Les clients des prostituées : le cas suédois

22/08/2008

Sven Axel Mansson [*]

sur http://www.cairn.info/revue-mouvements-2004-1-page-64.htm

Plan de l’article

• •Qui sont les hommes qui vont voir les prostituées ? Que veulent-ils ?

• •Perdants et tricheurs

• •Tout est-il possible ?

La Suède est le seul pays au monde à sanctionner les clients de prostitué-e-s. La loi suédoise a été votée avec pour principale légitimation le fait d’établir un instrument de lutte contre l’exploitation sexuelle des femmes qui implique aussi les hommes. Depuis le 1er janvier 1999, date de sa mise en application, quelques centaines de clients hommes ont été arrêtés pour avoir acheté les services d’une prostituée et la plupart ont été condamnés à une amende. En parallèle, la loi entend renforcer les moyens aux prostituées de se réinsérer et aussi de porter plainte. Suite à cette forme de « dissuasion » la prostitution de rue aurait considérablement diminué en Suède. Au-delà de son impact discuté, le débat qui a conduit à cette législation a eu le mérite de remettre au centre de la discussion le fait que les usages de la prostitution sont avant tout masculins.
Depuis 1999, une nouvelle loi interdit en Suède l’achat de services sexuels. Cette tentative pour se débarrasser du plus vieux métier du monde en criminalisant, non la vente, mais l’achat de ces services a fait l’objet de beaucoup de commentaires acerbes et de dédain de la part de tous ceux qui considèrent que la prostitution est un travail et que le commerce du sexe est une activité industrielle légitime. Cependant tous ceux qui voient dans la prostitution l’expression de l’exploitation sexuelle des femmes au profit des hommes considèrent cette loi comme une innovation importante et une étape vers une société plus égalitaire.

Telle qu’elle existe, la loi suédoise fait partie d’un paquet de mesures légales destinées à combattre la violence masculine contre les femmes. Elle est historiquement sans précédent dans la mesure où elle est explicitement située dans un cadre idéologique féministe et présuppose qu’un véritable changement des relations de genre entraîne une remise en cause de la responsabilité des hommes dans la prostitution. Le point de départ d’une telle remise en cause est le fait de définir la prostitution comme un enjeu masculin qui concerne la sexualité des hommes et pas celle des femmes.
Quoique le client mâle soit quelquefois visible, il ne l’est que marginalement. Toutes les études ont tendance à prendre pour objet la femme prostituée. De sorte que les recherches sur la prostitution ont pour enjeu de savoir combien de femmes entraient dans ces réseaux et comment. Parler de la façon dont une demande est satisfaite ne peut suffire à comprendre le phénomène. Une des questions centrales reste de savoir ce qui est acheté. Dans le cas de la prostitution hétérosexuelle, cela veut dire s’occuper des motivations des hommes et de leur demande de prostituées.

•Qui sont les hommes qui vont voir les prostituées ? Que veulent-ils ?

Nous savons bien que tous les hommes n’achètent pas du sexe. Certains le font, d’autres pas. Dans son étude pionnière du comportement sexuel des hommes nord-américains, Alfred Kinsey avait proclamé en 1948 que 69 % des adultes blancs avaient une expérience de rencontres sexuelles marchandes. Il s’agit probablement d’une exagération. Les recherches récentes menées aux États-Unis et en Europe donnent des résultats différents. Selon une étude de 1992 seuls 16 % des hommes ont, aux États-Unis, fait appel au moins une fois à une prostituée [1]. Une enquête analogue en Suède a donné un chiffre de 13 % [2]. La propension des hommes à payer pour des services sexuels varie toutefois considérablement d’un pays à l’autre. En Europe, les hommes espagnols sont au sommet de la « ligue des acheteurs » : pratiquement quatre hommes sur dix sont concernés. Le chiffre le plus faible est obtenu en Grande-Bretagne (6 %).
Contrairement à une idée courante, le recours à la prostitution n’est pas la simple conséquence d’une sexualité indigente. Dans la même enquête américaine, aucun de ceux qui avaient moins de trois partenaires par an n’avait eu de relation sexuelle marchande dans l’année précédant l’étude. De façon analogue, le sociologue Martin A. Monto a indiqué sur la base d’une comparaison entre 700 clients de prostituées et le reste de la population mâle nord-américaine que les premiers indiquaient plus souvent des partenariats multiples au cours de la dernière année : 56 % contre 19 % [3]. De même l’étude suédoise constate que les clients des prostituées semblent avoir plus de difficultés dans leurs relations aux femmes. Ils sont plus nombreux à être divorcés ou séparés que la population des non-acheteurs.

D’une manière générale, l’expression et les formes de la prostitution sont déterminées par les conditions sociales du moment. Aujourd’hui, la prostitution s’inscrit dans le cadre d’une industrie du sexe en croissance continue et opérant de manière globale. Une composante importante de ce développement est l’expansion du trafic international. Il existe une importation organisée de femmes du Tiers-monde et de l’Europe de l’Est en direction des bordels des pays riches. Les estimations parlent de 500 000 femmes entrées dans l’Union européenne à cet effet depuis dix ans [4]. Il existe aussi dans l’autre direction un transfert organisé d’acheteurs de sexe des pays riches vers les pays pauvres. Les motifs de ce tourisme sont l’importance de l’offre, la modicité des prix, la qualité du service, et la garantie d’anonymat. Lorsqu’on demande aux clients suédois où a eu lieu leur dernière transaction, 69 % indiquent qu’il a eu lieu à l’étranger lors de vacances ou d’un voyage professionnel.

Quelles sont les motivations de ces clients ? En termes psychologiques ou psycho-sociaux, le sexe marchand vise la satisfaction de demandes sexuelles hétérogènes ou encore la solution de problèmes que ces hommes rencontrent dans leurs relations avec les femmes. Pourtant, la plupart des femmes qui se trouvent dans des situations analogues ne choisissent pas cette solution. La prostitution est presque exclusivement une pratique masculine. Chercher à comprendre ce que les hommes y cherchent implique de prendre en compte les rapports de genre et les modalités de la sexualité masculine.
La plupart des études scandinaves menées jusqu’à présent ont été des enquêtes qualitatives basées sur des entretiens avec les clients. Les tentatives d’interprétation de ces données s’accordent en général pour classer ceux-ci en deux grands groupes. D’une part, on trouve des hommes qui vivent de façon plus ou moins régulière avec des femmes mais qui cherchent quelque chose de différent. Une réponse typique est « j’achète ce que j’ai envie d’avoir ». L’autre groupe est composé d’hommes qui n’ont pas de relations suivies avec des femmes et qui disent avoir des difficultés à établir des contacts. La réponse typique est alors « il n’y a pas d’autres femmes ».
L’affirmation « il n’y a pas d’autres femmes » ne veut pas obligatoirement dire que ces hommes n’ont pas de contact avec des femmes. Elle traduit plutôt leur vision subjective de ce qui leur est accessible sur le marché du sexe. À l’arrière-plan, il peut y avoir de la timidité, de la peur, l’âge ou le handicap physique. Pour les hommes qui vivent des relations stables, l’achat du sexe peut être vécu comme une façon raisonnable et peu contraignante de trouver une alternative à une relation permanente où la vie sexuelle n’est plus satisfaisante, ou même a complètement cessé. Les motivations incluent aussi la satisfaction de besoins sexuels que ces hommes n’osent ou ne veulent pas exprimer auprès de leurs partenaires régulières.
Ces déclarations semblent refléter le désir de trouver une forme de sexualité qui ne se rencontrerait que de façon exceptionnelle auprès des femmes qui ne sont pas des prostituées. Nos analyses ont révélé une grande variété de motivations qui traduisent de différentes manières le désir masculin de rencontre avec une « pute ». Ces motifs sont pour une part le résultat des constructions mythologiques autour de la prostitution, et en particulier de l’idée selon laquelle il existe en permanence un stock de femmes accessibles aux besoins et fantasmes des hommes.

Pour quelques clients, l’image de la « pute » est sexuellement excitante. Elle est la face cachée de l’image que se font les hommes des femmes. La pute est synonyme d’engouement, mais aussi de mépris et de dégoût. Elle est exclusivement définie par sa sexualité qui peut être payée. Il n’y a pas d’images aussi chargées du consommateur mâle. Il est anonyme et presque invisible. S’il y a une image du client, elle est pour l’essentiel construite autour d’une représentation rigide et univoque de la sexualité masculine. C’est la vision biologique d’un désir masculin irrépressible et permanent.
En même temps, les fantasmes masculins de la prostitution incluent souvent l’image de la rencontre avec une femme plus mûre et expérimentée. Il est ainsi intéressant de constater que certains hommes demandent ouvertement dans leurs rencontres avec les prostituées un rôle sexuel différent et plus passif, du moins en regard de la façon dont ils se comportent dans leurs relations ordinaires. En d’autres termes, les hommes achètent le droit d’être passifs et d’être séduits par une « pute » sexuellement agressive. Une étude de la sexologue Martha Stein (1974) sur les clients des call-girls a par exemple montré que l’acte le plus fréquemment demandé était la fellation [5]. De nombreux clients se plaignaient que leur femme ne soit pas prête à pratiquer le sexe oral. La seconde demande la plus répandue était que la femme soit au-dessus de l’homme et non l’inverse. D’après Stein près de la moitié des clients cherchent un rôle plus passif et laissent l’initiative à la prostituée. Il semble donc que certains hommes, quand cela est possible, préfèrent abandonner leur position de pouvoir socialement construite pour adopter un rôle qui leur permet de relâcher le contrôle de soi et d’ignorer les exigences de performance sexuelle.

Dans son livre Prostitution, power and freedom, la sociologue britannique Julia O’Connell Davidson aborde aussi l’érotisation de la prostituée comme femme sexuellement dominante [6]. Son enquête portait sur des clients prêts à payer des prostituées pour être dominées par elle, pour être battus et humiliés, habillés comme une femme ou comme un « esclave ». À partir de ses interviews, elle conclut que ces hommes souhaitent une image de la prostituée comme une femme phallique, immensément puissante, et c’est ce pouvoir (illusoire) de dé-masculinisation qu’ils trouvent érotique. Elle souligne de plus que ces hommes ne veulent pas avoir de relations sexuelles avec des « sales putes » et qu’ils ne visitent pas de lieux « minables », mais préfèrent des prostituées entreprenantes qui viennent de milieux plus « huppés ». Ils déclarent de façon péremptoire ne jamais avoir recours à la prostitution de rue qu’ils associent fortement à l’image de la prostituée impuissante et vulnérable.

Cette analyse révèle un jeu de pouvoir à la fois complexe et contradictoire. Bien évidemment, ces hommes ne se livrent jamais véritablement. Au contraire, ils utilisent leur pouvoir pour construire une situation où les rôles traditionnels de genre sont inversés. Mais ce pouvoir de la femme est illusoire, de même que la volonté masculine d’abandonner le contrôle. Comme le dit Julia O’Connell Davidson, la valeur de la femme est associée au fait « que la prostituée est une prostituée ». Elle n’a aucune existence comme être humain. Au contraire, le client la déshumanise et refuse de voir en elle autre chose qu’un corps et un agent sexuel.

•Perdants et tricheurs

Il y a de nombreux désaccords sur la façon dont les rapports de genre ont évolué au cours des dernières décennies. Un des effets dérivés de la prétendue révolution sexuelle, dit-on, est que les hommes ont été renforcés dans leur conviction qu’ils ont droit sans limites au sexe. Les besoins sexuels des hommes semblent encore plus pressants qu’ils n’ont jamais été. Comme la préoccupation générale pour la sexualité va croissant, l’attrait des hommes pour ses formes commerciales augmente aussi. Cette évolution n’est pas univoque. Parallèlement à la croissance de l’industrie du sexe, il existe un discours sur le comportement d’auto-destruction des hommes. Il y a là une nouveauté historique. De plus les femmes n’acceptent plus sans réponse la domination sexuelle des hommes. Elles attendent de pouvoir donner et recevoir. Les attentes et demandes sexuelles des deux partenaires sont donc plus importantes que dans le passé. L’ensemble de ces changements fait que les hommes ont souvent du mal à suivre, qu’ils sont ambivalents.
Dans ce contexte, les sociologues norvégiens Prieur et Taksdal considèrent qu’il existe deux sortes d’acheteurs de sexe [7]. Le premier groupe est composé d’hommes relativement âgés qui n’acceptent pas le changement des relations entre hommes et femmes. Ils les désignent comme des traditionnalistes et des « perdants ». Ce sont les hommes accrochés aux anciennes visions de la domination, mais qui, pour des raisons diverses, n’arrivent pas à traduire cette domination dans leur vie courante. Le rôle de la prostitution est de compenser cette déficience puisque la seule chose qui est demandée est de l’argent. Mais il existe un autre groupe, principalement composé de jeunes hommes dont les idées sur le genre ont été façonnées par la société contemporaine et les images de la sexualité massivement répandues par la pornographie, la publicité, et les talk-shows télévisés. Pour ceux-ci, tout est possible, y compris dans le domaine de la sexualité.

De telles attentes constituent un terrain fertile pour la prostitution. Pour autant que le client puisse payer, les potentialités y sont apparemment infinies. Cette perspective procède d’une marchandisation de la sexualité où il n’est question que de la consommation d’un produit, et plus d’une relation intime. Cette forme de sexualité « auto-centrée » conduit à ce que Blanchard appelle les McSex [8]. D’après un de ses interviewés : « c’est aller au McDo ; la plupart des gens veulent un bon repas pas cher. C’est satisfaisant, c’est gras, et puis vous êtes débarrassés du problème ». Cette attitude ne signifie pas seulement entretenir le plus de contacts sexuels possibles, mais aussi être capable de transgresser les normes et les frontières, ce qui n’est ni facile ni autorisé dans d’autres contextes et relations que la relation marchande. Le vieil ordre des genres est maintenu mais dans de nouvelles formes. Prieur et Taksdal appellent ces clients des tricheurs. Les tricheurs disent-ils « sont les joueurs les plus modernes du jeu du sexe ». Ce sont des hommes évitant les rencontres avec des femmes de peur de se perdre dans une relation avec un partenaire de même rang. Ils sont désenchantés mais en sécurité. Craignant d’être séduit, le client tricheur se retire dans un monde qu’il peut contrôler par le pouvoir de l’argent.

•Tout est-il possible ?

La révélation par de nombreux livres et dans les médias des violences exercées par les hommes au sein de la famille, ou dans le cadre de la prostitution est un des aspects de la transformation des rapports de genre. Celle-ci est un phénomène douloureux pour de nombreux hommes, mais c’est aussi une source de nouvelles possibilités. On peut ainsi imaginer ce que seront les conséquences de la fin de l’anonymat régnant autour de la prostitution et de la nécessité pour le client d’affronter les conséquences sociales et humaines de ses actions comme l’impose la nouvelle loi suédoise. Même si on ne peut pour l’instant pas évaluer ses effets, il est clair que celle-ci a entraîné de fortes réactions dans la communauté masculine. Déplacer l’enjeu pour remettre au centre la sexualité des hommes et pas celle des femmes conduit à un changement radical de perspective sur la responsabilité masculine. À court terme, cela va nécessairement engendrer de multiples frustrations concernant le confort et les privilèges sexuels des hommes. À long terme, il est toutefois possible que la « tricherie » soit remise en cause. Forcer les hommes à affronter consciemment les implications de leurs achats de prostituées ouvre aussi la possibilité pour ceux-ci de choisir le défi que représente la construction d’une relation entre des partenaires socialement égaux.
Nous savons toutefois que beaucoup d’hommes se défendent d’une telle évolution. Il y a de forts éléments agressifs et anti-féministes dans les réactions et comportements masculins contemporains. Ceux-ci renvoient à un sentiment de perte et à un besoin de compensation. Les odyssées de nombreux hommes au pays de la prostitution peuvent sans doute être interprétées à la lumière de la perte de pouvoir qu’ils vivent dans les rapports de genre. Un changement plus radical supposerait une tout autre répartition des pouvoirs entre hommes et femmes. Jusqu’à présent ce sont les femmes qui ont eu le rôle dominant dans la quête de ce changement. Une véritable révolution supposerait la participation des hommes. Promouvoir cette participation à grande échelle suppose toutefois des conditions matérielles. Le point de vue adopté par la législation suédoise est que l’une d’entre elles est un système généreux de congé parental qui garantit aux hommes la possibilité de participer à long terme à la vie de leurs enfants.

Une plus grande implication des hommes dans leur famille est un investissement à long terme, un pari sur le futur. Pour l’instant il faut toutefois admettre que le projet de transformer la masculinité n’a globalement aucun poids politique et aucun impact. Les quelques exceptions analogues à la loi suédoise sont extrêmement rares et loin d’être des panacées. La réalité est que les intérêts masculins à la préservation d’un ordre patriarcal sont entretenus et renforcés par toute la machinerie culturelle qui structure et encadre notre vie quotidienne. Reste que la glace a été brisée et que, du coup, le simple retour à l’ordre ancien est une voie sans issue, aussi bien pour les hommes que pour les femmes. •

NOTES

[*]Sociologue.
[1]R. T. Michael, J. H. Gagnon, E. O. Laumann et G. Kolata, Sex in America : a definitive survey, Little, Brown and company, Boston, 1994.
[2]S. A. Mansson, « Den köpta sexualiteten » in B. Lewin (ed.), Sex i sverige. Om sexuallivet i sverige 1996, Folkhälsoinstitutet, Stockholm 1998.
[3]M. A. Monto, « Why men seek out prostitutes » in R. Weitzer (ed.), Sex for sale. Prostitution, pornography and the sex industry, Routledge, London, 2000.
[4]EU Rapport, Angående kvinnohandel som syfter till sexuellt utnyttjande, KOM, 1996.
[5]M. L. Stein, Lovers, friends, slaves… The 9 male sexual types. Their psycho-sexual transactions with call girls, Berkely Pub. Co and P. T. Putnam & Sons, New York, 1974.
[6]J. O’Connell Davidson, Prostitution, power and freedom, Polity Press, Cambridge, 1998.
[7]A. Prieur et A. Taksdal, « Clients of prostitutes – sick deviants or ordinary men ? A discussion of the male role concept and cultural changes in masculinity », NORA, n° 2, 1993, pp. 105-114.
[8]Blanchard in M. A. Monto, op. cit., p. 80.

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