Plaidoyer masculin pour une grammaire féministe

02/01/2009

Par Jean Barone | Enseignant | 21/12/2008 | 16H47

sur http://www.rue89.com…

L’ancienne présidente irlandaise Mary Robinson a mis les pieds dans le plat lors de la célébration des soixante ans de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Enfin la bonne nouvelle!


Une nouvelle à redonner espoir de n’être plus isolé, une nouvelle qui donne raison à des principes appris depuis longtemps mais que la schizophrénie collective refoulait au nom d’une grammaire misogyne. Cela fait plus de vingt ans que je m’égosille, que je me bats, que je brave les sourires entendus, que je ravale ma rage devant tant de bêtise et d’injustice.

Sans vouloir donner raison à Bourdieu sur tout, j’avoue avoir expérimenté le fait que les dominées légitiment leur domination en donnant raison aux dominants et souvent ce sont les femmes qui prennent mon combat pour un simple caprice de « soixante huitard attardé ». « C’est un détail », « Tu ne vas pas changer la grammaire »…


Etant enseignant, je transgresse les règles élémentaires pour dire « elles » quand la majorité d’une classe est féminine. Je biffe les phrases où le mot homme exprime l’ensemble de l’humanité. Cela va des droits de l’homme auxquels je réponds par l’affichage systématique de la déclaration des droits de la femme d’Olympe de Gouges, au vocabulaire technique comme « le remplacement des hommes par les machines » que je change en « remplacement des personnes par les machines », etc.


Le pire est proche de l’incroyable : j’enseigne La spécialité Economie en Terminale SES et je rappelle au passage que la section B fut créée en 1967 (il me semble) pour donner une dimension critique à l’étude de la société. Le programme nous impose huit auteurs : Smith, Ricardo, Schumpeter, Durkheim, Weber, Tocqueville, Marx, Keynes. Cherchez l’erreur!

Où sont les femmes? Mais où sont passées Rosa Luxemburg, Harriet Martineau, Jane Marcet, Mme Taylor, Mary Paley, Hannah Arendt, Joan Robinson, Simone de Beauvoir, Elisabeth Badinter, voire d’ailleurs Madame de Sévigné qui aurait tant à nous apprendre? Et bien d’autres encore.

Marre d’enseigner un programme machiste avec un langage ségrégationniste


Je n’alourdirai pas mon propos en dénonçant l’expression un tantinet masculine des personnes agissant, réfléchissant, dans le domaine économique, social et politique. Prenons au hasard, le consommateur, le client, l’entrepreneur, le banquier, le financier, le fournisseur, l’employé (au passage, corps constitué majoritairement de femmes !), le travailleur, le chômeur, le penseur, l’auteur, le théoricien, le cadre supérieur, le lycéen, l’étudiant, le collégien, l’écolier, le voisin (pour sa fête par exemple alors que je préfère les voisines…), le citoyen (très tendance) et tutti quanti. Cela commence à faire beaucoup, droit de l’homme, règle de grammaire misogyne, programme machiste et langage ségrégationniste! Ouf!


Oups, j’allais oublier. Cette semaine j’ai lu les papiers reçus pour l’orientation des élèves et je constate que le métier d’infirmière est devenu métier d’infirmier et celui de sage-femme s’est transformé en un nom scientifique! « Infirmier » pour ne pas blesser l’orgueil masculin bien sûr! La femme est tellement compréhensive! Suis-je distrait!


En écoutant la radio au petit-déjeuner, les informations sportives concernent à environ 90% les sports masculins! Sans compter que beaucoup d’émissions de TV comme C dans l’air, Ripostes, sont envahis d’hommes et d’hommes! Et la femme pense qu’elle vit tellement le réel qu’elle n’a pas besoin de reconnaissance, elle sait qu’elle vit. Quand elles atteignent l’âge de la retraite, beaucoup ne sont pas déçues car la société reconnaissante leur offre le minimum vieillesse!

Alors, oui, merci Mary Robinson (ancienne présidente irlandaise) pour cette simple affirmation lors de la commémoration de la déclaration universelle des droits de l’Homme:


« Je dois avouer que je préfère l’expression “droits humains”; c’est plus moderne. »

D’un coup, d’un seul, la moitié de l’humanité sort de l’ombre. Ces paroles sont prononcées un 8 décembre, journée des lumières dans ma bonne ville de Lyon en l’honneur de… Marie! Ce signe, ce symbole, ne doit pas être du goût des dogmatiques de tout poil.

Ces êtres de tentation dont nous avons besoin pour faire des enfants


J’imagine si bien tous les intégristes, les fondamentalistes, signant la déclaration des droits de l’homme: « Tout à fait d’accord pour ces droits-là » Elémentaire! Indeed! Ce vocable est tellement précis! Les femmes, c’est quoi? Ah! vous parlez de ces êtres de tentation dont nous avons besoin pour nous faire des enfants, enfin, des garçons surtout…

Il est normal qu’elles soient lapidées pour donner l’exemple, qu’elles soient cachées à nos frères si fragiles et si sensibles à leurs charmes, qu’elles soient absentes des écoles car voyez le chômage qu’elles provoquent dans vos pays occidentaux, qu’elles soient protégées par leur père, leur frère et leur fils contre elles-mêmes et les autres pères, les autres frères, les autres fils, qu’elles respectent les seigneurs mâles qui disposent de tous les droits sur elles en échange de leurs devoirs naturels de mère, de sœur, de fille; d’esclave?


La république française, laïque comme il se doit, a toujours compris que l’homme comprenait l’homme et la femme. La preuve, dans nos chères cités, qui s’ennuie souvent? Les garçons. Qui est absente des allées, qui doit partir en « tenue correcte » au lycée, au collège, à l’école, au travail et ne s’habiller selon sa volonté qu’en dehors de la cité? Les filles, ou si vous voulez pour la faire courte, les salopes si joliment chantées dans des chansons jeun’s.

Même si ces mecs là ne sont qu’une minorité, comment ont-ils pu avoir un tel pouvoir relayé par les incuries des pouvoirs publics, les provocations policières et enfin un soutien religieux complètement désintéressé (enfin…)? La gauche caviar ne voulait pas que ces racailles croisent leurs enfants et la droite a au moins la franchise des classes qu’elle représente, bref des deux côtés, aucune intervention pour les droits de la femme.

Quelle visibilité est donnée aux femmes, des banlieues au Sénat?


Une petite parenthèse d’ailleurs quand on se rappelle les interviews des journalistes lors des fameuses « émeutes »: comptez le nombre de filles interrogées, c’est un peu le miroir de l’assemblée nationale, du sénat et du gouvernement réunis! Je ne parle pas des sommets internationaux où parmi les costumes de croque-mort masculins se faufilent deux ou trois couleurs féminines!

Oui, les droits de l’Homme sont bien ceux de l’homme. « On ne peut pas changer le terme d’homme car cette déclaration est gravée dans le marbre… » Magnifique cri de désespoir académicien! Jetez le marbre alors et gravez autre chose! Moïse a bien fait détruire le Veau d’or et la tribu a repris sa route.

En ce moment, avec la crise, la pauvreté, la précarité, le chômage, le pouvoir d’achat en berne, il y a quand même plus urgent à faire que de changer un terme de cette foutue déclaration universelle et cette règle de grammaire française! Mais en admettant que tout aille mieux, on dira: Attendez, la météo est mauvaise, les chiens (et les chiennes) sont maltraités (ou maltraitées), les vieux et les vieilles sont malheureuses (et oui, elles sont plus nombreuses et l’on pourrait choisir le terme de mamy boom plutôt que de papy boom mais il est vrai que l’on ne demande pas l’âge des dames, ça tombe bien!).


Cela me rappelle curieusement ces années 70 quand, militants communistes, nous avions comme consigne de ne pas critiquer publiquement l’URSS. « Le PCF est fort, il ne faut pas l’affaiblir! » puis, quand il connut ses premiers revers: « Il ne faut pas prêter le flanc aux adversaires de la classe ouvrière! » C’est ce genre d’arguties qui l’a décapité!

Je suis fondamentalement croyant de tout ce que le divin peut apporter sur terre quant à l’amour de l’Autre, femme ou homme, que ce divin existe ou non, mais quand en son nom on ne pense qu’au sexe, à ses privilèges et à la haine de l’autre, je suppute qu’il y a erreur quelque part et que beaucoup de ces cucuclanesques pseudo religieux devraient échanger le divin contre un divan et ne pas confondre vie et vis.

Il faut adopter leur propre stratégie: faire sauter les verrous un par un, faire reculer les obstacles en scellant une alliance de front, faire de leur crypto théocratie notre adversaire préféré, faire apparaître peu à peu les actrices et leurs soutiens. Et c’est urgent! Je reconnais que le problème de la femme dans la société est un faux problème parce que je pars d’un postulat erroné: la femme existe. Juste une illusion!

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