Les violences faites aux femmes – Insee Première N°1180 Février 2008

30/11/2008

novembre 25, 2008…

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Autant de violence envers les femmes dans le ménage qu’en dehors


Selon l’enquête « Cadre de vie et sécurité » menée début 2007, les femmes sont autant exposées à la violence dans leur ménage qu’en dehors : 3,3 % des femmes âgées de 18 à 59 ans ont déclaré avoir subi en 2005 ou 2006 au moins une agression physique ou sexuelle de la part d’une personne vivant avec elles ; elles sont 3,4 % à en avoir subi en dehors de leur ménage (tableau 1) . Les violences sexuelles (définition) restent néanmoins moins fréquentes à l’intérieur qu’à l’extérieur du ménage.

Les premières violences auxquelles les femmes sont confrontées sont les violences verbales telles que les injures (16,9 %) et les menaces (5,5 %) ; viennent ensuite les violences physiques, au sein du ménage (3 %) ou à l’extérieur (2,5 %) ; et enfin, les agressions sexuelles à l’extérieur (1,5 %) et dans le ménage (0,7 %). Les vols avec violence ou sans violence ont touché 4 % des femmes. En dehors du ménage, la proportion de femmes violées est deux fois supérieure à celle des femmes qui se sont faites dévaliser avec violence.

Dans le ménage, la violence physique est nettement plus fréquente que la violence sexuelle . Parmi les femmes qui reçoivent des coups chez elles, 12 % sont aussi abusées sexuellement alors que 50 % des femmes qui ont été violées par un homme qui partage leur logement sont également agressées physiquement. De plus deux femmes sur cinq, victimes de violence sexuelle au sein de leur ménage, ont été également agressées sexuellement en dehors.

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Être femme expose, être femme et jeune surexpose

Par rapport aux hommes, les femmes sont deux fois plus souvent agressées physiquement au sein du ménage, et trois fois plus souvent victimes d’attouchements ou de rapports sexuels forcés à l’extérieur comme à l’intérieur du ménage. En revanche, elles sont moins souvent victimes d’agressions physiques à caractère non sexuel en dehors du ménage, et près de deux fois moins souvent victimes de vols avec violence. Les injures proférées contre les femmes ont la particularité d’être de nature sexiste une fois sur trois contre moins d’une fois sur vingt chez les hommes.

Les jeunes femmes sont les plus vulnérables. Hors du ménage, en 2005 ou 2006, une femme sur cinq âgée de 18 à 29 ans a essuyé des injures, une sur dix a subi des caresses et des baisers non désirés et autant des menaces. Pour les délits plus graves, 3,5 % de ces femmes ont subi une agression physique (contre 3 % en moyenne) 2,2 % un viol (contre 0,7 % en moyenne) et 1 % des vols avec violence. Au cours des deux années, à l’intérieur du foyer, 3,8 % des plus jeunes femmes ont été victimes de violences physiques, contre 3 % en moyenne. Les viols au domicile semblent obéir à une logique différente puisque le pic d’agressions se situe entre 30 et 39 ans et que les jeunes femmes sont un peu moins victimes que leurs aînées (graphiques 1 et 2) .

Graphique 1 : Vols et agressions physiques ou verbales en dehors du ménage, en 2005 ou 2006

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Source : Insee, enquête Cadre de vie et sécurité 2007. Champ : femmes de 18-59 ans.

Graphique 2 : Violences sexuelles selon l’âge, en 2005 ou 2006

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Source : Insee, enquête Cadre de vie et sécurité 2007.

Champ : femmes de 18-59 ans.

L’agresseur est souvent un proche de la victime

Une fois sur deux, c’est le conjoint qui est l’auteur des violences envers la femme à l’intérieur du ménage. C’est même le cas trois fois sur quatre quand il s’agit de violences sexuelles.

Pour les agressions sexuelles commises à l’extérieur du ménage, 70 % des victimes disent en connaître l’auteur. La moitié le connaissent personnellement : il est leur ex-conjoint plus d’une fois sur cinq ou un « ami » pour 16 % des victimes. De plus, une fois sur deux, le viol a eu lieu dans le quartier de résidence de la victime, une fois sur trois pour les gestes déplacés (tableau 2) .

Aussi, il n’est pas étonnant de constater que ces femmes vivent moins souvent avec un conjoint que les autres femmes. Notamment, les femmes ayant été violées au cours des deux dernières années par une personne qui ne vit pas avec elles actuellement sont deux fois plus nombreuses à élever seules leurs enfants, les faits ayant pu les inciter à se séparer du conjoint violent.

Le viol hors de chez soi commis par un inconnu n’est ainsi pas la règle et ne concerne qu’un petit tiers des victimes. Toujours à l’extérieur, le hasard tient également moins de place que dans les cas d’agressions physiques : une fois sur deux, l’agressée connaît personnellement son agresseur qui se trouve être généralement l’ex-conjoint ou un membre de la famille.

Trois fois sur quatre, le viol commis hors ménage est le fait d’un seul agresseur. Une fois sur quatre, le ou les auteurs étaient sous l’emprise de l’alcool ou de la drogue (la fréquence est la même à l’intérieur du ménage). Même quand l’auteur ne fait pas ou plus partie du ménage, les viols sont souvent un phénomène privatif puisqu’ils sont commis une fois sur trois au domicile de la victime, puis dans une moindre mesure dans un autre logement (14 %). Seulement 12 % ont lieu dans la rue, 4,7 % au travail.

Les caresses, baisers et autres gestes déplacés non désirés, qui sont les agressions sexuelles les plus fréquentes, ne se sont pas reproduits pour la moitié des femmes, mais 40 % en ont toutefois souffert « quelques fois ». Pour une victime sur quatre, les faits se sont déroulés sur son lieu de travail, pour 15 % dans son logement ou dans le logement de quelqu’un d’autre. Reste un acte sur cinq de ce type qui est perpétré dans un lieu public : 13,4 % dans la rue, 6,3 % dans les transports.

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Un faible niveau scolaire chez les agresseurs et chez les victimes

L’enquête apporte quelques précisions sur les auteurs appartenant au ménage : ils ont le plus souvent au moins 45 ans, sont faiblement diplômés, plutôt chômeurs ou retraités, ouvriers mais aussi parfois cadres.

Les agressions sexuelles et les violences domestiques envers les femmes se rencontrent dans tous les milieux sociaux, mais sont plus fréquentes dans les milieux à faible niveau scolaire. Parmi les femmes sans diplôme, il y a près de cinq fois plus de victimes d’agressions sexuelles en dehors du ménage que chez les plus diplômées, et trois fois plus pour les violences domestiques (tableau 3) .

La nationalité des femmes a un impact fort. Ainsi, les femmes étrangères hors Union européenne sont nettement plus souvent que les autres victimes de violences spécifiquement féminines, en premier lieu d’agressions sexuelles en dehors du ménage, mais aussi de violences domestiques et de vols avec ou sans violence. En revanche elles ne sont pas plus victimes de violences sexuelles dans leur ménage. Et elles sont un peu moins souvent victimes d’agressions physiques à l’extérieur. Les Françaises, qui ne sont pas à l’abri de tous ces types de violences, sont plus fréquemment la cible d’injures et de menaces, à moins qu’elles y soient plus sensibles (tableau 4) .

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Les victimes font confiance à la police

Paradoxalement, ces femmes battues ou violées ont une image plutôt positive de l’action de la police dans leur quartier. 59 % des femmes ayant subi des agressions sexuelles à l’extérieur pensent ainsi que la présence de la police dans leur quartier est suffisante. Et près de la moitié des femmes battues ou violées jugent efficace l’action de la police dans le quartier contre 39 % des autres femmes (tableau 5) . Le caractère souvent intime de ces violences peut expliquer la résignation des victimes, qui peuvent penser que rien d’extérieur ne parviendra à changer leur situation personnelle.

Les femmes qui, au cours des deux dernières années, n’ont pas été victimes d’agressions sexuelles hors ménage sont plus nombreuses à penser que l’action de la police n’est pas efficace (37 % contre 32 %). Il est possible que, jugeant la protection de la police insuffisante, elles redoublent de prudence dans leur mode de vie (rythmes et horaires de sortie, évitement de certains lieux publics…).

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Des violences graves qui ne se racontent pas

Les violences intra conjugales sont très mal rapportées : un cinquième des victimes de violences physiques et le tiers des victimes de violences sexuelles n’ont pas porté plainte, ni enregistré de main courante, ni parlé à qui que ce soit (ami, médecin ou association). Et, quand la victime se confie, c’est rarement à la police ; celle-ci ne reçoit que 12 % des victimes (plainte et main courante) pour les violences physiques, 8 % pour les violences sexuelles soit, globalement, à peine une sur dix. Pour les agressions sexuelles à l’extérieur du ménage, toujours difficiles à assumer, les victimes s’en ouvrent un peu plus facilement, quoique toujours peu dans l’absolu : 17,5 % s’adressent à la police (plaintes et mains courantes) et 12 % n’en ont parlé à personne (tableau 6) .

Quand les femmes confient l’agression qu’elles ont subie, c’est plus souvent à un proche ou un ami (47 % pour une agression hors ménage, 42 % dans le ménage) ou à un professionnel (19 % dans les deux cas) qu’à la police. Tout se passe comme si elles cherchaient davantage à être comprises et soignées que vengées, ou comme si elles n’avaient pas confiance dans les chances de voir leur agresseur puni.

Enfin, les hommes sont aussi parfois victimes de violences conjugales, physiques ou sexuelles. Moins nombreux que les femmes, ils taisent ces violences encore plus certainement.

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Sources


En 2007, une nouvelle enquête « Cadre de vie et sécurité » a été réalisée par l’Insee,en partenariat avec l’Observatoire national de la délinquance, pour la première fois entièrement dédiée à la victimation. 17 500 ménages et individus ont ainsi été interrogés sur les éventuelles violences dont ils auraient pu être victimes au cours des deux dernières années et sur leurs opinions sur la sécurité dans leur quartier ou leur village. De plus un nouveau protocole d’enquête a été mis en œuvre auprès de femmes et d’hommes âgés de 18 à 75 ans permettant d’aborder de manière très confidentielle des sujets particulièrement sensibles comme les agressions sexuelles et les violences entre membres d’un même ménage. Pour des questions de fiabilité des réponses, seules celles des personnes de 18 à 59 ans ont été utilisées dans cette étude.

Un questionnaire simplifié a été proposé aux personnes ne comprenant pas le français.

Définitions

Agressions sexuelles en dehors du ménage : trois questions permettent de recenser des agressions de type sexuel. Les faits les plus graves, viols ou tentatives de viol, désignés comme viols dans le texte, sont abordés par la question : « En 2005 ou en 2006, en dehors des personnes qui vivent actuellement avec vous, est-il arrivé qu’une personne vous oblige à subir des attouchements sexuels ou avoir un rapport sexuel contre votre volonté, ou qu’elle tente de le faire ? ». Les circonstances font l’objet de questions supplémentaires pour mieux les caractériser. Des faits moins graves sont également abordés par les deux questions suivantes : « En 2005 ou en 2006, en dehors des personnes qui vivent actuellement avec vous, est-il arrivé qu’une personne cherche à vous embrasser contre votre volonté, à vous caresser, ou à faire d’autres gestes déplacés ? » et « En 2005 ou en 2006, en dehors des personnes qui vivent actuellement avec vous, est-il arrivé qu’une personne se livre à une exhibition sexuelle, comme par exemple un homme qui se serait déshabillé devant vous contre votre volonté ? ».


Violences au sein du ménage – Les agressions physiques sont connues grâce à la question : « En dehors des violences sexuelles, est-il arrivé en 2005 ou 2006 qu’une personne qui vit actuellement avec vous, vous gifle, vous frappe, vous donne des coups ou vous fasse subir toute autre violence physique ? ».

Les violences sexuelles au sein des ménages sont connues grâce à la question : « En dehors de ces épisodes de violence, est-il arrivé en 2005 ou 2006 qu’une personne qui vit actuellement avec vous, vous impose des attouchements ou un rapport sexuel non désiré, en utilisant la violence, les menaces, la contrainte ou la surprise ? ».

Bibliographie

* Cavallin C. « Les violences subies par les personnes âgées de 18 à 75 ans », Études et résultats , n° 598, septembre 2007, Drees.

* Jaspard M., « Les violences contre les femmes », La découverte , 2005.

* Observatoire national de la délinquance, « La criminalité en France », Rapport de l’Observatoire national de la délinquance 2007.

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2 Réponses to “Les violences faites aux femmes – Insee Première N°1180 Février 2008”

  1. celeste Says:

    « Les violences intra conjugales sont très mal rapportées : un cinquième des victimes de violences physiques et le tiers des victimes de violences sexuelles n’ont pas porté plainte, ni enregistré de main courante, ni parlé à qui que ce soit (ami, médecin ou association) »

    Les violences conjugales provoquent aussi des dégâts psychologiques considérables.
    Très souvent, ce qui fut mon cas, la victime est littéralement paralysée par ce déchainement de violence dont l’acteur est l’homme à qui elle a accordé sa confiance, son amour et avec qui, parfois, elle a eu des enfants.
    Être en danger dans son propre foyer est quelque chose de terrible à vivre car complètement absurde

    De plus les réactions de l’entourage, très souvent, sont décevantes et apportent peu d’aide.
    la réflexions les plus courantes étant:
    « Moi à ta place… »
    qui est à la fois égoïste et stupide car au lieu de faire preuve d’un minimum d’empathie, l’interlocuteur (trice) projette des réactions imaginaires à une situation qu’il (elle) ne connait pas
    pire encore : « A moi, ça ne m’arriverait jamais »
    autrement dit, ma pauvre fille, tu n’es pas capable de te défendre.
    ou summum de la bêtise malsaine « T’es sûre que tu ne l’as pas cherché? »

    Aller à la gendarmerie ou à la police, demande beaucoup de courage.
    La porte franchie on s’expose, soit au paternaliste du brigadier, soit à une forme de minimisation des faits proprement horripilante.

    Mais la démarche peut accélérer les choses.

    « Tout se passe comme si elles cherchaient davantage à être comprises et soignées que vengées »

    ce n’est pas tout à fait ça, par expérience, j’ai d’abord eu besoin d’être comprise, rassurée, écoutée, j’ai d’abord eu besoin de me reconstruire en entamant le travail analytique qui m’a permis de reprendre force et de bouter l’homme hors de chez moi.

    La vengeance, ce n’est pas mon truc, la justice et la liberté qu’elle m’a apportée m’ont suffi.

  2. jessie Says:

    oui céleste

    Ne pas avoir de refuge chez soi, être en danger chez soi, et que ça advienne par celui qu’on aime et en lequel on a placé sa confiance, c’est terrible

    comment aimer après si aimer = se mettre en danger ?

    A qui accorder sa confiance quand elle a été si atrocement trahie ?
    Comment ne plus avoir peur d’ouvrir sa porte et son coeur ?

    Comment se reconstruire ?


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