Est-ce qu’on naît lesbienne ou est-ce qu’on le devient ?

07/10/2008

par Jacqueline Julien- Bagdam Espace lesbien, Toulouse.

sur http://www.bagdam.org/articles/naitre.html

Conférence du 2 mars 2002, donnée à la demande de l’association  » Femmes-sages-femmes d’Aquitaine « . Un public hétéro, dont qques hommes – aucune lesbienne déclarée. Ont bien écouté.


La question-titre, vous le savez peut-être, paraphrase la célèbre maxime de Beauvoir dans Le Deuxième sexe : « On ne naît pas femme, on le devient ». Cette phrase émise en 1949 a claqué comme un coup de tonnerre dans un ciel tranquille, ou qui croyait l’être, et fut une illumination pour des millions de lectrices. Beauvoir ne l’avait pas conçue d’ailleurs comme une maxime ou un aphorisme. Dans cet énoncé apparemment si simple, mais aux immenses conséquences, elle rassemblait génialement tout ce que son travail lui avait confirmé – que LA FEMME est une construction sociale, utile à la société patriarcale, mais en aucun cas une donnée de nature Objective.



Une telle affirmation allait et va toujours à contre-courant de tout ce qu’on fait croire aux femmes :


– qu’elles SONT des femmes, et pour cela, habilitées depuis la naissance et par naissance à aimer les hommes, à chercher leur compagnie, leur approbation, leur désir ;
– qu’elles sont des Femmes, définies selon les dictionnaires comme « femelle de l’espèce humaine », « personne de sexe féminin »… L’homme, lui, n’étant jamais défini en première entrée comme personne de sexe masculin ni comme mâle de l’espèce humaine mais comme « être appartenant à l’espèce animale la plus évoluée de la Terre ». (Dans ce genre de déf. on ne saura jamais si sa femelle a droit elle aussi d’accéder au statut d’espèce animale la plus évoluée !).


Le fait est que la Femme est toujours définie par rapport à l’homme, étalon absolu, comme tous les étalons, de ladite espèce humaine.
Ce préambule a pour utilité de cadrer – très vite, il y aurait tant à dire mais ce n’est pas le seul Sujet de cette intervention -, d’esquisser le paysage qui attend la petite fille lorsqu’elle vient au monde. Un paysage dans lequel inlassablement on lui répétera que son destin – biologique donc social, biologique donc sexuel, biologique donc affectif – est d’aimer les hommes. Or les nombreux exemples de résistance à ce destin chez certaines petites filles un peu rétives à jouer aux poupées Barbie, et qui pour cela inquiètent leurs parents, tendent à démontrer que les choses ne vont pas si facilement de soi, ne sont pas aussi tracées.
Si le biologique était un automatisme, il n’y aurait aucune exception à la règle, et on ne rencontrerait aucun cas de résistance. Mais IL Y A des exceptions et on rencontre des résistances. C’est à partir de ça entre autres que Beauvoir a pu s’engouffrer pour formuler son célèbre constat : la femme est construite femme. Autrement dit, « être » femme n’aurait en soi aucune signification particulière (pas plus qu’être noire ou blanche) s’il n’y avait pas une nécessité sociétale qu’elle le « devienne ». Dans cette nécessité, il y a le binôme auquel on veut lier son fameux destin automatique, c’est-à-dire le mâle de l’espèce humaine, l’homme qu’il lui faudra aimer pour assumer les nécessités de la procréation. Dans cette utilité de « devenir » femme est donc incluse « l’évidence » de devenir hétérosexuelle.


En somme, en ligne directe depuis la phrase de Beauvoir dénonçant toute objectivité biologique, naturelle de l’être femme, nous pourrions énoncer logiquement :
On ne naît pas hétérosexuelle, on le devient.
En tout cas on essaie. (!)
Au-delà du refus de jouer à la poupée, Barbie ou autre, que va-t-il se passer pour la petite fille qui renâcle à Devenir une Femme ? Qu’est-ce qui va lui tomber dessus ? D’abord, le mélange des genres. On va la traiter de garçon manqué.
Normalement il y a deux genres prescrits : le masculin et le féminin. Alors qu’est-ce que c’est que ce genre, qui n’est ni l’un ni l’autre ? La fausse-petite-fille-garçon-manqué va donc se sentir ratée. Oh parfois fière de l’être, mais dans un orgueil outragé dont la blessure se refera sentir tôt ou tard. En règle générale, ces soi-disant « garçons manqués » se sentent mal, d’autant qu’elles ne savent pas pourquoi. Je vous cite un témoignage :


« Durant mon adolescence, j’ai été hantée par un malaise, une peur d’être prise pour ce que je n’étais pas et la crainte d’être dévoilée dans ce que j’étais : une fille qui se sentait fille en sachant qu’elle n’était pas une fille. Ce mot « fille » avait deux sens pour moi à l’époque. Lorsque fille signifiait appartenance à un groupe défini par son genre et son sexe replacé dans une opposition/complémentarité fille/garçon impliquant un comportement social et hétérosexuel, je n’étais pas une fille. Or, les autres filles avaient tendance par de petites remarques à me renvoyer du côté des « garçons » lorsque je montrais trop de passion pour elles ou un comportement inadapté pour une fille. Bien que n’ayant pas conscience à l’époque d’être lesbienne, je ne voyais pas pourquoi je ne pouvais pas être une « fille » et me comporter comme je le faisais ».
(Ingrid Renard, Attirances)


Bien sûr, elle ne voyait pas pourquoi. Mais on ne tarderait pas à lui (en) faire voir. Une fille POUR être fille doit se comporter en fille, autrement dit être, ou se préparer à être le pendant de l’homme – l’étalon fameux de l’espèce humaine. Pas d’échappatoire possible. Pas de solutions prévues pour qui ne veut pas et ne peut pas s’y conformer. Dans ce sens, la petite fille qui n’est pas un fille au sens où on l’attend (au tournant), ensuite la jeune fille qui se sent « autre chose » qu’une future fiancée-épouse-et-mère, va avoir elle aussi devant elle un sacré travail de construction. Ou plutôt de déconstruction. Car pour bâtir son identité, son Je, il va falloir qu’elle se bâtisse d’abord en creux, par défaut. « Je ne suis pas dans le désir des hommes », alors dans quel désir suis-je?

Avant de s’autoriser à ce que son non-désir devienne un désir Autre, un désir en soi, elle va passer par un véritable désert d’identification : rien n’est fait autour d’elle pour illustrer ce désir Autre. Autant celle qui joue le jeu ou se croit naturelle dans son désir pour les hommes n’aura qu’à piocher dans le tas pour se reconnaître, se voir légitime, autant celle qui pour X raisons ne peut pas s’identifier dans ce projet qu’on a pour elle (ce soi-disant destin), va foncer droit dans l’inconnu.
De plus, cet inconnu qu’elle perçoit, même si elle n’a pas de mots pour le dire, c’est un futur d’illégitimité, c’est la marge, l’exclusion. Combien ont pu résister longtemps devant la peur d’être rejetée à la marge ? La plupart prennent un petit ami pour donner le change, s’inventent un fiancé et même finiront par se marier, avec enfants.


Il y en aurait long à dire sur les batailles qu’auront à mener ces adolescentes qui se sentent et sont perçues non-conformes. Sur les désespoirs silencieux, les révoltes incomprises même par elles-mêmes tant qu’elles ne se seront pas constitué une individualité, tant qu’elle n’auront pas nommé cette individualité…
Car avant de parler vraiment de sexualité lesbienne, encore faudrait-il qu’elle advienne ! Entre le moment ou une jeune fille « se sent » lesbienne et celui où elle le sera, où elle pourra même se dire lesbienne, sans parler encore de pratiquer une « sexualité », elle aura eu à faire, comme je l’ai dit, tout ce travail au corps, au cœur de la société qui la veut Femme – donc hétéro. Il y aura eu l’affrontement et tout son stress, ou le refoulement avec son cortège de non-dits, de honte, de clandestinité, il y aura eu l’homophobie subie, bien entendu aussi lesbophobe, exprimée dans son entourage.
Cette homo/lesbophobie s’exprime sans relâche, larvée et rampante, ou carrément affichée et haineuse : du plus intime – les parents, la fratrie, les copines ou copains -, au plus général – la culture, l’enseignement, en somme la société tout entière.

Enfin, est-il utile de vous rappeler qu’à longueur d’ondes, de colonnes, de pages, d’images, de films, sans parler de la pub et des émissions télé, martelée, pilonnée, il est question de LA sexualité. Et que LA sexualité est entendue « naturellement » en tant qu’hétérosexualité. Comme c’est la norme, et que celle-ci est hétérosociale, personne ne s’en aperçoit. Enfin… presque personne !
Le dernier numéro de L’Express, pour ne citer que ce qui vient de me tomber sous la main, c’est – avec titre en page de couv. : « Une étude scientifique inédite sur l’amour au quotidien – Enquête sur la vie sexuelle en France ». J’ouvre, je lis : comme prévu LA vie sexuelle est bel et bien affichée, en large en long en travers, comme celles des hommes et des femmes. Ah non tiens, une petite allusion quand même aux couples gays, mais à travers ce que le sida a changé dans les pratiques, depuis que ces pauvres hétérosexuels sont eux aussi touchés par la pandémie. Et puis il n’est question que d’homosexuels, et les lesbiennes sont juste citées en tant qu’homosexuELLES, encore une fois comme simples « pendants » de l’Homme, cette fois homo. Mais je reviendrai sur cette nuance entre les termes d’homosexuelle et de lesbienne.

N’empêche, me direz-vous, c’est déjà beau que dans cette « étude scientifique » sur la « vie sexuelle en France », on ait pensé à interroger qques homos. D’ailleurs est-ce que ça ne va pas mieux, côté image, représentation ? La Gay Pride, des émissions télé, des enquêtes dans la presse, qques films à problématique homo ou lesbienne, et jusqu’à la pub qui se permet de mettre en scène… non pas des lesbiennes, mais des femmes qui jouent à être lesbiennes, belles selon les critères attribués à la féminité… On assiste à un effet qui pourrait même être taxé d’effet-mode. Dans plus d’un film un peu branché, il y a maintenant « la » scène lesbienne. Un baiser par-ci (comme dans Huit femmes, entre Fanny Ardant et Catherine Deneuve, dont l’invraissemblance laisse perplexe), des regards appuyés par-là, et jusqu’à des scènes de lit censées représenter LE désir lesbien. C’est même parfois exceptionnellement réussi, comme dans Mulholand Drive, où pourtant, là non plus, on ne croit pas une seconde à ces personnages de femmes en tant que lesbiennes.

Côté politique, les lesbiennes elles-mêmes ont heureusement fait de furieuses avancées dans la visibilité, et une aspirante lesbienne qui sait chercher, qui VEUT trouver, trouve : elle trouve un mensuel d’infos, de culture et de société, un festival de cinéma, elle trouve des associations dans à peu près toutes les grandes villes, des livres, dont beaucoup de polars écrits par des lesbiennes avec héroïne lesbienne, des écrits et des rencontres politiques et culturelles, des recherches universitaires – ces dernières encore balbutiantes car toujours noyées dans les études féministes, d’ailleurs rares en France -, elle trouve enfin qques bars ou restaus tenus par des lesbiennes (mais surtout à Paris et grandes villes, et jamais dans les proportions commerciales de l’affichage gay, tout simplement parce que les lesbiennes étant quand même des « femmes », leur capacité d’investir l’économie est toujours plus problématique que pour les hommes, fussent-ils homos.)


Mais nous en étions restées à la construction d’une identité lesbienne, c’est-à-dire à la déconstruction d’un destin hétérosexuel présenté comme allant de soi.
En dépit de ce qu’on appelle des avancées, cernées de près de toute façon par la violence généralisée faite aux femmes en général, et la réalité épaisse de l’hétérocentrisme, les jeunes lesbiennes ont intérêt à avoir une âme de battante, et aussi beaucoup de chance !
La réalité que nous appelons épaisse, c’est qu’en 2002 des milliers d’adolescentes se croient encore cinglées d’être attirées par des filles, et se sentent toujours culpabilisées ou angoissées par leurs attirances. Cette culpabilité, amplifiée par un entourage sourd et aveugle ou menaçant (qui sont deux versants d’une même violence, d’une même négation), peut les amener au suicide ou à des comportements suicidaires (c’est également vrai pour les jeunes ados homos). Dans le cas où ces adolescent-es survivent, comment voulez-vous que LA sexualité, cette fois la leur, se développe tout de suite dans la plénitude ?
Vous me direz que le parcours d’une adolescente, mettons hétérosexuelle ou qui se croit telle, aux prises avec la sexualité obligatoire qui est celle des hommes, de leurs attentes et de leur imaginaire exclusif de pénétration, ne sera pas simple non plus. Et ne parlons même pas, sauf si vous le désirez, de la violence qui est à la clé dans cet imaginaire et qui s’exerce dans leurs pratiques.

Je reviens pourtant sur ce pour quoi vous avez bien voulu nous questionner, et peut-être aussi vous questionner. Sur cette ou ces sexualités qui ne sont pas LA sexualité hétéronormée.
Comment ça marche ? Comment apprend-on qu’on est lesbienne ? Comment veut-on l’être ? Car, vu tout ce qui vient de se dire sur les difficultés d’identification, je peux vous affirmer que quelle que soit la force de conviction de notre attirance pour des filles, puis pour « des femmes », il faut le DECIDER, il faut, oui, devenir lesbienne.
J’ai évoqué la chance, plus haut. La « chance » en effet va pallier dans certains cas le manque de références sociales et culturelles. Cette « chance », ce sera un modèle – une modèle – rencontrée sur le chemin de notre vie. Une prof, une aînée, une qui aura déjà ouvert son chemin dans la broussaille. Cette modèle sera peut-être perçue dans le mystère ou l’inconscience (quand il n’y a pas encore de mots pour se dire), mais l’effet sera décisif pour une prise de conscience ultérieure. D’ailleurs des femmes mettent parfois des années pour s’autoriser cette prise de conscience, et là encore la chance – en l’occurrence la bonne personne rencontrée au bon moment – prend l’aspect d’une fulgurance, d’une révélation existentielle. Nous en connaissons tant, de ces femmes mariées et mères, qui un beau jour, se révèlent – il faudrait dire « se réveillent » – dans un désir soudain, impérieux, pour « une autre femme » !
Pour revenir aux jeunes, je voudrais vous lire cet autre témoignage sur l’effet longue durée produit par ces modèles du « hasard » pour des lesbiennes en quête d’identification.


« Qui pense encore à vous, Mademoiselle Az, antiquaire dans ma petite ville chez laquelle j’allais (…), accompagnée de mon copain Loïc ? Nous étions l’un et l’autre fascinés par le décor, lui par les meubles et objets anciens dont elle prenait le temps de nous conter l’histoire, moi par le costume-cravate et la coupe à la garçonne de cette femmes imposante, à la voix si douce, qui nous accordait plus d’attention qu’aucun autre adulte. (Moi) je pense encore à vous, car vous avez été, lorsque j’avais dix ans, la première image de notre différence. »

(…)
« Etes-vous encore vivante Mademoiselle Fx, prof de gym au lycée ? (…) La qualité de votre enseignement, la gloire qui vous entourait (internationale de hand-ball et de volley) ne vous protégeaient pas de l’ostracisme de vos collègues, ni du harcèlement de la surveillante générale (laquelle voyait d’un mauvais œil la passion que vous vouait l’une de ses nièces). Vous faisiez « salle de gym à part », la seule prof partageant votre espace et affichant sans vergogne son amitié pour vous, étant, et ce n’était certainement pas un hasard, une femme juive, rescapée des camps de la mort. Les autres profs préféraient s’entasser à quatre dans une salle séparée, de peur d’être assimilées à votre réputation de femme ayant « des mœurs spéciales » et de côtoyer votre allure de jeune garçon, toujours en pantalon et semelles de crêpe, cheveux en brosse. (…) À la manière dont vous étiez traitée, nous avons appris ce qu’était la discrimination. »
(Evelyne Rochedereux, Attirances)


Cet hommage rendu est d’autant plus pertinent qu’il s’adresse à celles qui ont toujours été le plus violemment stigmatisées par le monde hétéro, celles qui, selon les époques, sont traitées de « jules » ou de « camionneuses ». Car s’il s’agit de se moquer des lesbiennes, on pense toujours à celles-là, les « masculines ». Et même si on ne sait rien d’elles, rien de leurs pensées, de leur désirs, de leur manière d’aimer, c’est ce côté apparemment masculin qui va être brocardé (cf. la caricature d’Amélie Mauresmo dans les Guignols de l’info qui, au-delà de leur volonté pathétique de se croire légitimes, au nom du rire, a démasqué leur violence contre une femme qui ne leur est pas sexuellement soumise).

Je passerai sur le « Qui fait l’homme, qui fait la femme ? », et pourtant c’est bien dans le sujet aussi, tel qu’il est délimité par l’hétéro-imaginaire : hors du « modèle » masculin-féminin, point de salut.
Dans le magasin, nous avons aussi l’article « miroir ». Les femmes qui font l’amour ensemble sont alors des êtres restés au stade infantile, qui chercheraient dans l’autre, dans « la même » leur propre reflet. Mais c’est bien sûr ! On cherche la même, sans doute par manque de courage de se coltiner le coït, seul digne de constituer le vrai passage à la VRAIE altérité.
N’empêche, elles sont si charmantes ces petites… Un photographe, Hamilton, en avait même fait sa marque de fabrique, maintenant d’ailleurs bien ringarde : adolescentes en fleur enlacées dans des postures aussi douces que suggestives derrière des voiles rêveurs de couleur pastel (images qui ont d’ailleurs inspiré, un temps, les pubs de Cacharel). Images en miroir, oui, car les filles représentées ont le « même » corps, la même minceur standard, le même look « féminin-cheveux-longs-et-soyeux ».

Sexualité immature donc, pudique, voilée (mais par qui, par elles ou par le voyeur imaginaire ?), un peu perverse dans son côté inabouti et finalement escamotée. Mais ces douces créatures pour pédophiles refoulés ne perdent rien pour attendre…
Dois-je parler ici de la pornographie ? Certainement, mais seulement pour vous dire qu’elle n’est que la partie voyante d’une haine et mépris aux profondeurs abyssales.
Ces femmes-enfants d’Hamilton, plus les pubs branchées, plus les fantasmes de lesbiennes lipstick (belles comme de VRAIES femmes) participent de cette pornographie. Quant à la sexualité soi-disant lesbienne représentée en vidéo pornographique, elle est simplement celle qui avoue tout haut cette peur d’une sexualité féminine « impossible ». Impossible sans le regard et l’intrusion massive de l’homme. Les scènes de cul imaginées entre deux femmes dans les films X, outre qu’elles ne sont pas crédibles – mais ce n’est pas le souci des pornographes -, ne sont jamais jouées en solo. Toujours, selon le même ressort phallocrate, un mâle s’en mêle, et… participe.

Alors quelles représentations peut assumer une sexualité hors norme, et pour cela incodifiable ? Bien sûr les nôtres, créées par nous-mêmes et pour nous-mêmes, patiemment, depuis des décennies. Mais c’est bien peu, des décennies face à des millénaires de patriarcat ! Et qu’il est dur de voir nos sœurs en hétérosexualité, subir encore une telle ignorance de leur propre jouissance.
Vous allez trouver qu’on exagère. Mais alors ce sont les statistiques qui exagèrent aussi. Nous savons que la majorité des femmes au monde ne connaissent pas et ne connaîtront jamais leur corps autrement que frigide (c’est hélas un bon révélateur de résistance), bafoué, méprisé, dominé, manipulé à l’aune du seul « plaisir » censé être celui de la pénétration d’un pénis. Ces « femelles de l’espèce humaine » sont des mortes vivantes, en tout cas veuves à jamais de tendresses, de troubles, d’attentions, quand elles ne subissent pas tout simplement un viol conjugal répété parce que autorisé, assorti de violences verbales, mentales, de coups physiques (qui sont aussi une violence mentale).
Plus légèrement, l’ignorance où sont tenues de nombreuses hétérosexuelles sur leur propre corps et ses ressources va s’exprimer de manière naïve – et nous l’avons de nos oreilles entendu – nous demandant mi-timides, mi-intriguées : « Mais pourquoi vous aimez porter les ongles courts ? ». Ainsi cet organe tellement subtil et tactile qu’est la main, que sont les doigts, n’ont jamais été perçus ou vécus par elles comme instrument possible et infini de plaisir. Quant à nous, la réponse est :


– que ce plaisir donné et reçu n’est pas un plaisir qui veut faire mal à nos merveilleux intérieurs : c’est pourquoi nous coupons nos ongles !
Est-ce à dire que la sexualité lesbienne est seulement toute douceur et effleurements, à la manière des images édulcorées et floues de ce Hamilton ? Non bien sûr : le désir de faire du bien à l’autre et à soi, totalement, n’exclut ni la force, ni la passion, ni cette fulgurance que j’évoquais tout à l’heure.
Le désir est deux fois maître de lui, dans une relation lesbienne. Ça n’empêchera pas les chagrins, les ruptures ; mais chaque fois, réitérée, reviendra la confirmation d’agir pour soi, et non au-dessous de soi, de ses capacités. Il y a une anticipation désirée et un inconnu accepté. Car cet inconnu-là ne fait plus peur. Ecoutez ça :

(…)

On ne peut pas prévoir si l’état du monde
basculera avec nous dans la saveur et le
déferlement des langues. Rien n’est prévu
pourtant la blouse est entrouverte, la petite
culotte à peine décalée de la fente et pourtant
les paupières closes et pourtant les yeux de
l’intérieur sont tout agités par la sensation de
la douceur des doigts. On ne peut pas prévoir
si les doigts resteront là, immobiles, parfaits,
longtemps encore, si le majeur bougera ô à
peine sur la petite perle, si la main s’ouvrira en
forme d’étoile au moment même où la douceur
de sa joue, où son souffle au moment où tout
le corps de l’autre femme appuiera si fort que
le livre qui servait d’appui glissera sous la
main, la main, au moment où l’équilibre sera
précaire et que les cuisses se multiplieront
comme des orchidées, on ne peut pas prévoir si
les doigts pénétreront, s’ils s’imbiberont à tout
jamais de notre odeur dans le mouvement
continu de l’image.

Rien n’est prévu car nous ne savons pas ce
qui arrive à l’image de l’état du monde lorsque
la patience des bouches dénude l’être. On ne
peut pas prévoir parmi les vagues, la
déferlante, la fraction de seconde qui fera
image dans la narration des corps tournoyant à
la vitesse de l’image.

On ne peut pas prévoir comment la langue
s’enroule autour du clitoris pour soulever le
corps et le déplacer cellule par cellule dans
l’irréel.

Nicole Brossard, Under Tongue, poème bilingue. [La version française de la version anglaise est celle de la poète, québécoise.]

Quant à se projeter dans l’Autre comme dans une même, une pareille au même, rien n’est plus éloigné de nos pratiques de désir. L’autre, même si femme, donc soi-disant « comme » nous, est un continent à découvrir, un mystère total, chaque fois. Et s’il faut dire « les » sexualités lesbiennes, c’est qu’elles sont aussi multiples que nous sommes multiples. Il n’y a de rôles que librement vécus par nos préférences. Ces goûts, ces préférences, nous n’en sommes pas totalement maîtresses : qui peut se targuer d’avoir maîtrisé le courant de sa vie, de ses origines familiales, sociales ? Mais nous nous sommes adjugé l’espace et l’indépendance de les explorer, pour notre plaisir. De questionner nous-mêmes ces goûts, ces préférences, sans l’obsession de réponses toutes faites.

Pourquoi suis-je « plutôt féminine » ? Pourquoi celle qui me plaît l’est tout autant mais si différemment ? Parce qu’au fond je sais bien, moi, que le féminin n’est qu’une traversée des apparences, que ma sexualité de lesbienne n’est pas superposable à la seule catégorie du féminin. Ni du masculin d’ailleurs ! Alors pourquoi les fameuses « lesbiennes masculines » tellement vilipendées me touchent-elles tant ? Pourquoi ces modernes dandies sont-elles aussi mes amantes et amies potentielles ? Parce qu’elles incarnent aussi ma liberté, que je connais et que j’ai explorée comme elles, à ma façon. Et que j’aime reconnaître ça, chez une lesbienne.
Toutes les lesbiennes que je croise ne seront pas toutes mes amantes. Mais ma vie est bâtie sur la potentialité de ce désir, sur l’autonomie d’un tel désir.
Nous nous reconnaissons vite, oh pas seulement pour les codes que nous adoptons, par les vêtements ou accessoires ou les chaussures portées (!), ni par la coupe de cheveux, ni même par les ongles courts (! – un indice tout de même…), non, rien n’est aussi simple ou simpliste.

Si nous nous reconnaissons, c’est beaucoup plus par la perception de cette Autonomie chez l’autre – conquise à grand prix parfois -, de cette indépendance qui consiste à ne pas attendre, et en aucun domaine, l’approbation des hommes.
Alors ce sera une démarche peut-être, une volonté dans toute l’allure, c’est aussi et surtout le regard, de ces regards échangés qui ne dévient pas, qui se plantent bien droit dans votre propre regard et avec une attention extrême.
Je vais vous lire qque chose que j’ai écrit sur ce thème-là, du regard, dans le contexte d’un désir qui se déclare. Vous verrez que les regards échangés ont signé l’acte de naissance, en somme, de ce désir.

(…)
« Très tôt nous nous sommes regardées. Mon premier regard a été pour ce regard de plomb brillant qui m’a cinglée, aigu, agile, perspicace.
Je crois savoir que je ne l’ai pas vue, mais regardée. Elle m’a vue aussi sans doute,
Mais elle m’a regardée, surtout. Nous avons fait comme si nous ne faisions que nous voir,
mais je sais qu’il y a eu le regard surtout, de chacune sur l’autre.
(…)
Il y a ainsi beaucoup de choses que je ne suis pas sûre d’avoir vues, parce que je la regardais.
Je n’ai pas vu sa carrure, qu’il aurait fallu dire d’athlète, je n’ai pas vu, je n’ai pas vu ses flancs.
Ni ses jambes. Ni ses hanches. Je l’ai regardée dans ce qui émanait de sa forme.
J’ai regardé ses mouvements, cette buée électrique que j’avais cette furie d’atteindre, de pénétrer.

Parce que ce regard plus fort que voir et être vue, j’ai su directement du dessous de ma peau
l’atteindre sous la peau. Il y avait les vêtements à enlever et sa peau à traverser.
Je ne voyais pas sa forme. Ce désir n’était pas que pour sa forme.  »
(…)

(Jacqueline Julien, Le Feu)


Si je vous ai beaucoup parlé de comment on devient lesbienne, contre quoi on le devient et pour quoi on le veut, je n’oublie pas que la question du titre était double : – est-ce qu’on « naît » lesbienne ?


Je ne vous en parlerai pas aussi longtemps que du devenir. D’abord parce qu’on n’en sait rien. Et que même si c’était ainsi, seulement une histoire de naissance, grande serait mon envie de retourner la question, ou de la prolonger dans la même quête d’un mystère absolu :

– Pourquoi, femmes, ne naissons-nous pas toutes lesbiennes ? !

S’il nous fallait répondre à ça, il faudrait pour cela imaginer une société sans le carcan idéologique de la différence des sexes. Une société où il ne serait pas dit qu’une femme doive aimer un homme, et un homme, une femme. Où celles qui préféreraient les femmes seraient au moins aussi nombreuses que celles qui préféreraient les hommes, où Homme et Femme n’aurait pas plus de sens que noir ou blanc. Où le mystère des goûts et des couleurs ne serait pas contingenté par une normalité écrasante, pour les femmes, et où les hommes ne seraient pas broyés eux-mêmes par la contrainte d’exercer leur loi phallique.
Mais nous n’en sommes pas là. C’est pourquoi, parce que peut-être nées… homosexuelles, en effet, avec ce goût, cette préférence que certaines d’entre nous sont capables de situer dès la-plus-tendre-enfance – mais enfance jamais tendre -, c’est pourquoi dans CETTE société androcentrique nous devenons lesbiennes.
Oui, il nous faut le devenir, pour l’être.

En effet, aujourd’hui encore l’homosexualité renvoie à une pathologie, une déviance pathologique. (Ça serait « dans les gènes », une malformation génétique.)
Rester homosexuelle, s’identifier comme telle, c’est, qu’on le veuille ou non, rester parquées dans cette pathologie, ou du moins une déviance définie par les autres – les normaux.
En « devenant » lesbienne au contraire, nous opposons nous-même notre refus à la contrainte hétérosociale, nous sortons nous-mêmes du cadre où l’on a voulu épingler les femmes. Cette décision donne un regard aigu sur le monde, car un regard né d’une décision est une source d’indépendance donc de jouissance incommensurables.
Ce monde étriqué, divisé en deux polarités dont l’une écrase l’autre (en dépit de toutes les « parités » et « droits à l’égalité des chances » que vous voudrez), nous le réinventons. Notre pratique lesbienne, parce qu’elle n’est pas QUE sexuelle (homo-sexuelle), parce qu’elle échappe au Contrôle, va nous donner le pouvoir, non pas sur l’autre, pour l’écrabouiller, mais sur nous-même, pour en jouir.
Dès lors, nous ne sommes plus les « femelles de l’espèce humaine ».

Dès lors nous nous appartenons, du moins tant qu’on ne nous tue pas.

De ce pouvoir-là de Décision, malheureusement les femmes-en-général en sont exclues par principe. Mais parce que nous lesbiennes sommes « classées » femmes et que nous en connaissons un bout sur les mécanismes de l’oppression, nous sommes solidaires des femmes hétérosexuelles, et sommes souvent à la pointe des luttes menées avec elles et pour elles – le droit à l’avortement, entre autres, qui est censé ne pas trop concerner les lesbiennes, sauf si elles ont été violées. Combat obligatoire contre le sexisme : contre le viol, la pornographie, la prostitution, bref : tous les crimes perpétrés contre les femmes ne sont et ne seront jamais exclus de nos obsessions.
Ainsi, « naître » homosexuelle, peut-être, pour les plus douées, ou les plus chanceuses ! Mais naître lesbienne, impossible. Encore une fois, pour être lesbienne il faut avoir fait tout le chemin de déconstruction-construction d’une identité, il faut avoir lutté contre, il faut avoir lutté pour, il faut s’être confirmée peu à peu vers toujours plus de liberté mentale et corporelle. Il a fallu le vertige de désirer hors-la-loi, accepter d’être désirée. Il a fallu, plutôt que rester malheureuse et marginale, choisir le risque passionné de notre choix, de nos désirs, de notre liberté.
En somme, il a fallu inventer notre propre légitimité d’humaine. Même si contestée.

On peut se féliciter que les phénomènes nord-occidentaux de fierté gay et lesbienne rendent aujourd’hui plus accessibles aux adolescent-es, surtout urbains, les termes mêmes auxquels ils peuvent s’identifier. Le mot de lesbienne est maintenant de plus en plus couramment prononcé, même par les journalistes, c’est dire. Que cela ne nous fasse pas croire pour autant que le chemin soit désormais tapissé de roses.
Je parlais des privilèges que procurent les villes (relatifs d’ailleurs, puisqu’ils se doublent aussi des dangers accrus de violence), mais que dire des campagnes, de la chape de plomb des petites villes, que dire de la violence potentielle et réelle qui s’exerce contre les lesbiennes, même dans nos pays occidentaux (avec agressions et viols punitifs), que dire enfin des 9/10e du reste du monde, des États où le fait même d’être une femme est une torture ? Les homosexuelles y risquent elles aussi le mariage forcé donc le viol légitime, et bien sûr la prison, ou le lynchage, ou la mort.
Non, nulle part encore dans ce monde-ci on ne peut  » naître  » lesbienne, il faut le devenir. Il faut le vouloir. Encore faut-il le pouvoir.

Jacqueline Julien

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4 Réponses to “Est-ce qu’on naît lesbienne ou est-ce qu’on le devient ?”

  1. Le Nours agnes Says:

    Merci,

    je viens de comprendre que ce que je vis n’est pas une folie ni un égoïsme.
    Je fais partie des femmes qui ont grandi avec les codes familiaux d’hétéro.
    Je suis devenue féministe en me confrontant aux hommes et plus que jamais lorsque je suis devenue maman.
    Puis, un jour voici « le désir » pour ELLE qui me secoue, qui me propulse et qui me fait vibrer… Tout mon corps en tremble, c’est une évidence.
    Et puis, je passe par toutes les étapes : les regards, je n’ai jamais vu un regard comme le sien, son regard m’a interpelé; je me suis coupé les ongles, j’ai compris que c’étaient des armes,
    Elle vit avec une autre personne mais elle a ouvert mon inconscient, elle a sorti mon âme de sa cage. Je l’aime et je la respecte plus que toute autre personne.
    Peut-être qu’un jour les actes viendront exprimer ce désir intense, c’est beau la vie, c’est magnifique de connaître cet amour.

    C’est aussi un soulagement de lire un texte comme le vôtre qui exprime la beauté, le désir et l’amour pour une femme ou pour la femme.

    Agnès

  2. jessie Says:

    j’ai traversé ce fameux désert d’identification dont parle ce texte, sans pour autant être lesbienne
    je ne me suis jamais reconnue ni identifiée aux femmes, épouses et mères
    je suis devenue mère sur le tard, un peu par aléa, un peu par accident, je n’ai jamais désiré vivre en couple et ne l’ai jamais fait.
    J’ai passé 15 ans de ma vie à errer de thérapies en thérapies car ma différence, ma « folie », je ne la cernais ni ne la comprenais, et c’est le féminisme qui m’a sauvée

    je ne me suis pas déconstruite, en fait je suis arrivée à l’âge adulte non-construite, avec juste une façade et le chaos à l’intérieur, car « femme » je ne l’étais pas, pas socialement, pas affectivement, pas intimement, « homme » non plus, j’étais juste un être humain et ça n’existait pas autour de moi, j’étais seule de mon « genre »

    pourquoi la socialisation en « femme » n’a pas fonctionné sur moi ? Parce que j’ai eu une mère maltraitante, violente, fainéante, malade et « impossible », et un père maltraité (au même titre que moi, donc comme un grand frère et pas un parent) et effacé, je n’ai pu m’identifier ni à l’un, ni à l’autre
    les autres modèles d’adultes autour de moi, le reste de la famille, les profs, les voisins, je les trouvais falots ou maltraitants, ça donnait pas envie de leur ressembler : je crois que je les voyais avec mon regard lucide d’enfant maltraitée, car la plupart des enfants idéalisent les adultes mais pas moi, les adultes je les trouvais bêtes et dangereux.

    Je désire les hommes mais pas comme c’est prescrit socialement aux femmes, je les désire comme on désire un être inférieur, avec un soupçon de mépris dont je suis consciente, dont je me sens coupable, mais dont je ne peux me départir
    En tout cas pas comme les femmes hétéros désirent et idéalisent les hommes.
    J’ai tenté d’aller vers les femmes mais c’est pas poss, je crois qu’une mère « impossible » m’en interdit l’accès sur le plan du désir

    On peut se reconstruire mais pas se déconstruire, pas complètement, en tous cas c’est ce que mon expérience perso m’a enseigné : je me suis construite ou plutôt reconnue et acceptée grâce au féminisme, j’ai compensé les tourments de mon enfance grâce à la force et à la confiance en moi que m’a donné le féminisme, mais je n’ai pas pu colmater toutes mes blessures ni déconstruire le sens de mon désir

    Il y a des carences et des manques qui ne peuvent être comblés, on peut juste vivre avec comme on vit avec un diabète, et compenser un peu ….

  3. jessie Says:

    je souhaite préciser que le féminisme m’a également aidée à comprendre et accepter ma mère, pas lui pardonner, certes non, il y a des choses impardonnables et le pardon ça se demande et se mérite, mais à comprendre que, victime comme toute les femmes, son immaturité et sa violence étaient le résultat de sa propre histoire

    en fait, je reproche à la domination masculine et au patriarcat d’avoir fabriqué des êtres immatures et violents, hommes et femmes
    Car le patriarcat prescrit la violence aux hommes, et oblige les femmes insoumises à devenir malades et violentes…. comme maman, comme ma grand mère
    Des femmes qui n’ayant pu se réaliser, enferment en elle rage et impuissance, et le font payer à leur entourage, et rendent leurs filles rageuses et impuissantes comme elles, car elles s’en prennent à celles qui leur ressemblent pour vider la haine qu’elles ont d’elles-mêmes, une haine inconsciente, la haine du dominé envers lui-même

    « L’identification du dominé au dominant origine la haine de soi, le sentiment d’humiliation, une incontournable négativité, véritable marque inscrite de l’extérieur, mais au fer rouge. Et si on refuse cette assignation, il ne reste, outre la révolte, que le mépris à l’égerd des autres et de soi-même, l’alcool, la drogue, ou la sainteté sublime…. »
    « Vagabondages psy » De Albert Le Dorze

    je ne retrouve pas la citation qui parle de la haine de soi chez le dominé, valable pour tous les êtres nés de sexe féminin dans ce monde, élargie aux peuples dominés et aux hommes que leur différence peuvent mettre en position de l’être

    En bref, je veux dire que le féminisme est une véritable conquête de soi au delà d’une quête de justice et de liberté pour tous, une école de vie et de responsabilité, et enfin un baume sur nos souffrances et un chemin de reconstruction

  4. wildo Says:

    « je reproche à la domination masculine et au patriarcat d’avoir fabriqué des êtres immatures et violents, hommes et femmes
    Car le patriarcat prescrit la violence aux hommes, et oblige les femmes insoumises à devenir malades et violentes…. »

    C’est exactement ça …


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