Touche pas la femme blanche : La Journée de la jupe

04/10/2009

octobre 1, 2009 · Posted in Pensées

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Ce texte est la version française d’un article rédigé par Geneviève Sellier pour le volume collectif intitulé « Screening Integration: Recasting Maghrebi Immigration in Contemporary France»  sous la direction de Sylvie Durmelat et Vinay Swamy à paraître chez University of Nebraska Press.

« Touche pas la femme blanche : La Journée de la jupe (Lilienfeld, Arte, 2009) ou le féminisme instrumentalisé par l’islamophobie »

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Geneviève Sellier, Université de Caen


Le succès du film Indigènes au Festival de Cannes et sur les écrans en 2006 et la popularité grandissante du comédien Jamel Debbouze (producteur du film) à la télévision avec le Jamel Comedy Club sur Canal+ (2006) semblaient témoigner d’une nouvelle visibilité positive des minorités françaises issues des anciennes colonies, mais la diffusion sur Arte (la chaîne culturelle franco-allemande) en 2009 de La Journée de la jupe, avec Isabelle Adjani, réactive les débats qui ont secoué le pays en 2004 au moment du vote de la loi sur les signes religieux à l’école publique, plus connue comme « loi contre le foulard » (ou « contre le voile »). Avant qu’un groupe de députés de tous bords ne soulève en juin 2009 le « problème de la burqa », immédiatement repris par toute la presse puis par le Président de la République dans son discours devant le Congrès réuni à Versailles le 22 juin, laissant penser que la laïcité républicaine serait menacée par les quelques femmes2 qui se couvrent d’un voile intégral3. Cette réactivation régulière d’une figure d’altérité menaçante liée à l’islam permet de créer une union sacrée autour de la défense des valeurs « républicaines » et « laïques » qui dispense de lutter concrètement d’une part contre les discriminations de toutes sortes qui frappent les Français-es issu-e-s des anciennes colonies et d’autre part contre les inégalités persistantes entre hommes et femmes dans la société française.

Le (télé)film diffusé sur Arte le 20 mars 2009 raconte, quasiment en « temps réel », l’histoire d’une professeure de français dans un collège de banlieue (le collège Maxime Gorki4) qui prend ses élèves (quasi-exclusivement musulmans et/ou d’origine maghrébine ou africaine) en otages avec un revolver confisqué à l’un d’entre eux. Les autorités du collège et les forces de police envoyées sur place croient d’abord que c’est un élève qui a pris la classe en otage. Quand ils comprennent la véritable situation, le négociateur de l’unité spécialisée transmet les exigences de Sonia Bergerac5: créer une « journée de la jupe » dans tous les établissements scolaires pour apprendre aux garçons le respect des filles… La ministre de l’Intérieur venue sur place (en tailleur pantalon) pense avoir affaire à une folle, et les collègues se répandent en propos ambigus sur sa rigidité et son « look » peu adapté à la banlieue. Un montage alterné entre ce qui se passe dans la classe et ce qui se passe à l’extérieur (dans le collège et dans la rue) permet aux spectateurs, dans la tradition des films d’action à suspense, de suivre les péripéties de la prise d’otages jusqu’à son dénouement tragique : Sonia Bergerac est abattue par les hommes du RAID6.

Paradoxalement, le téléfilm a été produit par Arte, la chaîne culturelle qui privilégie le cinéma d’auteur, alors que le réalisateur et scénariste Jean-Paul Lilienfeld (inconnu des milieux cinéphiles jusque là) s’est illustré précédemment (comme scénariste et comme réalisateur) dans un cinéma de genre qu’on peut rattacher au boulevard, pour traiter des questions de société sur un mode comique assez lourd7. Arte est sorti pour l’occasion de ses rails habituels – les productions à haute valeur culturelle ajoutée –, et cela devrait nous alerter sur les enjeux particuliers liés à ce téléfilm. Il a réuni plus de 2 millions de téléspectateurs le 20 mars 2009, ce qui est un record d’audience pour Arte. Sorti juste après sur les grands écrans (opération pratiquée uniquement par Arte, dans un pays où les films et les téléfilms sont habituellement séparés par une frontière étanche sur le plan économique et institutionnel8), le film marque le retour au cinéma d’Isabelle Adjani, dont le dernier rôle notable date de 2003, avec Bon voyage de Jean-Paul Rappeneau. Si Arte a déjà associé son nom à une star de cinéma, c’est dans des conditions toutes différentes, par exemple pour la biographie de Marie Bonaparte9, une des fondatrices de la psychanalyse, incarnée par Catherine Deneuve et filmée par Benoît Jacquot, cinéaste labellisé « auteur ».

Jean-Paul Lilienfeld raconte avoir envoyé le scénario à Isabelle Adjani, laquelle s’est engagée immédiatement sur le projet. Nous analyserons longuement ce choix d’une actrice dont l’origine ethnico-culturelle (elle est la fille d’un couple mixte, père algérien, mère allemande) a été occultée jusqu’à récemment, et dont l’image de star s’est construite aux antipodes de cette identité. Ses yeux bleus et sa peau blanche, ainsi que sa formation classique (le Conservatoire puis la Comédie française), et la totalité de ses rôles sont là pour accréditer l’idée de sa « francité ». De la même façon, dans le film, son personnage réaffirme constamment son identité française « pure », jusqu’à ce que, dans les 5 dernières minutes, on l’entende parler arabe avec son père.


La Journée de la jupe arrive après deux films marquants sur l’école dans les quartiers « difficiles » : L’Esquive d’Abdelatif Kechiche10, sorti en 2004, couronné par 4 Césars en 2005 (l’équivalent français des Oscars), qui a attiré 450 000 spectateurs, et surtout Entre les murs de Laurent Cantet, qui obtient la Palme d’or au Festival de Cannes en 2008, et réunira environ 2 millions de spectateurs en salles. Dans le premier, une professeur de français parvient à faire jouer à ses élèves de collège Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux ; dans le deuxième, un professeur de français a plus de difficultés à leur faire lire Le journal d’Anne Franck11 mais dans l’un comme dans l’autre, le regard du cinéaste sur les élèves, qu’ils soient en situation de réussite ou d’échec scolaire, est un regard empathique, sans pour autant que les enseignants soient diabolisés. Les deux films ont en commun d’adopter le ton de la chronique sociale, sans acteurs connus, et avec beaucoup de non-professionnels. Entre les murs, contrairement à L’Esquive, ne suit pas les élèves (ni les profs) en dehors de leur lieu de travail, mais il nous donne accès (davantage que l’ouvrage de François Bégaudeau dont il est tiré) au point de vue des élèves12. Ces deux films construisent une représentation des élèves d’un collège défavorisé qui s’efforce d’éviter la diabolisation comme l’idéalisation ; tant les garçons que les filles présentent des personnalités nettement différenciées qui ne se réduisent ni à leur origine ethnico-sociale, ni à leur genre.

La Journée de la jupe rompt avec cette posture. Les élèves sont présentés comme une masse indifférenciée, garçons d’un côté, filles de l’autre, à qui leur professeure de français tente vainement de faire répéter Le Bourgeois gentilhomme13 ; elle finit par se contenter de leur faire dire sous la menace du pistolet le « vrai nom » de Molière !


Beaucoup de critiques ont présenté le film de Lilienfeld comme l’anti Entre les murs. Danièle Heymann (Marianne, 21/03/09) : « Tout de suite, on voit qu’à côté de ces gamins-là, ceux d’Entre les murs sont des angelots sortis de la comtesse de Ségur. » David Fontaine (Le Canard enchaîné, 25/03/09) parle de la « fougue magistrale qui ferait quasiment passer Entre les murs pour un conte de fées… » ; pour Témoignage chrétien (19/03/09) le film est « bien plus fort que le consensuel Entre les murs… » Dans les journaux comme l’Humanité, Le Nouvel Observateur, L’Express, on trouve aussi de longs entretiens politiques avec Isabelle Adjani sur ses origines algériennes, son soutien à la loi « contre le voile à l’école », son personnage de « passionaria, de stakhanoviste de la laïcité ». Elle est clairement sollicitée pour donner sa caution d’ « enfant d’immigré » au film14.

Mais malgré le logo flatteur d’Arte, la critique cinéphile a boudé le film : Les Inrockuptibles (20/03/09) avoue que « le film n’a guère convaincu notre rédaction ». Pour Libération (25/03/09), « le malaise recherché aurait été autrement plus dense et intéressant si le propos n’avait pas été parasité par une contextualisation censée produire ce désastre collectif à travers, en vrac, des profs démagogiques, un proviseur lâche, des flics belliqueux, des politiciens cyniques et des parents d’une rare malhonnêteté intellectuelle. » En revanche, Le Monde comme Libération parlent de la réception du film dans leurs pages « société » : dans les deux cas, il s’agit de faire confirmer par des professeurs de collège et leurs élèves la validité des situations présentées par le film15.

Par ailleurs, le film a provoqué une activité intense sur les blogs16, en particulier chez les défenseurs de la « laïcité ». Un de leurs représentants les plus actifs, Jean-Paul Brighelli17, écrit par exemple :

« La Journée de la jupe » est un grand film anti-raciste. (…) Celui que les organisations bien pensantes vomissent. (…) Politiquement incorrect, disent les journalistes ! (…)On leur donne à baver devant Entre les murs, film bien pensant comme on en faisait sous Vichy18. »

Le blog de Riposte laïque titre « “La journée de la jupe” : LE film qui pulvérise l’islamiquement correct »

Plus étonnant, le film recueille aussi l’appui enthousiaste de Philippe Meirieu19, le représentant le plus connu de la « pédagogie active », alors que le film semble prendre parti assez lourdement pour les partisans d’un enseignement traditionnel des auteurs classiques : Pour Meirieu, au-delà « des personnages stéréotypés qui égratignent les bien-pensants », le film dénonce les comportements de machisme violent et de virilité archaïque d’un certain nombre de garçons (aux origines ethniques et aux appartenances religieuses différentes). (…) Il porte haut et fort les revendications légitimes des filles et des femmes pour une « égale dignité » qui est bien loin d’être atteinte.

Le film réussit donc à créer une union sacrée entre les tenants de l’enseignement traditionnel et les partisans d’une pédagogie centrée sur l’élève , grâce à la désignation d’un ennemi commun : le garçon musulman20.

On trouve quelques textes qui rompent avec ce consensus : les uns à partir d’un point de vue pédagogique, comme celui de Christophe Chartreux21 ,professeur de collège, qui dénonce cette représentation de la banlieue comme « lieu de perdition, de violences, de voitures brulées, de viols en tournantes, de langue française massacrée, de rackets, de drogues ». De même, Bernard Girard22 remarque que « un film sur le machisme, le sexisme, la bêtise et l’intolérance, on pouvait en tourner partout dans de petits collèges ruraux de la France profonde, dans les lycées des beaux quartiers, privés ou non, dans les grandes écoles. »

Mona Chollet23 met le film en relation avec les discours de stigmatisation des Français issus des ex-colonies « Fidèle adaptation au cinéma des Territoires perdus de la République24, La Journée de la jupe aligne avec soin tous les clichés que la féroce propagande de ces dernières années a installés dans les têtes comme autant d’évidences. Les personnages n’ont aucune épaisseur propre, aucune individualité ; ils sont là pour incarner des stéréotypes. »

Nul doute en effet qu’il s’agisse d’un « film à thèse » qui se caractérise par l’instrumentalisation de tous les éléments narratifs et formels au service d’une démonstration idéologique.


Le thème de la violence et de l’insécurité dans les banlieues et de ses effets à l’école passent dès le début par l’identification du spectateur avec la professeure, présentée comme une missionnaire (blanche) qui tente d’apporter la civilisation (occidentale) à une masse menaçante de barbares (africains). Pour ce faire, la mise en scène, le découpage et le montage utilisent des codes narratifs très anciens au cinéma : ceux qui ont été inventés par D.W. Griffith dans les années 1910 pour raconter des histoires d’affrontement entre bons et méchants, blancs et noirs, honnêtes gens et hors la loi, victimes et bourreaux, pour transmettre une vision manichéenne d’un monde où les rapports de classe, de sexe et de race sont masqués (autant que faire se peut) par la morale judéo-chrétienne des WASP. Dès la première séquence qui met en présence la prof et ses élèves, la petite silhouette blanche d’Adjani au fond du cadre, fait face à la masse sombre des garçons plus grands en premier plan de dos, qui menacent constamment d’envahir son espace vital, tandis qu’elle est acculée contre un mur où elle se plaque comme contre un poteau d’exécution. Cette mise en scène éminemment anxiogène se répète à plusieurs reprises, dans le couloir où elle essaie d’obtenir le calme, puis dans la salle de théâtre, où elle est censée leur faire répéter Le Bourgeois gentilhomme, quand elle essaie de les faire asseoir ; puis quand elle confisque l’arme qu’elle a découvert dans le sac d’un des élèves. De plus, la salle de théâtre – avec sa scène surélevée par rapport au parterre qui prend l’allure d’une fosse – est sans fenêtre, ce qui accentue la sensation de claustrophobie (et on apprendra plus tard qu’elle est insonorisée, c’est-à-dire complètement isolée du monde extérieur). Si bien que les spectateurs qui, comme elle, ont du mal à respirer, sont soulagés quand elle brandit l’arme et force à reculer le grand Noir prénommé Mouss (diminutif de Moussa, Moïse en arabe) qui la menace des pires représailles (viol en bande). Elle doit tirer pour qu’il prenne au sérieux son ordre, ce qui suggère que « ces gens-là » ne comprennent que la force.

Tout est fait dès le début de la séquence pour provoquer chez les spectateurs une sensation d’oppression : les garçons se précipitent devant alors que les filles traînent derrière, à l’inverse de ce qu’on observe habituellement dans les classes de collège. La salle de théâtre est située en bas d’un escalier qui forme un cul de sac que la caméra filme d’abord en contre-plongée en accompagnant l’enseignante quand elle se fraye péniblement un chemin dans la masse des élèves plus grands et plus massifs qu’elle. On pense à Blandine dans la fosse aux lions ! Sa vulnérabilité est accentuée par son habillement : non seulement elle est en jupe (beige), mais elle porte une veste blanche sur un chemisier blanc, alors que les élèves sont tous et toutes habillé-e-s avec des vêtements informes et sombres qui les couvrent entièrement. Son teint blanc, qui a souvent été mis en valeur dans ses films précédents, depuis Possession (1980) jusqu’à La Reine Margot25(1994), achève de connoter sa vulnérabilité, face aux variantes de brun plus ou moins foncé des garçons qui l’agressent ; bizarrement, les filles, qui se révèleront plus « civilisées », ont le teint plus clair, ce qui nous renvoie à une tradition filmique hollywoodienne qui perdure encore, où les femmes « de couleur » sont d’autant plus positivées par le récit qu’elles sont claires de peau, alors que les (mauvais) hommes noirs qui les convoitent sont beaucoup plus foncés26. Mais la « blancheur » d’Adjani renvoie aussi, comme Richard Dyer l’a analysé27 à la norme, à une catégorie non marquée, par rapport au « brun », au « jaune » ou au « noir », qui signifient l’altérité. Le spectateur, et surtout la spectatrice, peuvent s’identifier à elle, d’autant plus qu’elle a abandonné les caractéristiques qui en faisaient, dans la plupart des films qui l’ont rendue célèbre, un être d’exception : en effet, sa coupe de cheveux informe mais courte (alors que sa longue chevelure noire servant d’écrin à son visage délicat était un élément majeur de son image) cache en partie un visage légèrement bouffi (elle a visiblement pris du poids) ; ses formes ne sont aucunement mises en valeur par une veste droite, un chemisier boutonné haut, une jupe portefeuille et des bottes à talon marron qui montent jusqu’aux genoux. Rien qui connote la star, mais plutôt l’assignation à une féminité ordinaire mais vulnérable : les hauts talons, le blanc, la jupe qui entrave les mouvements et qui force à s’asseoir les genoux serrés. « Corset invisible », comme la qualifie Pierre Bourdieu28 la jupe est un rappel fait aux femmes de l’arraisonnement de leur corps, mis à disposition de l’autre sexe. Dans le film, la tenue d’Adjani en fait une proie facile pour les grandes brutes en pantalon qui lui font face.


Elle se différencie de sa lointaine ancêtre de cinéma, la frêle jeune fille de Naissance d’une nation (1914) qui préfère se jeter du haut d’une falaise plutôt que d’être violée par un soldat noir déserteur de l’armée du Nord, par sa capacité à répondre à l’agresseur en retournant ses armes contre lui : en cela, elle est l’héritière plus directe de Thelma et Louise (1994) et de toutes les femmes qui dans les genres d’action contemporains (américains), brandissent des armes pour tenir à distance les hommes violents. Le choix de l’élève agresseur, les insultes et les menaces explicitement sexuelles qu’il profère contre Sonia Bergerac (« T’as une idée de ce que ça te fera de sentir deux bites – deux belles bites de bamboulas – te ramoner en même temps, salope ! »), donnent une dimension raciale et sexuelle à la crise d’autorité que vivent les enseignant-e-s.

Le deuxième thème concerne plus directement l’école, la culture qu’elle transmet, les méthodes qu’elle emploie, la place respective qu’y tiennent les élèves, les professeurs, le personnel administratif et les autorités de tutelle. La vision qu’en propose le film est étonnamment conservatrice ; paradoxalement, le fait que le cours se passe dans une salle de théâtre et non pas dans une salle de classe, devient dans le film un élément perturbateur, au lieu d’être le moyen d’une pédagogie plus attractive. Comme si le film voulait suggérer que la topographie de la salle, en permettant aux élèves de monter sur l’estrade, sapait l’autorité du professeur qui se retrouve dans la fosse (ce que renforce à ce moment-là le champ contre champ avec plongée et contre-plongée). La répétition de la scène est d’ailleurs un fiasco absolu, parce qu’elle ne peut « surveiller » les autres élèves qui sont dans son dos pendant qu’elle parle à ceux qui sont sur scène. L’enseignement semble relever ici du vieux principe « Surveiller et punir » dont Michel Foucault29a montré qu’il s’était étendu de la prison à l’école. Le problème de Sonia Bergerac, c’est que le dispositif de la salle de théâtre ne lui permet plus d’exercer un regard panoptique sur ses élèves et donc de « tenir sa classe » ! Grâce à l’arme qu’elle trouve dans le sac de l’un d’entre eux, elle parviendra à rétablir un dispositif satisfaisant, en les faisant d’abord coucher par terre, puis s’asseoir aux places qu’elle leur prescrit. Nous sommes bien dans une vision carcérale de l’école !

Dans la série déjà longue des films français sur l’école, les deux derniers succès exceptionnels (plus de 2 millions de spectateurs) faits à des films « art et essai », Etre et avoir (Nicolas Philibert, 2002) et Entre les murs (Laurent Cantet, 2008), ont en commun de proposer une figure masculine pour incarner l’enseignant30, à l’école primaire pour le premier, au collège pour le second, alors que la féminisation est presque totale à l’école primaire, et que les femmes enseignantes sont majoritaires au collège. L’enseignant dans une petite école rurale du documentaire de Philibert est une figure patriarcale traditionnelle, alors que François Bégaudeau qui joue son propre rôle dans la fiction tirée par Laurent Cantet de son livre autobiographique, est une version moderne d’autorité masculine, qui utilise l’humour et la dérision pour instituer une complicité avec ses élèves et relativiser les conflits et les problèmes pédagogiques. En revanche, Isabelle Adjani, l’enseignante de français de La Journée de la jupe, incarne superlativement les vulnérabilités féminines : non seulement par les éléments vestimentaires et physiques déjà évoquées, mais par son image d’« héroïne fragile, perturbée ou mystérieuse31 », fortement connotée du côté de la névrose et la folie (Adèle H., Possession, Camille Claudel), la nymphomanie (L’Eté meurtrier, La Reine Margot), la mort (Mortelle randonnée). Cette vulnérabilité est ambiguë : d’une part, le film semble prendre acte de la souffrance que vivent les enseignant-e-s dans l’exercice quotidien d’un métier qui a perdu tout prestige social, y compris aux yeux des élèves ; mais d’autre part, cette vulnérabilité que met en scène l’actrice à travers son image et son jeu (dès les premières séquences, elle semble suffoquer), renvoie à la vision traditionnelle d’une féminité fragile, incapable de faire face aux difficultés du métier dès qu’il n’est plus assimilable à du maternage.

Cette impression est renforcée par le montage alterné avec Labouret, l’officier « négociateur » du RAID, incarné par Denis Podalydès, qui est aux antipodes d’Adjani comme figure d’acteur. En effet, s’il est entré à la Comédie-Française comme Adjani, il en est devenu sociétaire en 2000 et parvient à mener de front les deux activités (théâtre et cinéma), alors qu’Adjani a dû démissionner de la Maison de Molière trois ans après son admission, à cause d’une carrière cinématographique jugée trop prenante (et sans doute trop voyante) par les sociétaires. Frère du réalisateur Bruno Podalydès, avec qui il tourne régulièrement, Denis Podalydès est associé au cinéma d’auteur (Desplechin, Ducastel, Bourdieu, Guédiguian, Haneke) et « son air fragile, indécis et lunaire lui vaut d’interpréter des personnages perdus dans des situations qu’il ne maîtrise pas 32». On peut dire qu’il est à contre-emploi dans ce rôle d’officier du RAID chargé de négocier avec les preneurs d’otages, mais son image lui permet d’humaniser un rôle que les spectateurs ont plutôt l’habitude de voir dans des films d’action américains (Sonia Bergerac et ses élèves mentionnent eux-mêmes le film Le Négociateur33 quand ils comprennent que le RAID a introduit une caméra dans leur salle en passant sous l’estrade). Il est le « gentil » face au « méchant » incarné par Yann Collette34, l’officier qui veut donner l’assaut et finira par avoir gain de cause. Pour bien enfoncer le clou de son humanité, on nous montre Labouret, entre deux négociations avec Sonia Bergerac, tenter (également au téléphone) d’amadouer sa femme qui vient de le quitter, lasse d’être sacrifiée à ses impératifs professionnels… Face au comportement imprévisible d’Isabelle Adjani, complètement dépassée par le séisme qu’elle a déclenché, Denis Podalydès incarne une autorité bienveillante, à la manière d’Harvey Keitel dans Thelma et Louise. C’est lui qui calme le mari de l’enseignante, après qu’il a agressé physiquement le proviseur, coupable selon lui d’avoir négligé les appels au secours de sa femme. C’est lui qui accepte de se déshabiller pour aller parlementer avec madame Bergerac et obtient qu’elle libère un élève, comme preuve de bonne volonté. Son physique quelconque, sa minceur, sa calvitie naissante, lui permettent de jouer cette scène en caleçon, en évitant les deux écueils du ridicule et de l’érotisation. Leurs nombreux échanges téléphoniques filmés en montage alterné et en plan serrés, sont construits sur l’opposition entre son calme et l’affolement de l’enseignante, perceptible par sa respiration haletante, ses réponses incohérentes ou balbutiantes. Même si les efforts de négociation de l’officier ne sont pas couronnés de succès (comme pour Harvey Keitel dans Thelma et Louise), il représente dans le film la seule instance à laquelle le spectateur peut s’identifier, en dehors de Sonia Bergerac. Tous les autres représentants du pouvoir (la ministre, l’officier du RAID), de l’école (le proviseur, les collègues) ou de la société civile (les parents, les journalistes, les habitants du quartier), sont des caricatures plus ou moins lourdes que le film renvoie dos à dos. Quant au mari, dont on comprend qu’il vient de quitter sa femme parce qu’il ne supportait plus sa souffrance professionnelle, il est juste pitoyable…

L’asymétrie entre Isabelle Adjani et Denis Podalydès tient aussi au fait qu’ils ne sont pas au même moment de leur carrière. La star, née en 1955, est sur le déclin : son dernier rôle notable au cinéma date de 2003 (Bon voyage) et sa dernière récompense date de 1994 (La Reine Margot35) ; Denis Podalydès, né en 1963, déploie au contraire, dans le champ de la culture d’élite, une activité de plus en plus intense, tant au théâtre qu’au cinéma (six films comme acteur depuis 2007) ; de plus, il a franchi les limites du cinéma d’auteur pour jouer dans des films de genre (Embrassez qui vous voudrez, Laissez-passer, Palais royal !, La vie d’artistes, Coluche) et même des blockbusters internationaux (Da Vinci Code). Comme l’a montré Raphaëlle Moine36, les actrices françaises incarnent principalement la sexualité, alors que l’image des acteurs est beaucoup plus riche et complexe sur le plan social et culturel. Adjani représente un « éternel féminin » fait de séduction et de vulnérabilité, dont l’attractivité est fortement limitée par l’âge, alors que Podalydès, lui, incarne la culture d’élite française sous une forme moderne, dépourvue de pédantisme et d’arrogance, et dont la séduction augmente avec l’âge. A travers leur asymétrie se dessine la manière dont la culture française continue à construire l’inégalité entre les genres et la domination masculine.

Le film conforte l’idée que la fragilité « naturelle » des femmes est mal adaptée à la violence du monde moderne, alors que l’autorité « naturelle » des hommes, peut s’enrober de douceur pour s’adapter aux complexités d’une société démocratique.

De plus, le film instrumentalise Isabelle Adjani, elle-même fille d’immigrant algérien, pour en faire une icône de la « bonne » intégration (elle s’appelle désormais Bergerac – comme Cyrano – et refuse d’enseigner autre chose que Molière) ; aux deux tiers du film, elle est soudain cadrée seule en plan américain de face, sans contre-champ, pour un monologue qui s’adresse autant à ses élèves qu’aux spectateurs dans la salle :


« Vos parents, ils sont partis de chez eux pour vous offrir une vie meilleure… c’est votre devoir de réussir… il faut que vous donniez un sens à leur sacrifice, vous comprenez (…) vous êtes mal lotis, mais c’est pas une raison pour dire « j’suis une victime ! c’est pas d’ma faute ! » vous pouvez pas mettre la responsabilité sur les autres, comme ça, dans votre vie ! […] je vous en supplie [elle croise les mains], ne pensez pas comme ça ! C’est pas parce qu’on est une victime qu’on peut pas être un bourreau ».

Ce monologue réactive le discours méritocratique de l’école républicaine, basé sur une supposée égalité des chances, qui nie le poids des structures sociales, les dysfonctionnements de l’école et la violence symbolique qu’elle exerce. Il renvoie aux immigrés eux-mêmes les « problèmes » que pose leur intégration.

Ce discours est rétrospectivement d’autant plus fort quand Sonia Bergerac se met à parler arabe à son père au téléphone, devant les élèves (et les spectateurs) stupéfaits : elle avait réussi à cacher complètement ses origines maghrébines! Comme s’il s’agissait d’un secret honteux, d’une souillure qui l’aurait empêchée d’être crédible comme enseignante de français ! Mais le film, au lieu de déconstruire cette intériorisation de la stigmatisation, nous fait adhérer jusqu’au bout à l’effort pathétique de Sonia Bergerac pour être « plus blanche que les Blanches ». On comprend à ce moment-là que la famille algérienne de Sonia l’a ostracisée parce qu’elle a épousé un « Français de souche ». Son « pétage de plombs37 » s’explique aussi, nous dit le film, par les souffrances provoquées par cette situation familiale, non par les discriminations que subissent les immigrés et leurs enfants, mais par l’intolérance des parents musulmans qui empêchent leurs filles de s’intégrer « vraiment » en épousant des garçons « vraiment français » (c’est-à-dire non-musulmans). Derrière Sonia Bergerac, se dessine ainsi la norme française d’intégration, qui passe par l’abandon total de la culture d’origine, jusqu’au nom : à ce compte, seules les filles, par le mariage qui permet l’abandon du nom du père au profit du nom du mari, peuvent s’intégrer « complètement ». Les garçons n’ont aucune possibilité d’intégration totale puisqu’ils ne peuvent pas « se débarrasser » de leur nom. Autrement dit, le système patriarcal traditionnel, tel qu’il fonctionne encore dans la société française, en particulier à travers l’adoption du nom marital (qui n’est plus une obligation, mais continue à être pratiquée par la plupart des femmes qui se marient), est donné comme le modèle à adopter pour permettre aux filles « musulmanes » de s’émanciper. De même que la jupe, signe ostensible de la différence des sexes dans la société occidentale (c’est-à-dire de l’assignation des femmes à un féminin dominé38), est donnée par le film comme preuve ultime d’émancipation, l’adoption du nom du mari est suggérée, à travers le personnage de Sonia Bergerac, comme la « bonne » solution pour les filles d’origine immigrée qui veulent devenir des Françaises indétectables. On comprend mieux pourquoi ce « féminisme » plaît tant à des défenseurs de la « laïcité » qui dénoncent par ailleurs toute lutte contre les discriminations sexistes comme une guerre des sexes et contre les discriminations racistes comme du communautarisme.

Ce téléfilm a réactivé avec succès les peurs des couches moyennes cultivées (à qui s’adresse Arte) pour qui l’ascenseur social a cessé de fonctionner, et qui craignent d’être happées par et vers les couches populaires d’origine étrangère ; il opère dans le même temps un détournement des questions d’inégalités femmes/hommes, pour lesquelles la France est en retard par rapport à ses voisins européens, tant sur le plan politique que sur le plan des salaires et du partage des tâches39, vers les questions de différences culturelles qui permettent de stigmatiser les communautés de culture musulmane comme principales responsables des discriminations contre les femmes40. Enfin, en agitant le chiffon rouge de la laïcité, étendard commun à la droite et à la gauche française, le film crée un consensus à propos des maux dont souffre le système scolaire, qui laisse complètement de côté les discriminations sociales qui ont transformé en ghetto pour pauvres les collèges de banlieue, pendant qu’est préservé le statut de ghetto pour riches des lycées de centre ville. Comme on le voit, il s’agit d’une opération à triple détente dont la médiocrité culturelle est passée largement inaperçue, tant elle comblait efficacement des peurs sociales réactivées par la crise.


Ce texte est la version française d’un article rédigé par Geneviève Sellier pour le volume collectif intitulé « Screening Integration: Recasting Maghrebi Immigration in Contemporary France»  sous la direction de Sylvie Durmelat et Vinay Swamy à paraître chez University of Nebraska Press.


Notes

1.  Je remercie Sophie Broza, Delphine Chedaleux, Mehdi Derfoufi, Gwenaëlle Le Gras et Charlotte Sanson de leurs remarques qui ont enrichi cet article.

2.  Deux notes de la police française, transmises au gouvernement, concluent que le port de la burqa est un phénomène ultra-minoritaire, selon Le Monde du 29 juillet 2009. L’une des deux notes, celle qui provient de la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI), estime que 367 femmes porteraient la burka en France. Ce chiffre est issu de l’observation, sur tout le territoire, des équipes des services de renseignements. «Une majorité de ces femmes identifiées portent le voile intégral volontairement; la plupart d’entre elles ont moins de 30 ans; 26% sont des Françaises converties à la religion musulmane ».

3.  Une commission parlementaire a même été créée pour traiter de ce grave problème, au moment où la crise économique entraine en France des milliers de suppression d’emplois…

4.  Le nom de ce collège suggère qu’il est situé dans une banlieue « rouge », c’est à dire dans une municipalité qui est ou a été dirigée par le Parti communiste. Tous les disfonctionnements sociaux que montre le film, vont donc être associés pour le public français à l’échec réel ou supposé de la politique municipale de ce parti, qu’il a longtemps mise en avant comme sa plus grande réussite.

5.  Comme le remarque Mona Chollet (http://blog.mondediplo.net/2009-04-12-Ils-ne-comprennent-que-la-force), le choix des noms propres des personnages renforce systématiquement l’opposition entre « Français de souche » et issus de l’immigration. Ici, la référence à Cyrano de Bergerac, une œuvre emblématique de la culture scolaire dans les collèges, fonctionne d’autant plus efficacement, que l’adaptation de Rappeneau avec Depardieu (1989), a donné une nouvelle jeunesse à la pièce.

6.  Unité d’élite issue de la Police nationale, utilisée dans les prises d’otages et le terrorisme (le GIGN – Groupe d’Intervention de la Police Nationale dépend lui de la Gendarmerie nationale). Depuis les attentats de 1995 à Paris, le terrorisme auquel répond le RAID est systématiquement associé à l’intégrisme musulman, phénomène encore renforcé par les attentats du 11 septembre 2001.

7.  Comme réalisateur : HS (2000), Quatre garçons pleins d’avenir (1997), XY (1995), Il n’y a guère que les actions qui montent ces temps-ci (1990) ; comme scénariste : Génial, mes parents divorcent (1991) de Patrick Braoudé ; La Contre-allée (1991) de Isabel Sebastian ; Et moi et moi (1989) de Guy Mouyal ; Sale destin (1987) de Sylvain Madigan ; L’œil au beurre noir (1986) de Serge Meynard ; L’Eté en pente douce (1987) de Gérard Krawczyk

8.  Les aides publiques et privées au cinéma et à la télévision ne relèvent pas des mêmes organismes, même si toutes les télévisions doivent verser un pourcentage de leur chiffre d’affaires au compte de soutien du cinéma. Et les films de cinéma obéissent à une « chronologie des médias » qui imposent de respecter des délais entre la sortie en salle, la sortie en DVD et la diffusion sur les chaines à péage et gratuites.

9.  Princesse Marie, téléfilm en 2 épisodes, diffusé en 2003. Cf. l’article de Gwenaëlle Le Gras : « Le “patrimoine” Deneuve d’une chaîne télévisée (TF1) à l’autre (Arte) », in Fictions patrimoniales sur grand et petit écran : contours et enjeux d’un genre intermédiatique, sous la direction de Pierre Beylot et Raphaëlle Moine, Presses Universitaires de Bordeaux, 2009, p. 139 à 152.

10.  Cf. Geneviève Sellier, « l’Ecole, point aveugle de l’universalisme républicain : Etre et avoir et L’Esquive, deux films rassurants », in Tausend Augen n° 32, 2009/04, Lille, pp.54-58..

11.  Ces deux œuvres n’ont évidemment pas le même statut culturel ; d’un côté un monument incontournable du panthéon théâtral français, associé à la veine libertine et socialement contestataire du XVIIIe siècle des Lumières ; de l’autre, le récit autobiographique d’une adolescente juive allemande victime du génocide nazi, dont la valeur est avant tout éthique, et dont le choix est typique d’un enseignement plus orienté vers la pédagogie que vers la transmission du patrimoine culturel.

12.  Cf. Ginette Vincendeau « Class Warfare : Laurent Cantet’s The Class – the ambiguities of a realist project », Sight and Sound, March 2009.

13.  Cette pièce qui fait partie du corpus le plus traditionnel des œuvres enseignées en collège, est commentée le plus souvent comme une farce contre les parvenus. La dimension « orientaliste » de la pièce n’est pas prise en compte, sauf comme un ressort comique. D’une manière générale, Molière, comme la plupart des auteurs du patrimoine, ne donne jamais lieu à la moindre analyse critique quand il est enseigné en collège.

14.  Isabelle Adjani naît le 27 juin 1955 à Paris 17e, d’un père algérien, Mohamed Chérif et d’une mère allemande, Augusta, surnommée Gusti, décédée en février 2007. Elle grandit avec son frère cadet Éric (qui deviendra plus tard photographe) à Gennevilliers dans la banlieue nord-ouest de Paris et va au collège à Courbevoie.

15.  Dans Le Monde du 07/04/09, « l’enquête » de Catherine Simon est intitulée « Le printemps de la jupe » ; Libération du 09/04/09 titre : « Porter une jupe, parfois ça donne une réputation, les garçons matent ».

16.  Parmi les blogs identifiables qui consacrent un article conséquent au film, on trouve des blogs pédagogiques (Philippe Meirieu ; le blog éducation du Monde ; les Cahiers pédagogiques ; Zéro de conduite ; le web pédagogique) ; des blogs « laïques » et « anti-pédagogiques » (Bonnet d’âne ; Riposte laïque ; Jean-Paul Brighelli ; le Volontaire ; Athéisme) ; des blogs politiques (Rue89 ; Bakchich ; le Monde diplomatique ; Marianne ; Indigènes de la République) ; des blogs « citoyens » (Agoravox), mais pas de blogs « cinéphiles ».

17.  Professeur de Lettres en lycée, il publie en 2005, La Fabrique du Crétin et en 2006, À bonne école et Une école sous influence ou Tartuffe-Roi. En 2008, Fin de récré. Il milite pour un retour aux fonctions traditionnelles de l’école, la transmission des savoirs, contre les options des « pédagogistes » représentés par Philippe Meirieu.

18.  http://bonnetdane.midiblogs.com/archive/2009/03/25/la-journee-de-la-jupe.html

19.  Spécialiste en sciences de l’éducation et en pédagogie, inspirateur de réformes pédagogiques, il est Professeur en sciences de l’éducation à l’Université Lumière-Lyon 2.

20.  Cf. Nacira Guénif-Souilamas et Eric Macé, Les féministes et le garçon arabe, La Tour d’Aigues, Éditions de l’Aube, 2004. L’amalgame entre les garçons d’origine maghrébine et ceux de l’Afrique noire francophone, se fait dans le film à travers leur supposée identité religieuse commune, l’Islam, ce qui est très discutable dans la réalité sociale, mais correspond aux fantasmes islamophobes qui dominent dans la dernière période en France.

21.  « En finir avec la démagogie sécuritaire », sur le blog de Philippe Meirieu.

22.  paru sur Rue89 et repris par les Indigènes de la République, « » La Journée de la jupe» , la triple imposture »

23.  http://blog.mondediplo.net/2009-04-12-Ils-ne-comprennent-que-la-force

24.  Emmanuel Brenner (dir .), Les territoires perdus de la république. Antisémitisme, racisme et sexisme en milieu scolaire, Paris, Mille et une nuits, 2002.

25.  On se souvient que l’affiche du film de Chéreau la montrait dans une magnifique robe blanche maculée de sang.

26.  Voir par exemple Régis Dubois, Images du Noir dans le cinéma américain blanc, 1980-1995, Paris, L’Harmattan, 2000.

27.  Richard Dyer, White : Essays on Race and Culture, London, Routledge, 1997.

28.  Voir http://www.homme-moderne.org/societe/socio/bourdieu/Btele983.html

29.  Michel Foucault, Surveiller et punir, naissance de la prison, (Paris : Gallimard, 1975).

30.  Il faudrait aussi citer Les Choristes qui a fait plus de 8 millions d’entrées, mais le film de Christophe Baratier qui met en scène un « pion » musicien incarné par Gérard Jugnot dans un internat de garçons des années 50, relève d’une autre catégorie socioculturelle, le film patrimonial, et s’adresse au public populaire, contrairement à La Journée de la jupe, Etre et avoir ou Entre les murs. Pour une analyse sociologique des Choristes, cf. Jean-Pierre Garnier, « Le passé radieux. Les Choristes : un analyseur des nostalgies populaires », in L’Homme et la société n°154, « Le cinéma populaire et ses idéologies », 2004/4, pp. 69-91.

31.  http://fr.wikipedia.org/wiki/Isabelle_Adjani

32.  Fiche de la base de données de la Bibliothèque du film. cf http://cinema.encyclopedie.personnalites.bifi.fr/index.php?pk=88718

33.  Le Négociateur, 1998, avec Samuel Jackson et Kevin Spacey

34.  On sait que l’acteur Yann Collette a perdu un œil ; son profil d’aigle, son crâne rasé et son œil de verre lui ont valu des rôles inquiétants… la Journée de la jupe ne déroge pas à la règle !

35.  Meilleure interprétation féminine, 1994 aux Césars du Cinéma Français pour le film La Reine Margot ; Meilleure interprétation féminine, 1989 aux Césars du Cinéma Français pour le film Camille Claudel; Meilleure interprétation féminine, 1989 au Berlinale Internationale Filmfestspiele, Berlin pour le film Camille Claudel ; Meilleure interprétation féminine, 1984 aux Césars du Cinéma Français pour le film L’été meurtrier; Meilleure interprétation féminine, 1982 aux Césars du Cinéma Français pour le film Possession ; Prix d’interprétation féminine, 1981 au Festival International du Film (Cannes) pour le film Quartet / Possession

36.  Raphaëlle Moine, Remakes. Les films française à Hollywood, Paris, CNRS éditions, 2007

37.  Expression familière employée dans beaucoup de recensions du film pour signifier le moment où quelqu’un d’épuisé, d’exaspéré par une situation sans issue, adopte un comportement criminel ou suicidaire.

38.  Comme le rappelle l’historienne Christine Bard, « l’ordonnance de la préfecture de police de Paris interdisant en 1800 aux femmes de s’habiller en homme n’a jamais été abrogée ». Cf. http://www.laviedesidees.fr/La-jupe-en-revolution.html

39.  Selon les dernières enquêtes de l’INSEE, les femmes en France consacrent 2 fois plus de temps que les hommes aux tâches domestiques et d’élevage (dans un couple où les deux travaillent) et l’écart se creuse avec le nombre d’enfants ; les salaires des femmes sont en moyenne 27% inférieurs à ceux des hommes ; malgré la loi sur la parité votée en 2000, l’Assemblée nationale ne comprend que 18,5% de femmes en 2009, ce qui fait de la France la lanterne rouge de l’Union européenne.

40.  On sait que l’actuelle secrétaire d’Etat chargée de la politique de la ville, Fadela Amara, est issue de l’association « Ni putes ni soumises » intronisée par la droite comme représentante du féminisme d’Etat, uniquement occupé à dénoncer les violences des garçons arabes et le port du foulard islamique par des filles forcément opprimées.

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51 Réponses to “Touche pas la femme blanche : La Journée de la jupe”

  1. Floréal Says:

    « il opère dans le même temps un détournement des questions d’inégalités femmes/hommes, pour lesquelles la France est en retard par rapport à ses voisins européens, tant sur le plan politique que sur le plan des salaires et du partage des tâches39 »

    Mais elle se fout de qui, la Sellier? A part Caen et le Nebraska, elle a mis les pieds où? Il y a 2200 mosquées (+ salles de prières et autres « centres culturels islamiques », ce qui fait environ 2600) mosquées pour 6 millions de musulmans en France, pays de 60 millions d’habitants. Et il y a 1600 mosquées aux USA pour 7 millions de musulmans dans un pays de 300 millions d’habitants. Pas vraiment le meme rapport. Il ne doit pas y en avoir des masses aux Nebraska, ni de mosquées ni de musulmans. alors aller y publier un machin sur la France et ses musulmans, ça laisse reveur…

    Mettons qu’à Caen, il y est une proportion de musulmans relativement importante. ça ne doit quand meme pas etre très comparable avec Marseille ou le 9-3.
    Elle a souvent mis les pieds dans une cité peuplée à 80% d’immigrés musulmans à Caen, Sellier? Elle n’en parle pas dans son mémoire, mais ça serait intéressant de le savoir. Elle n’a pas du y aller davantage que la Chollet, ou alors en touriste.

    Et en touriste, elle pourrait meme aller en Grèce, en Italie ou au Portugal, c’est moins loin que le Nebraska et c’est en Europe, ça lui permettrait de constater que la France, ce n’est pas ce qu’il y a de pire et que les grecques, les italiennes ou les portugaises se contenteraient d’avoir ne serait-ce que ce qu’il y a en France pour les femmes.

    Moi j’aimerais vraiment savoir si ces bonnes-femmes là, les Sellier, les Chollet, ont déjà enseigné dans les banlieues avant de ramener leur science. Autrefois j’ai travaillé dans les centres aérés du 9-3, ça ne m’a pas donné envie d’y enseigner.


  2. « il opère dans le même temps un détournement des questions d’inégalités femmes/hommes, pour lesquelles la France est en retard par rapport à ses voisins européens, tant sur le plan politique que sur le plan des salaires et du partage des tâches3 »

    Quel rapport avec les mosquées ?

    « Moi j’aimerais vraiment savoir si ces bonnes-femmes là, les Sellier, les Chollet, ont déjà enseigné dans les banlieues avant de ramener leur science »

    Je vis en cohabitation avec une enseignante qui a exercé ses premières années d’enseignement en ZEP à Gennevilliers et son expérience est très éloignée de tes fantasmes sur le sujet
    Sinon le manque de moyens mis à disposition de l’équipe pédagogique elle en a gardé des souvenirs sur le plan humain plutôt enrichissants

    Enfin je t’ai déjà dit Lory que tes hors sujet ne seraient pas longtemps tolérés.

  3. Floréal Says:

    Tiens j’ai envie de faire un beau hors-sujet: elle a eu combien d’enfants, ta coloc? Et naturellement elles s’empresse d’envoyer les siens dans des classes où il y a 80% d’immigrés musulmans? Ou bien, comme c’est plus probable, elle trouve que les AUTRES femmes devraient envoyer les leurs s’y détruire pour la bonne cause. C’est vrai que quand il s’agit des enfants qu’on n’a pas, on est toujours très encline à prècher la bonne parole.


  4. Tes allusions à l’homosexualité supposée de ma colocataire (je suis homosexuelle donc forcément…)sont censées démontrer sa non légitimité à s’exprimer sur le sujet, j’ai bien compris ?
    Pour ta gouverne homosexuelle ne veut pas dire stérile mais c’est un autre sujet.

    Je ne sais pas si les « autres »(?) femmes à l’instar des mères des 80% enfants d’immigrés souhaiteraient toutes avoir la possibilité de scolariser leurs enfants au lycée Henri IV, mais c’est probable tu as raison.
    Certains ghettos sont plus confortables que d’autres je te l’accorde.

  5. Floréal Says:

    J’ai eu des colocs femmes, pas homosexuelles, et je ne le suis pas non plus. Je n’ai fait aucune allusion que tu t’inventes et fantasmes.
    Tu as des momes MH? Ta coloc en a? Homosexuelles ou pas, mères célibataires ou divorcées, je m ‘en fous et ce n’est pas le propos.
    Si vous en avez (mais ça m’étonnerait fort) : vous les envoyez galérer dans des établissements où il y a 80% d’immigrés musulmans pour la noble cause multiculturaliste ? Clairement: vous appliquez vos belles idées sur la peau de VOS gosses ?

  6. nicocerise Says:

    Le raisonnement très complet de cette dame m’apparait tordu. Le titre du film me semble positif : une journée de la jupe. Et s’il faut l’imposer par un flingue (cinématographique) n’est pas une bonne idée.


  7. « Je n’ai fait aucune allusion que tu t’inventes et fantasmes. »

    Non évidement… un vieux complexe de persécution, conséquence de mes penchants victimaires je suppose.
    Tu ne me connais pas davantage que l’amie à laquelle je faisais allusion mais il allait de soi que nous n’étions pas mères évidement. Peu importe, c’est pas plus important que ça en même temps.

    « Clairement: vous appliquez vos belles idées sur la peau de VOS gosses ? »

    En revanche tant que ces ghettos ne concernent que la peau des gosses d’immigrés comme tu dis ça ne te pose aucun problème ?

    nicocerise

    « Le raisonnement très complet de cette dame m’apparait tordu »

    Mais encore ?

  8. nicocerise Says:

    Je me lance donc dans l’analyse. Cela me prendra un peu de temps. A demain

  9. Floréal Says:

    « En revanche tant que ces ghettos ne concernent que la peau des gosses d’immigrés comme tu dis ça ne te pose aucun problème »

    Je dis que c’est bien triste et bien dommage, « mais j’ai déjà donné », contrairement aux Selliers-Chollet qui non seulement n’ont pas d’enfants (très bien, un choix que je respecte, mais ce n’est pas une raison pour dire aux autres ce qu’elles doivent faire avec les leurs et comment elles doivent les élever ni dans quel genre d’école elles doivent les mettre, c’est quelque chose que je n’accepte pas) qui n’ont jamais mis les pieds dans une cité autrement qu’en touriste, et encore mois enseigné dans une école problématique, j’ai travaillé autrefois dans des centres aérés du 93 ), avec des enfants du primaire et ensuite avec des pré-ados du collège et J’AFFIRME que ce n’est pas de la tarte. J’en ai parlé d’ailleurs ici:
    http://lorycalque.joueb.com/news/souvenir-des-centres-aeres-de-banlieue
    Comme mes collègues d’alors, j’estime m’etre comportée correctement avec eux et avoir cherché à les aider de mon mieux. Les communes communistes d’alors sont celles qui ont fait le plus pour eux dans la limites des moyens qu’ils avaient.
    Tout ça pour s’entendre dire 30 ans plus tard par des guenons comme la Bouteldja que non, ça n’allait pas, c’est pas comme ça qu’on devait faire, parce que leur « culture » par ci et leur « culture » par là. Et bien si c’était pour en arriver là, je pense désormais qu’on aurait mieux fait de les laisser croupir, ça n’aurait pas été pire. Et quand ces Indigènes de la république par la voix de Bouteldja disent qu’ils n’en ont rien à foutre de ceux qui à l’époque leur ont tendu la main, les ont aidé comme ils pouvaient, je me dis que puisque c’est ainsi c’est réciproque à 100%, que moi non plus je n’en ai plus rien à foutre d’eux, et que si ça doit finir par le baston parce qu’ils se sont mis en tete de nous « décoloniser l’esprit » et autres conneries, et bien ça finira par le baston. Et meme pire, parce qu’à mon avis ça finira comme dans les Balkans.

    Idem pour les Sellier-Chollet et autres guenons altermusulmondialistes qui les soutiennent et qui tiennent le meme discours.

    Entre mes enfants et les enfants des autres, je choisis les miens. Drole hein? Désolée.

  10. wildo Says:

    Moi je vis dans un quartier comme on dit – assez hétérogène d’un point de vue des nationalités représentées mais malgré tout à majorité beur et black …
    Alors ici on ne brûle pas de voitures et qq stars du coin (là ou il y a des pavillons) ont mis leurs enfants à la maternelle du quartier … bref
    Mais malgré tout dès qu’on sort du rang ça devient lourd – il faut continuer à dire pour les uns et pour les autres ce qui nous déplait – parce que ça fait bouger …
    Un café en bas de chez moi était rempli uniquement d’hommes – depuis un an un peu plus loin, des cafés alternatifs ont pris racine pour réveiller le quartier : résultat les femmes beur et black et tout le quartier, des hommes y compris, ont squatté ces lieux beaucoup plus conviviaux … résultat deux : le bar d’en bas a changé de style et maintenant on commence à voir une clientèle plus diversifiée à tous points de vue … c’est pas encore Byzance mais ça évolue doucement …
    Gennevilliers j’ai bien connu, une bonne gestion socio-éducative mise sur pied par les communistes – ils avaient d’ailleurs un conservatoire de musique assez exceptionnel que j’ai fréquenté. C’était une « commune hors du commun » en ce qui concerne la banlieue …
    Le vrai problème ce sont les luttes intestines communautaristes qui pourrissent les vrais besoin d’un quartier : on le voit bien dans mon exemple la diversité et la liberté et les actes font bouger les lignes beaucoup plus vite que tous les discours de clans …

  11. wildo Says:

    Sinon je ne suis pas du tout d’accord avec le titre de cet article – je ne vois pas en quoi le film de Lilienfeld est spécialement islamophobe – il juste réaliste – et ce qu’il soulève avec l’exigence de la journée de la jupe : la revendication du respect et de la liberté pour les femmes c’est cela le noyau du film et non pas l’islamophobie.
    De plus la fin est atroce puisque pour toute fin de recevoir Adjani finit éclaté par le RAID …
    Human bomb ou Féminisme même fin, c’est du terrorisme : pulvérisation par le pouvoir et les services de l’ordre public – ça c’est du lourd, c’est de ça qu’on doit discuter …


  12. wildo a dit :

    octobre 6, 2009 à 2:07 e

    Je trouve pour ma part le titre très bien trouvé : « Touche pas à LA femme blanche : la journée de la jupe »

    Il faut entendre ici « la femme » dans le sens Wittigien

    « Notre première tâche est donc, semble t-il, de toujours dissocier soigneusement « les femmes » (la classe à l’intérieur de laquelle nous combattons) et « la femme » le mythe. Car la-femme n’existe pas pour nous, elle n’est autre qu’une formation imaginaire, alors que « les femmes » sont le produit d’une relation sociale. Il nous faut de plus détruire le mythe à l’intérieur et à l’extérieur de nous-mêmes. La-femme n’est pas chacune de nous mais une construction politique et idéologique qui nie « les femmes » (le produit d’une relation d’exploitation). La-femme n’est là que pour rendre les choses confuses et pour dissimuler la réalité « des femmes ». Pour devenir une classe, pour avoir une conscience de classe, il nous faut d’abord tuer le mythe de la-femme, y compris dans ses aspects les plus séducteurs (voir Virginia Woolf quand elle disait que le premier devoir d’une femme écrivain, c’est de tuer l’ange du foyer).

    Extrait Monique Wittig chap II « on ne naît pas femme » La pensée straight.

    Il s’agit donc dans cette journée de la jupe, de glorifier sinon de renforcer la construction politique et idéologique de la-femme-blanche. Et il s’agit bien d’opposer cette construction politique occidentale à celle supposée de l-homme musulman.

  13. wildo Says:

    La journée de la jupe c’est un truc de lycéennes à la base et de collégiennes qui en avaient ras le bol – elles n’ont pas pu lire Wittig et parent au plus pressé, cad : avoir le droit de venir habillé comme on le souhaite sans passer pour une pute et risquer sa vie (viol, harcèlement) – ça rejoint les actions des filles en lycée technique comme celui de Cisson dans le sud de la France …
    On intellectualise à outrance une réaction à l’origine de survie – un signal d’alarme …
    Connaissant l’origine de ce mouvement – il me parait décalé d’affirmer des choses comme : « cette journée de la jupe, de glorifier sinon de renforcer la construction politique et idéologique de la-femme-blanche. Et il s’agit bien d’opposer cette construction politique occidentale à celle supposée de l-homme musulman. »
    C’est tout simplement faux car ce la n’a jamais été le propos des filles qui ont proposé ce truc.
    Alors ensuite on peut discuter du film – ce qui est encore autre chose … bref.


  14. Wildo,

    Il ne s’agit pas de pointer l’index sur les jeunes femmes à l’initiative de ce mouvement mais sur le parti pris idéologique de ce film.

    Ensuite, je ne suis pas certaine de bien comprendre ta position, d’un côté tu défends le principe des femmes à disposer de leur corps etc même si cela doit passer par la revendication des chaines de leur asservissement (jusque là nous sommes à peu près d’accord) et d’un autre tu justifies la loi contre le foulard à l’école.
    En quoi le marquage de la domination version occidentale devrait être davantage défendue au nom de la sacro sainte liberté des femmes à disposer d’elles mêmes ?


  15. « C’est tout simplement faux car ce la n’a jamais été le propos des filles qui ont proposé ce truc. »

    En revanche c’est bien le propos du film en question

  16. wildo Says:

    Trop compliqué pour moi tout ça …


  17. […] journée de la jupe: rebelotte Trouvé ce texte: « Touche pas la femme blanche : La Journée de la jupe (Lilienfeld, Arte, 2009) ou le féminisme in…, chez Mauvaise Herbe, que j’avais déjà lu chez Bader auparavant et où Mauvaise Herbe […]


  18. N’étant pas certaine de passer la frontière de la modération, je repose ici mon commentaire laissé chez lory en réponse à sa vision très orientée de la france par rapport à ses voisins européens en matière d’égalité homme/femme:

    “ensuite affirmer que la France serait en retard par rapport à ses voisins européens, tant sur le plan politique que sur le plan des salaires et du partage des tâches est tout simplement faux”

    Formidable, à te lire Lory le débat féministe dans nos douces contrées occidentales est un débat obsolète, puisque finalement ça ne va pas si mal.
Habile cette façon d’occulter certains aspects de ces inégalités plus marquées en france , si je ne suis pas une experte des chiffres, tu as oublié de parler de ça :

    “Au 65e rang mondial, juste après le Nicaragua
En revanche, l’Assemblée nationale, cœur du pouvoir républicain, est restée un club masculin. Car pour les législatives, se déroulant au scrutin uninominal, la loi du 6 juin 2000 n’est qu’incitative. Dès lors, les grands partis, et plus encore à droite qu’à gauche, sont entrés en résistance. Ils ont préféré payer des pénalités fortes plutôt que d’ouvrir leurs investitures aux femmes, ce qui à leurs yeux aurait mis en péril la réélection des sortants. Avec quelque 18 % de femmes députées, la France n’a pas comblé son retard au plan international. En douze ans, elle a même régressé, passant du 42e rang mondial en 1997 (avant la loi) au 65e rang en 2002, rang où elle stagne aujourd’hui encore, arrivant juste après le Nicaragua. Ajoutons que le Sénat, pourtant élu au suffrage indirect et fort d’une longue tradition misogyne, est plus féminisé (22 %) que l’Assemblée nationale.”

    http://www.lefigaro.fr/debats/2009/03/06/01005-20090306ARTFIG00585-parite-anix-le-parlement-a-la-traine-.php“

  19. Floréal Says:

    @ MH
    « N’étant pas certaine de passer la frontière de la modération »
    C’est un peu jouer les petites saintes pour pas cher, je trouve.
    Mon blog est modéré en ce sens qu’il faut avoir un premier commentaire validé pour que les autres passent automatiquement. Ceci pour éviter le spam d’une part, et d’autre des insultes (la plupart du temps sexistes, comme j’en ai publié quelques unes histoire d’en donner un aperçu).

  20. wildo Says:

    Désolée mais plus je relis cet article et plus je me dit qu’il donne une analyse disproportionnée par rapport au sujet de fond à certains endroits.
    Il y a même des passages choquants comme celui-ci par exemple : « Ses yeux bleus et sa peau blanche, ainsi que sa formation classique (le Conservatoire puis la Comédie française), et la totalité de ses rôles sont là pour accréditer l’idée de sa « francité ». De la même façon, dans le film, son personnage réaffirme constamment son identité française « pure », jusqu’à ce que, dans les 5 dernières minutes, on l’entende parler arabe avec son père. »
    C’est dingue de lire ça – comme si la bonne métisse devait être une métisse plus colorée pour être crédible aux yeux des défenseurs communautaristes ?
    Adjani aurait du faire comme Mickael Jackson ?
    Ou pire, une sorte de racisme anti Bosh mal digéré etc ?
    Moi ça me saoule.

  21. nicocerise Says:

    Je n’ai pas encore trouvé le temps de répondre à ta demande de compléments d’analyse mais je partage l’avis de Wildo – C’est carrément disproportionné, dingue par moment et ça me saoule aussi. Mais je ne desespère pas de revenir écrire un comm. et je suis la discussion.


  22. wildo, nicocerise,

    Je comprends votre première réaction mais vous ne pouvez pas détacher ce passage du texte de ça :

    « Le thème de la violence et de l’insécurité dans les banlieues et de ses effets à l’école passent dès le début par l’identification du spectateur avec la professeure, présentée comme une missionnaire (blanche) qui tente d’apporter la civilisation (occidentale) à une masse menaçante de barbares (africains). Pour ce faire, la mise en scène, le découpage et le montage utilisent des codes narratifs très anciens au cinéma : ceux qui ont été inventés par D.W. Griffith dans les années 1910 pour raconter des histoires d’affrontement entre bons et méchants, blancs et noirs, honnêtes gens et hors la loi, victimes et bourreaux, pour transmettre une vision manichéenne d’un monde où les rapports de classe, de sexe et de race sont masqués (…)

    bizarrement, les filles, qui se révèleront plus « civilisées », ont le teint plus clair, ce qui nous renvoie à une tradition filmique hollywoodienne qui perdure encore, où les femmes « de couleur » sont d’autant plus positivées par le récit qu’elles sont claires de peau, alors que les (mauvais) hommes noirs qui les convoitent sont beaucoup plus foncés »

    L’auteure du texte nous explique en quoi pour elle le choix d’Adjani dans le rôle principal n’est pas anodin.

    Et quitte à formuler une critique ce ce texte, j’ai pour ma part été davantage gênée par ça :

    « en effet, sa coupe de cheveux informe mais courte (alors que sa longue chevelure noire servant d’écrin à son visage délicat était un élément majeur de son image) cache en partie un visage légèrement bouffi (elle a visiblement pris du poids) »

    Je n’ai pas compris l’intérêt pour la démonstration
    de cette parenthèse.
    En quoi la prise de poids supposée d’Adjani a-elle à voir avec le thème de ce texte ?
    Ainsi d’ailleurs que la longueur de ses cheveux
    Ce passage me dérange car la critique du film se déporte tout d’un coup non pas sur l’actrice mais sur la femme

  23. wildo Says:

    C’est explicite Sellier ne peut pas piffrer Adjani ça se sent de suite à la lecture – ensuite sa démonstration est fausse (pour une experte du cinéma qui plus est) de vouloir nous faire avaler que le choix d’Adjani serait motivé par la seule volonté d’introduire un « touche pas à la femme blanche » ce qui est faux puisque quand Adjani parle en arabe à son père ce postulat tombe en mille morceau …
    Aujourd’hui en matière de scénarisation les modèles d’écriture sont bien américains mais certainement pas Griffith ! Sellier a mille ans de retard là dessus – j’en veux pour preuve cette fin justemet qui est un cliffhanger traditionnel dans la scénarisation contemporaine : le choix d’Adjani est plus que judicieux et pour servir la fiction du film et dans la réalité de la comédienne : elle incarne parfaitement le fond du sujet, la fin du film nous dit voilà c’est une franco-algérienne donc exit le lieu commun femme blanche contre méchant noir – ça n’a plus de sens – il reste la revendication d’une FEMME bordel de merde !!!!
    C’est ça l’axe du film !!!
    Qu’elle soit métisse peu importe au fond – la vraie gravité du film est de constater comment on pulvérise le féminisme d’un coup de RAID …
    Elle est là pour moi la métaphore centrale.


  24. « quand Adjani parle en arabe à son père ce postulat tombe en mille morceau … »

    Cette scène occupe moins des cinq dernières minutes du film.

    « la fin du film nous dit voilà c’est une franco-algérienne  »

    Bien plus franco qu’algérienne et surtout bien assez franco pour qu’on oublie qu’elle est aussi algérienne.

  25. nicocerise Says:

    Je trouve que comparer ce petit film en huis clos aux fresques de Griffith est excessif. Cette critique est tellement excessive quelle cesse d’être interessante.

    Elle critique l’auteur d’avoir fait un film à thèse mais son article est à thèse également. (j’espère qu’elle n’a aps un scénar en poche).

    La partie sur ARTE est assez ridicule par le nombre de sous-entendu.

    Et j’adore le : « On trouve quelques textes qui rompent avec ce consensus » alors qu’auparavant elle a décrit les pour et les contre, elle a bien montré que ce film faisait débat. Qu’il venait après 2 films complètement différent.

    Ca vous dit de revoir « L’arme fatale »?

  26. wildo Says:

    « Bien plus franco qu’algérienne et surtout bien assez franco pour qu’on oublie qu’elle est aussi algérienne. »

    eh bien non justement – et c’est bien tout le pouvoir du fameux cliffhanger – qui est donc un moyen scénaristique contemporain pour marquer fortement la fin d’un film !
    C’est entre autres avec ce genre de procédé qu’on ne ferme pas la fiction mais qu’on lui permet de continuer à s’interroger.
    C’est ce que font toutes les séries TV par exemples.
    Maintenir une suspension.
    C’est entre autres ce qui explique pourquoi ce film a fait autant de débat et de commentaires.


  27. nicocerise,

    « Et j’adore le : « On trouve quelques textes qui rompent avec ce consensus » alors qu’auparavant elle a décrit les pour et les contre, elle a bien montré que ce film faisait débat. Qu’il venait après 2 films complètement différent. »

    Vous avez raison de souligner cette contradiction, mais les deux autres films proposent une vision bien moins manichéenne ce qui justifie cette focalisation de l’auteure.

    « Elle critique l’auteur d’avoir fait un film à thèse mais son article est à thèse également. (j’espère qu’elle n’a aps un scénar en poche). »

    Certes et de ce point de vue le parti pris de la réalisation légitime celui de l’auteure, c’est équitable.


  28. Wildo,

    « – qui est donc un moyen scénaristique contemporain pour marquer fortement la fin d’un film !  »

    Oui d’accord et alors ? En quoi cela vient-il contredire le choix de la réalisation d’un personnage « réaffirmant constamment son identité française « pure »  » La révélation sur la fin de son identité franco-algérienne renforce d’autant plus ce constat.

  29. wildo Says:

    ça vient enfoncer le fameux lieu commun sexiste dénoncé par Sellier – on croit percevoir qq chose et les 5 dernières minutes vont tout chambouler dans cette perception – c’est ce que Sellier ne veut pas voir et toi non plus ;-)

    mais bon, pas grave … je vais pas en faire un plat

  30. wildo Says:

    tiens par hasard je tombe sur ce lien :
    http://www.evene.fr/cinema/films/la-journee-de-la-jupe-24146.php

    lisez la critique à l’emporte pièce
    puis ensuite le témoignage d’un prof …
    il est là le problème
    un peu comme ce qu’on vit avec Mitterrand – les élites sont déconnectés du réel – Sellier en fait parti – hélas beaucoup de ce qui est monté, montré dans le film existe bel et bien

    « Mais les vérités que prétend révéler ce film écrit à la hache devraient avoir au moins une conséquence : conforter des clichés qui n’en demandaient pas tant. Dans un monde divisé en deux parties où il y a des hypocrites et des victimes, ces dernières feraient peut-être bien de se trouver un autre défenseur que Jean-Paul Lilienfeld. »

    Mais le réel est pire que ces clichés.
    Faudrait se réveiller un peu les intellos !!!

  31. wildo Says:

    et rien de mieux également que d’entendre ce qu’en dit Lilienfeld lui-même :

    http://www.afrik.com/article16498.html

  32. wildo Says:

    Quand on lit cette interview on mesure à quel point Sellier est parti dans un véritable délire en ce qui concerne Lilienfeld !


  33. « Quand on lit cette interview on mesure à quel point Sellier est parti dans un véritable délire en ce qui concerne Lilienfeld ! »

    Ah bon ? Pourtant je n’ai pas trouvé une seule réponse aux griefs formulés par Sellier.
    A part nous dire :

    « C’est une série de problèmes, une chaîne malheureuse qui conduit à cette violence. Mais la situation n’est pas pas inextricable, à condition de s’y attaquer en commençant par la dénoncer quand bien même l’on craindrait de donner des munitions aux racistes. »

    Dénoncer la violence sans tenter d’en expliquer les causes je ne vois pas en quoi c’est utile à la population ici stigmatisée, de ce point de vue « Entre les murs » est effectivement beaucoup plus réussi.

    Ensuite tu dis

    « hélas beaucoup de ce qui est monté, montré dans le film existe bel et bien »

    Existe sans doute oui et pas uniquement dans les collèges de banlieue d’ailleurs je cite Lilienfeld :

    « je suis allé sur Internet pour vérifier si le titre n’avait pas été déjà utilisé. Je me suis alors rendu compte qu’il venait de se créer, pour la première fois dans un collège agricole en Bretagne, un printemps de la jupe et du respect. Ce n’était pas une cité, il n’était pas question de Noirs ou d’Arabes, mais un collège agricole où on voulait combattre le sexisme ambiant. »

    Mais cette mise en exergue permanente prend toute la place stigmatise toujours la même population en occultant les violences qu’elle subit.

    Maintenant oser comparer Sellier à Mitterand je trouve ça plutôt vulgaire en l’occurrence
    Sellier ne justifie en aucun cas la violence sexiste de qui que ce soit elle dénonce l’hypocrisie de ceux qui prétendent la dénoncer.

  34. wildo Says:

    « Sellier ne justifie en aucun cas la violence sexiste de qui que ce soit elle dénonce l’hypocrisie de ceux qui prétendent la dénoncer. »

    je trouve qu’en ce qui concerne Lilienfeld elle fait à mon avis une grossière erreur … c’est à cet endroit que son élitisme n’est pas en adéquation avec la réalité de Lilienfeld.
    Je n’ai jamais dit qu’elle réagissait sur le modèle de Mitterrand mais qu’elle fait parti comme lui de cette élite …
    On sent bien dans on texte le mépris pour la télévision et pour les réalisateurs de comédie – comme le dit Liienfeld faire de la comédie c’est sale – c’est comme être arabe en qq sorte ( ça c’est moi qui le rajoute!)
    Comme quoi on peut être thésarde et faire qq erreurs – c’est pas la fin du monde …


  35. Nicocerise

    « j’espère qu’elle n’a aps un scénar en poche). »

    Tu veux dire genre :la journée du foulard dans un collège de Neuilly ?

    (c’était facile mais je n’ai pas su me retenir dans mon élan :-)


  36. « On sent bien dans on texte le mépris pour la télévision et pour les réalisateurs de comédie – comme le dit Liienfeld faire de la comédie c’est sale »

    Alors là permet moi de te dire que tu ne peux pas faire de plus grosse erreur en ce qui concerne Sellier. Intéresse toi un peu à ses travaux et lis notamment l’excellent « Culture d’élite, culture de masse et différence des sexes » justement :

    http://www.irma.asso.fr/Culture-d-elite-culture-de-masse

  37. wildo Says:

    Eh bien alors il faudra admettre que pour cet article Sellier a fait des faux pas manifestes qui ne correspondraient pas a ce qu’elle sait faire d’habitude ?

    C’est Adjani qui la met dans tous ces états ?


  38. « C’est Adjani qui la met dans tous ces états ? »

    Tu projettes là ;-)

  39. wildo Says:

    « Ah bon ? Pourtant je n’ai pas trouvé une seule réponse aux griefs formulés par Sellier. »

    t’es un peu de mauvaise foi – par exemple sur Adjani qui avait accepté en moins de 8h un scénar dont personne ne voulait – à la surprise même de Lilienfeld qui ne soupçonnait pas la double origine puisque cachée etc
    Donc tout le passage sur Adjani manipulé tombe à l’eau – c’est là ou je dis Sellier à bien déliré ^^

    A mon avis elle a un truc pas réglé avec Adjani
    d’un point de vue cinématographique et ptet même plus – va savoir la vie des élites etc …

  40. wildo Says:

    « mauvaiseherbe a dit :

    octobre 8, 2009 à 2:43

    “C’est Adjani qui la met dans tous ces états ?”

    Tu projettes là ;-) »

    ben je me pose la question, oui ;-)


  41. « t’es un peu de mauvaise foi – par exemple sur Adjani qui avait accepté en moins de 8h un scénar dont personne ne voulait – à la surprise même de Lilienfeld qui ne soupçonnait pas la double origine puisque cachée etc
    Donc tout le passage sur Adjani manipulé tombe à l’eau – c’est là ou je dis Sellier à bien déliré ^^ »

    Encore raté, relis bien le texte Sellier parle de l’immédiateté de la réponse d’Adjani:

    « Jean-Paul Lilienfeld raconte avoir envoyé le scénario à Isabelle Adjani, laquelle s’est engagée immédiatement sur le projet. »


  42. Ah et puis le « à la surprise même de Lilienfeld qui ne soupçonnait pas la double origine puisque cachée  »

    Ben voyons, tout le monde le savait sauf lui bien sûr.

  43. wildo Says:

    laisse tomber

  44. wildo Says:

    « mauvaiseherbe a dit :

    octobre 8, 2009 à 2:51

    Ah et puis le “à la surprise même de Lilienfeld qui ne soupçonnait pas la double origine puisque cachée ”

    Ben voyons, tout le monde le savait sauf lui bien sûr. »

    s’il le dit pourquoi ne pas le croire
    quand tu es réal tu passe pas ta vie à lire Gala et Voici ^^

    surtout quand tu es un réal qui vient de Créteil !
    tu dois mettre les bouchées doubles pour avoir le CNC – des aides à la réalisation etc

    On est pas chez les Viscontis là !


  45. « s’il le dit pourquoi ne pas le croire »

    En même temps et quand bien même, j’vois pas trop ce que ça change ?

    Effectivement on ne devine pas les origines algériennes d’Adjani en la regardant, ça ne saute pas aux yeux on va dire même si ses yeux clairs et sa peau très pale sont loin d’être rares parmi les berbères

  46. wildo Says:

    l’origine Algérienne était palpable par le nom – à ce que je sache elle en a jamais changé – par contre ce qu’on connaissait beaucoup moins c’était l’origine de sa mère : Allemande …
    Donc deux fois étrangère, par mère et père
    Si on suit les raisonnements simplistes de Sellier Adjani aurait du porter des culottes en peau et boire de la bière à l’Oktoberfest par souci d’intégration « bipolaire » !!!!
    Tout cela est ridicule.


  47. « Si on suit les raisonnements simplistes de Sellier Adjani aurait du porter des culottes en peau et boire de la bière à l’Oktoberfest par souci d’intégration “bipolaire” »

    Elles font ça les allemandes ??? Brrrrrr…..

  48. wildo Says:

    Elles font pire que ça ^^

  49. wildo Says:

    je te ferai une démo un de ces 4 … ;-)


  50. Un de ces 4 ouais… Je sais pas si c’est Adjani mais je te sens en forme toi ce soir ;-)

  51. wildo Says:

    yep ! je pête la forme !


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