Ces clichés sexistes que les enfants apprennent à l’école

02/12/2008

Par doutagogo sur Rue89 | 14/11/2008

L’université de Metz vient de réaliser pour le compte de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) un rapport de deux cents pages concernant la “place des stéréotypes et des discriminations dans les manuels scolaires”. Je m’attacherai ici à la partie concernant les femmes.

Les questionnaires

Les études sociologiques (Terrail, 1997) montrent que les résultats des filles aux tests d’entrée en sixième sont supérieurs à ceux des garçons, à la fois en français et en maths. Pourtant les filles continuent d’être représentées, en mathématiques surtout, comme celles qui ne comprennent rien.

Les professeurs interrogés sont unanimes pour dire que certaines illustrations de métiers éliminent totalement les femmes: pompiers, maîtres-nageurs, médecins, etc. Certains enseignants d’éducation civique notent toutefois que les stéréotypes sont parfois aussi analysés pour être mieux compris.

29 manuels au crible

La mention, dans tous les manuels d’histoire de l’avènement, en 1848, du suffrage proclamé “universel” est un abus de langage, puisqu’il écartait alors des élections la moitié de la population, les femmes françaises ne votant qu’à partir de 1945.

Malgré la loi du 6 juin 2000 sur “l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives”, le monde politique présenté par les manuels d’histoire des lycées est un monde dominé par les figures masculines.

Quatre grands stéréotypes

Quatre grands stéréotypes se dégagent des manuels actuels : Les femmes “femmes de ménage” remportent la palme de la fréquence d’apparition. Les femmes aux “petits métiers dévalorisés”: l’infirmière est en arrière-plan du médecin, la secrétaire derrière son patron etc. Les femmes fragiles ou soumises : femmes moins capables de performances physiques, mais aussi victimes de mauvais traitements.

Sur ce dernier point, le rapport mentionne que les violences faites aux femmes, si elles doivent être dénoncées, ne doivent pas se substituer aux modèles de femmes actives et dominantes, qui existent aussi. Les femmes gentilles idiotes ou objets du désir masculin : surtout visibles dans les livres de technologie, où les femmes sont tournées en dérision.

Les clichés côté chiffres


Sur l’ensemble des illustrations balayées, 1 046 montrent des hommes dans un contexte professionnel, et seulement 341 des femmes dans ce même contexte. Toujours pour la sphère professionnelle, les femmes au statut supérieur ou prestigieux représentent 1,44% du total des images.


Dans un manuel de littérature française pris comme « cas d’école », sur 126 documents de la première partie, seuls seize sont d’auteures (mais huit ont été employées à la question de la place des femmes).

Ce que la Halde recommande

La Halde recommande une attention toute particulière aux mots, vecteurs puissants des idéologies, en particulier en adoptant la féminisation systématique des noms de fonction qui peuvent l’être. Elle demande aussi à ce que soient employés les deux genres dans les descriptions de situation, surtout s’il s’agit de métiers.


Elle insiste pour que les femmes apparaissent dans “tous les chapitres”, “tous les domaines”, et dans “tous les contextes”, comme les hommes le sont.


En conclusion, la Halde demande une “déconstruction des stéréotypes ordinaires”, une “relecture des manuels par un comité de lecture, une formation généralisée de l’ensemble des personnels à la lutte contre les discriminations et stéréotypes sexistes.”

Les éditeurs n’ont pas vraiment apprécié. Ils ont d’ores et déjà fait savoir “qu’ils souscrivent à la poursuite de la lutte qu’ils ont engagée contre les stéréotypes dans les manuels scolaires, dans le respect de la véracité des faits rapportés, et dans les limites définies par les programmes”.

L’importance des manuels scolaires

L’approche a concerné les femmes, les minorités visibles, les personnes en situation de handicap les personnes homosexuelles et les seniors. Les appels à vigilance pour la non discrimination dans les manuels scolaires ne sont pas récents: le premier remonte à la convention des Nations unies en 1964. Suivent, dans les années 70, des actions de sensibilisation, puis une conférence des Nations unies consacrée à cette question en 1980. En 1981, un ministère des droits de la femme est créé, et de nombreuses circulaires en ont rappelé la nécessité.

Le rapport insiste en préalable sur deux points: l’importance du manuel scolaire chez l’enfant et sa famille, qui représente un référent, un appui solide reflétant l’état d’esprit d’une société ainsi que l’importance du “poids de l’intériorisation des stéréotypes de sexe”.

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Une Réponse to “Ces clichés sexistes que les enfants apprennent à l’école”

  1. Romane Says:

    Pardon de mettre ce lien sous ce texte, puisque le sujet n’a rien à voir, mais j’ai pas trouvé de mail contact :
    http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2008/12/04/la-detresse-des-femmes-haitiennes-face-a-la-recrudescence-des-viols-et-violences-impunis_1126767_3222.html
    Pour une fois, il y a peu de commentaires à ce jour mais ca vaut le coup de les lire.


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