Femmes et medias Retour sur une problématique

17/08/2008


Michèle Mattelart

sur http://www.cairn.info/revue-reseaux-2003-4-page-23.htm

En adoptant le ton de l’engagement personnel, l’auteure met en scène les différentes phases qui ont marqué l’évolution des recherches critiques sur « Femmes et médias ». Elle souligne, d’entrée de jeu, les carences qui caractérisent la France en ce domaine. Construire la légitimité de ce champ s’est avéré difficile dans tous les contextes. Cependant la formation de certains courants, tel celui des Cultural Studies, a considérablement favorisé son éclosion en Grande-Bretagne et son extension dans le monde. Le souci est ici de se situer aux points de rencontre des histoires de deux débats: celui qui se livre, à partir des années 1960-1970, à l’intérieur des théories et des pratiques féministes, et celui qui, dans les mêmes années, commence à mobiliser la théorie critique des médias. Ce champ de recherches où se manifestent aujourd’hui les ambiguïtés du post-modernisme et du post-féminisme est, en dépit de dérives notoires, riche d’un foisonnement de questions, sur l’avenir des disciplines notamment.

In a tone of personal engagement, the author describes the different phases that have marked the history of critical research on “Women and media”. She highlights France’s shortcomings in this field, an area where legitimacy has proved difficult to construct in all contexts. The formation of certain research strands, such as Cultural Studies, has nevertheless facilitated its development in Britain and its extension throughout the world. The author seeks here to identify the common points in the histories of two debates: one that emerged in the sixties and seventies within feminist theories and practices, and another that started to mobilize critical theory of the media during the same period. This research field, where the ambiguities of post-modernism and post-feminism are currently becoming apparent, is characterized by a proliferation of questions, especially on the future of disciplines.

Depuis que Betty Friedan a publié, en l963 aux Etats-Unis, The Feminine Mystique (La femme mystifiée), je crois pouvoir dire que le mouvement des femmes, avec des accents particuliers selon les contextes, a donné aux thèmes et aux actions articulés autour de la représentation de l’image de la femme dans les appareils de communication et de diffusion culturelle, une importance cruciale. La reconnaissance unanime de la légitimité du thème femmes/médias n’a jamais signifié qu’il n’ait été travaillé par les divergences de traditions, d’approches heuristiques, de sensibilités politiques et d’appréciations stratégiques, qui se sont exprimées au sein du féminisme. Ce débat interne rencontre depuis quelques années celui qui se livre sur la scène de la théorie critique des médias. Les recherches féministes ont eu un impact novateur sur les nouvelles problématiques qui se sont développées autour de la question du pouvoir des médias, des modèles qu’ils véhiculent, de la relation texte-sujet, du statut du sujet récepteur dans la production du sens.
Il faut souligner la complexité croissante du thème femmes/médias, affecté par les bouleversements qui ont marqué aussi bien ce champ de la théorie critique des médias que celui des pratiques et des analyses féministes. Il nous invite à réfléchir sur les ambiguïtés des nouvelles matrices conceptuelles. Ambiguïtés profondément liées, dans le contexte du post-structuralisme, du post-féminisme et du post-modernisme, à la crise des utopies sociales, la crise des identités et des grands récits d’émancipation, la crise enfin des modèles de légitimation des savoirs et des actions.

Une légitimité difficile

J’ai parlé d’unanimité dans la reconnaissance de l’importance de cette problématique. Mais on constate très vite de profondes différences selon les contextes nationaux. En France, une singulière carence d’études, un manque de corpus consistant, dialogique, contradictoire, dans ce domaine précis des médias, qui contraste fortement avec la situation dans les pays anglo-saxons, les pays nordiques et même l’Italie, l’Espagne ou l’Amérique latine. Il est vrai que partout les mouvements féministes ont vécu dans une grande tension leur position face au savoir et leur relation à l’institution académique et à l’université. Le prologue du premier numéro de la revue Signs, de l’Université de Chicago, qui aura un rôle de premier plan dans la diffusion des études féministes sur les médias, rendait bien compte, en l975, de cette tension (avec certains tics langagiers de l’époque) : « La stratégie de la revue Signs sera, tout en constituant même fragmentairement un nouveau corpus de savoir, ce savoir qui a été inauguré et programmé par les mouvements féministes depuis une dizaine d’années et, tout en restant à l’intérieur de l’université, de produire la description des relations imaginaires et des relations symboliques nouées entre la femme (être parlant) et la société dont elle fait partie [*]. » « Tout en restant à l’intérieur de l’université. » Je souligne. De nombreuses chercheuses françaises ont porté témoignage des difficultés qui ont marqué dès l’origine ce rapport entre le mouvement des femmes et l’institution universitaire. « Faire une thèse était mal vu… C’était vendre la lutte des femmes à l’Université, récupérer en termes de carrière le mouvement. » L’ambiguïté de l’entreprise s’énonçait ainsi : comment transformer un mouvement social et politique important en objet d’étude, dans un lieu de compétition ? Dès les années 1970 cependant, en littérature, en histoire et en sociologie où le paradigme féministe était très prégnant, il y eut beaucoup d’accumulation de savoirs. Des groupes d’études et des séminaires furent créés dans ces disciplines. Mais il n’y eut pas de lieu où réfléchir aux perspectives communes qui impliquaient la critique des savoirs constitués. La question de la pluridisciplinarité, ressentie comme la première spécificité des études féministes (qui, de l’avis des protagonistes, ne constituaient pas une discipline, mais un point de vue) montra crûment la difficulté à les organiser. L’institution universitaire, en France comme ailleurs, révéla sa rigidité en s’opposant à l’articulation réelle des champs disciplinaires [1].
Mais, au-delà ou en deçà de ce constat global, le manque notoire d’études en France sur le thème femmes/médias constitue une vraie question en soi. On peut évoquer plusieurs facteurs très généraux. On a, entre autres, mis du temps à reconnaître et à identifier les enjeux d’une culture de plus en plus liée à l’industrie et à la technique. Un des rares moments où cette problématique fut reconnue est celui que signale en 1960 la création du Centre d’études des communications de masse (CECMAS) au sein de l’Ecole pratique des hautes études parce qu’il regroupe des figures de la haute intellectualité (Roland Barthes, Edgar Morin, Georges Friedmann) sans que pour autant le thème des femmes ait retenu une attention particulière.
Ni en Grande-Bretagne ni aux Etats-Unis, la légitimité de ce champ ne fut facile à construire. Ann Kaplan rappelle à juste titre la résistance qu’opposa longtemps le monde académique aux études sur les femmes et les médias aux Etats-Unis comme en Grande-Bretagne où, tout au moins en ce qui concerne cette dernière, les recherches sur les médias étaient largement reléguées dans des instituts polytechniques [2]. Dans ces deux pays, ce sont les départements d’études littéraires et les départements d’études cinématographiques (Film Studies), le cinéma bénéficiant du statut d’art, qui accueillirent les premières recherches sur les identités de genre construites par les médias. Un programme de Women’s Studies s’institutionnalisa dans la plupart des universités des Etats-Unis au cours des années 1980.
Le courant britannique des Cultural Studies, issu dans les années 1950 d’une tradition de critique littéraire et d’une volonté de défense de la culture des classes populaires, qui s’institutionnalisa à travers la fondation en l964 à l’Université de Birmingham du Center of Contemporary Cultural Studies (CCCS) donnera une impulsion décisive au thème femmes/médias. C’est autour de ce centre que vont se développer dans les années 1960 et 1970 des travaux qui analyseront, en recourant à une sémiologie empreinte de marxisme et de structuralisme, les dimensions idéologiques de la programmation de radio, de l’information et de la fiction télévisée. Les problématiques des identités sexuelles vont trouver leur légitimité au rang des outils d’analyse de la culture que diffusent les médias.
Pour les Cultural Studies, profondément marquées par l’inspiration de leurs fondateurs (Richard Hoggart, Raymond Williams et Edward P. Thompson), la revendication de la culture des classes populaires était une stratégie pour les doter de l’énergie nécessaire pour soutenir leurs propres valeurs, leur économie morale face à celle des classes dominantes. Les Cultural Studies donnaient pour établie une structure particulière de domination et de subordination et considéraient leur tâche comme une tâche idéologique de légitimation et de mobilisation. Cette entreprise scientifique participait d’une lutte politique plus ample. Longtemps fidèle à cette détermination première, l’originalité du Centre sera de réussir à relier pendant plus de quinze ans ses travaux (ethnographie, langage et subjectivité, Media Studies notamment) aux questions soulevées par les « sous-cultures », les « cultures subalternes » et les mouvements sociaux, dont le féminisme.
L’irradiation des Cultural Studies vers le monde académique international, nord-américain notamment, contribuera fortement au développement des études de genre liées à l’analyse des médias, au risque de la perte du sens critique dont elles étaient porteuses à l’origine.
Selon Charlotte Brunsdon, chercheuse britannique très représentative de ce courant, coauteure avec deux consœurs américaines d’une anthologie parue en l997, Feminist Television Criticism, l’étape de formation de la critique féministe de télévision s’étend de l976 au milieu des années 1980. Le trait marquant de cette étape est le passage du dehors au-dedans de l’Académie. Ce passage se traduit par un changement de profil de la « chercheuse féministe ». « Tandis qu’en l976, la critique féministe écrit en s’adressant d’abord à ses sœurs du mouvement sur un ton tout à fait hostile aux mass media, soucieuse cependant de justifier l’attention qu’elle porte à la télévision, au milieu des années 1980 c’est à ses collègues qu’elle s’adresse et ses travaux commencent à paraître dans des anthologies utilisées à la fois dans les cours de communication et de Women’s Studies [3] ». Le tournant académique est fixé en l985, mais c’est en 1990-1992, que commence la seconde période « plus académique encore », marquée par la prolifération d’ouvrages, d’anthologies, de conférences. Les revues spécialisées foisonnent, attestant la valeur montante des Women’s Studies sur le marché mondial de l’édition (en langue anglaise s’entend).

L’exception française

Or, en France, en 2003, ce moment académique n’est pas encore advenu. Les études de genre y sont certes en progression. Mais cette progression est lente. « Alors qu’on assiste actuellement à la multiplication des débats, des enseignements, des études et des publications sur les femmes, la différence des sexes, les rapports sociaux entre hommes et femmes et leurs représentations – lit-on dans le document préparatoire d’un programme pluriformation “Genre, Science et Société”, émis en mai 2002 – en France, ce développement est encore peu visible en raison du faible nombre de départements, instituts ou centres universitaires d’études sur les femmes et/ou féministes et reste atomisé [4]. »
Dans cet essor qui demeure précaire, la question femmes/médias occupe une place extrêmement marginale. Le silence est seulement brisé par quelques articles dans des revues, quelques thèses du côté de l’université et par les prises de parole militantes qui se produisent du côté d’associations de surveillance comme l’Association des femmes journalistes (AFJ) et de groupes d’intervention significativement dénommés « Chiennes de garde » ou « La Meute » (issue de la dissidence d’avec les premières) qui se sont chargés de rendre visible le combat contre la violence sexiste dans les médias, et en particulier dans la publicité.
La philosophe Geneviève Fraisse éclaire un aspect du problème en faisant valoir que la difficulté à donner à la question des femmes un statut dans le champ de la pensée renvoie à la fixité de la représentation imaginaire des femmes, consubstantiellement liée à l’univers médiatique. A l’orée en effet de la configuration de son champ de réflexion sur la différence des sexes se présente la question du rapport femmes/médias sous la forme du constat du lien privilégié, « quasi un lien intrinsèque » entre les femmes et la mode, constat que la philosophe introduit pour montrer à quel point la différence des sexes est difficile à penser d’un point de vue philosophique, car dans les préjugés des détenteurs de la pensée : « Les femmes relèvent de l’apparence et sont par conséquent au plus loin de la vérité [5]. » La femme n’étant qu’apparence, en parler est le propre des médias. Porter de l’intérêt à la question des femmes c’est en fait rechercher un effet médiatique. En traiter, c’est réduire cette question à n’être que ce qu’elle est, c’est-à-dire insignifiante, toujours bien entendu selon les préjugés des « détenteurs de la pensée ». « Tel est le lot des femmes, d’être hors champ conceptuel d’un côté et sous les feux de la représentation imaginaire, fût-ce ceux de la mode, de l’autre [6]. » La philosophe se contente de prendre appui sur ce lien scellé par le sens commun, qui confine les femmes sous les feux de la représentation imaginaire, pour montrer la distance à franchir afin d’établir la question de la femme dans le champ de la pensée. Sans développer davantage ce thème, elle situe l’association « femmes-univers médiatique » comme le symptôme de la difficulté à parler en toute légitimité intellectuelle de la différence des sexes (notion, soit dit en passant, que Geneviève Fraisse, et d’autres avec elles en France, a toujours préféré à celle de « genre »). Entretemps, la décision que prendrait quiconque, mais une femme en particulier, de s’approcher de plus près de la question des femmes et des médias, se voit d’emblée frappée de double inconsistance.
Il peut s’avérer dès lors compliqué pour une femme briguant le statut d’intellectuelle à part entière de négocier la position à partir de laquelle elle écrit sur cette question. Ceci nous mène au cœur du problème et nous conduirait à enquêter sur les causes profondes du délaissement certain dans lequel le féminisme (en particulier celui qui est lié au monde académique) tient la question de la représentation de l’image de la femme dans les médias en France. Une telle réflexion déborde les limites de cet article.
Disons qu’une inquiétude se fait jour sur ce défaut de mobilisation. « La tendance existe à percevoir les discriminations à l’égard des femmes comme une question exclusivement économique et politique, et en tant que telle largement consensuelle au sein des courants de la “gauche progressiste” », écrit Ilana Löwy dans sa critique de l’ouvrage de Pierre Bourdieu, La domination masculine, qui lui semble en revanche – louange parmi d’autres traits moins célébrés – faire une place à cette autre forme de discrimination. « Ce qui est négligé, c’est l’inculcation permanente du sentiment aigu de l’indignité corporelle aux femmes (par la marginalisation de tous les corps féminins non conformes aux critères rigides du désir mâle : trop laids, trop vieux, trop gros) et sur les conséquences de l’internalisation de ce regard par les femmes. Processus renforcé par l’image véhiculée par les médias et par l’industrie de la beauté qui sape la confiance en elles de nombreuses femmes [7]. »
Pourra-t-on longtemps parler en toute cohérence de parité sans soulever la question de la politique de représentation de l’image de la femme dans les médias ?
Ce délaissement, noté en France, ne signifie en aucune façon un désintérêt général pour le statut du féminin. Au contraire. La problématique du genre, même si elle n’est pas toujours explicitée sous ce label, est bien représentée par des sémioticiennes, des anthropologues, des philosophes, des sociologues, des spécialistes de la littérature et des historiennes notamment qui ont souligné la nécessité de prêter attention aux systèmes symboliques, c’est-à-dire aux façons dont les sociétés se servent de la représentation du genre pour articuler les règles de relations sociales ou pour constituer le sens de l’expérience [8].
Depuis les années 1970, époque où le féminisme fut très actif en France, on y assiste à une grande élaboration théorique, non exempte de controverses, sur la question de la différence, la question du féminin, celle du lien entre la sexualité et le symbolique, qui a beaucoup inspiré et continue de le faire la réflexion critique dans le monde anglo-saxon. Il suffit de parcourir les recherches pour s’en rendre compte. La petite phrase de Simone de Beauvoir dans Le deuxième sexe, publié en l949, « On ne naît pas femme. On le devient » qui mettait au jour la construction sociale de la féminité est reconnue comme ayant lancé la question du « genre » dans sa définition de « sexe social », l’expression du masculin et du féminin dans la société. Les théoriciennes anglo-saxonnes ont été inspirées par le courant dit « égalitariste » et « universaliste » représenté par Simone de Beauvoir. Elles le seront aussi par le courant dit « différentialiste » et engloberont d’ailleurs hâtivement dans un ensemble intitulé « French Feminism » les réflexions, qui leur seront sources durables d’inspiration, de Luce Irigaray, Julia Kristeva et Hélène Cixous, qui, pour se déployer autour du « féminin », n’en diffèrent pas moins considérablement entre elles et ne se réclament pas toutes trois du féminisme. Ces mêmes théoriciennes apposeront tout aussi hâtivement sur ces références globalisées l’étiquette d’« essentialisme » (une conception de l’« autre » féminin, fondé en nature, indissolublement lié à une valeur ontologique). De nombreuses féministes françaises, objets aussi de référence, réfuteront ce « French Feminism » ainsi connoté, argumentant adhérer pour leur part à un point de vue matérialiste [9].
Cette création de concepts n’a pas été investie véritablement en France dans les études femmes/médias. En revanche, elle l’a été considérablement aux Etats-Unis, en particulier dans les Cultural Studies, parfois avec un sens de l’éclectisme typiquement académique et une pratique de l’amalgame exagérée et sans toujours prendre garde à la banalisation, voire à la distorsion des notions élaborées par ce courant.

Une volonté militante

Il a été beaucoup question ci-dessus de non-reconnaissance académique. Pour les pionnières, ceci n’a pas fait problème. Les premières études se sont constituées en pleine volonté militante [10]. Je pense aussi bien à Anne-Marie Dardigna, auteure de deux ouvrages, Femmes, Femmes sur papier glacé (1974) et La presse féminine. Fonction idéologique (1978) qu’à Judith Williamson : Decoding Advertisements, Ideology and Meaning in Advertising [11] (1976). Ouvrages très significatifs de l’époque, inspirés par l’approche critique du discours identifié à une idéologie imposant normes de comportement et prescriptions d’attitudes. Les titres indiquent bien la teneur de ces études.
L’ouvrage de Judith Williamson qui, publié à Londres, devint vite un classique et connaîtra au moins six rééditions, est certes marqué, comme ceux de Dardigna, par le paradigme structuraliste de dénonciation de cette violence symbolique qui s’exerce sur le terrain de la représentation. Elles s’emploient l’une comme l’autre à montrer comment l’arbitraire de cette violence à l’endroit de l’image de la femme est dissimulé sous le couvert d’une légitimité prétendument naturelle, qu’il s’agisse des magazines féminins ou de la publicité. Cependant, Williamson introduit une nouvelle sensibilité qui déplace la démarche rationaliste et sa vision d’un sujet unifié, en reconnaissant les contradictions mêmes qui motivent sa recherche : « Je ne pouvais réconcilier ce que je savais avec ce que je ressentais… et ceci est la racine de l’idéologie », écrit-elle en ajoutant « et de là vient la difficulté à critiquer le système idéologique de la publicité. Je savais que j’étais bernée et exploitée, mais le fait est que j’étais attirée [12]. » Sa recherche, fortement inspirée par Barthes et Lacan, se montrera soucieuse d’analyser « comment le sens est produit ». Dardigna élude cette question du désir du sujet, adoptant une vision plus mécanique du fonctionnement du discours, telle qu’elle a pu marquer l’époque : « Nous sommes l’objet manipulé sans nous en rendre compte un seul instant [13]. » Mais dès l977, pointe sous la plume d’une des pionnières du mouvement féministe français, Liliane Kandel, une interrogation à propos du premier livre de Dardigna, jugé par ailleurs excellent. « Le corps des femmes, partout exposé, affiché, vendu, objet à consommer, librement accessible en images et en réalité, à tous les hommes ? Il faut aller plus loin que les analyses usuelles de la « femme objet » ». Et Kandel d’évoquer les stratégies de détournement et de résistance, « le rire des femmes ». « Quelque chose se dessine, du côté de ces consommatrices si consommables, corvéables, si dociles. Quelque chose comme une prise de conscience, de parole, de corps, commune, collective et plurielle. Quel désordre dans le fonctionnement général du système culturel [14]. » Ce qui est déjà introduit, c’est la notion d’une possible distance entre le modèle « femme objet » mis au jour par l’analyse structurale et la manière dont il est perçu et reçu dans le vécu des femmes en lutte.

« C’est une femme qui vous parle »

Et vous qui faites partie de cette génération ?, peut me demander la lectrice ou le lecteur. J’ai été amenée à participer, dès les années 1970, aux débats qui se sont déroulés sur femmes/médias dans le monde anglo-saxon, à partir toutefois d’une position singulière. Et je ressens la nécessité de me référer succinctement à mes premières études car elles occupent une place spécifique dans la production sur ce thème, étant donné la particularité de l’expérience que j’ai vécue et du point de vue adopté dans l’analyse.
J’ai commencé ces études sous une autre latitude, au Chili, en Amérique latine, région du monde où la production et la consommation des genres de la culture populaire de masse destinés, sous leurs aspects traditionnels ou modernistes, à une clientèle féminine, occupent une place considérable dans l’espace social de la communication (deux études : la première sur les romans-photos effectuée en l969 [15], la seconde, « Notes sur la modernité : une lecture du magazine féminin » réalisée en l971 [16] ). Ces études étaient inspirées par les écrits de Barthes, notamment Mythologies et l’approche structurale d’analyse des discours qui était la référence incontournable à l’époque et offrait une alternative à l’étroitesse des analyses de contenu de la sociologie fonctionnaliste américaine qui se caractérisaient comme « la description objective, systématique et quantitative du contenu manifeste des communications [17] ». C’est précisément ce que les études sur le niveau idéologique des discours réfuteront. L’« Ordre du Cœur », avec deux aides de camp, la Nature et le Destin, organise le premier corpus de romans-photos et constitue l’axe des stratégies discursives de dilution du conflit social et de résorption des inégalités structurelles dans le rêve de l’Amour.
Quant au mythe de la modernité, il sous-tend le système textuel des magazines, « naturalisant » un monde social qui oppose ses disparités à la « démocratie du désir » et à l’euphorie de la consommation au centre de laquelle la femme est placée, désamorçant les aspérités du réel et « récupérant » les aspects subversifs des mouvements d’émancipation.
Dans un troisième article, écrit en 1973-1974, à mon retour à Paris, après le coup d’Etat du 11 septembre 1973, j’analysais le comportement des revues féminines locales affiliées aux secteurs de la droite chilienne, quand celle-ci, dans sa stratégie d’opposition au président socialiste élu constitutionnellement, Salvador Allende, lance dans la rue le potentiel contre-révolutionnaire de sa clientèle féminine [18].
Il est assez rare de voir des études échelonnées dans le temps trouver aussi promptement leur ordonnancement dans le cours des événements. Car c’est l’histoire, proche et lointaine, de cette contre-révolution, qui conféra à mes recherches leur unité dynamique. Au moment où j’écrivais les textes sur les deux types de publications féminines, j’étais loin de supposer que la tragédie d’un coup d’Etat allait se charger de leur donner leur sens exact et, en articulant ces textes sur une perspective historique, de leur conférer leur réelle signification politique. En effet, c’est seulement quand, de part et d’autre des contradictions de classe, s’organisa un mouvement de femmes de droite et que dans la rue ces femmes se mirent à agiter mouchoirs et casseroles contre le régime populaire de Salvador Allende qu’on put calibrer, dans la sédition, le poids spécifique des investissements politiques et idéologiques que, jour après jour, la société patriarcale avait réalisés dans le champ des valeurs, des normes de comportement, des aspirations, et notamment dans les représentations normatives du genre féminin, à travers les moyens de communication, entre autres. Représentations du genre dont, en temps de crise, l’opposition des secteurs conservateurs allait se servir.
Ces manifestations de rue révélèrent, sous une forme active, les valeurs que les médias traditionnels ou modernistes n’avaient jamais cessé de cultiver sous leur forme passive. Elles démontrèrent au milieu de la violence comment le caractère privé, passif, attribué au féminin, que les romans-photos et les magazines avaient bercé dans le secret des jours avec les rêves éveillés des aventures du désir amoureux ou du désir de consommation, pouvait perdre cette apparence d’inertie dans la vie politique pour devenir une arme singulièrement importante dans les campagnes d’opinion contre un régime populaire constitutionnellement élu et ses programmes de réformes. Ces femmes sont devenues la meilleure arme dans le combat politique, en permettant d’innocenter la subversion, la présentant comme la réaction de la partie traditionnellement apolitique de l’opinion, soucieuse seulement de préoccupations ménagères et maternelles : « C’est une femme qui vous parle » ou mieux « C’est une mère qui vous parle ». La presse conservatrice justifia le rôle actif, séditieux, des femmes qui s’alignèrent dans les rangs de l’opposition, en jouant sur l’intériorisation des stéréotypes féminins, faisant valoir que ce rôle public qu’elles assumaient le temps qu’il était nécessaire, n’était que la face momentanée du rôle privé et maternel auquel la nature les assigne.
Cette expérience montre la réalité profondément politique du système de représentation du genre. Au-delà de la conjoncture chilienne, elle montre comment l’invocation au retour à un Etat incarnant la force virile s’adresse de manière privilégiée à la femme dont on attend en période de crise qu’elle légitime comme l’être faible, apolitique qu’elle est, une autorité capable de la protéger [19]. La connotation sexuelle n’est, en effet, jamais absente de ces discours et de ces manifestations. Ce qui fut bien étudié, et précisément dans ces années 1970, par celles qui s’intéressèrent à la problématique des femmes sous les régimes fascistes européens [20].
En l972, toujours dans cette période chilienne mouvementée, je pus participer à la découverte de ce qui allait devenir une rupture importante, un changement de paradigme pour l’analyse des processus de communication, en inaugurant une étude de type ethnographique sur la réception de la programmation de télévision auprès de secteurs populaires [21]. C’est le propre de ces périodes de crise de mettre en tension des catégories dont la légitimité paraît intouchable en période de normalité : ainsi les conceptions des programmations établies à partir d’un profil de « public moyen » baptisé du concept de « populaire », un populaire figé dans un état de consommation établi par les sondages. Or ce concept a des chances de se trouver déstabilisé lorsque l’acteur populaire commence à faire prévaloir activement son point de vue sur la construction d’une autre vie. L’étude entreprise, tout exploratoire qu’elle était encore sur le plan méthodologique, avait l’intérêt de construire un savoir pratique sur les modalités de l’hégémonie exercée par les secteurs traditionnellement dominants sur les classes subalternes et les réponses que celles-ci avançaient pour la récupération d’une mémoire et d’une culture. Elle portait, pour une large part, sur la réception par les femmes de milieux populaires des programmes que l’industrie télévisuelle locale et sous-continentale leur destine, à savoir ces fameuses telenovelas, version latino-américaine (pour le dire très vite) des soap operas. Ces femmes dont la conscience était mobilisée par leur participation au mouvement populaire se révélaient capables d’en effectuer une lecture critique et de démystifier notamment le caractère illusoire de la montée sociale montrée dans ces feuilletons. Mais ce qui est troublant, c’est le plaisir que continuaient à procurer ces programmes à des spectatrices qui avaient une perception critique de leur fonction aliénante et repéraient les mécanismes à travers lesquels elle œuvrait. La question qui se posait était donc la suivante : comment appréhender d’une manière plus juste et plus complexe du point de vue de ce public ce genre télévisuel qui semble répondre à ses attentes et conformer en partie une culture populaire féminine ? Je rencontrai la nécessité d’approfondir la question du plaisir éprouvé par l’auditoire. Sensiblement au même moment d’ailleurs, dans de tout autres contextes, d’autres chercheuses la rencontrèrent, comme nous le verrons par la suite. Et ce sont ces convergences, à un moment donné, qui se révéleront significatives dans l’évolution des théories critiques des médias et de leur approche des cultures populaires.

Images et effets de sens

Reprenant le fil de mon propos sur les aléas du rapport entre le mouvement féministe et la théorie critique des médias, je voudrais, comme point de départ de ma démarche, confronter deux événements situés à des dates marquantes tant du point de vue de l’histoire du mouvement des femmes que de l’évolution du débat théorique sur la question des médias.
En novembre 1986, un vaste mouvement étudiant envahit les rues de Paris pour protester contre un décret portant sur la sélection à l’université. Parmi les leaders, beaucoup de jeunes femmes qui feront irruption dans les médias avec beaucoup d’aplomb. Elles seront partout pour défendre leur mouvement, à la radio, à la télévision. Or, dans le même temps, sur le petit écran, les spots publicitaires n’ont jamais autant consacré les rôles traditionnels et utilisé le corps de la femme pour vendre les marchandises.
Comment ne pas évoquer en contrepoint cet autre mouvement étudiant, celui de mai l968, où tous les leaders sont des hommes. Aucune figure féminine n’apparaît sur le devant de la scène publique, même si Mai 68 marque un moment crucial de la conscience des femmes et donne un nouveau souffle à leur mouvement. Mais, portés par la critique structuraliste de la société de consommation, on foudroie l’idéologie publicitaire et la mythologie sexiste de la modernité médiatique. En revanche, en l986, ces spots publicitaires aussi ouvertement sexistes, du moins selon le discours dénonciateur des années 1960, n’ont jamais moins fait l’objet d’une critique organisée de la part d’un mouvement féministe entré en crise.
Poursuivons cette confrontation. Autant la radicalité du mouvement de Mai 68 s’exprimait dans son refus de l’institution médiatique et la création de ses propres supports d’expression (écrits ou graphiques pour l’essentiel), autant les jeunes de 86 s’approprient la scène médiatique, à la fois complices et détachés de ses codes et de ses mises en images. Dans ses dispositions ludiques qui lui firent reprendre et détourner avec beaucoup de piquant les jeux de mots de l’environnement publicitaire, 86 signait la mort d’une certaine idée politique de la culture militante. Cette prégnance du jeu montre le fossé qui sépare la stratégie de dramatisation de mai 68 et les tactiques de dédramatisation qui caractérisent l’événement 86, en même temps qu’elle marque l’avènement d’une certaine attitude pragmatique.
Ce scénario de confrontation me conduit à poser la question suivante : que font de ces images, de ces spots publicitaires sexistes, ces jeunes femmes leaders du mouvement de 86 ? En posant ainsi cette question « que font ? », en mettant donc l’accent sur un « faire » et sur les actrices de ce « faire » en l’occurrence, je fais écho au changement de regard qui s’est produit au milieu des années 1980 dans la théorie critique des médias. Celle-ci, après avoir appréhendé ce qu’on appelait la « masse des consommateurs » comme un objet inerte et forcément manipulé, s’accorde aujourd’hui sur le statut actif, producteur de sens du récepteur-consommateur. Ce retour aux acteurs de la réception prend tout son sens par contraste avec les analyses des effets du pouvoir qui partaient de celui-ci, de ses actes et de ses points de vue et non de celles et de ceux qui en sont l’objet. Que font de ces images sexistes, ces jeunes femmes porte-voix d’un mouvement ? Pour définir le pouvoir de l’image, je dirai qu’il s’exerce dans un jeu de va-et-vient qui ne fonctionne pas dans le seul sens de l’imposition de la norme publicitaire médiatique; un jeu de va-et-vient où interviennent des sujets traversés certes par les significations attachées au genre par le système de représentation dominant, dans une formation discursive donnée, mais où interviennent aussi des acteurs socialement situés, qui ont un vécu, une pratique, qui commentent par le geste et le langage la différence des sexes et les rapports de domination.
Cela dit, ce qui nous permet de cerner l’effet de sens comme processus de négociation effectué par un sujet, dans l’épaisseur de sa socialité, ne nous autorise pas pour autant à évacuer la question du pouvoir de l’image et de la représentation sexiste. La réaction des publicitaires eux-mêmes devrait suffire à nous en convaincre ; un spot particulièrement dégradant pour l’image de la femme fit l’objet au début de l989 en France d’une demande de retrait de la part d’Yvette Roudy, ancienne ministre des Droits de la femme. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel, instance de régulation des institutions de l’audiovisuel, ne jugea pas la plainte légitime et se refusa à interdire le spot incriminé. L’auteur de ce spot avait plaidé sa défense en ces termes : « Les femmes sont maintenant assez libérées pour ne pas se juger atteintes par une simple image publicitaire. » C’est là que nous pressentons l’ambivalence de ce nouveau paradigme du retour au consommateur, à son pouvoir et à son libre arbitre, quand il est manipulé par les tenants de l’ordre patriarcal dans sa composante libérale.
En connotant le « genre féminin » avec des caractéristiques spécifiques, les moyens de communication sont des agents puissants dans la production et la rénovation constante de la « signification imaginaire » du sexe féminin. Signification imaginaire qui produit des effets concrets dans les diverses pratiques sociales.
Un débat important qui ne cessera de s’approfondir émerge dans les années 1980. Il commence à fissurer l’idée d’une intangibilité des catégories « femme » et « oppression féminine ». S’interrogeant sur le « sujet » du féminisme, il met en question sa position essentialiste. Ce qui est récusé, c’est l’idée d’une division sexuelle originelle représentée a posteriori dans des pratiques sociales. Sous ce nouvel éclairage, l’oppression des femmes ne devrait plus être appréhendée comme une catégorie préconstituée, que sa cause soit située dans la famille ou dans le mode de production économique; mais il conviendrait d’analyser l’autonomie et le développement inégal des diverses pratiques qui construisent les formes concrètes de subordination. Les positions qui m’apparurent les plus convaincantes dans cette discussion, sont celles qui établirent que, si dans un premier moment on peut admettre que l’oppression des femmes ne doit plus être appréhendée comme une catégorie préconstituée, il apparaît dans un deuxième moment nécessaire d’insister sur une corrélation étroite entre la « subordination » comme catégorie générale informant l’ensemble des significations qui constituent la « féminité » et l’autonomie et le développement inégal des diverses pratiques qui construisent les formes concrètes de subordination [22].
De cette « subordination » comme catégorie générale informant l’ensemble des significations qui constituent la féminité, nous parlait, par exemple, la réaction de cette cinéaste brésilienne, Suzana Amaral, auteure de A hora da Estrelha (L’heure de l’étoile), d’après le roman de la romancière de même nationalité, Clarice Lispector. Quand les femmes de l’assistance célébrèrent son film comme « un beau film de femme », elle répondit : « Non, c’est un film de gente », c’est-à-dire le film d’une personne. Elle s’opposait ainsi à ce que son film, dans sa valeur d’acte créateur, endosse la connotation d’infériorité du genre « femme », refusant ce système sexe/genre à l’œuvre dans nos sociétés et en vertu duquel toute construction de différence sexuelle construit le féminin comme un pôle subordonné au masculin.
Une des tâches du féminisme a consisté à déconstruire cette tendance lourde de la vision hiérarchique des sexes qui traduit systématiquement la différence en infériorité.

Egalité et différence

Féminisme de l’égalité et féminisme de la différence. Ainsi qualifie-t-on souvent de manière admise comme réductrice les deux pôles entre lesquels oscillerait la lutte des femmes. Deux pôles qui ont leurs figures et leurs œuvres emblématiques. Deux pôles qui sont aussi identifiables à des générations féministes.
Combat des suffragettes, d’une part, ou de féministes existentialistes, d’autre part, la première génération du mouvement des femmes aspire à s’insérer dans le temps de l’histoire, du projet et de l’action. Les revendications politiques des femmes, les luttes pour l’égalité des salaires et des fonctions, pour la prise du pouvoir dans les institutions au même titre que les hommes, relèvent de cette logique d’identification qui s’accompagne, au besoin, du rejet des attributs traditionnellement réputés féminins ou maternels. Le socialisme occidental, secoué à ses débuts par les exigences égalitaires ou différentielles de ces femmes, a vite fait d’évacuer la part en elles qui aspirait à la reconnaissance d’une spécificité du rôle féminin dans la société et dans la culture, pour n’en retenir, dans l’esprit égalitaire et universaliste de l’humanisme des Lumières, que l’idée d’une nécessaire identification entre les deux sexes comme seul et unique moyen de libération du « deuxième sexe ».
L’autre génération, la seconde vague, qualitativement différente de la première, comme l’a bien analysé Julia Kristeva pour l’Europe, même si elle reconnaît être redevable aux luttes des précédentes pour la reconnaissance socioculturelle des femmes, n’accepte plus de sacrifier certains aspects de l’être femme pour accéder à une dimension politique. Ce n’est plus (seulement) dans une recherche d’égalité que le combat s’engage, mais de différence, de spécificité. Et c’est à ce point précis du parcours que la génération nouvelle, « différentialiste », rencontre la question qu’on pourra appeler symbolique. La subversion féministe apportée par cette nouvelle génération se situera désormais sur ce terrain fait de la conjonction inséparable du sexuel et du symbolique [23].
Les courants d’analyse des médias qui correspondront à cette nouvelle sensibilité dépasseront l’écueil de ces analyses de contenu des programmes médiatiques qui se contentaient de repérer le sexisme en dénombrant les apparitions des rôles féminins sur les écrans ou dans la presse, qualifiant ces images de « positives » et de « négatives » selon qu’elles correspondaient à un profil traditionnel (négatif) ou un profil émancipé (positif). Ce type de critique ne nous disait rien ou si peu sur la façon dont ces images signifient. Le schéma interprétatif qui le sous-tend (implicite ou explicite) tend à fonctionner selon le modèle comportementaliste du stimulus/réponse qui pratique l’impasse sur la complexité des processus d’identification et de projection. L’idée que les « images de femmes » peuvent être jugées en tant que reflet ou distorsion de la réalité va laisser la place à une autre approche pour laquelle les médias sont profondément impliqués dans la définition de la réalité elle-même et dans la construction de la représentation des femmes.

Plaisir et identification

C’est à la confluence de la théorie féministe du film, de la théorie structurale de l’idéologie, de la sémiologie et de la psychanalyse, que vont se constituer de nouvelles problématiques qui exploreront comment le média « construit » (ce terme va devenir un terme-clé) des définitions de la féminité et aussi comment ces définitions créent des positions de sujet spécifiques avec lesquelles les spectatrices, les auditrices ou les lectrices peuvent s’identifier.
Ici se situent dans un rapport dialogique les essais de Laura Mulvey et de Tania Modleski, qui eurent l’un et l’autre une influence considérable. En l975, Mulvey publie dans la revue Screen, « Visual Pleasure and Narrative Cinema » où elle tente de montrer la fonction de la femme dans l’inconscient patriarcal, à travers la narration classique des films d’Hollywood. La femme y est représentée comme une personne « châtrée » qui ne produit pas de sens dans l’ordre symbolique. C’est l’homme qui produit le sens. La femme ne fait que représenter le sens. A une femme passive, correspond un homme actif. La femme est image. L’homme est, dans le système de représentation capitaliste dont Hollywood est l’emblème, la personne qui contrôle le regard et ce cinéma manipule le plaisir visuel, il l’identifie avec le point de vue masculin [24]. Mulvey s’interroge, dans cet article-phare, sur le fait que les spectatrices soient amenées à partager, de manière masochiste, ce plaisir.
Appréhender le média comme un système de représentation, c’est se poser des questions de lecture culturelle et de lutte culturelle pour la création de modes alternatifs de narration, de production et de distribution de l’image. Cette détermination marqua l’époque. Et il faudrait citer beaucoup d’exemples tant d’analyses théoriques que de réalisations (cinéma et vidéo) qui tentèrent de dévoiler comment notre regard de spectatrice a été colonisé par le voyeurisme mâle et se proposèrent avec plus ou moins de succès de donner une forme à cette part de notre expérience subjective laissée muette par les modes narratifs dominants.
Dans le domaine des études sur la télévision s’est exprimée la nécessité de réévaluer le regard sur ces genres bénéficiant d’une grande acceptation parmi les femmes. Dépréciés par la critique comme étant un genre destiné à cet auditoire, les soap operas étaient le genre emblématique de l’intérêt des publicitaires et des agences de marketing pour cette même raison, la ménagère étant la cible invétérée des stratégies commerciales. La deuxième vague du féminisme anglo-saxon va s’intéresser aux audiences du soap opera et autres genres fictionnels également méprisés comme la littérature sentimentale, pour de tout autres raisons. Le terme « audiences » y est bien différemment apprécié : il s’agit d’utiliser ces textes comme lieux où explorer les subjectivités féminines dont l’étude ethnographique pionnière de Dorothy Hobson a montré qu’elles étaient structurées en subordination [25].
Cette démarche ne manquait pas d’être inspirée par un effort et un désir de réconciliation avec l’expérience de la femme ordinaire, dans la vie quotidienne, avec sa temporalité propre, ses plaisirs et ses tensions. La revalorisation de l’attention portée à ces genres est en général signalée comme l’un des apports de la recherche féministe sur la culture populaire, en claire rupture avec l’attitude antérieure. Le deuxième apport étant la problématique de l’audience gendered. Un intérêt nouveau est dès lors attaché au contexte de réception : la vie domestique avec ses rythmes, ses routines, les rapports sociaux familiaux, la distribution des rôles et des pouvoirs au sein de l’espace privé.
Jusqu’à la fin des années 1970, la plus grande partie des analyses critiques se proposèrent, dans le cadre de l’analyse des idéologies, de démonter les nombreux et subtils mécanismes mis en action dans le jeu de forme/contenu de la presse et des programmes de radio ou de télévision destinés au public féminin. Mécanismes dissemblables, mais aptes à l’occultation, à la mystification de la réalité vécue par les femmes. Ces lectures idéologiques, j’y insiste, sont toujours indispensables. Mais d’autres interrogations se sont fait jour : le plaisir éprouvé dans ses ambivalences mêmes indique la nécessité d’explorer le moment de la réception [26].
Cette sensibilité renouait avec l’interrogation d’un marxisme hétérodoxe sur le contenu utopique et démocratique de la culture populaire. Dès les années 1930, l’intellectuel et homme politique italien, Antonio Gramsci, se posera des questions sur le feuilleton et les romans populaires. A côté du rêve éveillé, de l’évasion qu’ils cultivent, il pensait qu’ils répondaient aussi à des aspirations démocratiques [27]. Plus près de nous, Fredric Jameson et Richard Dyer ont essayé de montrer que le divertissement de masse contient invariablement une composante d’utopie dans des articles qui portent des titres éclairants, respectivement : « Reification and Utopia in Mass Culture » et « Entertainment and Utopia [28] ». En Amérique latine, ce paradigme rencontra la question formulée par Jesus Martin Barbero, à la suite du philosophe Mikel Dufrenne : pourquoi les classes populaires investissent-elles du désir et extraient-elles du plaisir de cette culture qui les nie comme sujets [29] ?
Un essai très fameux sur le soap opera s’inscrit dans cette perspective. Intitulé « Search for Tomorrow in Today’s Soap Operas », il paraît pour la première fois en l979 [30]. Son auteure Tania Modleski, révisant la position de Mulvey, tente de repenser l’interaction de la spectatrice avec, cette fois, un genre télévisuel « féminin ». Elle estime que la structure narrative du soap opera faite d’une multitude de conflits vécus par les divers personnages, rencontre la position des mères à l’intérieur de la famille, situées elles aussi au centre d’une multitude de conflits. Le soap les entretiendrait dans la conviction que leur but est de voir leur famille unie et leur permettrait d’investir du plaisir dans la condition centrale de leur vie : attendre. La narration qui s’étend indéfiniment, multipliant les sous-intrigues, en plaçant des obstacles chaque fois plus complexes entre le désir et son accomplissement, ferait de l’anticipation de la fin, une fin en elle-même. Contrairement à la définition du drame par Aristote, qui doit ménager un début, un milieu et une fin, le soap n’aurait qu’un milieu qui s’étendrait indéfiniment. Et en cela épouserait l’« attente ». En contraste avec le mode de narration classique du film, analysé par Mulvey, structuré autour d’une figure centrale exerçant le contrôle avec laquelle le spectateur peut s’identifier, le soap présente de nombreux egos limités qui ne peuvent que solliciter une identification multiple du spectateur qui serait en quelque sorte désinvesti de pouvoir. C’est en cela que Modleski y voit un mode de narration alternatif, dont il faut explorer les potentialités pour créer des langages audiovisuels que les femmes puissent revendiquer comme propres. Le titre contient cette proposition : Search for Tomorrow. Cet aspect fut cependant très controversé.
Il est intéressant de constater des convergences dans la recherche sur les caractéristiques de ces genres, et de voir se dessiner des hypothèses qui éclairent le plaisir pris par les femmes spectatrices à partir des structures narratives. J’ai moi-même développé à cette époque une tentative d’expliquer le plaisir que donne la telenovela, à partir de la structure de la temporalité de ces récits, également délivrés tous les jours sur de très longues périodes [31]. Je tenais à utiliser en premier lieu les ressources de l’économie politique de la production médiatique inséparable à mes yeux de l’économie des procédures de consommation, même si cette articulation nécessaire est trop souvent négligée, voire occultée dans les études de réception. L’économie politique permet en effet d’analyser comment la production et la programmation de ces séries spécialement dirigées vers des audiences féminines sont le résultat de la production de marchandises pour une audience déjà segmentée par la division du travail, et tout spécialement la division entre le travail domestique, travail « invisible », non rétribué, dévalué économiquement, et le travail au-dehors. Division qui illustre de façon exemplaire la discrimination entre la sphère privée et la sphère publique, l’espace de la production et l’espace de la reproduction, avec les statuts sociaux et symboliques qui leur sont respectivement attachés. L’essor du paradigme du plaisir tend à escamoter l’instance économique de la production industrielle de la culture de masse et le fait primordial que la segmentation des produits est fonction de leur échangeabilité sur le marché. Il est nécessaire de souligner que cette fragmentation qui rencontre les attentes particulières, les goûts et les préférences des divers publics, goûts et préférences calculés d’ailleurs par des études d’audience et de marketing, fait partie des stratégies de valorisation du capital dans la production des biens symboliques. Puis, ayant payé mon tribut à cette tradition de recherche et me situant cette fois à un autre niveau, plus proche de la tradition d’analyse du discours, j’avançai l’argument qu’une des explications décisives du plaisir que les femmes éprouvent à voir de tels programmes devait reposer sur le contexte du rapport entre leur forme et la structure profonde de l’inconscient de groupe. Mon hypothèse était que les deux catégories du temps du récit, à savoir la répétition et l’éternité, scansion quotidienne des épisodes et longue durée de l’attente du dénouement, pouvaient satisfaire les structures psychiques de l’auditoire. Ce qui n’était pas exempt d’une tonalité essentialiste !
Les approches du rapport texte/public qui vont se multiplier seront confrontées à une question qui a fait couler beaucoup d’encre [32]. Elle oppose une conception purement discursive du processus de communication qui accorde au texte le privilège de fixer la production du sens et les positions de sujet que le récepteur peut adopter, et celle qui ancre le processus de communication dans ses fondements institutionnels, économiques et sociaux. Cette dernière attribue un rôle déterminant au contexte social et culturel, aux ressources, aux compétences dont dispose le sujet. Charlotte Brunsdon marqua dans son étude sur le soap opera Crossroads (1981) un point pour les Cultural Studies dans ce débat en affirmant : « Le texte est social et le sujet l’est aussi » et en ajoutant : « Il faut faire une distinction analytique entre les positions de sujet proposées par les textes et un “sujet social” qui peut ou non adopter ces positions [33]. » L’activité de produire du sens est toujours socialement située.
Les études effectuées dans cette direction se proposeront de comprendre comment le « genre » à vocation féminine définit son contrat de sens avec la spectatrice à partir des compétences féminines traditionnellement associées à la responsabilité de gérer la sphère de la vie personnelle. Le piège essentialiste qui consisterait à soutenir que de telles compétences sont naturelles aux femmes est évité dans la mesure où ces dernières sont vues comme socialement construites pour posséder de telles compétences de par leur inscription dans le cadre idéologique et normatif de la vie sentimentale, du mariage et de la vie familiale et domestique.

Empowerment

Mais un glissement s’est produit, repéré par celles-là mêmes qui furent les protagonistes du courant de revalorisation des études sur les genres. Il s’accentua d’ailleurs au fur et à mesure que se multiplièrent les études de réception qui adopteront de plus en plus les procédures de l’enquête ethnographique.
Citons de nouveau l’Américaine Tania Modleski s’interrogeant en 1986 sur la dérive qu’a subie le paradigme du retour aux audiences. Elle signale naturellement l’importance qu’a eue l’Ecole de Birmingham. « Celle-ci a produit des études très intéressantes sur la complexité des réponses potentielles des audiences à la culture de masse qui révèlent les manières dont les sous-cultures particulières négocient la culture dominante, s’appropriant ses objets et ses symboles pour produire une unité de groupe et une solidarité de groupe. Mais on est allé trop loin dans l’idée que les audiences peuvent s’approprier. Dans certains cas, l’opinion que les audiences ne sont pas complètement manipulées mais peuvent s’approprier les artefacts de la culture de masse pour leurs propres besoins, a été menée si loin qu’il semblerait que la culture de masse n’est plus un problème pour certains critiques qui continuent à se dire “marxistes [34] ”. » Elle fait allusion à la position assumée par Lawrence Grossberg, un des chefs de file des Cultural Studies version américaine, dans un article de l984 intitulé « Rock and Roll, Pleasure and Power » : le rock est empowering : il donne du pouvoir [35]. Et Modleski de poursuivre : « l’Ecole de Francfort (l’étude sur le jazz d’Adorno en est un exemple) était trop éloignée de la culture qu’elle étudiait. Aujourd’hui les critiques semblent avoir le problème inverse : ils sont immergés dans cette culture [36]. »
Ce concept d’empowerment est invoqué à l’envi dans les études qui, dans les années 1990, adhèrent au postulat d’un récepteur « résistant ». C’est ainsi que la chercheuse australienne Mary Ellen Brown, en conclusion de l’ouvrage collectif Television and Women Culture. The Politics of the Popular qu’elle dirige, écrit : « J’essaie de trouver un discours féminin qui tienne compte de la subordination des femmes et cependant leur donne du pouvoir (empowers), pas nécessairement pour changer le monde, mais pour développer une image de nous-mêmes comme autonomes, capables. Je pense que les consommateurs peuvent utiliser les produits d’une société de consommation, en l’occurrence la télévision, pour produire, bien que vivant à l’intérieur de l’ordre économique dominant, des actes de résistance [37]. »
L’empowerment peut aller de pair avec le sentiment d’un manque de pouvoir à condition qu’il soit partagé. Partagé avec d’autres femmes, avec des « alliées », ce plaisir est sans culpabilité. « C’est le registre émotionnel, combiné avec l’empowerment qui vient de la participation dans le groupe de fans qui constitue le plaisir [38]. » La source du plaisir est non seulement textuelle mais contextuelle.
Il est certain que nous touchons-là aux nouvelles conditions de la formation des identités sociales dans un contexte de déclin des grands référents. Dans un contexte où des formes jusque-là structurées d’identités politiques, sociales, tombent en déshérence, la question des recompositions identitaires devient un enjeu de premier plan et par ricochet le rôle des médias et du fonctionnement de l’espace public. « Cet espace public qui n’est jamais un simple site de la raison où s’échangent des arguments et des points de vue mais un véritable marché des identités où s’offrent à travers le flux des biens culturels des propositions identitaires, des principes de construction des “nous [39] ”. » Ce qu’on ne peut manquer de souligner, c’est que cet empowerment des femmes se réduit à assumer sans culpabilité le plaisir que leur procurent ces genres de la télévision commerciale et à défendre cette culture contre l’image dévalorisée qu’en ont les hommes et certaines féministes, et en général une opinion marquée par la hiérarchisation des biens culturels. On est loin de la Women’s rage. On est loin aussi de l’ambition de « changer le monde » qui habitait Judith Williamson. La lutte culturelle se réduit à un jeu de mirages et de simulacres. Le concept de résistance tant agité par ce courant de recherche ressemble plutôt à de l’adaptation à l’ordre des choses. « I’m a resistant » est devenu une antienne sur laquelle ironise l’Australienne Meaghan Morris dans un article sur la banalisation des Cultural Studies, tandis que d’autres soulignent l’inconsistance théorique de plus en plus flagrante de cette invocation qui tient lieu de profession de foi politique [40]. A cette aune, la Women’s Culture, telle qu’elle est proposée par les genres télévisuels dits féminins, devient l’horizon de la culture des femmes. On a là la clôture de l’utopie, la clôture de la féminité. Et aussi l’apologie du cadre marchand. Car le marché ne serait en fin de compte ni plus ni moins que le lieu naturel où se rencontreraient la structure économique et la culture à travers le libre jeu de la préférence des publics.
C’est précisément dans l’approfondissement du thème ouvert par la rencontre entre économie et culture que la recherche critique française pourrait se montrer innovante. Elle accède aux études de genre à un moment où, dans les pays qui ont eu un rôle d’avant-garde en matière de recherche féministe, la notion même de « genre » est questionnée au niveau théorique comme au niveau politique [41]. Riches de nos traditions en études du symbolique, en économie politique de la communication et de la culture et en philosophie de l’histoire, pourquoi ne pas transformer ce qui a pu être perçu comme un retard en un potentiel d’avancées réel ?

BIBLIOGRAPHIE

· ANG I. (1985), “ The Battle between Television and its Audiences : The Politics of Watching Television ”, in Drummond P. et Patterson R. (sous la direction de), Television in Transition, Londres, BFI.
· BRUNSDON C. (1981), “ Crossroads : Notes on Soap Opera ”, Screen, 22 (4).
· BRUNSDON C. (1997), “ Identity in Feminist Television Criticism ”, in Brunsdon C. et al. (sous la direction de), Feminist Television Criticism : A Reader, Oxford, Clarendon Press.
· BROWN M. E. (sous la direction de) (1990), Television and Women’s Culture : The Politics of the Popular, Londres, Sage.
· BUTLER J. (1990), Gender Trouble, Londres, Routledge.
· CALHOUN C. (1991), “ Indirect Relationships and Imagined Communities; Large Scale Social Integration and the Transformation of Everyday Life ”, in Bourdieu P. et Coleman J. (sous la direction de), Social Theory for a Changing Society, Boulder, Wisconsin, Westview Press.
· CEDREF (Centre d’études, de documentation, de recherche pour les enseignements féministes) (2002), Vingt-cinq ans d’études féministes. L’expérience Jussieu. Actes du Colloque du 14 novembre 1997, Paris, Université Jussieu.
· DARDIGNA A.M. (1974), Femmes, femmes sur papier glacé, Paris, Maspero.
· DARDIGNA A.M. (1978), La presse féminine, fonction idéologique, Paris, Maspero.
· DYER R. (1981), “ Entertainment and Utopia ”, in Altman R. (sous la direction de), The Musical : a Reader, Londres, Routledge and Kegan.
· FRAISSE G. (1996), La différence des sexes, Paris, PUF.
· FRIEDAN B. (1963), The Feminine Mystique, New York, Dell Publishing Co.
· GALLAGHER M. (1992), Dossier “ Women and Men in the Media ” Communication Research Trends, 12 (1).
· GRAMSCI A. (1950), Letteratura e vita nazionale, Turin, Einaudi.
· GROSSBERG L. (1984), “ Rock and Roll, Pleasure and Power ”, Enclitic, VIII (1-2).
· HEINICH N. (1996), Etats de femme. L’identité féminine dans la fiction occidentale, Paris, Gallimard.
· HOBSON D. (1980), “ Housewives and the Mass Media ”, in Hall S. et al., Culture, Media, Language, Londres, Hutchinson.
· JAMESON F. (1979), “ Reification and Utopia in Mass Culture ”, Social Text, I, p. 130-148.
· KANDEL L. (1977), « Femmes, modes, consommation », Alternatives, Paris, n° 1.
· KAPLAN A. (1986), “ Feminist Criticism and Television ”, MedieKultur, Copenhague, n° 4.
· KRISTEVA J. (1979), « Le temps des femmes », 34/44. Cahier de recherche des sciences des textes, n° 5, Université Paris 7.
· KUHN A. (1984), “ Women’s Genres ”, Screen, 25 (1).
· LOWY I. (1999), « La brêche », Mouvements, n° 2.
· MACCIOCCHI M.A. (1978) (sous la direction de), Les femmes et leurs maîtres, Paris, Christian Bourgois.
· MARTIN BARBERO J. (1987), De los medios a las mediaciones, Barcelone, G. Gili [trad. fr. : Des médias aux médiations. Communication, culture et hégémonie, Paris, Collection CNRS Communication, 2002].
· MATTELART M. (1970), “ El nivel mitico de la prensa seudo-amorosa ”, Cuadernos de la realidad nacional, Santiago (Chili), n° 3.
· MATTELART M. (1971), “ Apuntes sobre lo moderno : una manera de leer la revista femenina ilustrada ”, Cuadernos de la realidad nacional, Santiago (Chili), n° 9.
· MATTELART M. (1975), « Chili : le coup d’Etat au féminin », Les Temps Modernes, n° 342.
· MATTELART M. (1977), « Les femmes et l’ordre de la crise », Tel Quel, n° 74.
· MATTELART M. (1982), Femmes et industries culturelles, Paris, Unesco (Dossier documentaire n° 23).
· MATTELART M. (1986), “ Women and the Cultural Industries ”, in Collins R. et al. (sous la direction de), Media, Culture and Society. A Critical Reader, Londres, Sage.
· MATTELART M. (1986), Women, Media, Crisis. Femininity and Disorder, Londres, Comedia/Methuen.
· MATTELART A., MATTELART M. (1986), Penser les médias, Paris, La Découverte.
· MATTELART A., MATTELART M. (1987), Le carnaval des images. La Fiction brésilienne, Paris, INA/La Documentation française.
· MATTELART M., PICCINI M. (1974), “ La television y los sectores populares ”, Comunicacion y Cultura, Buenos Aires-Mexico, n° 4.
· MODLESKI T. (1979), “ Search for Tomorrow in Today’s Soap Operas ”, Film Quaterly, 33 (1).
· MODLESKI T. (sous la direction de) (1986), Studies in Entertainment, Bloomington, Indiana University Press.
· MODLESKI T. (1984), Loving with a Vengeance : Mass Produced Fantasies for Women, Londres, Methuen.
· MORLEY D. (1980), “ Texts, Readers, Subjects ”, in Hall S. et al., Culture, Media, Language, Londres, Hutchinson.
· MORRIS M. (1988), “ Banality in Cultural Studies ”, Discourse, 10 (2).
· MULVEY L. (1975), “ Visual Pleasure and Narrative Cinema ”, Screen, 16 (3).
· RADWAY J. (1984), Reading the Romance : Women, Patriarchy and Popular Literature, Chapel Hill, University of North Carolina Press.
· SULLEROT E. (1966), La presse féminine, Paris, Colin. VAN ZOONEN L. (1994), Feminist Media Studies, Londres, Sage.
· WILLIAMSON J. (1976), Decoding Advertisements, Londres, Marion Boyars.

NOTES

[*]Ma traduction comme toutes les autres traductions.
[1]CEDREF, 1997.
[2]KAPLAN, 1986.
[3]BRUNSDON et al., 1997, p. 114.
[4]RING (Réseau interdisciplinaire et interuniversitaire national sur le genre), Présentation du Colloque « Le genre comme catégorie d’analyse », 24-25 mai 2002, Paris, Université-ParisVII.
[5]FRAISSE, 1996, p. 6.
[6]Ibidem, p. 7.
[7]LOWY, 1999, p. 130.
[8]Toute liste étant arbitraire, le risque encouru de commettre d’injustes oublis est grand. Outre celles citées dans le texte, mentionnons néanmoins, toutes disciplines confondues : Françoise Collin, Christine Delphy, Arlette Farge, Françoise Héritier, Michèle Le Doeuff, Nicole-Claude Mathieu, Francine Muel, Michelle Perrot, Michèle Riot-Sarcey, Eleni Varikas, etc. Plus récemment, Nathalie Heinich (1996) a fait une contribution intéressante à la question de l’identité féminine.
[9]S’exprimèrent clairement à ce sujet, parmi d’autres, Françoise Basch, historienne, Christine Delphy, sociologue et Monique Wittig, écrivain résidant aux Etats-Unis et décédée en janvier 2003.
[10]Signalons que, dès 1966, la sociologue Evelyne Sullerot avait fait paraître un des premiers ouvrages dans ce domaine.
[11]DARDIGNA, 1974,1978 ; WILLIAMSON, 1976.
[12]WILLIAMSON, 1976, p. 9.
[13]DARDIGNA, 1978, p. 7.
[14]KANDEL, 1977, p. 25-6.
[15]MATTELART M., 1970.
[16]MATTELART M., 1971 (cette étude publiée originellement en espagnol a été traduite en anglais et éditée avec d’autres de mes contributions dans Mattelart M., 1986).
[17]Selon la définition donnée par B. Berelson.
[18]MATTELART M., 1975.
[19]MATTELART M., 1977.
[20]MACCIOCCHI, 1978.
[21]MATTELART M., PICCINI, 1974 (Une version de cet article est publiée en français dans Mattelart A., Mattelart M., 1979).
[22]Cette critique de l’essentialisme a d’abord été développée par la revue m/f durant ses huit années d’existence (1978-1986). Voir en particulier les articles de Parveen Adams, Elizabeth Cowie et Chantal Mouffe.
[23]KRISTEVA, 1979.
[24]MULVEY, 1975.
[25]HOBSON, 1982.
[26]Ce changement de paradigme est amplement discuté dans Mattelart A., Mattelart M., 1986. Dans la partie III intitulée « La redéfinition d’un rapport : intellectuels/culture médiatique », nous confrontons notamment nos positions à celles de la chercheuse hollandaise Ien Ang qui a joué un rôle important dans la légitimation de ce thème du plaisir à partir de 1985. Voir également Le Carnaval des images. La fiction brésilienne, Paris, INA/La Documentation française, 1987.
[27]GRAMSCI, 1950.
[28]JAMESON, 1979 ; DYER, 1981.
[29]MARTIN BARBERO, 1987.
[30]MODLESKI, 1979.
[31]MATTELART M., 1982.
[32]MORLEY, 1982 ; KUHN, 1984.
[33]BRUNSDON, 1981.
[34]MODLESKI, 1986, p. XI.
[35]GROSSBERG, 1984.
[36]MODLESKI, 1986, p. XI.
[37]BROWN, 1990, p. 210.
[38]GROSSBERG, 1984.
[39]CALHOUN, 1991.
[40]MORRIS, 1988.
[41]BUTLER, 1990.

Advertisements

4 Réponses to “Femmes et medias Retour sur une problématique”

  1. Johnk132 Says:

    hi and thanks for the actual blog post ive recently been searching regarding this specific advice online for sum hours these days as a result thanks abgdaddkcbke

  2. Johnb98 Says:

    Howdy! Would you mind if I share your weblog with my twitter group? Theres lots of people that I think would truly enjoy your content material. Please let me know. Thanks beagffkbcfdb

  3. Johnf484 Says:

    This really is actually fascinating, That you are a quite specialist blogger. Ive joined your rss feed and sit up for looking for more of your excellent post. Also, I have shared your web site in my social networks! bkgddeadgcgf

  4. Johne815 Says:

    I gotta favorite this internet site it seems handy very useful ecgdacagcged


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s