Et si, pour une fois, on s’y mettait vraiment ?

08/03/2009

Propositions anarcho-tafiolistes pour en finir avec le patriarcat, le sexisme, le genre et le proféminisme…

par Anonyme sur http://infokiosques.net/imprimersans2.php?id_article=644

ET SI, POUR UNE FOIS, ON S’Y METTAIT VRAIMENT ?

DEFINITION DE L’OPPRESSEUR

Il y a un moment où il faut fermer sa gueule.
Se taire.
Arrêter de vouloir avoir raison.
Arrêter de se plaindre.

Un mâle c’est quoi ?

Un mâle, c’est celui qui parle fort et qui coupe la parole.
Un mâle, c’est celui qui dit comment tu dois faire ça.
Un mâle, c’est celui qui veut systématiquement avoir le dernier mot.
Un mâle, c’est celui qui va voir ses copINES quand il est triste.
Un mâle, c’est celui qui peut penser à autre chose.
Un mâle, c’est celui qui veut à tout prix se valoriser.
Un mâle, c’est celui qui a peur d’être moins valorisé que les autres.
Un mâle, c’est celui qui ne se rend pas compte.
Un mâle, c’est celui qui se plaint que « c’est trop dur d’être un mec comme moi ».
Un mâle, c’est celui qui attend que ses copINES viennent le voir pour gérer les relations affectives.
Un mâle, c’est celui qui se justifie.
Un mâle, c’est celui qui attend qu’on lui dise pour se rendre compte qu’il est con.
Un mâle, c’est celui qui joue à « plus déconstruit que moi tu meurs ».
Un mâle, c’est celui qui se vexe quand on lui fait remarquer qu’il craint.
Un mâle, c’est celui qui donne des leçons.
Un mâle, c’est celui qui crois savoir tout mieux que tout le monde.
Un mâle, c’est celui qui ne se rend pas compte quand y’a plus de liquide vaisselle.
Un mâle, c’est celui qui ne se rend pas compte qu’il écrase la gueule aux autres.
Un mâle, c’est celui qui pointe du doigt les autres avant de se regarder le nombril.
Un mâle, c’est celui qui trouve des tas de raisons pour ne pas s’y mettre vraiment.
Un mâle, c’est celui qui croit qu’en mettant une robe on déconstruit son genre.
Un mâle, c’est celui qui croit que le sexisme oppresse aussi les hommes sous pretexte qu’il est nul au foot.
Un mâle, c’est celui qui profite de ne pas être trop macho pour se taper des féministes.
Un mâle, c’est celui qui parle beaucoup.
Un mâle, c’est celui qui agit peu.
Un mâle, c’est celui qui arrête l’introspection à la fin du texte (ou dans l’heure qui suit).
Un mâle, c’est moi.
Un mâle, c’est toi.

L’humilité est la seule façon d’amorcer un processus de destruction du genre masculin et de l’ego viril.

C’est le premier pas réel hors de la domination.

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POUR EN FINIR AVEC LE PROFEMINISME :

PROPOSITIONS ANARCHO-TAFIOLISTES…

Dans le texte qui suit, j’écrirais à la première personne. D’une part, simplement parce que cela correspond à la réalité concrète d’écriture, et d’autre part pour en finir avec le ton mytho de nombreux textes anarcho-révolutionnaires qui voudraient faire croire qu’on est des milliers dans la lutte et qu’en plus on est super nerveux-ses et radicaux-les.
C’est un texte où je me mets en danger. Ce n’est pas facile de le publier car il me renvoi à mes innombrables contradictions, entre valorisation et flagellation de l’ego. Alors que ce soit immédiatement clair, je ne cherche ni à me valoriser, ni à me victimiser, ni à m’élever au dessus de quiconque. Si le ton peut parfois être virulent ou incisif, c’est simplement car il est l’expression de mes frustrations.

QUI SUIS-JE ?

Pour la bonne compréhension de ce texte il me semble d’abord important de me présenter. Ainsi certains propos que je peux tenir le long de ces quelques lignes seront peut-être plus compréhensibles.
Je suis un homme blanc de 21 ans, qui a eu une éducation genrée mais assez peu machiste. J’ai grandi et vécu comme hétérosexuel avec des aspirations bisexuelles jusqu’à ce que je décide et assume d’être pédé, il y a environ un an. Durant les quelques dernières années de ma vie j’ai beaucoup vécu en contact avec les milieux anarcho-trucs et plus particulièrement avec des amies féministes. C’est donc avec quelques coups de pieds au cul derrière moi que je suis aujourd’hui en mesure d’écrire ceci.

OUI, LES MECS SONT DES BITNIKS…

Les idées présentes dans ce texte sont les fruits de nombreuses discussions entre mecs relatives au sexisme et à la construction masculine, et plus particulièrement d’une rencontre intense avec un pote avec qui on devait écrire une brochure sur le sujet. Nous avons élaboré la plupart de ces reflexions ensemble, mais comme il habite à l’autre bout de la (F)rance et que comme tous bons mecs qui se respectent on est un peu des bitniks quand il s’agit de produire quelque chose en lien avec les questions de genre et de sexisme, le projet est un peu tombé à l’eau…
Donc voilà, ce texte a pu être écrit grâce à popo0, Corbak, Tamaz, KHG.

A QUI S’ADRESSE CE TEXTE ?

Ce texte s’adresse avant tout aux hommes qui gravitent autour des féministes. Il faut le lire en considérant qu’il a été écrit à partir d’un constat de base : nous (les hommes) sommes socialement construits et oppresseurs. Nous avons le pouvoir de l’oppresseur au sein du système sexiste et patriarcal qui régente la domination des hommes sur les femmes. C’est mon point de départ. Il n’est pas question de tergiverser infatigablement sur ces questions comme c’est trop souvent le cas dans les groupes non-mixtes hommes. Ces bases sont des réalités dont on ne peut nier les fondements. Alors la question qui se pose n’est plus de savoir si on doit se flageller parce qu’on est méchants ou se victimiser parce qu’on n’y peut rien, mais bel et bien de savoir comment on s’y met, ici et maintenant, collectivement et individuellement.
Aussi je m’inclue totalement dans ce qui suit. C’est à partir d’un regard critique sur mes expériences que je me permet d’écrire tout ceci. Je ne veux absolument pas me positionner en tant que donneur de leçon, et lorsque je parle « des hommes », je parle aussi de moi.

PAR RAPPORT AUX FEMINISTES


Il n’est aucunement question pour moi de récupérer les propos qui appartiennent aux féministes, mais l’on ne peut pas nier que d’une part je suis influencé et issu de la pensée féministe, et que d’autre part il y a convergence entre l’anarcho-tafiolisme et l’anarka-féminisme sur un certain nombre de points.
A aucun moment je ne tolérerais que mes propos soient utilisés contre les féministes. Il s’agit bien ici de dénoncer l’inconsistance des hommes vis à vis de la lutte contre le sexisme et non pas des féministes à l’égard des hommes.
Par rapport aux féministes, je ressens personnellement un confort humain et un inconfort politique. Un confort humain, parce que c’est beaucoup plus facile pour moi de relationner avec des femmes plutôt qu’avec des hommes. Parce que c’est chouette de pouvoir avoir des rapports humains où il n’y a pas besoin de se battre. Enfin, parce que c’est super constructif et agréable d’apprendre à s’écouter, d’essayer de se comprendre, de s’attarder sur les subjectivités de chacun-e… Parallèlement à cela, je vis aussi un inconfort politique très fort. La grande majorité des thématiques et des luttes féministes ne me concerne pas, normal, je suis un mec. Et en tant que mec justement, j’ai mes propres problématiques et questionnements par rapport aux questions de genre, de sexisme, de patriarcat. Et du coup, j’ai aussi ma propre lutte à mener, indépendante du féminisme. Et ces problématiques ne concernent politiquement pas les féministes, ce ne sont pas nos mamans. C’est à nous, hommes, de prendre en charge nos responsabilités, de s’impliquer activement dans ce qui nous concerne.
Cela dit, attention ! Il ne s’agit pas pour moi de nier tout ce que les féministes m’ont apporté. La structure de toute ma pensée actuelle est intimement liée avec les apports théoriques et pratiques des féministes dans ma vie.

PAR RAPPORT AUX PROFEMINISTES


Ce que je reproche au proféminisme, c’est de se limiter à un gentil soutien aux luttes féministes et à des tentatives de déconstructions individuelles timides. Le proféminisme permet aux hommes de conserver leurs beaux rôles de mecs qui assurent (comme c’est beau, quand même, des oppresseurs qui se regardent de temps en temps dans un miroir…), histoire au passage de préserver leurs activités affectives et sexuelles avec les féministes.
De part sa définition permanente par rapport aux femmes, le proféminisme occulte même toute remise en cause des rapports entre hommes ainsi que toute perspective de lutte indépendante. Une fois de plus, les féministes sont nos mamans qui nous montrent la voie à suivre. Or, depuis quand les femmes ont besoin de nous dans leur lutte ? Nous sommes des boulets pour elles, un point c’est tout. Fichons leur la paix et organisons nous.
Il est évidemment absolument nécessaire que nous, hommes, oeuvront à des déconstructions et reconstructions individuelles, mais cela n’est pas suffisant. Il y a urgence à mettre en oeuvre une lutte collective et des outils communs, par et pour les hommes avant tout. Je ne veux pas que mon travail sur ces questions soit prioritairement au service des femmes, mais si je le fais, c’est bien pour moi. C’est parce que la situation me fait gerber, que des personnes s’en prennent plein la gueule, que je ne trouve pas ma place dans tout ça, que ma passivité me révolte et que mes comportements actifs proféministes m’apparaissent dans toute leur stérilité politique. Par ailleurs, il n’est pas question non plus de dire que je me fous complètement des implications que peut avoir ma lutte anarcho-tafioliste sur la vie des femmes. Il est évident que je veux que cette lutte serve à l’éradication complète du patriarcat et de la moindre once de sexisme.
Nous réussissons à nous organiser collectivement pour beaucoup de luttes. Alors pourquoi pas pour celle-ci ? Si nous voulons réellement nous défaire de nos privilèges de mâles, nous ne pouvons y arriver que collectivement… C’est beaucoup trop facile de parler de déconstruction de genre à échelle individuelle. Cela permet juste de ne pas trop se mettre en danger, de ne pas risquer de trop se mouiller, et même de se valoriser face aux autres mecs et de passer pour le type trop cool, pas macho et déconstruit, alors que tout ceci est emprunt au plus haut point d’ego viril et de valorisation sociale.

PAR RAPPORT AUX HEDONISTES « ANTISEXISTES »

On dirait que le concept libéral d’individu-e ex-nihilo a fait son bout de chemin jusqu’à chez les anar-e-s, parmis lesquel-le-s on trouve entre autres des hédonistes antisexistes qui sont parvenu-e-s à un état de sublimation intellectuel leur permettant, en un claquement de doigts, d’anéantir des années de construction sociale genrée. Il est inutile de préciser que ces personnes sont parfaitement déconstruites, qu’elles ne rencontrent jamais de sexisme dans leur vie, et que d’ailleurs les rapports de domination ne sont que des lueurs de nos esprits paranos. Ainsi, la philosophie hédoniste amène à continuer de vivre les mêmes types de rapports, en changeant juste le regard que l’on y porte.
Précisons pour finir que ces individu-e-s majestueux-ses gardent précieusement leur formule magique permettant de régler tous les problèmes et se contentent de cracher sur les féministes, la non-mixité, et aussi de manière plus générale, sur toute lutte où des opprimé-e-s s’organisent collectivement de manière autonome contre leurs oppresseurs.
C’est pour cela que je m’allie ici entre autres aux féministes, aux non-blanc-he-s, aux ouvrier-e-s, aux mineur-e-s, etc… pour exprimer à ces hédonistes mon plus profond mépris et dénoncer leur inconsistance politique et leur aspect profondément contre-révolutionnaire et dangereux pour nos propres luttes.

L’ANARCHO-TAFIOLISME, C’EST QUOI ?

L’emploi du terme « tafiole » dans le mot « anarcho-tafiolisme » n’a pas forcément de lien direct avec le sens originel de « tafiole », à savoir : « homosexuel »… Ce mot semble cependant pertinent dans la mesure où aujourd’hui il est plus utilisé pour désigner un homme pas ou peu viril ne correspondant pas aux schémas du genre masculin que pour désigner un homosexuel. C’est donc dans une perspective d’abandon de la virilité et de la construction masculine que j’emploie ce terme, dans l’optique de tous devenir des tafioles, des mecs pas virils…
Ce terme nouveau d’ « anarcho-tafiolisme » est fondamental dans la mesure il ne me semble pas qu’il existe de lutte d’hommes contre le sexisme en dehors du proféminisme. Et au vu des paragraphes précédents, vous comprendrez aisément que je n’ai aucune envie de rejoindre la lutte proféministe (même si par ailleurs je n’en suis encore que trop imprégné…).

Il s’agit pourtant bien pour moi d’établir avant tout les bases d’une lutte par et pour les hommes. Si nous parvenons à réinventer des rapports nouveaux sains et dénués de domination entre hommes, nos rapports aux femmes s’en retrouveront forcément transformés.

Mais au delà de cela, je veux vivre pleinement. Ma construction sociale de mâle m’empêche de vivre un certain nombre d’aspects de ma personnalité et d’envies. Et c’est bien cela que je compte détruire par le biais d’une lutte en non-mixité, en plus de l’éradication complète de tout comportement sexiste.
Ce dernier point n’est pas le départ de ma lutte, mais en est l’aboutissement. Si nous, hommes, arrivons à recréer des rapports non-mixtes sains et dénués de domination, je suis convaincu que la disparition de tout comportement sexiste en découlera. Il est nécessaire que nous posions des bases saines entre nous plutôt que de vouloir courir au plus vite vers ce que nos comportements impliquent pour les femmes.

Les objectifs que je place dans cette lutte sont clairs. Je veux détruire mon genre, ma virilité, mes comportements genrés et remettre en cause ma spontanéité qui n’est bien souvent que le reflet de ma construction sociale. Je veux inventer des relations saines dénuées de domination, me construire une identité propre à l’écart des normes de genre, construire une lutte collective et contribuer à l’anéantissement complet du patriarcat et du sexisme.

Il me semble évident qu’en plus d’être collective, cette lutte se fasse en non-mixité, afin de partir réellement de problématiques et d’approches d’hommes, même si je le répète, toute l’analyse théorique du patriarcat provient avant tout de femmes.
Je souhaite donc créer des espaces-temps d’échanges entre hommes pour avancer concrètement sur ces problématiques. Je souhaite trouver des solutions efficaces et saines, loin de toute envie ou possibilité de valorisation sociale. Je souhaite mettre en place des outils concrets pour que les choses changent réellement et ne pas me contenter d’une place confortable de proféministe. Je souhaite me mettre en danger dans ces relations, pour être vrai et que les évolutions soient ainsi vraies elles aussi. Bon, ok, je sais que je veux beaucoup de choses et que concrètement j’en suis encore très loin, d’autant plus que c’est très facile d’écrire tout ça caché derrière mon écran d’ordinateur…

Mais bref, je crois que je me rend compte que mes comportements proféministes et les changements que j’effectue dans mon quotidien me sont insuffisants, et pire, me semblent impliquer des cohortes de nouvelles contradictions et de nouveaux problèmes. A quoi ça sert de chercher à détruire la domination sexiste si je joue à celui qui pisse le plus loin avec les mecs ?

Dans cette lutte anarcho-tafioliste, il m’apparaît fondamental que les rapports que nous créons soient détendus et agréables. Le militantisme et l’action politique sont bien souvent trop tristes et sombrent dans une noirceur anxiogène pathétique. Je ne veux pas de ça. Même si des situations sont graves et déconcertantes, il s’agit bien de ma vie qui est en jeu. Et je ne sacrifierais pas ma vie pour une quelconque lutte. Je veux lutter avec du plaisir, rire, être enjoué à l’idée d’avancer politiquement, aller joyeusement à l’action… Cette joie et cette simplicité n’impliquent nullement une négation de l’importance des enjeux, ni une prise à la légère des actes. Il s’agit simplement de ne pas se sacrifier pour une noble cause, mais bien d’engager sa vie dans des réflexions et des actes qui nous appartiennent, qui nous remplissent, qui nous impliquent.

Par le biais de ces rapports nouveaux, je veux m’affranchir de mon statut social d’homme et des privilèges qu’il implique. Cependant, à moins de ne vivre qu’entre nous sur une île, je sais pertinemment que je resterais en partie confronté à ce rôle qui est en moi et que le monde n’oubliera pas de me rappeler. Ainsi, au delà de réinventer des rapports sains entre nous, il apparaît indispensable de résister fermement à l’utilisation de nos privilèges au sein de la « société » et concrètement de ne pas en profiter à aucun niveau quel qu’il soit… (facile à dire, je sais…)

PISTES DE REFLEXION ET D’ACTION


Voici simplement des petites pistes sur des sujets (non-exhaustifs !) que j’ai envie d’aborder dans le cadre de cette lutte anarcho-tafioliste. Ces petites suggestions prennent pour cadre de référence des échanges non-mixtes entre hommes, formels ou informels, en groupe ou en relations interindividuelles…

ESPACES DE DISCUSSION


Il me semble important que dans l’oeuvre anarcho-tafioliste nous nous attachions à créer des espaces de discussion sains, tant dans les rapports verbaux que non verbaux. Le vocabulaire que nous employons, le ton et le volume de nos voix, la place que l’on prend dans les discussions, les stratégies de manipulation que nous mettons en oeuvre consciemment ou non, l’attention que l’on porte ou non à l’expression des autres, les différences d’aisance que l’on a à s’exprimer en public, les différences d’histoires personnelles, culturelles, intellectuelles ou sociales qui nous amènent à comprendre et exprimer les choses de manières parfois très différentes sont autant de choses à prendre en compte, à analyser, à réfléchir et à remettre en cause pour arriver à des échanges sains, à de véritables compréhensions réciproques, à de réelles avancées collectives…

ECHANGES DE SAVOIRS NON SPECIALISTES

De même, dans des rapports moins intellectualisés, il est nécessaire de réussir à se débarrasser de la spécialisation et des rapports hiérarchiques de savoirs qui sont forcément générateurs de pouvoir (subi ou voulu, peu importe). Je pense qu’il est donc pertinent d’instaurer en permanence des rapports d’échanges horizontaux entre celui qui sait une chose et celui qui ne la sais pas, sans qu’aucune valorisation ou jugement de valeur n’apparaisse. Je sais faire la cuisine mais pas de mise en page informatique, alors je peux t’aider à apprendre à cuisiner et tu peux m’aider à apprendre à utiliser un logiciel de mise en page… C’est aussi simple que ça mais pas encore suffisamment évident pour se passer d’en parler !

COOPERATION PERMANENTE CONTRE COMPETITION LATENTE


De manière plus générale, je pense qu’une attention toute particulière doit être portée sur les rapports de compétition latents qui existent entre hommes. Ainsi, si la moindre parcelle de compétition peut exister elle empêche en elle-même la création de rapports de confiance. C’est pourquoi des rapports de coopération doivent être mis en place dans toutes les sphères des échanges non mixtes (et mixtes aussi mais là n’est pas la question) afin de se débarrasser réellement de toute attitude de coq dominant et de permettre une vraie proximité entre les personnes.

SEXUALITES

Je crois que les discussions sur les sexualités et sensualités de chacun sont parmi les plus difficiles à mettre en oeuvre. Je pense que cette difficulté vient du fait que c’est un des seuls sujets où l’on est obligé de s’impliquer personnellement et où l’on ne peut pas se cacher derrière des approches purement théoriques. Ainsi, discuter de sa sexualité c’est à la fois une fin en soi dans la mesure où le sujet est intéressant et à la fois un moyen de créer des discussions où l’on s’implique personnellement, où l’on se mouille réellement afin de réussir à se débarrasser des approches purement théoriques dans des échanges sur d’autres sujets aussi.
La sexualité est souvent compliquée, fait ressortir des tas de contradictions et de choses dérangeantes, des fantasmes parfois malsains ou peu éthiques, des blocages divers, et réussir à parler de tout ça c’est créer un espace de liberté avec les autres et avec soi-même.

CONTACTS PHYSIQUES ENTRE HOMMES


Les contacts physiques entre hommes sont plutôt rares. Combien de femmes qui se prennent dans les bras, qui se lancent dans de grandes embrassades entre elles ? Et combien d’hommes ? Cette peur bien ancrée d’être des tapettes, de laisser apparaître une moindre faiblesse face à des concurrents potentiels. Je pense qu’il est fondamental d’établir des moments de contacts physiques entre hommes, où l’on se touche, se masse, où l’on danse et que sais-je encore. Des moments où l’on soit vrais, pas seulement dans nos têtes et nos mots, mais aussi dans nos corps. Des moments où l’on n’a pas peur de se toucher, et des moments où l’on est capables de se prendre dans les bras, parce qu’on s’aime, qu’on rigole, qu’on est tristes, qu’on est fatigués, qu’on a froid, …

CONTACT À SON PROPRE CORPS


Même si les hommes ont une fâcheuse tendance (ô doux euphémisme…) à s’approprier le corps des autres, ils ne connaissent pas pour autant forcément très bien le leur. La façon la plus répandue pour les hommes de s’attarder sur leur corps se fait par le biais de sports physiquement violents et difficiles (ou par le biais d’émeutes aussi…), dans un dépassement de soi et de ses limites. Ainsi, se réapproprier son corps d’homme autrement que par la force fait partie intégrante d’une remise en question complète de son statut d’homme et de la construction sociale qui l’accompagne, en vue de les dépasser par et pour la création de rapports alternatifs sains. On peut imaginer ensemble des tas de façons de se sentir à l’aise avec réellement chaque bout de notre corps, en en parlant, en échangeant, en essayant, etc.

HUMILITE


Je pense sincèrement que l’humilité est une clef majeure de l’émancipation et de la déconstruction du genre masculin. Vaste programme, hein ?
Ce que je veux dire par là, c’est qu’en tant qu’homme on est habitué à avoir une place prédominante, à systématiquement vouloir poser notre marque partout, à remettre souvent en cause les capacités et réalités des autres et surtout des femmes, à nier les subjectivités différentes de la notre, etc… Et pour moi, un des prémices à toute autre évolution est déjà de réussir à remballer cette foutue prétention de toujours tout savoir mieux que tout le monde, à réussir à se mettre en retrait et à prendre moins de place, à observer ce qui se passe, à faire confiance aux autres et à ne pas remettre toujours en cause les réalités des autres sous prétexte qu’elles ne correspondent pas à notre propre subjectivité… Par exemple, si on me dit que tel jour j’ai eu un comportement de merde, plutôt que de me mettre directement sur la défensive et de chercher à argumenter soit pour nier soit pour me trouver des excuses, je peux plutôt essayer de remballer mon foutu orgueil, d’encaisser ce qu’on me dit, d’y réfléchir sincèrement puis après de me positionner réellement. Ouais, je sais, c’est plus facile à dire qu’à faire, et quand j’écris ces mots ça me prend aux tripes parce que je sais pertinemment que je suis le premier à avoir du mal à faire cet effort sur moi-même…

POUR EN FINIR RADICALEMENT


Je n’ai à attendre strictement aucune reconnaissance. Ce texte et ses applications concrètes constituent le minimum pour poser les bases de rapports sains. Je n’ai pas non plus à espérer une tolérance plus grande de la part des femmes parce que quand même, je ne suis pas le pire macho de la Terre et que j’essaye de déconstruire ma masculinité. Toute once de sexisme est de trop, quel que soit l’individu qui en est à l’origine, « macho affirmé » ou « tafiole dégenrée ». Je n’ai pas à faire le fier par rapport à cette lutte anarcho-tafioliste.
Je n’ai qu’à me faire tout petit, pour cause de m’y être mis si tard.

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TENTATIVE INABOUTIE DE THEORISATION SUR LES OPPRESSIONS

Oppressé-e : Personne subissant une situation de domination causée par un-e autre individu-e, indépendamment d’un contexte ou d’un système particulier. Les deux personnes interagissent en leur nom propre et de manière isolée.

Opprimé-e : Personne subissant une situation de domination causée par un-e autre individu-e, au sein d’un système d’oppression particulier. Les deux personnes agissent comme représentant-e-s de leur groupe social, et perdent donc d’une certaine manière leur statut d’individu-e. L’opprimant-e agit dans le but (conscient ou non) de préserver le système d’oppression au sein duquel ille a une situation de dominant-e. Je m’attarderai ici sur cette deuxième notion.

Les différentes oppressions relèvent toutes des mêmes mécanismes. Lorsqu’une classe sociale en opprime une autre, quelles qu’elles soient, ce sont toujours des mécanismes de domination, d’exclusion, d’exploitation, de stigmatisation et bien d’autres encore qui sont mis en oeuvre afin de servir la classe dominante.
Si les différentes formes d’oppression sont comparables, elles ne sont pas pour autant nivellables entre elles. Chaque système possède sa propre classe dominante. Le système sexiste reconnaît les hommes comme classe dominante, tout comme le système hétérosexiste reconnaît les hétérosexuel-le-s comme classe dominante et le système raciste reconnaît les blanc-he-s comme classe dominante.

Dans le cadre des luttes politiques à l’encontre de diverses formes d’oppression, il me semble important de préciser un certain nombre de choses afin d’éviter des raccourcis maladroits et inopportuns.
Il est bien important de voir que l’on peut être opprimé-e au sein d’un système, et être opprimant-e au sein d’un autre.
Pour être plus clair, on peut être pauvre et de peau blanche, ou être un homme et être pédé. On sera alors opprimé-e comme pauvre et opprimant-e comme blanc-he, ou alors opprimant en tant qu’homme et opprimé en tant que pédé.
Et cela car les différents systèmes d’oppression relèvent à chaque fois de statuts sociaux différents : la richesse économique, la couleur de peau, le genre, la sexualité…

Ainsi, le statut d’opprimé-e que l’on peut avoir au sein d’un de ces systèmes n’atténue aucunement le statut d’opprimant-e que l’on peut avoir au sein d’un autre système. En bref, ce n’est pas moins grâve d’être macho quand on est pédé.
Lorsque que l’opprimé-e fait entendre son oppression à son opprimant-e, ce-tte dernier-e n’a donc pas à refuser d’entendre la critique sous prétexte qu’ille est opprimé-e par un autre système.
Par exemple, si une femme (statut social d’opprimée par le système sexiste) fait entendre à un homme (statut social d’opprimant dans le système sexiste) que ce dernier l’oppresse, celui-ci n’a aucun droit de ne pas reconnaître l’oppression dont il est la cause sous prétexte qu’il est pédé (statut social d’opprimé par le système hétérosexiste).

Un-e opprimé-e par un certain système sera donc toujours légitime à faire entendre sa voix à son opprimant-e quelque soit le statut de ce-tte dernier-e au sein des autres systèmes.
En gros, c’est pas parce que tu es une femme que tu n’as pas à te remettre en cause quand un-e rebeu-e te dit que tu as un comportement raciste, et c’est pas parce que tu es rebeu-e que tu n’as pas à écouter une femme qui te dit que tu as un comportement sexiste.

Ensuite, je voulais aussi vous faire part d’une autre distinction fondamentale et trop souvent oubliée, celle entre l’oppression et l’aliénation.
J’entends souvent que les hommes sont aussi victimes du système sexiste et patriarcal qui veut en faire des vrais mecs virils qui assurent, qui parlent fort et qui jouent au foot, alors que c’est pas parce que tu as une bite entre les jambes que tu as forcement envie de ça.
Tout ceci est vrai. Le problème est quand ce genre de discours devient un argument pour refuser de se remettre en cause sur ses propres comportements sexistes, sur le mode « de toute façon je suis un mec raté (= pas viril), donc c’est pas à moi qu’il faut dire que je suis macho. »

C’est là que je tire une sonnette d’alarme ! Le système patriarcal aliène les hommes mais ne les oppresse pas !
Il existe deux grilles de genre auquelles il faut se conformer. La grille du genre féminin et la grille du genre masculin. Ces grilles sont des carcans qui enferment les individu-e-s dans des cases non choisies en établissant des stéréotypes auquels illes doivent correspondre. Femmes et hommes sont aliéné-e-s par ces grilles. Mais à ce stade là, il n’y a pas encore de hiérarchie entre les genres, et donc pas d’oppression.

L’oppression arrive uniquement lorsque le système sexiste place une hiérarchie entre les deux genres, en plaçant les hommes comme supérieurs aux femmes.
Ainsi, par essence, l’homme a un statut d’opprimant au sein du système sexiste et patriarcal. Et même si Gégé n’est pas viril et qu’il a été durement rudoyé par le système sexiste qui voulait à tout prix en faire un rugbyman alors qu’il aurait préféré la danse, il reste de toute façon un représentant d’une classe d’opprimants. Gégé a été aliéné par le système sexiste qui créer des grilles de genre auquel tout le monde doit se plier, mais n’en a pas été opprimé. En gros, Gégé s’en est pris plein la gueule tous les jours pour des tas de raisons qu’il ne faut surtout pas nier, mais pas pour la raison qu’il n’avait pas le bon chromosome. Or le sexisme, c’est simplement une oppression basée sur une différence chromosomique. Si Gégé s’est fait tapé dessus parce qu’il avait l’air efféminé, c’est à cause de sa non-conformité à la grille du genre masculin, et pas à cause d’un rapport sexiste de hiérarchie.

Donc un homme peut bien être aliéné par le système sexiste qui attend un certain nombre de choses de lui, mais non, un homme ne peut absolument pas être opprimé par le système sexiste. Il peut être opprimé pour un tas d’autres raisons : parce qu’il est pauvre, pédé, jeune, vieux, noir, brun, pas musclé, etc…, mais pas parce qu’il est un homme.
Bref, je crois que je vais m’arrêter là pour l’instant parce que j’ai vraiment du mal à m’exprimer sous un angle aussi théorique. Mais je voulais quand même essayer parce qu’il n’y a pas de raison que l’expression théorique soit réservée aux intellectuel-le-s et autres sociologues…

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JE VEUX FAIRE CE QUE JE VEUX DE MOI-MEME


Ca paraît bête dit comme ça, hein ?
Mais réfléchissons deux minutes au sens profond de cette phrase.
Faire ce que je veux de moi-même, c’est rejeter la nature et la culture. Cela revient à avoir le pouvoir absolu sur sa propre personne. Cela veut dire s’émanciper de sa piètre condition de produit d’une société.

Je suis un être naturel : j’ai un corps, qui a besoin de s’alimenter, de se reposer, d’être entretenu. J’ai des yeux malades (qui portent des lunettes avec une myopie de -7), j’ai des épaules assez larges, j’ai une bite, j’ai des poils un peu partout, j’ai une prostate, j’ai un bidon, et encore des tas de trucs que vous AVEZ peut-être aussi…

Je suis un être culturel : j’ai différents statuts sociaux, je suis un garçon, je suis jeune, je suis économiquement assez pauvre à l’échelle de la France, mais assez riche à l’échelle de la planète. Je suis de peau blanche, je suis de celleux qui ont un Bac + 2, je suis de celleux qui n’ont pas d’activité salariée régulière, par choix. Je suis anarchiste, rédacteur de zine, musicien. Je suis homosexuel qui a grandi et vécu comme hétérosexuel sans pratiquement en souffrir. Je suis ami, amant, camarade, connaissance, inconnu, et encore des tas de trucs que vous ETES peut-être aussi…

Mes caractéristiques culturels ont été conditionnés par mes caractéristiques biologiques. J’ai une bite, je suis un garçon…

La société, ce truc bizarre qui n’est pas vraiment nous mais quand même un peu, a voulu me voir homme, fort, avec de l’assurance, entreprenant, confiant, dominant, peu attentionné envers les autres, insistant, violent, et encore des tas de trucs que vous ETES peut-être aussi…

Elle a confié ce travail à des parents, des professeureuses, des éducateurices, des surveillant-e-s, des flics, des animateurices, des voisin-e-s, des passant-e-s, et encore des tas d’autres gen-te-s que vous ETES peut-être aussi…

Et elle a plus ou moins bien réussi son coup, la société ! Manque de bol, elle avait oublié de me demander mon avis ! Parce que moi, j’ai pas trop envie d’être un homme, blanc, occidental… Ou alors, si, je veux bien avoir une bite, une peau blanche et habiter dans une région du monde qui s’appelle France, mais je veux pas trop les implications culturelles et sociales qui vont avec…

En bref, que je le veuille ou non, je viole des femmes. Que je le veuille ou non, j’exploite des noir-e-s, des brun-e-s, des jaunes,… Que je le veuille ou non, je pompe les richesses de miliers de personnes. Car malgré tous mes beaux efforts, je ne suis pas qu’un individu. Je suis aussi un représentant d’une classe sociale dominante et privilégiée… Heureusement que je suis jeune et pédé parce que sinon ce serait la totale, je vous dis pas…

Tout ça pour vous dire que je suis des tas de choses que je n’ai pas du tout choisi… Et plutôt que de me dire que c’est la vie et faire avec, j’ai envie de les changer ces choses. N’oubliez pas que je veux faire ce que je veux de moi-même.

Alors stop, je ne veux plus que mon zizi et ma peau soient synonymes d’oppression… Je veux me changer de plein d’endroits. Je veux détruire ce qui ne me plaît pas et construire des trucs mieux à la place… Des fois aussi je peux construire des trucs qui un jour ne me plaisent plus alors je veux les casser et encore en refaire des nouveaux.

Faire ce que je veux de moi-même, c’est remplacer la nature et la culture par les envies et les désirs… Même si mes envies et mes désirs sont souvent issu-e-s soit de la nature soit de la culture, je peux essayer de faire en sorte qu’illes viennent le plus possible de mes profondeurs à moi et rien qu’à moi… Et puis ça ne se fait pas en un claquement de doigts… Ca prend du temps, des années, une vie ou plusieurs…

Faire ce que je veux de moi-même, c’est extrême… Parce qu’avant de choisir ce que je veux faire de moi, il faut déjà que je réussisse à briser ce je suis obligé de faire… Faut que j’arrive à ne plus être ce qui ne me plaît pas… Maîtriser mon corps et mon esprit…

Réussir à ne pas dormir, à ne pas manger, à vivre plusieurs heures ou jours sans mes lunettes, à faire du sexe sans ma bite… Essayez des tas de trucs chouettes avec mon corps, le transformer, en prendre possession, vraiment, avec tout ce que cela implique…

Réussir à ne plus être un petit mâle dominant, un petit blanc méprisant, un petit français orgueilleux,… Réussir à être faible, à pleurer, à écouter, à me taire, à prendre en compte les autres, à faire preuve d’humilité… On dirait pas comme ça, mais l’humilité c’est super important quand tu as un statut de privilégié… Je dirais même que c’est par là que l’émancipation commence…

Je veux jouer avec mon corps et mon esprit… Je veux les modifier à souhait. Aller toujours plus loin dans la remise en cause, dans la déconstruction/reconstruction, dans la radicalité, dans la cohérence, dans l’honnêteté par rapport à ce que je veux vraiment…

Je crois que mon but dans la vie, c’est de ne plus rien subir et de tout choisir…
Ca paraît ambitieux dit comme ça, hein ?
Je veux être un champ d’expérimentation de la liberté.
Ouais, y’a du pain sur la planche…

_________________________________________________________

Excusez-moi mais elle me gratte

Ma pauvre peau de phallocrate

Dans la région de la prostate

Des z’hommes…

Excusez-moi mais je me tire

Sans un regret, sans un soupir

De votre maffia, votre empire

Des z’hommes…

A chacun-e sa révolution

Aurais-je seulement trois compagnons

Qui partagent l’indignation

D’un homme ?…

(henri tachan)

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2 Réponses to “Et si, pour une fois, on s’y mettait vraiment ?”

  1. ali Says:

    Je n’ai pas tout lu car le début est vraiment sexiste :
    « le male c’est celui… » « Le male c’est celui qui… »
    Ce que m’inspire principalement ce genre de discours, c’est que je ne supporte pas les donneurs de leçons qui s’auto-flagellent en disant « nous les hommes »

    (comme une anti-sexiste ne supporte pas normalement qu’on dise « nous les femmes »)

  2. wildo Says:

    ali lisez, tout est écrit à la première personne on ne parle pas de vous ! ;-)


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