Richard Poulin – Abolir la prostitution

24/06/2008

samedi 8 septembre 2007

par Christine Delphy, sociologue féministe, NQF

sur http://sisyphe.org/article.php3?id_article=2728

« Richard Poulin est bien connu des services de Nouvelles Questions Féministes, puisqu’il a présenté une communication aux ateliers NQF Congrès Marx en septembre 2001. C’est un auteur prolifique qui a beaucoup écrit sur la pauvreté, le marxisme, la mondialisation, et… la prostitution. Ce qui en fait un auteur original, car il est rare que les spécialistes du néolibéralisme, y compris ses contempteurs, s’intéressent à la prostitution. Et pourtant, pour Richard Poulin, cela coule de source. Car, à ses yeux, la prostitution est d’abord une marchandisation des femmes et des enfants, des victimes du système patriarcal, et ne se comprend que dans le cadre de la domination masculine. C’est pourquoi il s’étonne et s’indigne que les féministes puissent en soutenir le principe au nom de la liberté et du à l’autodétermination.

Son petit livre, très condensé, est à la fois un état des lieux au niveau mondial, une polémique avec ces féministes « pro-prostitution », et un manifeste pour un véritable abolitionnisme qui prendrait à bras-le-corps l’ensemble du problème dans le but d’en finir avec la prostitution et non de l’aménager.

Poulin attire l’attention sur le développement quantitatif de la prostitution ; sa thèse est que cette croissance, ahurissante, est concomitante du développement de la mondialisation néolibérale et du creusement des inégalités sociales et genrées. En effet, le système patriarcal est aussi un système de placement dans le système capitaliste : les femmes et les enfants y sont en bas, et constituent la majorité écrasante des pauvres de ce monde (par exemple, en France, 80% des personnes payées moins que le salaire minimum sont des femmes). Il se demande comment on peut, quand un si grand nombre de femmes et d’enfants n’ont tout simplement pas les moyens de survivre, raisonner en termes de libre choix. Plus, il montre tout au long de son livre que la légalisation de la prostitution ne profite nullement aux prostituées, mais aux États, par les diverses taxes aux proxénètes et aux organisateurs du trafic d’êtres humains à des fins de prostitution. Les bénéfices engendrés par ces activités sont stupéfiants : ils sont évalués aujourd’hui à 1 000 millions de dollars. A ses yeux, on ne peut, comme le font certain-e-s, nier les liens entre la traite des êtres humains et la prostitution. La traite, dit-il, ne peut être combattue tant que la prostitution est acceptée, car la traite n’existe que pour fournir des personnes à prostituer. (…) »

Une lecture indispensable, et un excellent outil pédagogique.

Richard Poulin, Abolir la prostitution, Montréal, 2006, éditions Sisyphe, Coll. Contrepoint, 125 pages.

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2 Réponses to “Richard Poulin – Abolir la prostitution”

  1. wildo Says:

    « À mon sens, le problème le plus important soulevé par le débat entre abolitionnistes et néo-réglementaristes ou partisanes de la prostitution comme métier, c’est que si ces derniers et dernières mettent en avant la parole des femmes, il ne s’agit que de celles qui exercent encore, et jamais de celles qui en sont sorties, ni de celles qui souhaitent en sortir. Les deux camps ne parlent jamais des mêmes personnes, ni de la même parole. Certes, il faut prendre en compte celles qui s’estiment heureuses et accomplies dans la prostitution, mais aussi celles qui ont tout fait pour en sortir, qui parlent de la schizophrénie obligatoire pour survivre dans la prostitution, et qui se considèrent justement comme des « survivantes ». Et il importe aussi (bien que Poulin n’en parle pas), de prendre en compte, outre les ex-prostituées, les jamais-prostituées. »

    Exact, et à cela je rajoute les voix des qq gauchistes égaré(e)s et follement ignorantes qui blablatent sans arrêt sur le net au nom d’une liberté pour le moins bizarre – celle qui promeut uniquement des choix de déchéance physique et morales …

  2. Romane Says:

    « Un réel abolitionnisme, écrit-il, abolirait toutes les brimades et pénalités envers les prostituées, et pénaliserait au contraire les hommes qui vendent – les proxénètes – mais aussi achètent – les services sexuels d’autrui (comme il est maintenant fait en Suède. Et les États, au lieu de profiter de la manne de la traite et de la prostitution, devraient mettre en place des lieux et des institutions répondant à tous les besoins des femmes et enfants qui veulent, et c’est le cas de 80% d’entre elles et d’entre eux, sortir de la prostitution. »

    Voila qui rejoint la politique menée en Suède comme préciser entre parenthèses. Donc la solution existe bel et bien. S’en prendre aux clients, taxés de « prostitueurs » par Richard Poulin dans le texte de Sysiphe, aux proxénètes. Et in fine à l’Etat et aux Etats en général, qui profitent allègrement de la situation. 80 % des prostituées aimeraient sortir de cette condition. Et après çà, on entendra dire par certains-es que la prostitution est un choix.


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