En discutant avec un homme de féminisme, je deviens agressive et hystérique. MAIS SI ! JE HURLE MÊME.

28/11/2008

sur http://www.entrailles.fr…

[Ne vous sentez pas agressés par un injuste traitement digne de la sorcière féministe que je suis, je vous narrerai bientôt la discussion équivalente avec une femme.]

D’abord, « tu es agressive » signifie en général que lorsque je trouve les arguments que l’on m’oppose ne sont pas justes, je le dis sans détours. Cela ne donne donc pas « ah tu crois ? Oui mais peut-être que… » mais plutôt « Non je ne suis pas d’accord, au contraire, je crois que… ». Ce genre de réponse passe une ou deux fois, au début de la conversation, lorsque mon interlocuteur à encore l’espoir de me faire taire. Toutefois, les mêmes arguments m’étant répétés, ce qui est très souvent le cas étant donné le côté naturalisant et tautologique des argumentaires qui me sont proposés en raison du peu de fondements théoriques dûs à la pauvreté des lectures sur le thème, je me vois souvent dans l’obligation de continuer à formuler des réponses identiques. Bien qu’il soit communément admis que les femmes changent d’avis comme de strings, c’est pourtant ma constance qui fait en général problème lors de ces discussions.

Si je « m’entête », je m’aperçois assez rapidement, que mon interlocuteur mâle se montre contrarié : ce qui passerait pour une discussion politique s’il était en face d’un autre camarade se transforme en « combat ». En « combat », simplement parce qu’il perçoit que moi, je ne lui oppose pas d’arguments, je lui tiens tête. En « combat », parce que ce dont je parle ne se situe pas pour lui dans la sphère du politique, de l’important, parce qu’il se sent remis en cause, qu’il individualise, ce qu’il ne fait pas concernant les grands problèmes de l’humanité pour lesquels il sait faire le malin avec autorité. En gros, je lui « tiens tête » sur des conneries secondaires, qui plus est, des conneries qui remettent en question des choses qu’il n’avait jamais encore pensées en ces termes, pensées tout court bien souvent. Et c’est vexant. Surtout quand on est gentil et de gauche. C’est ainsi qu’un ami, pourtant très à gauche, très fin, très ouvert, et sociologue en vint à me dire qu’il fallait que les femmes arrêtent de se plaindre en France, car leur condition était tout de même plus enviable qu’en Éthiopie. Sic.

Toutefois, à part la mauvaise foi la plus crasse, plusieurs solutions plus fines s’offrent en général à l’interlocuteur. En voici deux, la liste exhaustive ne pouvant être arrêtée en raison de l’imagination débordante de nos amis les dominants.

L’interlocuteur contrarié peut se mettre à regarder ailleurs, en agrémentant sa fuite de « oui, bon… enfin… » histoire de faire comprendre que la « discussion » s’arrête là. Et de fait, il est difficile de discuter avec quelqu’un qui ne veut plus le faire. En général, on doit s’arrêter là. Si vous tentez un « pour en revenir à… » vous aurez l’air d’insister et deviendrez lourde, intrusive et agressive, mais cela, même une féministe hystérique peut le comprendre. Comme quoi.

Toutefois, si vous préférez le silence, il faut continuer à faire attention. Face à un soudain manque d’intérêt pour une discussion qui s’apprêtait à être mouvementée, on peut se sentir un moment désarçonnée. En effet, il est tout de même assez rare de voir un interlocuteur qui semble très impliqué se désinvestir si rapidement. Mais c’est une technique efficace, puisque c’est en général le moment où, par le biais d’une plaisanterie fumeuse, l’interlocuteur mâle en manque de public, assène sous une forme concise l’essentiel de sa pensée (et la concision n’est pas difficile à obtenir avec une pensée si maigre). Comme la vôtre n’est pas habituelle à l’oreille des autres interlocuteurs et se base sur un nombre de lectures plus compliquées à résumer, il est dès lors difficile de répondre, d’autant que, content de lui, votre interlocuteur vient de changer de sujet. [testé : s’il se met à parler sport dans l’espoir de vous tenir éloignée d’une participation éventuelle, mais que pas de bol pour lui, il se trouve que vous vous y connaissez et que vous aimez cela, votre nouvelle intervention sera accueillie très très froidement.]

Une autre variante consiste à orienter la discussion vers votre corps, et/ou votre « esprit », que l’interlocuteur de manquera pas de louer histoire de vous faire un apparent compliment. Celui-ci videra votre tête pour la remplacer par vos tétons, au nombre de deux, et incontestablement féminins, eux. Lorsque c’est votre intelligence qu’il louera, entendez bien qu’il tente une sortie honorable, face à une femme intelligente, tout de même, ce qu’il relève parce qu’il ne s’y attendait pas, enfin pas à ce point. Ne rougissez pas.

Une autre technique assez répandue consiste à hausser la voix et vous couper la parole. Si le son des coups de pattes du gorille se frappant le torse ne vous intimide plus, vous allez également hausser la voix, et à votre tour lui couper la parole, histoire de terminer à exposer votre pensée. C’est là que vous devenez très agressive, énervée, et bientôt, hystérique. Mais si vous allez voir. S’il vous sera permis de maintenir cette technique quelques temps, il ne faudra toutefois pas vous entêter, sinon, gare ! Pourquoi ? Entre votre interlocuteur et vous, à technique identique, conséquences différentes. Le double standard. Un homme qui hausse le ton, est un homme qui a le droit de le faire, et son comportement sera jugé à l’aune de la norme de parole masculine, c’est à dire, avec en fond de tête les images d’hommes politiques, d’hommes militants, d’hommes publics qui parlent publiquement dans une salle de meeting où les applaudissements sont bruyants, qui parlent avec une grosse voix pour les couvrir. Il ne crient pas ces hommes, ils parlent politique, ils ont des convictions. Et vous ? Quelle sera la norme par rapport à laquelle votre comportement sera jugé ? Celle de LA Femme, en général souriante, plaisante, gentille, d’accord, accompagnatrice plutôt qu’opposée, la femme qui parle sensuellement, doucement. Votre façon d’élever la voix passera donc comme une chose en trop, en trop par rapport à ce que font habituellement les autres femmes, votre référence, votre norme. Elle sera tellement en trop qu’elle sera perçue comme « pas très féminine », d’où virile, donc bien en cohérence avec l’imaginaire de la féministe qui en est malade de ne pas avoir de pénis, ou, au choix, comme un défaut dans la féminité, une maladie de la féminité, l’hystérie.

Bon, en général, c’est plutôt le mélange des deux qui est retenu :

« Si tu veux l’égalité (oui, pensée maigre je vous l’avais dit) il faut que tu acceptes de parler sans traitement de faveur (ben deviens un homme si tu peux et ne sois plus féministe), ou que tu arrêtes d’être agressive (pas assez douce, pas assez féminine, avec trop d’arguments) et hystérique (souligner ma mauvaise foi = être malade) quand on n’est pas d’accord. Mais arrête de me couper la parole en criant (dit il en vous coupant la parole et en criant). »

Par Mademoiselle S. le mardi, juillet 15 2008

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