psychologique, qui est le relais de la structure institutionnelle dans la production des « préjugés » et dudit « sexisme », est tout aussi concrète et objective, extérieure à l’action de l’individu, que la structure institutionnelle. L’autoritarisme n’est pas un trait psychologique dont il suffit de prendre conscience pour être à même de s’en débarrasser :

– d’abord, en tant que trait psychologique concret, il ne peut être « aboli » par un acte de volition pure, par une intention non instrumentalisée, pas plus qu’un pont ne peut sauter sous le seul effet d’un désir ;

– ensuite, même si cela était possible, c’est-à-dire si ce trait pouvait, par d’autres moyens évidemment que la simple volition, être supprimé, sa suppression n’abolirait pas ce qui l’a causé à l’origine et le renforce continuellement, ce qui est réellement en cause, ce dont l’existence permet de douter qu’il existe des moyens de le supprimer : l’autorité réelle, c’est-à-dire institutionnelle et matériellement assise, que les hommes possèdent en fait sans avoir besoin de la vouloir, et qu’ils soient « autoritaristes » ou non.

Cette base matérielle sur laquelle croît, qui renforce et que renforce la « constitution psychologique » des individus, nous ramène à la structure sociale contraignante pour tout le monde, à la fois extérieure aux relations interpersonnelles et cadre de celles-ci. Quelles que soient mes « opinions » ou « attitudes » (je suis très polie avec eux, il n’y a pas que C. Alzon qui soit « opposé » à un « certain type d’oppression »), je profite de l’oppression des travailleurs immigrés. Leur exploitation est l’une des conditions de mon existence matérielle. Que je sois « révolutionnaire » ou non ne change rien à l’affaire : je vis comme je vis parce que, entre autres raisons, les Africains sont exploités en France et que l’Occident exploite le Tiers-Monde. Il n’est pas question ici de subtilités morales ni de battage de coulpe, il n’est pas question de savoir si je dois me sentir coupable ou non. Au contraire précisément : je n’ai rien fait pour cela individuellement et ce n’est pas en tant qu’individu que j’en profite, mais en tant que membre d’un groupe que je n’ai pas choisi. Quelles que soient mes réactions subjectives à cette réalité, elle existe ; dans la mesure exacte où je suis exempte d’une exploitation, j’en bénéficie, volens nolens, et de deux façons :

– leur exploitation accroît mon revenu, peut-être d’une façon minime dans la mesure où ce bénéfice m’est à son tour repris par mes exploiteurs ;

– mais surtout, pendant que d’autres font ce travail, je ne le fais pas, tant que d’autres subissent cette exploitation, en voilà au moins une que je ne subis pas ; et inversement : si (et puisque) je (et nous) ne la subis(sons) pas, il faut qu’elle retombe sur d’autres ; sans même parler de bénéfices positifs, je profite de l’exploitation d’autres que moi dans la seule mesure où j’en suis exemptée.

Où l’on voit Merlin l’Enchanteur faire surgir sur l’océan de l’oppression l’île-refuge du couple

De même tous les efforts que fait un homme pour bien traiter sa femme ( je me situe dans une hypothèse optimiste) dans leur relation personnelle, ne peuvent ni cacher, ni abolir, ni même mitiger le fait qu’il doit sa situation matérielle, et pour simplifier ne parlons que de sa situation professionnelle, à la discrimination dont les femmes – groupe dont sa femme fait partie – sont victimes sur le marché de l’emploi. On ne peut dissocier la situation qu’occupent les hommes, donc cet homme, de la situation qu’occupent les femmes, donc cette femme, sur le marché.

La relation interpersonnelle de cet homme et de cette femme n’est pas, contrairement à ce que voudraient nous faire croire nos confrères, une île. Qu’importe qu’ils ne travaillent pas ensemble : leurs situations respectives sur le marché du travail par exemple, en tant que membres de groupes différemment traités sur ce marché, font partie de leur situation globale et donc de leur relation, qui n’a rien à voir en apparence avec le travail ou le marché. Les bénéfices involontaires que l’homme du couple dérive sur la scène « professionnelle » de son appartenance de groupe, ne sont pas évacués sur la scène conjugale, amoureuse, relationnelle, comme on voudra l’appeler. Ils font partie des ressources objectives qu’il y apporte, qu’il le veuille ou non, simplement en apportant sa personne. Les non-bénéfices de la femme du couple font aussi partie de ce qu’elle apporte ou n’apporte pas dans la relation. Un individu-homme n’a pas à bouger le petit doigt pour être avantagé par rapport aux femmes sur le marché du travail ; mais il ne peut pas non plus empêcher qu’il soit avantagé, ni renoncer à son avantage. De la même façon, il n’est pas nécessaire qu’il prenne activement avantage de ses privilèges institutionnels dans le mariage.

Admettons même qu’un homme ne cherche pas à tirer tout le parti de ses avantages à tous les niveaux et des désavantages à tous les niveaux de la femme qu’il a en face de lui. Admettons qu’il veuille poser la relation comme égalitaire. Qu’est ce que cela signifie ? Tout au plus qu’il ne poursuivra pas son avantage volontairement, c’est-à-dire qu’il n’utilisera pas volontairement son avantage initial pour en obtenir d’autres. Mais à cet avantage initial il ne peut renoncer, parce qu’il ne peut à lui tout seul supprimer, détruire ce qu’il n’a pas fait. Et pour la même raison, il ne peut pas plus supprimer les désavantages institutionnels de la femme. Ce n’est pas directement que bénéfices et avantages liés à l’appartenance de groupe (au « sexe ») jouent leur rôle le plus important dans la « relation », mais comme facteurs rendant possible le rapport de forces le plus immédiat. Et celui-ci est dérivé de, mieux, consiste tout simplement dans le fait qu’il n’y a pas, institutionnellement, de symétrie entre les « conjoints » dans une association conjugale ou para-conjugale (et toute « relation amoureuse » entre un homme et une femme entre dans cette catégorie). Les contraintes directement économiques et les contraintes sociales à une association de ce type sont infiniment plus fortes pour les femmes que pour les hommes, les pénalités attachées à son refus infiniment plus dures pour elles.

L’association d’une femme avec un homme n’a donc pas le même sens objectif pour lui et pour elle, ce que reflète la norme idéologique (le mariage et « les relations humaines » en général sont l’affaire des femmes et la préoccupation majeure d’une « vraie » femme), ce que reflète la réalité des subjectivités différentes des hommes et des femmes (l’importance de l’amour et des sentiments en général dans la conscience des femmes). On peut dire que les discriminations sur le marché du travail ne sont là que pour envoyer et renvoyer les femmes au mariage, justement dans la mesure où elles font de celui-ci la « carrière » objectivement la plus profitable, ou la moins mauvaise, pour elles (idéologiquement : leur « destin », leur « raison d’être »).

Cette dissymétrie se manifeste à l’occasion d’un mariage, d’une association donnée, en raison des tensions interpersonnelles qui émergent alors ; mais elle n’est pas causée par cette association. Cette dissymétrie préexiste à l’association ; elle est la raison de sa forme inégale et éventuellement conflictuelle. Mais surtout elle est la cause de l’existence même de cette association.

Pour le moment, on ne peut pas dire que l’incapacité des femmes à vivre pour elles-mêmes – les impossibilités matérielles transformées en interdits par l’idéologie et intériorisées par la conscience et l’inconscient – soient extérieures au fait que ces mêmes femmes aient des « relations » avec les hommes. Peut-être en auraient-elles pour d’autres raisons que la nécessité matérielle, le besoin d’existence sociale, l’absence d’identité propre. Mais ce serait dans un autre monde ; et on ne sait à quelles conduites relationnelles conduiraient, dans un autre monde, ces autres raisons, celles qui sont couramment invoquées : « l’amour », « l’attirance », etc. ; ni même, ni surtout, si ces « raisons » subsisteraient inchangées dans un monde autre, ce qui est douteux. Qu’aujourd’hui et maintenant ces « raisons » existent à titre de raisons est possible, mais peu probable. Ce qui est certain, c’est que ces sentiments existent ; ce qui l’est moins, c’est le rôle qu’ils jouent dans les relations individuelles hommes-femmes ; ce qui est très incertain, c’est leur statut causal.

Si, pour des raisons d’analyse, on isole ces « sentiments », on ne peut connaître leur part exacte dans les relations tant que celles-ci sont surdéterminées : tant qu’elles sont suffisamment expliquées par l’oppression et l’aliénation des femmes. Si on n’isole pas ces sentiments des contraintes, force est de constater qu’ils renforcent l’action de ces dernières, tout en la dissimulant. Dans un type d’analyse, ils ne jouent aucun rôle nécessaire, dans l’autre, ils jouent un rôle certes, mais hautement suspect.

En bref, non seulement il n’est pas nécessaire qu’un homme soit un oppresseur volontaire pour qu’une femme soit opprimée dans une relation interpersonnelle, mais cette oppression générale et antécédente à toute relation particulière est déterminante dans l’existence même de cette relation. L’individu mâle particulier n’a pas joué de rôle personnel dans cette oppression, effectuée avant son entrée en scène ; mais réciproquement, aucune initiative personnelle de sa part ne peut défaire ou mitiger ce qui a été perpétré avant et en dehors de son entrée en scène. Seule une vue idéaliste – mieux, naturaliste – des rapports humains, une pensée qui effectue une coupure arbitraire entre l’individu et la société (qui les considère comme deux ordres distincts, même si on les relie, car les relier c’est les poser comme séparés), une coupure entre « l’extérieur » et « l’intérieur », entre le « politique » et le « personnel », qui postule que :

– les relations interpersonnelles sont affaire de « sentiments » ;

– ces sentiments sont d’une nature a-sociale ;

– de plus ils ne sont même pas affectés par les déterminismes sociaux ;

Seule une telle vue idéaliste produit la croyance que des îlots a-sociaux, des relations personnelles égalitaires peuvent exister à l’intérieur d’une structure oppressive.

Cette pensée doit-elle étonner venant d’un « intellectuel de gauche » ? Oui et non. Oui, si l’on considère le matérialisme comme une discipline intellectuelle qu’il suffit de suivre. Non, si l’on considère que la pensée idéaliste est l’idéologie dominante, qu’elle imprègne toute notre vie et nos concepts les plus terre-à-terre, et que le point de vue matérialiste n’est jamais acquis d’avance mais doit toujours être conquis de haute lutte. La source première de la pensée matérialiste étant l’action politique, il est logique de penser que le point de vue matérialiste sur une question donnée sera produit par un mouvement politique engagé sur cette question, à partir des lieux sociaux où existe un intérêt objectif à démasquer l’idéologie, c’est-à-dire par ses victimes. Ceci ne signifie nullement que ce point de vue une fois produit là ne puisse être adopté ailleurs, et d’une façon purement intellectuelle. L’absence de motivation politique n’explique pas à soi seul l’abandon du matérialisme (si tant est qu’il s’agisse d’abandon). Peut-être faut-il alors recourir à une explication plus cynique de cet abandon, au fait qu’en l’occurrence la pensée matérialiste entre en contradiction avec les intérêts objectifs de classe. Il est certain que la pensée idéologique, appliquée aux femmes, sert les intérêts objectifs des hommes. En tous les cas, on constate que la rigueur intellectuelle de ces derniers s’arrête souvent, pour ne pas dire toujours, aux portes de ce « domaine », quand bien même ils sont matérialistes par ailleurs. La coïncidence entre ce renâclement et leur position de classe est trop marquée pour qu’on y voie l’effet du hasard et non l’effet de cette dernière. Dans ce cas il est intéressant de noter que leurs intérêts objectifs trouvent leur traduction de cette façon : que le mode de pensée de ces hommes à propos des femmes trahit – révèle – leur attachement dissimulé à ces intérêts, en trahissant – en contredisant – leur propos politique avoué.

Où Merlin l’Enchanteur se fait passer pour une bonne fée…

On retrouve la même négation de la réalité politique dans les implications de la proposition selon laquelle la ligne ne passe pas entre hommes et femmes, mais entre féministes et antiféministes. Les implications de ceci sont claires : d’une part les hommes peuvent jouer le même rôle que des femmes dans la libération des femmes ; d’autre part on peut et on doit traiter comme des ennemies les femmes non-féministes, au même titre que les hommes antiféministes. Il est fort possible que toute cette pseudo-pensée ait pour motivation unique la première implication, que tout ce discours soit destiné d’abord à faire accepter une participation égale des hommes à la libération des femmes. Il est particulièrement odieux qu’Alzon n’hésite pas, pour y forcer son entrée, à diviser les femmes. Ce seul fait prouverait, s’il en était besoin, que son souci et son propos ne sont pas la libération des femmes, puisqu’il est prêt à l’affaiblir, ou à tenter de l’affaiblir, si à ce prix il pense pouvoir y trouver sa place.

Il a choisi, pour prouver que les hommes, et lui, peuvent participer à ce mouvement, de prouver que le fait d’être homme ne justifie pas automatiquement l’exclusion, et ceci passe pour lui par l’assertion de la proposition symétrique : que toutes les femmes ne sont pas automatiquement concernées. Bien entendu, prouver qu’en matière de groupe, l’appartenance ou la non-appartenance à ce groupe ne comptent pas est une gageure. Il est plus facile de procéder négativement en divisant les femmes, que positivement en prouvant que les hommes sont autant partie prenante que les femmes de la libération de celles-ci.

Donc, nous devrions traiter les femmes antiféministes comme les hommes antiféministes, ce point une fois acquis signifiant pour Alzon qu’on traitera les hommes féministes comme les femmes féministes. Malheureusement, il y a en l’occurrence pas l’ombre de la symétrie qu’il postule. L’antiféminisme des hommes correspond à leurs intérêts objectifs, il n’y a rien de plus à dire sur ce sujet. En revanche, l’antiféminisme des femmes diffère radicalement de l’antiféminisme des hommes ; il lui est même diamétralement opposé. Ce qui est racisme chez l’oppresseur est haine de soi chez l’opprimée. Il est normal que les femmes soient antiféministes ; c’est le contraire qui serait étonnant. Et la prise de conscience, le « devenir-féministe » n’est pas une Pentecôte soudaine et brutale ; la conscience n’est pas acquise en une fois et une fois pour toutes ; c’est un processus long et jamais terminé, douloureux de surcroît, car c’est une lutte de tous les instants contre les « évidences » : la vision idéologique du monde, et contre soi. La lutte contre la haine de soi n’est jamais terminée. Il n’y a donc pas de rupture abrupte entre les femmes féministes et les femmes « antiféministes », mais un continuum de points de vue sur une même situation. Car, quelles que soient leurs « opinions », les femmes sont opprimées. Leur antiféminisme étant

– un obstacle à la prise de conscience de leurs intérêts objectifs

– et, plus directement : le reflet de leur oppression dans leur subjectivité, est donc l’un des moyens du maintien de cette oppression.

Aussi, tandis que l’antiféminisme des hommes fait partie de l’oppression exercée, l’antiféminisme des femmes fait-il partie de l’oppression subie. Les féministes ne peuvent en aucun cas considérer sur le même pied les hommes antiféministes et les femmes antiféministes, ni appeler ces dernières des ennemies. Elles ne sont pas séparées de nous par des intérêts objectifs mais par une fausse conscience, et encore celle-ci ne nous sépare-t-elle pas vraiment : car nous l’avons eue, l’avons encore en partie ; c’est notre ennemie commune. Quand nous luttons contre leurs « opinions », nous ne luttons pas contre elles, mais contre cette ennemie commune, donc pour elles et pour nous.

Cet article a été écrit entre 1974 et 1975 et publié dans le premier n° de la revue Questions féministes. Il a été republié en 1998 dans le livre L’ennemi principal, Economie politique du patriarcat, Paris : Syllepse.

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21 Réponses to “Nos amis et nous”

  1. Lory Says:

    « Il permet notamment d’éclairer et de déconstruire la floraison de conseils et de mises en garde amicales que reçoivent aujourd’hui les « Indigènes de la République ». »

    Quelle plaisanterie! L’un d’eux, Raphael Constant (je crois que c’est son nom » a écrit sur le site des Indigènes un véritable torchon menaçant à l’égard de Ayan Hirsi, tenant pratiquement de l’appel au meurtre, ce qu’a d’ailleurs souligné Prochoix.

    Ce site récupère le féminisme pour une lutte qui n’a rien à voir avec. Le sexisme étant la première des discriminations, le féminisme se trouve une fois de plus rejeté au second plan et les femmes priées de servir en premier lieu une cause qui n’est pas la leur. C. Delphy est pro-voile, publiée sur le site des Indigènes, qu’elle soutient, , qui est un site pro-voile et pro-islam, de meme que celui du collectif « Les mots sont importants », deux sites dont les articles sont repris en boucle par le Rezo.

  2. mauvaiseherbe Says:

    Oui enfin bon « prochoix » entre Fourest et Delphy, pour moi c’est tout vu. Maintenant je ne connais pas les productions des indigènes de la république et je n’ai pas lu le papier de ce Raphael Constant, en revanche réduire la réflexion de Delphy à une attitude pro-voile est pour le moins approximatif.

  3. kaos Says:

    Ça me fait penser à un mot à propos de la décolonisation (dont j’ignore complètement l’auteur) :
     » Le vainqueur est celui qui écrit l’Histoire, dit-on, alors qui est donc vainqueur de la décolonisation? N’est-ce pas les occidentaux qui ont écrit l’Histoire de cette victoire? N’est-ce pas eux qui ont généreusement accordé la libération demandée, comme s’ils avaient eu le choix?  »
    Le texte n’est pas exact mais l’idée générale y est : c’est l’ancien oppresseur qui se fait libérateur pour garder son auréole de gloire quand les circonstances l’y poussent.

    Je suppose que ça ne va pas plaire à Lory, mais très clairement, les femmes blanches occidentales ne peuvent pas prétendre parler au nom des femmes musulmanes, furent-elles opprimées comme femmes. C’est à elles et à elles seules de se libérer pour elles-mêmes, car elles font face à des circonstances qui ne sont pas celles que rencontrent les femmes du monde occidental. Elles rencontrent deux difficultés simultanées : elles sont immigrées ET femmes. Leur demander de hiérarchiser ces obstacles alors qu’on est une féministe blanche, c’est les prendre de haut et voler leur nécessaire parole sur une oppression particulière dont les femmes blanches profitent également.
    L’articulation entre les différentes oppressions sera probablement un enjeu majeur pour l’avenir de la contestation sociale, et les femmes non-blanches auront beaucoup à dire sur les liens à faire entre les féminismes et les luttes pour l’intégration. Ça n’est certainement le point de vue du moindre opprimé qui doit servir de référence, comme le souligne assez bien le texte proposé (très bon d’ailleurs).

  4. Lory Says:

    Ce qui m’amuse beaucoup (façon de parler), c’est qu’un Kaos vienne parler en leur nom, véritable illustration de l’article parce qu’on ne voit pas au nom de quoi il en aurait davantage le droit qu’une femme, blanche ou pas. Le genre « d’ami » dont on a vraiment envie de se passer.

    Les gens comme Kaos (et autres Indigènes), qui savent si bien piailler que les femmes blanches profiteraint de l’oppression des autres, c’est oublier un léger détail : non seulement partout dans le monde les femmes sont les premières des opprimées (bien qu’elles ne soient d’ailleurs pas toutes pauvres et qu’elles sachent aussi bien que certaines blanches se servir des femmes des classes sociales plus défavorisées), mais que dans le monde occidental 80% des 11 % de pauvres (personnes sous le seuil de la pauvreté) sont des femmes, or il se trouve que la majorité de ces 80% (plus de 60%) sont des blanches, généralement des femmes se retrouvant seules à élever un ou plusieurs enfants, au smic, au rmi ou au chomage, précaires.

    Les revendications de celles qui se disent féministes parmi les indigènes ne porteront qu’à une seule choses: favoriser le multicuturalisme dont on sait désormais que c’est un échec débouchant dans le communautarisme, et ce faisant, ouvrir grand la voie, déjà prise, par les intégristes pour rogner les droits des femmes. Elles risquent tout simplement de nous faire revenir d’un siècle en arrière. Pour celles qui vivent avec 3 siècles de retard, ça sera une avancée de 2, curieuse manière que de vouloir aller de l’avant. Agréable perspective…

  5. Lory Says:

    J’ajoute que les pourcentages donnés sont ceux de la France (l’enquète de M. Maruani, sociologue, CNRS, sous le gouv. Chirac), qui reflète assez bien une moyenne européenne. Dans le cas des pays méditerranéens, les chiffres sont encore plus criants, parce qu’en France, les chiffres incluent la population issue de l’immigration, hommes et femmes, dans des pays comme l’Italie, l’Espagne ou la Grèce, où il n’y a pas de population de ce genre puisque ces pays n’avaient pas de colonies (du moins « récentes »), la population immigrée n’est pas installée de puis plus de 15 ans, et est constituée à 90 % d’hommes.

  6. mauvaiseherbe Says:

    « Ce qui m’amuse beaucoup (façon de parler), c’est qu’un Kaos vienne parler en leur nom, véritable illustration de l’article parce qu’on ne voit pas au nom de quoi il en aurait davantage le droit qu’une femme, blanche ou pas. »

    Davantage le droit de parler? Selon quelles lois Lory? T’es tu sentie d’une quelconque façon privée toi même de ce droit?

    Cet espace appartient à ceux qui l’investissent, les seules rêgles sont celles que chacun se fixe.

    Pour le reste que tu défendes avec entrain ce que je perçois comme l’axe de ton féminisme, c’est ton droit le plus strict, et si je suis loin d’être toujours d’accord avec toi, je me réjouis des débats que tes interventions provoquent, en revanche je regrette que tu te montres toi même parfois si peu disposée à ces débats.

  7. kaos Says:

    60% de femmes blanches pauvres, ça veut dire 40% de femmes non-blanches pauvres. Pour combien de femmes blanches riches par rapport aux femmes non-banches riches? 2, 3, 5 ? 10 peut-être?

    Si tu ne compares à rien, les statistiques n’ont aucun sens. 80% de femmes dans les classes les plus pauvres par rapport à quelque chose de l’ordre de 50% dans les classes moyennes et moins dans les classes hautes, c’est ce qui rend les chiffres choquants. Fait de même avec les non-blanches et tu comprendras assez clairement que l’on peut cumuler plus de handicap que la simple féminité. 40% de femmes non-blanches dans les femmes pauvres, à combien s’élève la population non-blanche en France, en Europe? 10? 15?

    Ces femmes subissent une double oppression, ça n’a rien d’une révélation. Si être noir ou arabe en France était facile, ça se saurait. Et je ne parle même pas d’être musulman en ces jours d’ « oblitération » de l’Iran, bien entendu islamiste-extrémiste-mais-on-va-les-libérer-à-coup-de-B22.
    Oublier une des oppressions en route c’est se tromper de voie, assez clairement. Il n’y a pas de hiérarchie à appliquer globalement.
    Comme le disait mauvaiseherbe sur l’autre post, c’est par la fédération et la convergence qu’on peut se rassembler.

    Et, j’en suis désolé, le multiculturalisme est une condition pour la paix dans le monde. L’universalisme européen, fut-il éclairé, féministe et socialiste est à ranger au placard (en particulier quand on parle de colonialisme sur place, donc d’expulsions des non-conformes, ici, les autres cultures). Je dirai même que le multiculturalisme est une condition de la construction d’une fédération quelle qu’elle soit. Les mouvements ne se ressemblent pas nécessairement bien qu’ils aient un ennemi commun, et c’est par l’accord mutuel qu’ils peuvent progresser, pas par la culpabilisation des autres ‘pas assez purs’.
    En fait, tant que les groupements ne sont pas fédérés sous une bannière quelconque (qu’ils auront bâtie ensemble), se seront regroupés, non pas pour diluer les combats de chacun mais pour les associer à d’autres, les querelles de chapelles seront sans fins et sans objets. L’internationalisme ne suppose pas la dissolution des nations, le féminisme et les mouvement gays ne supposent pas la dilution dans le queer.

    La seule chose que je te reproche vraiment (à froid), c’est vouloir faire coïncider la géographie avec les idées, d’identifier religion et sol comme si le passé était un instant figé duquel le monde ne s’était pas extrait. Comme si les frontières politiques n’étaient pas poreuses aux idées, aux idéologies et aux religions, et que ça n’était pas pour le meilleur. La pureté de l’idéologie, ou du sol sur lequel elle pousse est dangereuse autant d’un point de vue évolutif (le contact avec l’autre est le meilleur stimulant, et le meilleur test de viabilité) que d’un point de vue politique : Où est la Cité si chacun doit rester dans sa parcelle, de terre ou idéologique?

    Qu’on ait ses espaces propres, c’est bien. Mais qu’on en vienne à oublier l’espace public, c’est nuisible à notre propre unité. L’espace public se trouve nécessairement au coeur des cités d’Occident comme d’Orient, et c’est parce qu’on peut se mêler les uns aux autres qu’on apprend à se faire confiance et à s’apprécier.

    Dis-toi bien qu’à chaque fois que tu trouves un étranger (culturel) trop envahissant, il te trouve trop distante. Deux cultures, c’est comme deux personnes, il y aura des malentendus parfois graves, mais sans le contact avec l’autre, à quoi bon avoir une culture, fut-elle parfaite? Quel bien peut ressortir de l’enseignement unilatéral et inconditionnel jusqu’à ce que l’autre soit ‘assimilable’? Où est passé l’échange et sa profondeur?

    Voilà, j’ai fait beaucoup d’effort pour ne pas retomber dans les conflits qui nous ont opposés plutôt violemment, j’espère que ça peut porter ses fruits. Sinon, tant pis, les questions resteront intéressantes à décortiquer.

  8. Lory Says:

    « Dis-toi bien qu’à chaque fois que tu trouves un étranger (culturel) trop envahissant, il te trouve trop distante. »

    « Dis-toi bien  » ceci, « Dis-toi bien « cela, c’est comme les gens qui commencent par vous dire « sache que » ceci ou cela du haut d’une supposée supériorité, ou marquant la volonté d’imposer par la force ceci ou cela. Je ne m’adresse ja-mais à personne en ces termes. Jamais. Bien que dans la plupart des cas je « sache » certainement beaucoup plus de choses que l’interlocuteur qui a la présomption d’en savoir plus que tout le monde.

    Si je trouve un étranger, culturel ou non, envahissant, c’est qu’il l’est, qu’il s’impose ou cherche à s’imposer quand je ne lui ai rien demandé. Et s’il me trouve « distante », il n’a qu’à s’en retourner d’où il vient, ainsi il ne sera pas géné par le fait que je puisse le trouver envahissant. Par contre moi qui ne suis pas étrangère chez moi, je vois mal pourquoi je devrais partir et céder la place à un étranger envahissant. Ni pour quelle raison je devrais l’accueillir à bras ouverts et me passionner impromptu pour sa culture qui m’est étrangère, qui est intrusive, ne me sert à rien et dont je peux fort bien continuer à me passer.

    Le fait que les femmes soient universellement discriminées à travers le monde, dans toutes les civilisations et toutes les cultures n’est pas une vue de l’esprit ni une invention, mais un fait établi autant que documenté. Elles ont été les premières à etre « colonisées », par la violence, bien avant que la colonisation au sens moderne du terme existe. Elles ont intégré la domination masculine imposée depuis des millénaires, non depuis quelques siècles comme c’est le cas pour les populations colonisées, et elles ont d’autant plus de mal à en sortir.

    La colonisation fut le fait de la classe dominante blanche et non pas de la population blanche dont la plupart des aieux n’ont jamais mis les pieds aux colonies et pour laquelle en exagérant à peine « colonies » signifie bananes et ananas dont on pouvait fort bien continuer à se passer.

    Par ailleurs, ce sont les memes classes blanches dominantes qui ont fait venir des immigrés pour casser les revendications ouvrières en important une main d’oeuvre disposée à travailler pour moins cher. Et maintenant ce n’est meme plus avec la classe ouvrière que cela se produit, c’est vrai avec les infirmières ou les médecins, des techniciens etc…. Dire que « les immigrés viennent faire le travail que les français (ou autres européens car c’est pareil dans les autres pays d’Europe) ne veulent plus faire » est un mensonges dont se gargarisent les dits immigrés. Ils viennent faire des boulots payés au rabais parce que la main d’oeuvre payée au rabais abonde, ce qui est tout à fait différent.

    Pour ce qui est de la condition féminine, l’homme étant ce qu’il est, il m’apparait clairement que ce que les étrangers, immigrés ou issus de l’immigration veulent, c’est l’égalité avec les hommes blancs, mais en aucun cas avec les femmes, blanches ou pas. Ils n’ont d’ailleurs de cesse que de vouloir renvoyer les occidentales à la condition subalterne des leurs pour mieux se sentir les égaux des hommes blancs. C’est on ne peut plus évident chez les musulmans les plus étroits d’esprits qui trouvent que les occidentales sont « trop libres ». C’est la raison pour laquelle je persiste à penser que nous les femmes occidentales n’avons rien à gagner à renoncer à nos droits au nom du multiculturalisme. Nous les avons trop chèrement et durement payés pour les abandonner afin que ces étrangers se sentent moins discriminés. Pour nous, femmes, ils sont une menace, le sort de leurs femmes n’ayant rien d’enviable et ne représentant qu’une régression d’un siècle, et par la meme elles sont également un danger ambulant dans l’espace public. Si elles pensent que nos droits ne sont pas une avancée et ont la prétention que la régression au nom de leur religion en soit une, qu’elles aillent la vivre en toute quiétude ailleurs, dans les pays où cette situation est la normalité.

    Le multiculturalisme sur un territoire donné n’est pas une condition nécessaire à la paix mais un facteur de guerre civile potentielle. Pour moi, les étrangers n’ont qu’une seule alternative: faire comme ont fait avant eux les immigrants européens, s’intégrer. S’il ne veulent pas s’assimiler ils peuvent partir, personne ne les retient, mais certainement pas prétendre que l’Europe devienne l’eurabie, qu’on se partage gentiment le territoire pour se retrouver avec des régions musulmanes. Ce n’est meme plus du multuculturalisme, c’est une colonisation du sol, une invasion.

  9. ??? Says:

    Lorye j’ai pas bien compris l’affaire, tu vis au Canada mais t’es né à l’origine en France ?

    Et ta fille elle vit en Italie ? Elle est quoi à l’origine ?

    Française ?

    Tu veux dire que tu passes ton temps à cracher sur les immigrés alors que toi même et tes gosses vous êtes des immigrés ?

    Y’en a d’autres dans ta famille des immigrés ?

  10. ??? Says:

    ah non, rectificatif, tu vis en Italie et t’es française, c’est encore plus drôle. T’as été nationalisée italienne ?
    Ou tu manges vraiment le pain des italiens en bonne immigrée
    que tu es ?

    Et tu travailles au moins j’espère ? Si oui, t’as pas honte de prendre le boulot d’un italien ? Tu peux pas rentrer chez toi ? c’est quoi tout ces mélange multiculturalistes dans ta famille ? Tu peux pas t’empêcher d’aller passer les frontières ? Et tu viens après ça nous faire la leçon sur tous ces immigrés qui … ?

  11. Lory Says:

    Ma petite loute ???, tu ne crois pas si bien dire. J’ai effectivement été « nationalisée » italienne parce que quand je me suis mariée la loi attribuait automatiquement la nationalité italienne à la femme. Je l’ai donc conservée; ça m’aurait semblé impoli de leur dire « votre nationalité vous pouvez vous la garder, la mienne peut me suffire ». Meme si effectivement elle me suffisait amplement. La loi a d’ailleurs changé depuis, pour etre en conformité avec les directives européennes. J’ai donc la double citoyenneté française et italienne et mes enfants aussi. C’est le cas de beaucoup de « français », je crois, non? Il me semble que beaucoup de gens conservent la nationalité du pays d’origine outre à obtenir la nationalité française, et leurs enfants également meme s’ils ne sont pas nés dans le pays d’origine de leurs parents et n’y ont meme jamais mis les pieds.

    En Europe, je suis partout chez moi, de toutes façons. Du travail, pour les femmes, en Italie, ce n’est pas la chose la plus facile à trouver. Le fait d’etre française ni ne m’avantage ni ne me désavantage. Etre bilingue, dans certaines professions est nécessaire et peut importe la nationalité pour les employeurs à partir du moment où il s’agit de ressortissant de l’UE puisque les conditions sont les memes.

  12. kaos Says:

    Ouais, c’est le préférence européenne au lieu de la préférence nationale. C’est pas beaucoup plus glorieux, et le passage de Nation à Europe n’est pas beaucoup plus difficile que celui de Europe à Monde. Et même pour être juste, la réduction de ses frontière à l’Europe (la préférence européenne assumée) a les même fondements idéologiques que la réduction à la Nation : Ici, c’est chez nous et les autres ils ont qu’à rester chez eux. Ca se comprend, et l’Europe est plus vaste que la seule France ou la seule Italie. Mais j’ai du mal à comprendre comment tu fais pour rester cohérente avec toi-même en pensant pouvoir franchir certaines frontières et pas d’autres, et je me demande très franchement comment tu peux sérieusement attaquer des propositions comme la préférence nationale (ce que tu ne fais peut-être pas cela dit)

  13. Lory Says:

    Oui c’est la préférence européenne, tout à fait, parce que l’europe c’est « mon continent » culturel. La préférence « nationale », c’est franchement dépassé vu que le brassage de population, du en bonne partie au tourisme d’ailleurs, a eu lieu. Les gens vont et viennent et se sentent chez eux. J’ai toujours été favorable à l’élargissement de l’Europe, mais je trouve que ça a été beaucoup trop vite. En théorie, ce serait valable pour un élargissement planétaire, mais en tel cas ce n’est pas « d’Union européenne » qu’il s’agirait. Mais on n’en est vraiment pas encore là, peu s’en faux, si tant est qu’on y parvienne jamais. En attendant il me parait négatif de bruler les étapes. Quoi qu’il en soit l’Europe est et reste un univers culturel bien défini que je ne veux pas voir détruit au nom du multiculturalisme. Ceux qui le pronent souhaitent la destruction de l’Europe, de sa culture et de son histoire au profit d’un magma informe et chaotique qu’on ne peut en aucun cas appeler « culture » et encore moins « civilisation ». C’est meme exactement le contraire, le chaos.

    Il y a effectivement des frontières infranchissables. L’islam par exemple n’a rien à faire en Europe. Aux autres cultures, on peut s’y intéresser si on est spécialiste. Avoir des échanges culturels, évidemment. Cela n’implique pas que ces cultures intrusives s’installent à demeure. Sinon, pourquoi pas demander que « nationalité française » soit écrit en arabe sur les cartes d’identité nationales, pendant qu’on y est? Je m’étonne meme que les Indigènes adorateurs de Tariq Ramadan ne l’aient pas encore demandé, d’ailleurs… En tout cas pour moins la réponse est « Non, jamais ».

  14. Lory Says:

    peu s’en faux>s’en faut
    pour moins>pour moi
    Désolée pour les coquilles.

  15. Lory Says:

    peu s’en faux>s’en faut
    pour moins>pour moi
    Désolée pour les coquilles.

  16. kaos Says:

    « C’est meme exactement le contraire, le chaos. » jéjéjé, dit-il en espagnol.

    Nan, sans blagues, c’était donc bien ça : Chacun chez soi et les moutons seront bien gardés. Quand la culture occidentale a pénétré chaque couche de chaque culture de chaque partie du monde, c’est bizarre non? Je veux dire, vu comment on s’incruste chez eux (post-colonialisme bien sûr, mais même la Chine qui n’était pas sous protectorat occidental est pénétrée d’idéologies occidentales – capitalisme, communisme à la russe, structures familiales largement modifiées et bientôt, rock’n roll et compagnie.), ça ne serait que justice de les accueillir avec leurs cultures extra-européennes, sans même parler de s’en imprégner en retour.

    Bon tu fais une fixette sur l’islam, et je vais essayer de passer, parce qu’islamophobe est effectivement le mot qui convient.)
    Mais il me reste deux choses en tête :
    – L’hospitalité ne signifie certainement pas que les invités doivent se plier aux coutumes des hôtes. On peut bien les laisser porter le voile et avoir leurs mosquées sans pour autant que ça signifie l’islamisation de la sphère politique.
    On leur laisse une chambre où ils affichent leurs symboles (donc à l’échelle, des mosquées) et on les laisse s’habiller à leur façon. Ou alors t’as une drôle de façon de recevoir tes invités. (Note qu’une nuit passée chez quelqu’un à l’échelle de l’humanité, c’est un paquet de générations)
    – Comment tu peux penser faire avancer la condition de la femme dans le monde sans envahir leurs cultures avec des vues occidentales modernistes universalisantes? Quelque chose d’incohérent traîne par là. Tu ne peux pas te contenter de fermer les frontières de l’Europe pour améliorer le sort des femmes ici, tu devras te tourner vers l’extérieur et leur demander ou leur imposer de changer. Ça me paraît assez douteux de s’arroger le droit de leur donner des leçons de vie quand ils n’ont même pas droit de commettre leurs ‘erreurs’ ancestrales où ils veulent. Tu veux les enfermer chez eux et les forcer à changer ensuite, et ça, c’est un facteur de guerre, un vrai. Ca développe les extrémismes identitaires respectifs des parties et l’entente est de plus en plus impossible, jusqu’au clash aussi fatal que déjà avéré.

    En fait ta position est plus incohérente qu’autre chose (si j’oublie que tu hais sincèrement l’islam avec les meilleures intentions du monde), et c’est sur ce terrain que j’aimerai discuter, la cohérence interne des idées.

  17. Lory Says:

    « “C’est meme exactement le contraire, le chaos.” jéjéjé, dit-il en espagnol. »
    jéjéjé quoi? Je comprends parfaitement l’espagnol, ils me comprennent très bien en dépit de mon accent (qui d’ailleurs est mitigé, ni vraiment français ni vraiment italien) et moi aussi en dépit du leur s’ils parlent français. Ils pensent la meme chose que moi. Alors tes blagues, ça ne prend pas.

    « Quand la culture occidentale a pénétré chaque couche de chaque culture de chaque partie du monde »

    Oui sans doutes, et alors? C’est le fait de toutes les civilisations les plus en pointe, les plus inventives et les plus innovatives, sans meme besoin de coloniser; la Chine pratiquement ne l’a jamais été en profondeur, les chinois ont adopté ce qui leur semblait la modernité, qui est la modernité. Je ne vois pas qu’on doive en revanche adopter certains des usages désuets et archaiques de civilisations extérieures.

    L' »islamophobie » est un terme fabriqué par les islamiste pour les besoins de leur cause totalitaire et contraire à l’humanisme qui pour moi ne signifie rien et dont je n’ai cure. Le mot haine est galvaudé; il me semble que ce sont surtout eux qui haissent l’occident. Je déteste l’islam pour ce qu’il est et tel qu’il est :une idéologie totalitaire et archaique, rationnellement. Je n’en ai que faire et je ne veux pas de cette idéologie ennemie de l’humanisme, point barre.

    « L’hospitalité ne signifie certainement pas que les invités doivent se plier aux coutumes des hôtes. On peut bien les laisser porter le voile et avoir leurs mosquées sans pour autant que ça signifie l’islamisation de la sphère politique. »

    Il faut se mettre d’accord sur ce qu’on entend par « hospitalité ». On invite chez soi qui on veut, et ses invités comme ses amis on les choisi. L’hospitalité n’est pas une obligation. Je n’ai absolument aucune raison de la donner à des gens qui s’invitent chez moi, c’est meme le comble de l’imposture que de s’inviter chez les autres et prétendre y avoir des droits, pire, d’y imposer ses us et coutumes.

    On ne laisse en aucun cas porter le voile, on tolère des salles de prières-mosquées à la limite pour les hotes de passage, certainement pas des mosquées-cathédrales avec des minarets de 12 m de haut qui sont autant de signes d’arrogance et d’appropriation du territoire comme c’est interprété par les musulmans pour lesquels la terre où ils se trouvent devient « terre d’islam » (mes ancetres étaient là bien avant eux et « ma » terre ne sera jamais « d’islam »); autant d’horreurs qui dénaturent et abiment le paysage et que pour ma part, je trouverais naturel de réquistionner et vendre aux enchères comme biens publics pour les convertir en centres sociaux laics selon la meilleure tradition républicaine. Si je ne fréquente pas les églises, celles-ci font néanmoins partie du paysage depuis des siècles, elles sont classées monument historique et font partie du patrimoine culturel national et continental,; on ne touche pas aux monuments historiques, ils sont laiquement sacrés, comme le sont les vestiges des monuments gréco-romains.

    « Comment tu peux penser faire avancer la condition de la femme dans le monde sans envahir leurs cultures avec des vues occidentales modernistes universalisantes? »

    Je, nous n’envahissons rien. Nous avons notre culture et la condition féminine occidentale est ce qu’elle est devenue grace aux luttes des femmes. Elle est de loin la meilleure malgré son imperfection, et c’est à prendre où à laisser. Pas question de revenir en arrière à des modèles archaiques et liberticides. Si elles n’en veulent pas et jugent les leurs meilleurs, qu’elles fassent ce que bon leur semble et ne viennent pas pleurer. Nous sommes cependant tellement profondément persuadées que notre condition est la meilleure pour les femmes que, quand elles viennent chez nous du bout du monde qu’elles fuient parce qu’elles y sont persécutées, nous leur offrons refuge et les aidons de notre mieux à combattre l’infamie qu’elles ont fui.

    ça me parait au contraire un raisonnement d’une cohérence limpide autant que rigoureuse à laquelle il n’est pas question de déroger. Le faire serait courir à la régression la plus épouvantable, et il faut vraiment etre idiote pour le souhaiter.

  18. mauvaiseherbe Says:

    « On invite chez soi qui on veut, et ses invités comme ses amis on les choisi. »

    Juste une question

    Combien faut-il remonter de générations pour invalider l’emploi du terme « invité », dans le cas que tu décris?

  19. Lory Says:

    D’un point de vue strictement personnel, je ne suis pas intéressée à avoir des relations avec des croyants (et encore moins pratiquants) d’une quelconque religion que ce soit. Ni avec des gens qui détestent mon pays d’origine, et l’Europe occidentale en général. Et pas davantage avec des gens qui voudraient me vanter la bonté la beauté et l’excellence de leur culture venue d’ailleurs comme tellement mieux et supérieure à la mienne.

    Plus généralement je ne considère pas comme étrangers les gens qui parlent correctement la langue du pays d’Europe où ils résident, ne sont pas musulmans pratiquants, s’habillent à l’occidentale, ont accepté de franciser (ou adapter à la langue du pays où ils résident) leur nom et prénom d’une manière adéquate et harmonieuse qui leur agrée (surtout dans le cas de nom et prénom imprononçables).

    Ce ne sont pas particulièrement des critères générationnels, comme tu peux le constater, mais ils sont invariables et personnellement je ne suis pas disposée à les modifier jamais d’ici à la fin de ma vie.

  20. Marianne Says:

    Lory tu sais que ta fille ou ton fils va épouser un ou une musulman(e) ? Et tu comprends pourquoi évidement…

  21. Lory Says:

    C’est à peu près aussi improbable qu’il neige en plaine à l’équateur ou qu’un nuage de sauterelles s’abatte au pole sud. Des probabilités proches du zéro, je dirais.


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