De la paternité, de la maternité et du féminismeen

26/08/2008

No 31 2004/1

Entretien avec Michèle Ferrand [*]


Entretien réalisé par Irène Jami Patrick Simon


sur http://www.cairn.info…

Figures médiatiques à succès, reflets de mutations des rapports entre les genres, les « nouveaux pères », que les sociologues peinent à cerner, rencontrent le scepticisme des féministes. Au point que certaines, de façon surprenante, ont accueilli la récente loi sur l’autorité parentale comme un inacceptable retour en force du patriarcat. La paternité, dans nos sociétés, connaît-elle de véritables transformations susceptibles de modifier les rapports de domination ? Nous avons interrogé à ce sujet Michèle Ferrand, sociologue, chercheuse au CNRS.

Mouvements : Nouveaux pères, nouvelle paternité : cette terminologie correspond-t-elle à une véritable transformation susceptible de modifier les rapports de domination ?

Michèle Ferrand : La définition de la paternité, comme celle de la maternité, est un enjeu des rapports entre les sexes. Il y a indéniablement eu une évolution. Il ne suffit pas de dire, comme un certain nombre de femmes autour de moi, « plus ça change, plus c’est pareil », d’en appeler d’une manière incantatoire à la domination masculine. Les féministes ont mis en évidence le caractère historique de la construction sociale des sexes, dénaturalisé les rapports entre les femmes et les hommes, et remis en cause l’analyse fonctionnaliste de la famille, et en même temps nous continuons à présenter la domination masculine comme un invariant. La domination masculine existe, elle a existé sous diverses formes dans beaucoup de sociétés et probablement partout (on ne le saura jamais). Elle existe dans notre société, mais on ne peut pas dire que c’est toujours la même qui fonctionne à l’identique.

La domination masculine s’articule avec les autres rapports sociaux, notamment de classe et ne prend pas les mêmes formes partout. On le voit clairement lorsque l’on travaille sur certains pays du sud : elle a plus ou moins de force selon les types de société. Pour la paternité, c’est la même chose : on ne peut pas parler de la paternité en soi. La paternité est le fait d’avoir un enfant à un moment donné de sa trajectoire dans une société donnée. On devient père en ayant un enfant – dont on s’occupe (ou pas) et, par rapport auquel on se situe. Mais cela ne dit rien du contenu.

Anne-Marie Devreux et moi avons mené une recherche financée par le ministère des Affaires sociales sur le vécu de la paternité. Il n’y avait rien sur ce sujet jusqu’alors. Au début de la recherche, la difficulté était de faire parler les hommes, qui étaient septiques sur leur capacité à parler de leur paternité : « que voulez-vous que je vous raconte ? Je me suis marié, nous avons décidé de faire des enfants, machin et machin sont nés… Qu’y a-t-il d’autre à dire sur la paternité ? » Nous étions alors en 1979. En 1980 sort Kramer contre Kramer, le feuilleton à succès Papa Poule, et deux grands colloques sur le sujet sont en préparation, pour 1981 et 1982. Dans les médias, un terme fait irruption : « nouveaux pères ». Nous étions en train de faire les entretiens. Une bonne moitié de nos entretiens a été recueillie avant Kramer, l’autre après.

Dans la seconde moitié de l’enquête, les hommes ont tous entamé l’entretien en se situant par rapport à cette idée : je suis ou je ne suis pas un nouveau père. Et la comparaison entre les deux ne facilitait pas la définition de ce que pouvait être un « nouveau père » ! Cette irruption a fortement perturbé la recherche, rendant particulièrement difficile la construction sociologique d’un objet paternité. Nous avons publié quelques articles, mais nous nous sommes arrêtées, justement parce qu’à l’époque nous n’avions pas les outils théoriques pour aller plus loin, d’autant que la paternité ne constituait pas à l’époque un axe de réflexion féministe particulier. On parlait de l’avortement, du droit des femmes à la libre sexualité, et éventuellement du travail – mais en aucun cas de la maternité. Donc, on ne parlait pas non plus de la paternité.

M. : La catégorie socio-médiatique de « nouvelle paternité » qui émerge dans les années 1980 témoigne tout de même d’une évolution sociologique, au sens strict : il y a vraiment des attitudes qui changent.

M. F. : Oui. Je dirais que la nouvelle paternité qui apparaît à ce moment-là est une victoire totale de certaines valeurs de mai 1968. Le nouveau père, c’est aussi l’abandon d’une image de l’homme viril. C’est la tendresse, encore un peu bourrue quand même, mais aussi la compétence équivalente à celle de la mère. Ce qu’il y a derrière l’image du nouveau père, c’est qu’un individu avec un pénis peut être aussi bon – voire meilleur – qu’une femme pour s’occuper d’un bébé.

M. : Ça redéfinit donc aussi la masculinité.

M. F. : Je pense que ça la désexualise. Et en même temps, dans cette nouvelle paternité il y a une volonté de rupture avec les pratiques des parents, les modes d’éducation de la génération précédente. C’est pour cela que je dis que c’est un héritage de mai 1968, qui est aussi le refus de la carrière. Ce qui provoque une redéfinition des identités masculines, avec un statut social additionnel, qui ne passe plus par le fait d’avoir un héritier mais par le fait d’être un père – paternant ou maternant.

M. : L’apparition de cette terminologie les « nouveaux pères », est tout de même une conséquence d’acquis du féminisme. Alors pourquoi la critique féministe adressée à ces nouveaux pères ?

M. F. : Dans le dossier sur la masculinité publié par Nouvelles questions féministes, Anne-Marie Devreux se demande : « comment font-ils pour s’impliquer davantage sans y passer plus de temps ? » Je trouve la formule excellente. Les féministes étaient très critiques sur la nouvelle paternité, à partir des analyses sur le non partage du travail domestique. Elles soulignaient l’effet purement médiatique : on en parlait beaucoup, mais dans le concret, on ne constatait guère de changements. Dans notre recherche sur la paternité, avec Anne-Marie Devreux, nous avions essayé de trouver des critères pour voir si les hommes qui se déclaraient « nouveaux pères » avaient des pratiques différentes. Pas facile ! Certains hommes semblaient avoir radicalement changé : c’est-à-dire qu’ils faisaient preuve de la même compétence que la mère, à la condition que celle-ci les laisse l’exercer. Il faut dire que les femmes n’ont pas toujours bien ressenti l’irruption de ces pères modèles, comme un retour de la domination masculine : les hommes prétendant pouvoir faire mieux qu’elles, s’ils s’en donnaient la peine. Et il est vrai que dès qu’un homme changeait les couches d’un enfant, c’était survalorisé !

L’une de nos conclusions était que la domination masculine (terme qu’à ce moment-là, on n’employait pas beaucoup) s’exerçait dans le fait que les « nouveaux pères » choisissaient les territoires de la paternité. C’est-à-dire qu’ils donnaient le biberon mais ne le lavaient pas, et ne savaient pas ce qu’il y avait dedans. Alors, l’un des critères pour savoir si un homme était, de notre point de vue, un nouveau père de nourrisson, était de savoir quelle dose de lait il mettait dans le biberon : un « nouveau père » sur deux ne le savait pas… Cela veut dire qu’un nouveau père sur deux devait soit demander à la mère de préparer le biberon, soit lui redemander à chaque fois combien de dosettes il fallait y mettre. Un père m’avait dit : « vous comprenez, ça change tout le temps ! » Ce qui est parfaitement vrai…

M. : Vous parlez de la situation constatée dans les années 1980, et vous dites qu’aujourd’hui cela a changé. Comment conciliez-vous cette affirmation avec les enquêtes montrant qu’en 2001, les hommes ne consacrent qu’un quart d’heure de plus par jour qu’au milieu des années 1980 aux tâches domestiques ?

M. F. : Certains n’ont absolument pas bougé, voire même ont régressé – et notamment à cause de l’augmentation du travail à temps partiel des femmes. En milieu ouvrier en particulier, dès que les femmes passent à temps partiel, les hommes diminuent leur aide domestique. En revanche, les 11 minutes de plus, en moyenne, sur 15 ans, proviennent d’hommes qui, eux, ont vraiment changé, et sont probablement capables de prendre en charge la moitié du travail domestique – mais ils sont très rares. La moyenne ne permet pas de voir qu’il y a deux comportements radicalement différents, selon les milieux sociaux.

Dans un article de 1982 sur les nouveaux modèles familiaux et sexuels, paru dans la Revue du Cordes, Nadine Lefaucheur montre comment le changement se produit dans les couples où hommes et femmes détiennent les mêmes capitaux culturels et partagent la même conception du travail professionnel, là où l’utilisation de la pilule s’est diffusée en premier, où le partage des tâches est le plus abouti. Quand les deux parents exercent la même profession, il est plus difficile à l’homme de dire « ma chérie, j’ai un rendez-vous », car elle a les mêmes obligations que lui. Je pense en outre que le féminisme a rendu l’ensemble des femmes – y compris celles qui ne sont pas féministes – plus exigeantes, et l’ensemble des hommes attentifs à ne pas paraître trop machos. Dans certains milieux, on évite de laisser tout faire à sa femme quand on reçoit des amis car ce n’est pas donner une image positive de sa masculinité.

Et puis je reviens à l’héritage de mai 1968 : les révoltes contre le père, contre l’autorité familiale, ont profondément modifié le modèle familial et celui des rapports avec les enfants. Le père n’est plus un père autoritaire – en revanche, il a des difficultés à trouver sa place. C’est bien pour cela que les « nouveaux pères » étaient des mères !

M. : Quels sont en ce cas les indicateurs qui témoigneraient d’une réelle implication des pères dans l’organisation domestique et familiale ? Doit-on s’attendre à une imitation des mères par les « nouveaux pères », sans invention d’un nouveau type de comportement vis-à-vis des enfants ? On s’attend à ce que les « nouveaux pères » prennent leur congé parental comme les mères ; mais peut-être que l’innovation porte à formuler un autre mode d’articulation entre le travail, la famille et les loisirs ? Je prendrai comme exemple la culpabilité de ne pas être libre le mercredi après-midi qui est assez répandue chez les femmes ; ne peut-on pas être un père assumant totalement ses responsabilités et décider malgré tout d’une prise en charge par d’autres des enfants ce jour-là ?

M. F. : Si l’on veut parler de la parentalité, parlons des tâches de la parentalité, et non des représentations. Si les pères ont changé, c’est au sens où ils sont capables de faire ce que font les mères, ou en somme ce que doit faire n’importe quel individu chargé de s’occuper d’un enfant. Il s’agit de tâches matérielles incontournables. Mais de quelle manière effectuent-ils ces tâches ? Retrouve-t-on chez les nouveaux pères la charge mentale qui existe chez les mères : le fait de penser à la famille et aux enfants quand ils ne sont pas là ? Est-ce qu’ils se disent au bureau « il ne faut pas que j’oublie que Mathieu part demain en classe verte, et que je dois acheter un paquet de chips pour son pique-nique » ? Y pensent-ils pendant le travail ? S’en occupent-ils à l’heure du déjeuner ou vont-ils filer demander de l’aide à la voisine qui, elle, connaît son voisin – qui est un père très sympa mais ne sait pas toujours y faire – et a acheté avec le paquet de chips pour son fils, un second en prévision pour Mathieu, car elle anticipe qu’il aura encore oublié ? De plus, je suis sûre qu’il y a des mères qui oublient, elles aussi, les chips !

Je ne dis pas que les hommes doivent imiter les femmes ; je dis que s’occuper d’un enfant implique un certain nombre de tâches et que ces tâches-là, un père doit les exécuter au même titre que la mère – mais pas forcément comme elle. D’ailleurs, toutes les mères ne font pas la même chose ! Ce n’est pas maternel, mais matériel. Sur la question de la charge mentale et de la culpabilité, c’est plus compliqué, les mères se sentent coupables de ne pas en faire assez pour leurs enfants, on culpabilise parce que l’on pourrait passer du temps avec son enfant au lieu de faire autre chose. Mais cette culpabilité des mères est complètement construite socialement. On pourrait donc la construire socialement pour les hommes. Je ne suis pas sûre qu’un bon père se définisse par le fait qu’il prend ses après-midi pour s’occuper de ses enfants, pas plus qu’une bonne mère d’ailleurs. À un père affirmant « je suis un père autant que la mère », je demanderais quand a été fait le dernier vaccin, quelle est sa pointure, à quand remonte sa dernière visite chez le dentiste, quel est le dernier bouquin qu’il a lu, le nom de son meilleur copain à l’école…

M. : Tout ce que vous avez défini en préalable pour savoir de quelle manière vous opériez le test pour connaître l’implication des pères auprès de leur enfant me semble être aussi une construction fondée sur ce que font les mères. C’est ce que notre société a d’abord défini comme étant les devoirs d’une bonne mère et que l’on veut faire adopter aux pères.

M. F. : Quand un enfant se trouve dans une institution, c’est ce qu’on lui fournit : des chaussures à sa taille, du savon pour se laver, un cadre, un emploi du temps, de quoi manger, un suivi médical, etc. Cela ne définit ni un rôle maternel, ni un rôle paternel, mais un rôle d’élevage. Pendant très longtemps, j’ai parlé de l’élevage des enfants, et on me disait que c’était de l’éducation, mais je disais non ! Il s’agit d’élevage et ça englobe un certain nombre de soins et d’attention à leur donner, qui constituent le minimum.

Je ne pense pas que l’élevage des enfants et leur prise en charge affective soit une affaire de sexe. Absolument pas ! Ce qui compte à mon sens, c’est qu’il y ait un adulte référent ; c’est encore mieux pour la sécurité de l’enfant qu’il y en ait deux, voire trois éventuellement, car il se sent moins dépendant d’une seule personne. Et ça commence très tôt. Je suis très matérialiste : lorsqu’on s’occupe d’un bébé qui dépend complètement de vous pour sa survie, on s’y attache d’une façon quasiment infernale. C’est une attitude humaine qui n’a rien à voir avec l’instinct maternel, le sexe ou quoi que ce soit de cet ordre. Et je pense que les hommes ont les mêmes capacités que les femmes sur ce point.


M.
: Au-delà de cette aptitude partagée, nous trouvons la strate des conventions sociales, des règles de droit et des organisations institutionnelles où la distinction père/mère s’est structurée. Le féminisme a lutté pour que les femmes échappent au destin tragique de n’être que des mères. Et l’issue a été de parler de sexualité et de droits sociaux, de sortir de la sphère domestique, avec comme conséquence la redéfinition du rôle des pères. Notamment, les mères ayant abandonné des territoires qui ont amené une implication des hommes, volontairement ou par défaut. La redéfinition de ce rôle des pères s’est ensuite traduite par la modification des règles de droit – dont la dernière loi sur l’autorité parentale.
Il me semble que nous nous trouvons là dans une situation quelque peu paradoxale, au moment où la mise à niveau de cette implication des pères (aussi bien du point de vue de leurs droits que de leurs devoirs) est critiquée, au moins partiellement, par les milieux féministes, qui dénoncent dans cette évolution un retour de l’autorité paternelle. Les territoires que les femmes ont abandonnés parce qu’elles ne voulaient plus en être captives sont investis par les hommes, et on parle alors de retour du patriarcat [1] ! Y a-t-il un moyen de sortir de ce discours paradoxal qui assimile des reconfigurations plutôt progressistes à la domination masculine triomphante ?

M. F. : C’est exactement ce que je voulais dire par « plus ça change, plus c’est pareil » ! On assiste là à un double mouvement extrêmement complexe, notamment avec la remontée de la naturalisation des rapports de genres. Un des objectifs premiers du féminisme (en tous les cas, du féminisme universaliste), a été d’affirmer qu’il y a très peu de différences entre les hommes et les femmes, de tendre à les minimiser pour aller vers plus d’égalité. Avec un double résultat : positif au niveau de l’égalité formelle : on ne voit guère ce que l’on pourrait faire de plus au niveau du droit pour affirmer l’égalité entre les sexes, beaucoup plus mitigé au niveau de l’égalité réelle. La question de la renaturalisation du genre réapparaît d’ailleurs dès qu’on prévoit des aides spécifiques selon le sexe, il y a alors amélioration des positions féminines et en même temps renforcement des différences de genre. C’est un des dilemmes des luttes féministes : se battre pour les droits des femmes tout en posant comme principe que les « femmes » n’existent pas ou, à terme, qu’elles ne devraient pas exister en tant que groupe. Ce dilemme s’est posé clairement avec la loi sur la parité, mais on peut aussi l’évoquer dans les réactions à la loi sur l’autorité parentale.

Je trouve d’ailleurs que certaines féministes ont fait de cette loi une lecture curieuse. Il y a eu une pression des Canadiennes, qui nous ont adressé des courriels d’insultes, disant qu’elles ne comprenaient pas qu’en tant que féministes, on ne s’oppose pas à cette loi qui favorisait « le retour du père incestueux, du père violent, et de la perte de contrôle des femmes ». Pour ma part, cette loi me paraissait au contraire assez égalitaire, offrant des possibilités pour l’invention de nouveaux rapports hommes/femmes dans le traitement de la parentalité. En revanche, plusieurs points étaient insuffisants : l’absence de la prise en compte des inégalités de salaire et des inégalités professionnelles entre hommes et femmes, la question de la pension alimentaire, et l’anticipation de ce que signifierait réellement l’application de la loi pour les carrières professionnelles des hommes. Comment vont-ils parvenir à leur tour à « concilier » carrière et paternité ? Il me semblait évident qu’il fallait refuser la garde alternée à un homme responsable de violences sur sa femme ou sur ses enfants, ou à un père incestueux. Je ne vois pas comment une loi pourrait permettre cela. En revanche, j’étais très gênée, chez certaines féministes, par cette remontée de l’essentialisme féminin qui faisait de la mère l’archétype du parent – ce qui est complètement contraire à ce qu’est pour moi le féminisme. Le féminisme visait à sortir du destin biologique de l’assignation à la maternité forcée et à promouvoir le partage parental…

Les femmes font déjà face à une pression normative due à la norme contraceptive qui les oblige maintenant à être les meilleures des mères puisque, n’ayant que des enfants désirés, elles ne peuvent guère montrer de regrets… La maternité, ce n’est pas toujours rose, ça peut aussi être une chose détestable à vivre, dans certains cas ou pour certaines personnes. Et ce n’est pas non plus une expérience telle qu’on n’est pas un être humain si on ne l’a pas vécue ! Or nous revenons à cela ; si une femme qui a la potentialité d’être mère ne fait pas l’expérience de la maternité, elle passe à côté de quelque chose… Peut-être, mais les femmes qui ont des enfants passent certainement à côté d’autres choses aussi !

En définitive, je crois que cette loi met à mal un certain nombre de certitudes auxquelles nous ne sommes pas forcément prêts à renoncer. Elle va dans le sens de l’indifférenciation des sexes, et c’est ce qui nous paraît insupportable. On a l’impression que l’indifférenciation des sexes va faire perdre le désir, et le désir est la chose à laquelle nous croyons et nous tenons le plus ! J’ai revu Le Déclin de l’Empire américain, et c’est exactement ça : nos civilisations sont en plein déclin car on recherche le bonheur avant tout. Et si on fait disparaître le sexe, c’est-à-dire la différence des sexes, et le désir, on n’aura plus rien à quoi se raccrocher. Donc à mon sens, ça va beaucoup plus loin que le simple partage.

M. : La question du désir est peut-être la clef ultime d’interprétation des oppositions ou des débats qui se cristallisent autour de cette loi, mais ce qu’elle organise de façon assez concrète c’est, avec l’égalité, un retour du père dans les configurations d’union relativement peu officialisées. Or, dans ces configurations, le statut juridique des pères était assez faible. On a inscrit de façon beaucoup plus volontariste, dans la loi de 1970 comme vous le disiez, le statut des mères (pour la défense des mères abusées délaissées ou en détresse), sans voir que cela organisait parallèlement une disparition des pères alors même qu’il y avait eu un couple effectif mais non marié.

M. F. : Oui, mais je ne suis pas d’accord avec vous sur la disparition des pères. Un père qui est un père ne disparaît pas ! Il y a peut-être eu une mise entre parenthèses juridique des pères, qui a eu un lourd impact symbolique. Et comme en même temps, on se battait pour savoir quel était le rôle du père, ça n’a pas simplifié les choses, la crise de la paternité ne date pas d’aujourd’hui.
Mais pour en revenir à la loi sur la garde alternée, je voudrais savoir combien de pères sont dans cette situation. On n’en sait rien, il y a un problème de statistiques. Ce qui est en jeu dans la loi sur la garde alternée, c’est quelque chose de beaucoup plus grave que les rapports hommes/femmes, c’est cette manière de faire d’un enfant un produit, qui appartient à tel ou tel parent. Irène Théry disait que le caractère extrêmement incertain et transitoire du couple conjugal avait été remplacé par la certitude de la filiation. Un enfant, c’est pour la vie, contrairement à un conjoint. Il y a donc une focalisation sur cette relation qui peut alors être plus fortement investie qu’une relation de couple. C’est-à-dire qu’une femme ou un homme peut penser que son partenaire fera un très bon parent, y compris s’ils se séparent. C’est le cas par exemple des hommes qui ont déjà un enfant, dont ils s’occupent en étant séparés de la mère (ça peut être en garde alternée), et qui sont jugés comme bons pères par les femmes, qui peuvent observer comment ils se comportent en tant que pères, et parce qu’ils ont fait leurs preuves… Je trouve cela intéressant. Un homme qui est un bon père acquiert des qualités de futur partenaire, pas forcément de partenaire conjugal à vie, mais avec qui on va pouvoir faire un enfant.

La garde alternée peut aussi être vue comme une revendication de chaque individu de s’approprier sa filiation, indépendamment du père ou de la mère. C’est un rapport de pouvoir qui a à voir avec l’identité. Et sur cette question, les hommes se rapprochent des femmes.

M. : Quand vous parlez de revendiquer sa filiation, pensez-vous à l’identité au sens où l’identité (l’identité masculine en tant que père ou l’identité féminine en tant que mère) implique d’être compétent et actif avec des enfants – ce qui est certainement plus développé du côté des mères, parce que construit plus anciennement ? Les réactions critiques à l’égard de cette loi peuvent aussi se comprendre comme une déstabilisation de l’identité maternelle. On sait faire mère, mais on ne sait pas très bien faire mère à mi-temps !

M. F. : Si l’on interrogeait un peu plus les femmes séparées, je pense qu’on verrait à quel point certaines femmes, quand elles sont dans une situation qui leur convient, vivent bien la maternité à mi-temps. Car il faut prendre en compte tout un problème de frustration et d’identité additionnelle, complémentaire, compensatoire procurée par la maternité à une femme se trouvant dans une situation sociale ne lui convenant pas – une femme qui manque d’argent, qui a un travail pénible, qui galope sans arrêt – mais qui peut au moins se dire qu’elle est une bonne mère. Et c’est bien parce que la carrière tend à prendre de moins en moins d’importance pour les hommes qu’il y a une montée de la revendication des pères. On ne peut pas tout faire !

M. : Cette revendication de pères est renvoyée à des milieux assez extrémistes, tels que SOS Papas, association de choc et de combat pour le droit des pères et contre le droit des mères, mais n’est-elle pas en fait une revendication beaucoup plus large, et sans doute plus inoffensive ?

M. F. : De la même façon que SOS Papas est loin d’exprimer les revendications des pères, les féministes qui se sont positionnées contre la loi ne sont pas représentatives. Dans son numéro consacré à la loi sur l’autorité parentale, Nouvelles questions féministes tient des discours particulièrement violents qui contredisent ce que disait Christine Delphy quelques années auparavant. Son texte sur l’appropriation des enfants par les femmes, « Libération des femmes ou droits corporatistes des mères » écrit en 1991 est, à mes yeux, un texte important qui ciblait bien la question. J’insiste donc pour qu’on précise que le discours que vous évoquez provient de certaines féministes, et non des féministes en général, ne faisons pas comme Elisabeth Badinter, pas d’amalgame [2] !

M. : Pouvez-vous nous parler de l’évolution que cela représente, car c’est justement Christine Delphy qui a préfacé ce numéro, avec une prise de position tout aussi extrémiste que ceux qui critiquent la loi. Elle laisse paraître une hantise de cette loi qui serait un cheval de Troie pour réintroduire le patriarcat dans les rapports de genre. Elle dit : « il ne faut donc pas jeter les nouveaux pères avec l’eau du bain, mais être conscientes que des patriarches archaïques sont capables d’aller jusqu’à revêtir l’apparence de leur contraire pour mieux attaquer les femmes ». La promotion d’un système égalitaire va couvrir des inégalités, et ceux qui profitent de ces inégalités vont utiliser et exploiter la loi pour maintenir leur prééminence et leur domination. La leçon politique à tirer de tout cela serait, selon elle, qu’il ne faut pas baisser la garde par rapport à toutes les formes d’exploitation par les milieux patriarcaux. « Avancer dans une perspective d’égalité », comme vous avez dit que cette loi le permet, « c’est une erreur politique » ?

M. F. : Christine Delphy disait aussi la même chose de la parité. D’une certaine façon, elle a raison de dire que toute mesure au sein d’une société qui reste marquée par la domination masculine est toujours un cheval de Troie. La seule mesure qui était vraiment inégalitaire pour les hommes, c’était la loi de 1970 qui donnait l’autorité parentale à la seule mère naturelle. Elle était tellement inégalitaire qu’elle a été jugée insupportable. Les deux lois Malhuret (1987 et 1993) ont mis des limites à ce qui était considéré comme un pouvoir exorbitant en laissant de côté le fait que durant des millénaires, la puissance paternelle allait de soi. Dix ou quinze ans d’arbitraire après des millénaires d’arbitraire dans l’autre sens, ce n’est pas tolérable ! Et c’est en cela que les féministes ont raison de se méfier et de craindre les effets pervers de toutes les mesures, y compris les mesures de discrimination positive. Le temps partiel, le congé parental, l’API et toutes sortes d’autres mesures sont de véritables chevaux de Troie parce que nous vivons dans une société à domination masculine, c’est-à-dire où la domination tend à se reproduire sous des formes renouvelées.

Pour se faire une idée plus claire des conséquences positives ou négatives des évolutions en cours, il nous faudrait une nouvelle enquête sur la situation des enfants (la dernière date de 1984), et ainsi partir des enfants pour notre analyse, plutôt que des parents. En prenant un échantillon d’enfants, on pourrait analyser les conditions les plus concrètes de leur vie et de ce que font leurs parents avec eux, en particulier dans le cas de la garde alternée.

On ne repère pas toujours bien les partages d’activité dans les emplois du temps, car ce que je voudrais savoir, concernant les tâches domestiques, c’est qui fait quoi, avec qui, et ce que fait l’autre pendant ce temps-là. On voit bien avec la RTT que dès que les femmes les prennent, elles sont envahies par le familial, alors qu’elles sont consacrées au loisir par les hommes – majoritairement. Donc là, on ne va pas dans le sens d’une plus grande égalité. Certains prétendront que les femmes préfèrent s’occuper de la famille ; je ne crois pas. C’est toujours une charge mentale. Quand un père donne le biberon, ce que je veux savoir, c’est ce que la mère fait pendant ce temps-là. Si elle fait la lessive, c’est inintéressant ; si elle est au cinéma avec ses copines, d’accord. Parce que c’est là qu’est la différence.

M. : Mais vous posez là une condition supplémentaire, qui est la capacité des mères à se libérer de leur charge mentale.

M. F. : Si elles sont épaulées par un père présent, elles s’en libèrent. Dans mon article de 1984, j’avais distingué plusieurs catégories de pères. Il y avait le père substitutif, celui qui fait exactement la même chose que la mère – la mère faisant d’ailleurs la même chose que le père sur le plan extérieur. Il fallait qu’il y ait les deux. Et puis il y avait le père aidant, complémentaire, et enfin le père traditionnel. Ce dernier pouvait passer énormément de temps avec ses enfants, mais ça ne modifiait pas le modèle qu’ils avaient construit à deux. Car à chaque fois, il faut bien souligner que le modèle était construit à deux, en fonction, certes, de la place que la mère laissait au père, mais aussi en fonction de la place que demandait le père.

M. : Je voudrais revenir à la question des transformations des pratiques sociales et au rôle de la loi. Tout en prenant en considération le fait que dans un régime égalitaire comme le nôtre, toute loi à visée égalitaire peut servir de cheval de Troie (et c’est un risque qu’il faut anticiper), est-ce que la loi est un moyen utile de transformation sociale ?

M. F. : Une loi peut très bien prendre acte d’évolutions qui se sont produites. C’est en partie le cas de cette loi-ci, car elle tient compte des arrangements que passaient déjà de nombreux couples sans recourir à la loi ; d’une certaine façon, la conception antérieure de la loi se montrait contradictoire par rapport à ces démarches-là et il fallait réduire les situations de décalage. Mais on peut dire aussi que ça ne concerne qu’un petit groupe élitiste qui opte pour ce mode de rapports autour de l’éducation des enfants et de leur élevage, alors que la grande majorité des gens ne se situe absolument pas dans ce mode-là, et on aurait dès lors fait une loi pour le onzième arrondissement ! Dans ce cas, l’intention est bonne, mais ne correspond pas à une réalité concrète pour la majorité de la population.

Mais la loi joue aussi un autre rôle, celui d’indiquer un horizon. Ici, la loi est entièrement construite dans une idée d’indifférenciation, évitant le plus souvent d’avoir à définir le sexe du parent. On se trouve bien dans une nouvelle production juridique où la loi organise et produit des effets sociaux. Elle ne se contente pas d’en acter, mais elle les fait advenir. Or c’est quelque peu perturbant ! Et là aussi, certaines parmi les féministes sont gênées par ce rôle car, traditionnellement, la loi est perçue comme réactionnaire, la loi c’est l’État et le pouvoir. Par conséquent, l’idée que la loi puisse prendre l’initiative de transformer des rapports sociaux semble une idée détestable – ou du moins difficile à admettre !

Pourtant, cette hostilité est une particularité du féminisme français. Cela n’explique pas du tout, par exemple, la réaction des Canadiennes qui, elles, ont toujours utilisé la loi. On peut le comprendre en partie parce qu’elles sont confrontées, elles, à une dynamique de remontée du masculinisme absolument épouvantable autour de la thématique du malheur des garçons dans la mixité scolaire. Mais je crois beaucoup au pouvoir de transformation de la loi. Elle en a fait preuve dans d’autres domaines : la loi sur la contraception a été complètement novatrice en son temps. Ils n’avaient absolument pas prévu qu’elle aurait ces effets ; ce n’est pas la libération des femmes que Neuwirth visait, mais seulement la planification des familles.

Au contraire, la loi sur la parité me met très mal à l’aise, puisqu’elle inscrit dans la constitution la différence des sexes. Que la loi sur la garde alternée parle du « parent », c’est pour moi une très bonne chose. Au reste, les évolutions prennent tout de même du temps, donc je ne sais pas si nous en verrons les effets pervers avant les effets bénéfiques. Mais en tous les cas, la loi dit qu’il n’est pas anormal qu’un père soit capable de s’occuper de ses enfants dans le quotidien, à plein temps. À partir de la loi, il se forme une nouvelle norme sociale qui redéfinit la masculinité à partir de la paternité. Cela peut devenir un vecteur de transformation très puissant. •

NOTES


[*]Sociologue.
[1]L. Harne, « Nouveaux pères, violence et garde des enfants », Nouvelles questions féministes, vol. 21, n° 2, 2002, pp. 8-30 ; M. Dufresne et H. Palma, « Autorité parentale conjointe : le retour de la loi du père », ibid, pp. 31-54.
[2]C. Delphy, L’Ennemi principal, t. II, Syllepses, 2001, pp. 91-119.

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5 Réponses to “De la paternité, de la maternité et du féminismeen”

  1. jessie Says:

    je défend radicalement et inconditionnellement l’idée qu’un parent n’a pas de sexe et que l’incapacité et l’incompétence des pères est un « construit » social et non pas une réalité biologique et naturelle.

    je le défend tous les jours et à tous les niveaux, c’est pourquoi ce que je retiens de fondamental dans cette article comme dans ma démarche c’est le concept de « charge mentale » : comme il est difficile à faire comprendre, je parle souvent d' »intendance » et de « gestion des besoins » avec des exemples concrets

    par exemple, aux hommes qui disent être des nouveaux pères, je leur demande s’ils ont déjà été dans un magasin de fringues avec leur(s)enfant(s) : ça c’est tout à fait typique parce que j’ai jamais vu un homme accompagner un môme pour le vêtir, ça doit bien exister, surement, mais je sais pas où
    parce que ça sous-entend connaitre la penderie de l’enfant, y recenser les vêtements trop petits, usés, les besoins (fait-il du sport, a-t-il assez de jogging, de polos, de chaussures de neige, de pluie, de tel ou tel équipement pour ses activités), l’entretien du linge (combien de lessives par semaine, combien de vêtements disponibles quand les autres sont au sales,….)

    tout ça c’est gestion et intendance, et, même les « nouveaux pères » ne le font pas (ou si peu)

    si on veut des « nouveaux pères », il faut leur laisser la « charge mentale » sinon on court à la cata

    exemple tragique et symptomatique de cette absence de « charge mentale » chez les pères, oublier un enfant dans la voiture et aller tranquillou au taf : faut être alcoolique ou toxico ou immmature et irresponsable (genre fofolle qui laisse le môme seul pour aller s’éclater en boite ou ailleurs, sans prévoir de le confier pour ce faire) pour ce genre de négligence du point de vue d’une mère
    ben non, des types tout à fait responsables, matures et corrects le font, et les spécialistes s’accordent à dire que ce genre de drame est une spécialité des pères : parce que, bordel, ils ne portent pas « mentalement » leurs enfants, leurs besoins et la gestion de ces besoins, sur le plan matériel, physique, psychologique
    y’a toujours une meuf pour le faire, la mère des mômes qu’ils vivent avec ou pas, leurs copines, leurs amantes, leurs voisines, leur mère, leurs soeurs, la petite mamie du coin, les mères des copains des mômes, ….etc…
    d’autres (des femmes) pensent à leur place aux besoins de l’enfant et eux ne sont que les exécutants de petites tâches qu’on leur désigne, et ne le font pas toujours bien car ça ne vient pas d’eux, ils n’en maitrisent ni les tenants ni les aboutissants, bref c’est un vrai travail de gestion et d’intendance (entre autres)

    je connais un nombre incalculable d’hommes qui prétendent s’occuper de leurs enfants et qui n’ont jamais jeté un oeil dans leur armoire, acheté leurs brosses à dents, anticipé le RDV chez l’ophtalmo, géré la boite à pharmacie, fait leurs bagages pour aller en colo : ben ouais, c’est pas les aspects les plus prestigieux du rôle de parent et surtout c’est très lourd et contraignant, alors être un nouveau père oui mais anticiper et gérer les besoins, notamment matériels, faut pas pousser

    ils vont te dire « oui, bon, tu parles, c’est pas essentiel, l’essentiel c’est que je passe du temps avec le gosse et que je fasse des activités avec lui : je réponds « d’accord mais si c’est une rando et que le gosse n’a ni bonnes chaussures, ni vêtement adapté, ni de quoi se restaurer, ni une trousse de premiers secours en cas de pépin, tu la fais comment ton activité ? même pour taper dans un ballon il faut qu’il soit autrement qu’à poil, qu’il ait des vêtements, que ces vêtements ne soient pas couverts de crasse parce qu’ils n’ont pas été lavés depuis un mois, que le môme ne soit pas couverts de pustules parce qu’il n’a pas pris de douche ni changé de fringues depuis des semaines, qu’il ne soit pas atteint de scorbut et d’avitaminose parce qu’il se nourrit exclusivemeent de macdo et de pizzas, qu’il ne soit pas tordu de douleur parce qu’il est rongé par les caries dentaires, bref y’a un minimum de préalable strictement matériels et sanitaires pour faire des passes avec un ballon avec son môme »

    c’est bien ça le pb de la parentalité, ce qui fait que c’est une grosse responsabilité et une grosse charge bien contraignante que d’avoir un enfant : c’est tout l’aspect matériel, gestion des besoins et de la sécurité sanitaire, mentale et morale de l’enfant, et en plus vient l’éducatif, conduire vers l’autonomie, assuere ou faire assurer par d’autres les apprentissages

    ce qui fait qu’on peut être entièrement parent à distance comme je l’ai été pendant des mois : mon fils ne vivait pas avec moi mais je gérais et organisais et payais tout, à distance : les fringues, l’alimentation, les conflits, les maladies, les pépins, les rdv médicaux ou autres, l’emploi du temps, les activités ….
    je connaissais ses besoins, ses bobos, ses amis, ses soucis, ses activités, je savais combien de paires de chaussettes je devais lui acheter, quand changer sa brosse à dents, quel dose de paracétamol lui donner en cas de fièvre, combien de compotes il mangeait par semaine, quels rdv médicaux je devais prendre, quand prévenir l’école et la cantine de son absence et réserver la garderie ou le resto pour son annif j’organisais tout avec lui comme s’il vivait avec moi : et ceux avec qui il vivait n’étaient pas que des exécutants, ils avaient toute latitude de prendre des initiatives et de gérer à leur guise, mais ils ne le souhaitaient pas, ça les rassurait que je le fasse et que je donne des instructions précises : c’est pourquoi je n’ai jamais cessé d’être parent de mon fils même séparée de lui, alors que certains, même présents physiquement, ne se comportent pas comme tel, parce qu’il ne portent pas la fameuse « charge mentale »

  2. wildo Says:

    Chez moi c’était le contraire ;-) : ma mère n’avait aucune charge mentale à notre endroit … ou si peu …
    Bref, j’ai été élevée par un Papa Poule de l’époque des seventies de type « full stuff »: Il a assuré pour tout.
    Lessive courses ménage éducation soins … bon alors après ça empêche pas d’être sexiste et autoritariste, lol ! Mais les bases étaient là …

  3. Lory Says:

    Le piège pour les femmes est bien souvent qu’effectivement, comme avec la contraception elles sont supposées n’avoir que les enfants qu’elles désirent, il arrivent qu’elles s’aperçoivent après en avoir eu qu’en fait toute la société est prédisposée pour leur faire peser, à elles et à elles seules, la fameuse « charge mentale ». Certaines comprennent alors qu’elles « n’en demandait pas tant » pour avoir simplement voulu donner la vie à un enfant, et ne parviennent pas à faire face à la pression qu’on leur met, et abandonnent.

    Bien souvent, les hommes qui se retrouvent à devoir prendre acte de l' »abandon » sont ceux qui ont été élevés avec une idée très négative des femmes, avec l’idée de « l’incapacité des femmes » à faire quoi que ce soit de positif (à part leur mère, sorte de déesse qu’ils mettent sur un piédestal, la plupart du temps une femme de caractère qui a dû faire face seule à bien des vicissitudes, dont l’élevage d’enfants en ne comptant que sur elle-même, d’où un complexe d’Œdipe mal résolu qui leur fait voir en leur mère une femme omnipotente que nulle autre ne peut valoir, n’arrive à la cheville) et ils se retrouvent donc à faire…comme leur mère: faire face seuls. Raison pour laquelle ils peuvent être par ailleurs sexistes et autoritaristes, en un mot misogynes.

    @ Jessie:
    J’ai du mal à comprendre pourquoi tu as suivi ton môme pas à pas durant le temps où il était chez son père, et sa belle-mère (si j’ai bien compris). C’était le moment de le laisser dans la merde et de faire intervenir l’avocate et l’assistante sociale au vu du mauvais entretien de l’enfant: son père il ne le revoyait plus qu’à sa majorité sauf autorisation exceptionnelle de ta part. Et il n’avait qu’un seul droit, légitime autant que mérité: payer sa pension alimentaire jusqu’à la majorité de ton fils.

  4. jessie Says:

    tu as déduit seule, lory, qu’il était chez son père, mais ce n’était pas le cas : il était chez un couple âgé et handicapé qui s’occupaient fort bien de lui
    quant à moi j’étais au loin, pour le travail, à l’hôtel, avec des horaires tellement fous que je ne pouvais pas l’avoir avec moi

    d’ailleurs j’ai toujours des horaires fous et je le vois très peu même s’il vit avec moi, en fait il passe plus de temps chez la nounou qu’avec moi, notamment presque toutes ses soirées, mais je suis son parent car la charge mentale et l’organisation de son emploi du temps c’est toujours pour ma pomme, mais bon, j’suis rôdée

    et pour préciser : mon fils a un père mais pas de papa, voilà ! (en tous cas pour l’instant)

  5. Lory Says:

    J’en avais déduit ce qui correspond au scenario le plus classique en tel cas, sans plus. C’est plus fréquent que chez les grands-parents ou autres proches en tenant lieu.

    Bon courage et bonne continuation.


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