Enormes fissures dans la façade paritaire du gouvernement

12/06/2008

Par Isabelle Germain | Journaliste | 12/06/2008 | 15H22

sur http://www.rue89.com/2008/06/12/enormes-fissures-dans-la-facade-paritaire-du-gouvernement

Pendant que Nicolas Sarkozy dévoile les dernières mesures pour diminuer les dépenses de l’Etat, des associations protestent contre la baisse de moyens accordés aux politiques d’égalité. En noyant dans la Révision générale des politiques publiques le démantèlement du Service des droits des femmes, le gouvernement fait tomber le masque paritaire derrière lequel il se cachait.

Au commencement était un gouvernement presque paritaire. En tout cas le plus paritaire que la France aie connu jusque-là. Un an plus tard, une pétition circule, déjà paraphée par plus de 5500 personnes pour protester contre le démantèlement du Service Droits des femmes et de l’égalité (SDFE) voulu par la RGPP: 16-service-droits-des-femmes-egalite.

Parmi les premières signataires: Martine Aubry, Ségolène Royal, mais aussi des femmes de droite comme Marie-Jo Zimmermann, députée UMP, rapporteure de l’Observatoire de la parité, présidente de la délégation aux droits des femmes de l’Assemblée Nationale ou Gisèle Gautier, sénatrice, présidente de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes du Sénat.

Si on ne compte plus les inégalités, il n’y a plus d’inégalités

Trop c’est trop! D’abord, contrairement à ce qui avait été affirmé dans les hourras post électoraux, le gouvernement n’est pas si paritaire qu’il en a l’air: sept femmes sur quinze ministres mais seulement quatre femmes sur dix-sept secrétaires d’Etat. Au total, onze femmes sur trente-trois membres, ça fait un tiers. Ensuite, et surtout, il n’y a plus, dans ce gouvernement, ni ministère ni secrétariat d’Etat en charge des questions d’égalité entre hommes et femmes.

C’est Valérie Létard, secrétaire d’Etat à la solidarité qui a, petit à petit, hérité de cette épineuse question: handicapés, personnes âgées, pauvres, femmes, même combat! Ce dispositif donne une idée de l’importance accordée à la question. Le SDFE va subir le même sort, il sera « noyé » dans des services rattachés au ministère de la Cohésion sociale.

Et c’est bien ce qui fait bondir les associations de femmes. En supprimant la dernière administration qui agit de façon transversale sur tout le territoire, le gouvernement donne dans le déni de réalité. Il avait déjà fermé, au mois de mars, le seul centre de documentation spécialisé sur ces questions. Si on ne compte plus les inégalités, il n’y a plus d’inégalités, plus de politiques publiques pour les faire baisser. C’est magique la politique. Or, Olga Trostiansky, présidente de la CLEF, lobby européen des femmes, s’alarme:

« Qu’il s’agisse de violence conjugale, d’inégalités salariales, d’accès au pouvoir, la question du droit des femmes n’est pas réglée en France, dans certains domaines, ces droits sont même en recul. »

Voir vidéo ici

Un recul incompréhensible au moment où s’ouvre la présidence française de l’Union Européenne. Comme le fait remarquer Marie-Jo Zimmermann, en agissant ainsi, nous ne respectons pas ses nos engagements internationaux:

« La France a signé la convention de l’ONU sur l’élimination des discriminations à l’égard des femmes (CEDEF). Or, l’existence d’un service comme le SDFE est indispensable pour tenir cet engagement international. »

Comment apprécier le caractère égalitaire des politiques publiques?

De son côté, Laurence Rossignol, secrétaire nationale au Parti socialiste chargée du droit des femmes, revient aux fondamentaux d’un ministère de plein exercice en charge des droits des femmes, dont « le rôle doit être d’examiner l’ensemble des politiques publiques au regard de la question de l’égalité femmes/hommes ». Et de citer deux exemples:

« Travailler plus pour gagner plus. Les femmes assument la quasi totalité des tâches domestiques et familiales. On ne voit pas comment elles trouveraient le temps de travailler plus pour gagner plus. C’est une régression. Deuxième exemple, les mesures prises concernant la participation et l’intéressement. Cela concerne les salariés des grandes entreprises. Or majoritairement, les femmes travaillent dans des PME et des entreprises de service à la personne. Qui évaluera ces politiques-là demain, qui en atténuera les effets sur les femmes? Ce ne sera plus le SDFE tel qu’il existe aujourd’hui. Bref. Pour éviter d’avoir à traiter les problèmes d’inégalités entre hommes et femmes, il suffit de les nier. »

Voir vidéo ici

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Une Réponse to “Enormes fissures dans la façade paritaire du gouvernement”

  1. wildo Says:

    Le groupe d’action féministe La Barbe fait des actions régulières pour pointer les problèmes de parité dans notre jolie république partout ou il se trouvent …
    Ce groupe compte plus d’une centaine de Barbues maintenant …

    http://web.mac.com/harriet6/La_Barbe/Accueil.html


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