Repenser les rapports sociaux de sexe, de classe et de “race” dans la mondialisation néolibérale 


24/10/2009

Repenser les rapports sociaux de sexe, de classe et de “race” dans la mondialisation néolibérale1

Jules Falquet

Sur http://www.cedref.univ-paris7.fr

Aux migrantes “seules”,
au Réseau pour l’autonomie juridique des femmes immigrées, réfugiées et exilées (RAJFIRE)
et à Flora Tristan, la première à avoir souligné, dès 1835,
la nécessité de faire bon accueil aux femmes étrangères

Pour situer mon approche, il faut préciser que je suis une femme, universitaire, blanche, de nationalité française et vivant aujourd’hui en France, impliquée dans cette réflexion d’un point de vue théorique mais aussi politique. Depuis la Première rencontre internationale contre le néolibéralisme et pour l’humanité, invitée par le mouvement zapatiste du Chiapas à l’été 1996, je m’efforce d’analyser la mondialisation néolibérale avec les instruments fournis notamment par un ensemble de mouvements sociaux “progressistes” d’Amérique latine et des Caraïbes (le mouvement zapatiste mexicain, celui des Sans-terre du Brésil et les mouvements féministe et lesbien du continent), ainsi que par de nombreuses féministes Noires ou racisées. Cependant, il m’est difficile d’en présenter une analyse unifiée, tant elle est complexe, contradictoire et sans cesse en devenir. Toujours est-il que la mondialisation néolibérale est l’occasion, pour moi, de constater les insuffisances criantes des trois grands courants d’analyse auxquels je me rattache : le matérialisme historique, le féminisme radical et l’anti-impérialisme-anti-colonialisme.


Ce sont surtout les interpellations des féministes racisées et/ou prolétarisées et/ou lesbiennes qui me semblent devoir être entendues et creusées, si nous souhaitons produire une théorie et une pratique utiles à la transformation sociale radicale plus que jamais nécessaire. En particulier, je crois  indispensable d’intégrer pleinement dans nos analyses les effets conjugués de plusieurs rapports sociaux de pouvoir : de sexe (incluant la sexualité), de classe et de “race”. Je partirai de l’hypothèse que ces rapports ne sont ni simplement superposés ou additionnés, ni intersécants (Crenshaw, 1995). Je les pense plutôt imbriqués (pour la première formulation du concept : Combahee River Collective, 1986 [1979]) et même consubstantiels (Kergoat, dans ce même numéro) et co-formés (Bacchetta, 2006). J’essaierai ici de montrer comment fonctionne cette co-formation à partir d’un objet concret : la ré-organisation de la division du travail provoquée par la mondialisation néolibérale, et tout particulièrement du « travail considéré comme féminin », qui modifie simultanément les rapports sociaux de sexe, de “race” et de classe.

Certes, la mondialisation n’est pas radicalement nouvelle : elle s’enracine dans la longue histoire du capitalisme, de l’esclavage, de la colonisation-décolonisation et des mutations des systèmes patriarcaux. Cependant, elle produit de profondes transformations. Les discours optimistes, de légitimation de cette mondialisation, parlent d’extension de la démocratie, de “participation”, d’égalité et de prospérité croissante pour toutes et tous. Les analyses critiques, empiriques, soulignent plutôt le creusement vertigineux des inégalités et de l’exploitation, de sexe, de classe, de “race”2 et Nord-Sud3. Elles s’interrogent, aussi, sur les recompositions à l’oeuvre : les classes sociales ont-elles disparu? Un nouveau prolétariat est-il en train d’apparaître et qui le compose? Le racisme a changé : moins biologique, plus “culturel” mais toujours vif, comment opère-t-il aujourd’hui? Enfin, on entend souvent dire que l’égalité des sexes n’a jamais été aussi proche, alors même que l’on sait pertinemment que les femmes, les fillettes et les femmes âgées constituent l’immense majorité des personnes les plus appauvries de la planète : comment l’expliquer?


Je procéderai en deux temps. D’abord, en soulignant les apports et les insuffisances des travaux sur la mondialisation néolibérale qui tentent de la comprendre comme transformation du “système-monde” et comme internationalisation de la reproduction sociale. Ensuite, je proposerai quelques pistes pour repenser la “règle du jeu” aujourd’hui dominante : d’un côté la nécessité de saisir le continuum qui lie le travail domestique, sexuel et “reproductif”, même s’il est exercé par toutes sortes de personnes dans des foyers beaucoup plus vastes et plus ouverts que ce qu’on a coutume de les considérer, de l’autre, le rôle de l’Etat-Nation, basé sur un système politique hétérosexuel, dans l’organisation de la circulation et de la capacité juridique des personnes.

1. Les limites de l’existant

Nous acceptons ici partiellement l’analyse de Marx, puis de Braudel (1985) et Wallerstein (1974, 1980, 1989), ainsi que des théories de la dépendance et leurs avatars, qui lisent de vastes pans de l’histoire planétaire comme des effets de l’expansion du système-monde capitaliste —même si cette expansion n’est pas linéaire, si d’autres facteurs multiples entrent en jeu et si le monde “occidental” où s’est développé le capitalisme est loin d’être le centre de l’histoire comme l’ont si bien souligné Gilroy (2003 [1993]) ou Chaudhuri (1990). Cependant, deux assomptions centrales des théories du système-monde capitaliste, liées entre elles, posent problème. D’abord, l’idée d’une “prolétarisation” croissante et inévitable de la main d’oeuvre : dans les faits, elle n’a pas véritablement eu lieu. Ou plus précisément, que faut-il comprendre par “prolétarisation”? Ensuite, l’idée selon laquelle le passage du féodalisme au capitalisme aurait nécessairement réduit les rapports sociaux non-capitalistes à l’état de survivances appellées à une rapide extinction et marginaux dans l’analyse —or, ces rapports subsistent manifestement.

Comme nous allons le voir, c’est précisément cette co-formation des rapports de production capitalistes (les rapports d’exploitation salariée) et des rapports de production “non capitalistes” (les rapports d’appropriation —servage, esclavage et sexage mis en évidence magistralement par Colette Guillaumin 1992 [1978]), qui doit être au coeur de notre analyse. En effet, toute la question est de savoir comment sont co-construites l’extraction de travail moyennant salaire, l’extraction de travail gratuit et surtout, tout ce qui se trouve entre ces deux “extrêmes” et que nous appellerons ici “travail dévalorisé”. Nous faisons l’hypothèse que la mondialisation néolibérale pousse aujourd’hui la plupart de la main d’oeuvre “au centre”, vers un travail qui n’est plus tout à fait gratuit, mais qui n’est certes pas “correctement” rémunéré ni pleinement “prolétaire” et qui ne le deviendra jamais.

A. Incorporer la “race” aux analyses marxiennes ?


Pour comprendre la “crise” du capitalisme, Balibar et Wallerstein, dans un ouvrage devenu classique, Race, nation, classe, Les identités ambiguës (1988), proposent une série d’hypothèses sur l’apparition d’un “nouveau racisme” (Balibar) et sur le rôle du “foyer domestique” (Wallerstein). Ils constatent en effet que la “prolétarisation” annoncée par Marx ne s’est pas produite comme prévu. Or, ils soulignent que l’une des principales contradictions du capitalisme est la nécessité d’arbitrer entre des intérêts à court terme et à long terme (maximiser la plus-value en abaissant les salaires et par le travail gratuit, tout en maintenant une demande solvable pour consommer les marchandises produites). Le système capitaliste doit donc organiser la permanente “transformation sociale de certains processus de production de travail non salarial en travail salarié […]. C’est cela que l’on veut exprimer en parlant de ‘prolétarisation’.”4 Mais paradoxalement, “l’aspect principal de la prolétarisation […] n’est pas, selon [Wallerstein] la généralisation du travail salarié”5. Ainsi, Balibar et Wallerstein font apparaître entre le travail non salarié et le travail salarié, une figure providentielle qui permet de réguler ces “vases communiquants” et que je propose de nommer « travail dévalorisé ». Si Balibar et Wallerstein ne le définissent guère par la suite, il me semble pour ma part crucial de le placer au coeur du débat, ainsi et surtout que les personnes appelées à le réaliser.

Quelle est en effet la main-d’oeuvre poussée vers ce type de travail? Selon Wallerstein, “Le racisme est la formule magique […] qui permet d’étendre ou de contracter […] le nombre de ceux qui sont disponibles pour les salaires les plus bas et les rôles économiques les moins gratifiants. […] A un segment important de la force de travail, il justifie que soit attribuée une rémunération de loin inférieure à celle que le critère méritocratique pourrait jamais justifier.”6 Balibar complète l’analyse en affirmant que le racisme “classique” s’est transformé à partir des années 1980 en racisme contre la population migrante, qui opère une fusion (potentiellement toujours déjà-là) entre “race” et classe : “le racisme anti-immigrés réalise l’identification maximale de la situation de classe et de l’origine ethnique (dont les bases réelles ont toujours existé dans la mobilité inter-régionale, internationale ou intercontinentale de la classe ouvrière, tantôt massive et tantôt résiduelle, mais jamais abolie, qui est précisément l’un des traits spécifiquement prolétariens de sa condition).”7

Ainsi, Balibar et Wallerstein placent clairement les rapports sociaux de race dans la continuité des rapports de classe. Concernant les rapports sociaux de sexe, leur analyse est bien moins convaincante. Dans le chapitre “Universalisme, racisme, sexisme : les tensions idéologiques du capitalisme”, Wallerstein affirme que : “Ce que j’ai appelé l’ethnicisation de la force de travail a pour fin de rendre les salaires très bas pour des segments entiers de la force de travail. De tels bas salaires sont uniquement possibles parce que les salariés sont maintenus dans des structures familiales [… qui] nécessitent un investissement considérable en travail dans les activités dites de “subsistance”, non seulement de l’homme, mais dans une plus grande mesure de la femme, des enfants et même des gens âgés…”8 Ni lui ni Balibar ne font, dans tout le reste de l’ouvrage, la moindre allusion aux innombrables théories féministes qui ont pourtant souligné à l’envi que les rapports sociaux de sexe permettaient eux aussi “magiquement” que soit attribuée aux femmes une rémunération de loin inférieure à celle que le critère méritocratique pourrait jamais justifier.


D’autres analystes ont développé ces propositions de Balibar et Wallerstein, en montrant comment les lois et les politiques migratoires créent différentes catégories de migrant-e-s, incluant les “sans-Papier-e-s” (Fassin et Al, 1997), ce qui permet de diviser et d’affaiblir encore plus la “classe”. Certain-e-s mettent en évidence des phénomènes nouveaux comme la “délocalisation sur place” (Terray, 1999). D’autres, soulignant les continuités entre esclavage et salariat, font apparaître le “salariat bridé”, appuyé sur le racisme des politiques migratoires, comme un puissant mécanisme de régulation du salariat classique (Moulier Boutang, 1998).


On le voit, ces analyses tentent de comprendre comment les classes et le salariat sont modifiés par la nouvelle gestion de la mobilité de la main d’oeuvre, c’est-à-dire par des politiques migratoires de plus en plus restrictives organisées autour d’une redéfinition du racisme et productrices de diverses catégories précarisées. Cependant, elles échouent à prendre pleinement la mesure d’un phénomène concommittant : le fait qu’une proportion considérable de la migration est féminine. Ravenstein avait pourtant montré dès 1885 que les femmes émigraient même davantage que les hommes sur de courtes distances. Aujourd’hui, il devient quasiment impossible d’éluder plus longtemps cette question : l’ONU elle-même affirme que la moitié des migrations internationales sont le fait de femmes (qui  continuent à émigrer aussi à l’intérieur de chaque pays).

B. Internationalisation de la reproduction sociale : le sexe des politiques sociales, migratoires et de travail

A la même période que Balibar et Wallerstein, pour analyser non plus la crise du capitalisme mais la mondialisation triomphante, Saskia Sassen a proposé une réflexion pionnière sur les “dessous” de l’hyper-mobilité des capitaux et des cadres hautement qualifié-e-s (1991). Elle a mis en évidence l’existence d’une main d’oeuvre migrante et précarisée, majoritairement féminine et du Sud (racisée), pour assurer à bas prix le travail souterrain, invisible, souvent informel et pourtant indispensable de la mondialisation dans les métropoles globales. En rendant visible ces circuits alternatifs de la globalisation, elle a ouvert la voie à d’autres analyses de l’internationalisation du travail de reproduction sociale.

De nombreuses chercheuses se sont penchées sur la redistribution vers des femmes du Sud migrantes du “sale travail”, en particulier du travail domestique (Anderson, 2000 ; Chang, 2000 ; Hondagneu-Sotelo, 2001 ; Parreñas, 2002). D’autres ont analysé le transfert du travail d’élevage des enfants vers des “nannies” et des nounous migrantes, dont l’amour maternel est construit comme une propriété naturelle (en tant que femme et en tant qu’issues de “cultures” valorisant la maternité et l’amour : Hochschild, 2002). L’exploitation de leur travail et de leur amour provoque en cascade de nouveaux transferts de main d’oeuvre, qu’Hochschild caractérise comme des “chaînes de care globales” (2000).


Ces analyses doivent être insérées dans une réflexion générale sur la réorganisation du travail amenée par la réforme néolibérale de l’Etat, qui consiste à cesser d’assurer une grande partie des services, principalement le travail de reproduction sociale. Alors que Sylvia Walby avait montré dès 1990 que la Grande Bretagne était passée, avec le développement du Welfare State, d’un patriarcat privé à un patriarcat public, la chute des systèmes « socialistes » dans le monde et le démantèlement du pacte social-démocrate en Europe a replacé cette énorme charge de travail sur le secteur privé et sur la famille. Or, ce qui est nouveau, ce n’est pas que la classe des hommes se soit défaussée sur la classe des femmes de ce travail, mais plutôt la manière dont les femmes des pays industrialisés et les femmes privilégiées des pays du Sud ont été poussées à se défausser à leur tour sur d’autres personnes, majoritairement des femmes migrantes (illégalisées ou non), qui leur sont offertes sur un plateau d’argent par les politiques migratoires et sociales des différents Etats, tant importateurs qu’exportateurs de main d’oeuvre (Walby, 1997 ; Marchand & Sisson Runyan, 2000). En effet, il ne s’agit pas seulement de constater que les femmes sont un volant d’ajustement rêvé du système, amortissant la crise par leur sur-travail sous-payé (ATTAC, 2003 ; Bisilliat, 2003 ; Falquet et Al., 2006 ; Hirata & Le Doaré, 1998 ; TGS, 2001 ; Wichterich, 1999), mais bel et bien comment le sexe, la “race” et la classe sont mobilisés et ré-organisés pour construire une nouvelle division sociale du travail au niveau de la famille, de chaque Etat et de l’ensemble du globe.


Diane Sainsbury (1993) est une des premières à interroger les différentes formes de Welfare State en fonction de ce qu’elles amènent non pas tant en termes de démarchandisation, mais de défamilialisation des tâches de reproduction sociale. D’autres ont ensuite analysé les liens entre l’organisation de la reproduction sociale dans chaque Etat, le type de care requis et le type de migration féminine “drainée” pour répondre aux besoins de care des différents Etats. Ainsi, Eleonore Kofman et Al. (2001) ont décrit la gestion sexuée des migrations internationales en Europe en fonction des évolutions des politiques de Welfare, tandis que Francesca Bettio et Janneke Plantenga (2004) travaillaient sur les différents régimes de care, puis le care drain et les migrations féminines dans le sud de l’Europe (Francesca Bettio et Anna Maria Simonazzi, 2006), ou d’autres encore sur la question des soins aux personnes âgées (par exemple Florence Degavre et Marthe Nyssens (à paraître)).

Une autre piste importante est ouverte par Evelyn Nakano Glenn pour les Etats-unis  (2002), à la suite des premières remarques d’Angela Davis (1983). Glenn fait le lien entre la “race”, le genre et la mise en forme du marché du travail. Elle souligne la persistance historique, depuis l’esclavage, de l’assignation de certaines catégories de population (les femmes, les Noir-e-s) à un travail de care extorqué. Surtout, elle montre comment l’Etat et la loi privent de droits et de citoyenneté les catégories de la population assignées au care —de l’esclavage à la servitude sous contrat, jusqu’à aujourd’hui. Cette réflexion permet de développer l’analyse dans deux directions. D’abord, les rapports entre colonisation, esclavage, politiques migratoires et privation de droits et de citoyenneté pour de vastes secteurs de la population mondiale. Ensuite, les liens entre les discours de la citoyenneté, de la démocratie et de l’éthique du care, comme permettent de le penser les textes rassemblés par Laugier et Paperman (2005) —il s’agira ici de voir comment ces discours se rattachent à l’émergence d’un nouveau modèle post-social-démocrate cherchant à se légitimer.

2. Dévoiler les règles du jeu ?

1. Vers une conceptualisation du “travail considéré comme féminin”


Les analyses de l’internationalisation de la reproduction sociale tendent à maintenir une séparation analytique entre les trois grandes tâches généralement dévolues aux femmes : le travail d’entretien des membres du groupe familial, le travail sexuel et le travail de production et d’élevage des enfants. Certes, les féministes matérialistes ont souligné très tôt les liens entre ces trois domaines. Colette Guillaumin a montré que le sexage permettait l’appropriation conjointe du corps et de ses produits, de la sexualité et de la force de travail (1992 [1978]). Pour sa part, Paola Tabet a étudié d’une part la reproduction des femmes comme un travail au sens marxien (2002 [1985]), et d’autre part l’échange économico-sexuel entre femmes et hommes comme un continuum liant les “putes” et les femmes mariées —toutes fournissant, dans des proportions variées, une combinaison de travail sexuel et de travail « domestique » et émotionnel (2004). Cependant, ses deux analyses sont restées juxtaposées. De son côté, Gail Pheterson a montré comment le stigmate de la prostituée, susceptible d’être appliqué à toutes les femmes, permettait de restreindre la mobilité des femmes (2001 [1996]).

Aujourd’hui, d’importants travaux mettent en évidence des continuités entre l’emploi domestique et diverses formes de prostitution, ces deux activités étant exercées successivement ou simultanément par certaines migrantes (Oso, 2003), en particulier les femmes venues “seules” (Moujoud, 2007), surtout lorsque les législations migratoires et du travail les précarisent et les poussent dans l’illégalité et la clandestinité (à propos des « travailleuses du sexe » : Guillemaut, 2007) —la plupart des migrantes étant réduites par la loi à un statut de dépendantes vis-à-vis de pères ou de maris (sur la législation en France : Lesselier, 2003). Concernant le travail de production d’enfants, une fois posés les liens étroits unissant nationalisme et interventions sur la reproduction des femmes (Yuval Davis, 1991), des analyses féministes ont montré les liens entre nouvelles technologies reproductives et nationalisme, sous le contrôle de l’Etat, (Kahn, 2007 à propos d’Israël). D’autres travaux insistent sur le rôle des Institutions internationales dans la promotion à l’échelle planétaire de politiques démographiques sexistes et racistes (Falquet, 2003 ; Ströbl, 1994). Il nous semble nécessaire de faire la synthèse de ces analyses en les poussant dans trois directions.

D’abord, en reconnaissant l’existence d’un véritable continuum entre ces trois formes de travail : le travail d’entretien (domestique et/ou communautaire), le travail sexuel et le travail de production-élevage des enfants. Le phénomène des mail-orders brides (où des femmes de pays appauvris tentent d’échanger par mariage leur disponibilité pour ces trois types de travail, non seulement contre le fameux “entretien” analysé par Delphy (1998) mais contre la nationalité aux multiples avantages d’un-e autochtone d’un pays sur-développé), pourrait être un point d’entrée pour cette analyse, à partir des nouvelles formes de mobilité internationale des femmes dans le cadre néolibéral9. Je propose d’appeller ce continuum de travail, rémunéré ou non, le “travail considéré comme féminin”. Il constitue la plus grande partie du “travail dévalorisé” dont Balibar et Wallerstein cherchaient les principaux exécutants dans la population immigrée. La perspective de la co-formation des rapports de pouvoir explique que ce travail peut certes être exercé par des individus de sexe masculin, notamment s’ils sont ethnicisés et naturalisés dans ce but (migrants, esclaves ou colonisés), mais surtout que l’immense majorité de ce travail reste la responsabilité par excellence des personnes socialement construites et considérées comme des femmes.

Ensuite, il importe de voir le rôle que jouent tant les Etats que les Institutions internationales dans la gestion globale de la main d’oeuvre, par le biais des politiques démographiques, migratoires et de main d’oeuvre (organisation des services publics et du marché du travail) —mais aussi par le renforcement du militarisme (Enloe, 1989, 2000), l’augmentation des guerres, des déplacements de population et des camps de réfugié-e-s (Agier, 2003), ou encore l’enfermement massif de certains secteurs de la population (pour les Etats-unis, champions en la matière : Davis, 2006). Main dans la main, Etats et Institutions internationales participent également, dans le cadre des nouvelles politiques de « développement », à la promotion du tourisme et au développement concommitant du travail du sexe (Falquet, 2006). Enfin, par le biais de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) notamment, Etats et Institutions internationales planifient la mise au travail des femmes. Ainsi, les pays de l’OCDE se sont fixé l’objectif de 60% des femmes sur le marché du travail en 2010 (objectif de Lisbonne, 2000). Etats et Institutions internationales tentent de présenter ce projet comme l’aboutissement des revendications d’égalité des femmes et le couronnement d’un modèle social-démocrate sensible au genre —nous reviendrons sur ce thème, central dans leur  tentative de légitimation du nouvel ordre mondial post-Welfare State.

Enfin, il faut re-conceptualiser le foyer « domestique ». En effet, non seulement ses dynamiques sont profondément marquées par les politiques publiques nationales et internationales, mais sa composition et ses limites ne sont pas celles qui servent généralement de paradigme pour l’analyse. D’abord, la majorité des foyers s’éloignent considérablement des modèles “occidentaux” de famille nucléaire qui ont servi de base à de nombreuses constructions théoriques, comme l’ont bien montré les travaux des Black feminists (Hill Collins, 2005) et de nombreuses féministes du Sud. Ensuite, un bon tiers des foyers dans le monde sont dirigés non par des hommes, mais par des femmes (Bisilliat, 1996). Surtout, parce que la mondialisation modifie profondément leur équilibre, en y introduisant physiquement ou en pointillés de plus en plus d’étrangèr-e-s qui contribuent puissamment à la réalisation du travail qui est censé y être accompli. Parmi ces étrangèr-e-s, on trouve des femmes de ménage migrantes (venues de la campagne ou de l’étranger), des gardes-malades et des infirmières, mais aussi des jardiniers, boys ou chauffeurs, et même des mères porteuses et des travailleuses du sexe, qui fournissent images pornographiques ou prestations sexuelles à domicile ou à l’occasion de déplacements de loisirs. Ici, les enjeux Nord-Sud sont flagrants, mais il faut souligner que cette division du travail s’organise aussi à l’échelle de chaque pays, en fonction de systèmes racistes, de classe, de caste et coloniaux, locaux.

Il faut par ailleurs penser ces questions non seulement pour les foyers privilégiés du Nord et du Sud, mais aussi pour les autres. Un stimulant travail de synthèse de Laura Oso (à paraître) montre que les différents “foyers transationaux” (on pourrait ajouter « trans-régionaux ») crées par la migration néolibérale sont centraux pour la compréhension des stratégies de reproduction des foyers et des Etats du Nord, mais aussi de ceux du Sud. Surtout, Oso montre que ces foyers sont une des clés empiriques et théorique de l’analyse d’une double imbrication. D’une part, entre reproduction au Sud et reproduction au Nord. D’autre part, entre reproduction gérée dans le cadre de la famille et reproduction gérée par l’Etat.

B. Hétérosexualité et co-formation des rapports de pouvoir


Un spectre hante les théories de la co-formation des rapports de pouvoir : l’hétérosexualité. Ce concept d’hétérosexualité a été forgé par les lesbiennes-féministes, dont Monique Wittig reste la principale théoricienne (2001 [1980]). Contrairement à l’usage courant qui en affaiblit considérablement la portée, l’hétérosexualité dont nous parlons ici a assez peu à voir avec les pulsions et pratiques sexuelles : il s’agit d’une puissante institution sociale, largement adossée à l’Etat et à la Nation et qui joue un grand rôle dans la circulation des personnes. Nous allons voir qu’elle contribue centralement, non seulement à l’organisation de l’alliance, de la filiation et de l’héritage, mais plus profondément encore à la construction et à la naturalisation des sexes, mais aussi des races et des classes.

Le point de départ et d’arrivée des rapports sociaux de pouvoir est l’accès aux ressources. Or, si le travail est l’un des moyens d’essayer d’accumuler des richesses, c’est rarement le meilleur : l’alliance et l’héritage sont bien plus rapides. Mais la liberté de choisir ses alliances, la possibilité d’établir une filiation légitime et de prétendre à recevoir ou à transmettre un héritage, sont réglées par  l’hétérosexualité. Le thème a été insuffisamment exploré. En effet, si en France, dès les années 70, Christine Delphy a eu l’intuition de l’importance, pour les rapports sociaux de sexe, de la transmission du patrimoine (1998), elle n’a guère poursuivi dans cette direction. Ce n’est que bien plus tard que des chercheuses comme Carmen Diana Deere et Magdalena León (2001) se sont attelées à une étude systématique de la législation du mariage et de l’héritage en Amérique latine et aux Caraïbes, convaincues que c’était davantage dans ce possible accès à la propriété (en l’occurence, de la terre), que dans le salariat, que résidait une possible amélioration du sort des femmes. Cependant, il manque à cette analyse un réflexion critique sur le mariage et la famille, en tant qu’un des grands centres de l’exploitation du travail “considéré comme féminin”.


Le “mariage” non-hétérosexuel peut-il subvertir réellement cette organisation du travail et de l’accès aux ressources ? Les luttes des mouvements lesbiens, gays, bi, trans et queer à ce sujet méritent d’être examinées avec soin, car elles sont ambivalentes. D’un côté, obtenir de certains Etats10 un commencement de droit au mariage et à l’héritage permet d’ouvrir une brèche. Cependant, la difficulté à avancer sur la reconnaissance de la filiation révèle la menace que représente cette revendication : le problème n’est pas peut-être pas tant le bien-être psychique supposé des enfants, que la possibilité de faire circuler le patrimoine social et économique selon des lignes qui ne seraient pas celles de la famille patriarcale et patrilinéaire dominante —ce sur quoi le recueil de textes sur les sociétés matrilinéaires et/ou uxorilocales de Nicole Claude Mathieu (2007) jette un éclairage particulièrement important. Pourtant, il ne suffit pas de changer le sexe des marié-e-s pour altérer les structures des rapports sociaux (Mathieu, 1991 [1989]). En effet, si l’on n’essaie pas de mettre en place d’autres arrangements “économico-sexuels” (pour reprendre le concept de Tabet, 2004) entre les personnes que le « couple », peu de choses auront changé (Falquet, 2006 b). Ainsi que Wittig l’avait clairement indiqué, ce n’est pas tant sur la sexualité lesbienne (homosexuelle ou queer) comme une sexualité “autre” qu’il faut se pencher, mais bel et bien sur l’hétérosexualité comme institution (2001 [1980]).

Rapellons d’abord que l’hétérosexualité construit et naturalise les sexes —non pas tant en vue de la sexualité que du travail. C’est en tout cas ainsi qu’on peut lire Lévi Strauss : selon Gayle Rubin, en affirmant que c’est la division sexuelle du travail, socialement construite, qui oblige à la formation d’unités « familiales » comprenant au moins une femme et un homme, Lévi Strauss a été dangeureusement près de dire que l’hétérosexualité est un processus institué. Elle a montré aussi que la division sexuelle du travail fonctionnait grâce au tabou de la similitude entre hommes et femmes, intimement lié au tabou de l’homosexualité (1998 [1975]). Enfin, il est manifeste qu’indépendamment de ses pratiques sexuelles réelles, la menace d’être stigmatisée comme lesbienne est un puissant moyen de nier à n’importe quelle femme l’accès aux “travaux d’hommes” les plus prestigieux et les mieux rémunérés (Pharr, 1988). Ce que Monique Wittig a condensé dans son affirmation lapidaire : “les lesbiennes ne sont pas des femmes” (2001 [1980]). En effet, en refusant sciemment de s’unir à des hommes, certaines femmes refusent de travailler pour eux —ce sont celles que Wittig a appelées lesbiennes, pour les différencier des femmes ayant des pratiques sexuelles homosexuelles mais ne remettant pas en cause leur lien de travail avec les hommes. Cependant, la question de l’appropriation collective des femmes (Guillaumin, 1992 [1978]) reste entière, tant que l’on ne voit pas que l’hétérosexualité ne construit pas que le sexe.


En effet, l’hétérosexualité intervient aussi dans les processus de reproduction et de naturalisation de la “race” et de la classe. Puissant est le mythe selon lequel les prolétaires et les racisé-e-s naissent “tout naturellement” de l’union hétérosexuelle de deux prolétaires ou de deux personnes racisées. Pourtant, rien n’est plus complexe que d’assurer les unions socialement convenables. Si l’on prend le cas des tensions entourant la production de la “race”, il est intéressant de voir comment une des plus importante des preuves de solidarité de “race” demandée par les hommes racisés aux femmes racisées, est souvent de se marier avec eux et d’élever leurs enfants. Cette question est au coeur du nationalisme (Yuval Davis, 1997), elle a déchiré les peuples colonisés, elle a traversé le mouvement Noir aux Etats-unis (Smith, 1983) et interroge aujourd’hui les descendant-e-s de migrant-e-s. Car la racialisation de l’hétérosexualité n’est pas la même selon le sexe : pour beaucoup d’hommes, l’exogamie “raciale” est un droit, alors que pour la majorité des femmes, l’endogamie « raciale » est un devoir sacré. L’enjeu que constitue, tant pour les majoritaires que pour les minoritaires, l’union de femmes racisées avec des hommes plus “clairs” mériterait d’être approfondi selon les contextes historiques et politiques. D’autant qu’il recoupe des enjeux de classe, où l’hétérosexualité intervient également à plein, mais avec des attentes sexuées différentes. En effet, dans ce domaine, on estime souvent normal que les femmes épousent des hommes d’une classe supérieure ou égale à la leur : il faudrait analyser en quoi la fidélité de classe attendue d’elles est différente de la fidélité de “race”.

Ainsi, la réflexion doit être poursuivie, afin de comprendre comment le système de l’hétérosexualité, fortement structuré par les lois et les politiques de l’Etat national, organise la circulation des personnes selon le sexe, la classe et la “race”, de même que la possibilité d’accéder au marché du travail rémunéré, à l’alliance, à la filiation, à la légitimation et à la possession des enfants et enfin à l’héritage. Etat national et système hétérosexuel sont étroitement unis pour réglementer la circulation des personnes et de leur descendance et leur capacité à contracter, intimement liée à la question de la citoyenneté. Or, on le sait, liberté de mouvement et capacité à contracter sont les piliers de l’accession au travail salarié —sans parler de la propriété. Ce qui permet d’apporter une réponse bien plus complexe à la question de Balibar et Wallerstein : comment est régulée l’assignation de la main d’oeuvre sur le continuum travail salarié-travail dévalorisé-travail gratuit? Pour le dire vite, sous l’égide de l’Etat et des Institutions internationales comme de l’instituition de l’hétérosexualité,  l’illégalisation et même la criminalisation croissante de la migration, l’absence de statut autonome pour la plupart des femmes migrantes et le déni de citoyenneté opposé à de nombreuses femmes pauvres et racisées, migrant-e-s et descendant-e-s de migrant-e-s dans différentes parties du monde et jusque dans leur propre pays, contribuent puissamment à organiser la division du travail et donc à co-former les rapports sociaux de sexe, de “race” et de classe de la mondialisation néolibérale.
*


Pour conclure, il faut réaffirmer que ce que j’ai proposé ici ne sont que des hypothèses de travail esquissées et in progress. Devant la complexité que pose d’emblée la perspective de la co-formation des rapports sociaux de sexe, de “race” et de classe, la tentation est grande de renoncer à toute analyse autre que très empirique et très localisée. Je me suis cependant risquée à tirer quelques fils pour tenter de mieux comprendre la mondialisation néolibérale. On peut constater que les champs restant à explorer sont particulièrement vastes. Récapituler des “résultats” est également difficile : la co-formation invite plutôt à approfondir chaque piste ouverte en étudiant toutes ses ramifications. Je préfère donc ici signaler une dernière question, qui me semble capitale : celle des mécanismes de coercition et de légitimation qui sont à l’oeuvre pour asseoir l’extension de la mondialisation néolibérale.

En effet, les Etats dominants et les Institutions internationales qui s’en font les relais tentent de nous placer toutes et tous, quel que soit le pays, par la persuasion médiatique ou par la force des armes, face à une fausse alternative. En simplifiant, nous avons le choix entre deux avenirs. L’un, dirigé par les Etats-unis avec de nombreux appuis internationaux, nous entraîne dans une perspective de guerre sans fin menée par ceux que j’ai appelé dans un autre travail les “hommes en armes” (Falquet, 2006). Même si le président Bush prétend combattre un ennemi armé (le “terrorisme intégriste musulman”), il existe en réalité une complicité objective entre différents groupes d’ “hommes en armes” dont l’opposition n’est que superficielle, contre la population “civile” dont le paradigme seraient les “femmes de service” réalisant le “travail considéré comme féminin”. Cette guerre permamente permet à la fois de soumettre l’ensemble de la population au contrôle sécuritaire, de lui faire oublier ses intérêts économiques immédiats au profit d’idéaux nationalistes et de séparer les “races”, tout en accumulant d’énormes profits. L’autre avenir n’a guère de mal à apparaître comme plus séduisant. Il s’agit du projet social-démocrate “européen” de semi-plein emploi, d’égalité hommes-femmes et de citoyenneté élargie et participative, profondément réorganisé pour permettre lui aussi plus de profit.


Il est intéressant de voir que des deux côtés, pour tenter de légitimer le projet, le discours de l’égalité des sexes est mobilisé de façon perverse, alors même qu’un projet comme l’autre créent plus de pauvreté et de violence pour la majorité des femmes. Côté “guerre des civilisations”, on voit assez aisément que le discours pseudo-féministe de Bush promettant de “libérer les femmes Afghanes”, et décrit par Zillah Eisenstein comme “féminisme impérial”, n’est rien d’autre qu’un discours impérial typique des savior narratives si bien décrites par Spivak (in Landry & MacLean, 1996), servant à justifier toutes les interventions (néo)coloniales. Il permet aussi, comme on le sait, de faire croire aux femmes des pays du Nord qu’elles occupent une position enviable car elles seraient « plus libérées » que les autres (Mohanty, 2003). Côté néo-social-démocratie, le message est plus subtil, mais tout aussi trompeur. En effet, un certain nombre de réformes légales en faveur des femmes, voire des “minorités” sexuelles, accompagnent un discours enchanteur sur l’accès chaque fois plus égalitaire des femmes au travail salarié, à la politique et à la citoyenneté. Ce discours s’assortit de politiques publiques, migratoires notamment, qui garantissent une certaine substitution pour le “travail considéré comme féminin” à une minorité des femmes et à la plupart des hommes, afin de permettre leur plus grande exploitation dans le travail salarié et surtout, au détriment de vastes pans de la populations mondiale. Ici encore, on voit que cette solution ne saurait être considérée comme satisfaisante, puisqu’elle se construit obligatoirement sur l’exploitation de celles et ceux qui réalisent le “travail considéré comme féminin”, et en particulier sur une profonde division internationale, raciste et sexiste du travail.

Il est d’autant plus important de dépasser cette fausse alternative que ces deux projets, en réalité, sont des frères siamois. Ils sont hypocritement proposés/imposés à l’ensemble des habitant-e-s de la planète alors qu’ils correspondent aux intérêts d’une étroite minorité et qu’ils reposent tous deux sur des bases qui rendent impossible l’extension de leurs “bénéfices” au reste de la population mondiale. La composante radicale du mouvement féministe, comme les franges radicales des mouvements contre le racisme et anti-capitalistes, nous ont appris à espérer mieux. Le néolibéralisme ne mérite pas d’aménagement. Par des luttes qui affrontent simultanément la division sexuelle, sociale et « raciale » du travail, la mondialisation peut prendre d’autres visages, plus conformes à l’extinction progressive ou immédiate des rapports sociaux de pouvoir. Mais ce n’est pas en succombant aux sirènes de celles et ceux qui préconisent de lutter “contre un seul rapport” que nous obtiendrons des victoires significatives. Car la co-formation des rapports sociaux n’est pas un vain mot et la responsabilité du “travail considéré comme féminin” concerne tout le monde.

Bibliographie

AGIER, Michel. 2003. “La main gauche de l’Empire : Ordre et désordres de l’humanitaire ». Multitudes, n°11. Disponible en ligne : http://terra.rezo.net/article344.html

ANDERSON, Bridget. 2000. Doing the dirty Work? The global politics of domestic labour. London : Zed Books. 213 p.

ATTAC. 2003. Quand les femmes se heurtent à la mondialisation. Paris : Mille et une nuits. 189 p.

BALIBAR, Etienne ; WALLERSTEIN, Immanuel. 1988. Race, nation, classe : les identités ambiguës. Cahiers libres. Paris: La Découverte. 
310 p.

BACCHETTA, Paola. 2006. “Quand les mouvements lesbiens à Delhi questionnent les ‘théories féministes transnationales’”, in Falquet, Jules, Lada, Emmanuelle, Rabaud, Aude (coords.) “(Ré)articulation des rapports sociaux de sexe, classe et “race”. Repères historiques et contemporains”. Cahiers du CEDREF. Paris : Université Paris-Diderot, pp. 173-204.

BETTIO Francesca ; PLANTENGA, Janneke. 2004. “Comparing care regimes in Europe”, Feminist Economics, 10 (1), mars 2004. Pp. 85-110.

BETTIO, Francesca ; Simonazzi, Anna Maria ; VILLA P. 2006. « Change in care regimes and female migration: the “care drain” in the Mediterreanean », Journal of European Social Policy, 16 (3), 2006. Pp. 271-285.

BISILLIAT, Jeanne (dir.). 1996. Femmes du Sud, chefs de famille. Paris : Karthala.

BISILLIAT, Jeanne (dir.). 2003. Regards de femmes sur la globalisation. Approches critiques. Paris : Karthala.

BRAUDEL, Fernand. 1985.  La Dynamique du capitalisme. Paris : Arthaud.

CHANG, Grace. 2000. Disposable Domestics: Immigrant Women Workers in the Global Economy. Cambridge, MA : South End Press.

CHAUDHURI, Kirti Narayan. 1990. Asia before Europe : Economy and Civilization of the Idian Ocean from the Rise of Islam to 1750. Cambridge : Cambridge University Press.

COMBAHEE RIVER COLLECTIVE. 2006. “Déclaration du Combahee River Collective”. In : Falquet et Al. (Coord.). (Ré)articulation des rapports sociaux de sexe, classe et “race”. Repères historiques et contemporains. Cahiers du CEDREF. Paris : Université Paris-Diderot. Pp 53-67. [Première parution : 1979. “Black Feminist Statement”. In : Zillah Eisenstein : Capitalist Patriarchy and the Case for Socialist Feminism (Monthly Review Press)].

CRENSHAW, Kimberle. 1995. « The Intersection of Race and Gender ». In : CRENSHAW, Kimberle ; GOTANDA, Neil ; PELLER, Garry ; THOMAS ; Kendal (eds.). Critical Race Theory. The Key Writings That Formed the Movement. New York: New Press.

DAVIS, Angela. 2006. Les goulags de la démocratie. Réflexions et entretiens. Paris : Au diable vauvert. 157 p. (Premère édition : 2005 : Abolition Democracy. Beyond Empire, Prisons and Torture. New York : Seven Stories Press).

DAVIS, Angela. 1983. Femmes, race et classe, Paris : Des femmes. (Première édition en anglais : 1981, Random House, New York).

DEERE, Carmen Diana ; LEON, Magdalena. 2001. Empowering Women : Land and Property Rights ine Latin America. Pittsburgh : University of Pittsburgh Press. 512 p.

DEGAVRE, Florence ; NYSSENS, Marthe. À paraître. “Paid and unpaid care to elderly people : the case of home care workers in Belgium”. Communication au colloque Production and distribution of well being into the family : strategies of remunerated and non-remunerated labour and consumption patterns. Université de Barcelone, 25-27 juin 2007.

DELPHY, Christine. 1998. L’ennemi principal. 1: Economie politique du patriarcat. Paris : Syllepses.

EHRENREICH, Barbara ; HOCHSCHILD, Arlie Russel. (2003). Global Woman : Nannies, Maids and Sex Workers in the New Economy. New York : Metropolitan Books.

EISENSTEIN, Zillah. 2004. Against Empire : feminisms, racism and the West. London, New York : Zed Books ; Melbourne : Spinifex Press. 236 p.

ENLOE, Cynthia. 1989. Bananas, beaches and bases : making sense of international politics. Berkeley : University of California Press.

ENLOE, Cynthia. 2000. Maneuvers : the international politics of militarizing women’s lives. Berkeley and London : University of California Press.

FALQUET, Jules ; HIRATA, Helena ; LAUTIER, Bruno. 2006. “Travail et mondialisation : confrontations Nord-Sud”. Cahiers du Genre, n°40.

FALQUET, Jules. 2006. “Hommes en armes et femmes “de service” : tendances néolibérales dans l’évolution de la division sexuelle et internationale du travail”. Cahiers du Genre, Travail et mondialisation. Confrontations Nord/Sud, n° 40, pp 15-38.

FALQUET, Jules. 2006 b. “Le couple, ‘ce douloureux problème’. Vers une analyse matérialiste des arrangements amoureux entre lesbiennes”. Actes du 5ème colloque international d’études lesbiennes “Tout sur l’amour (sinon rien)”. Toulouse : Bagdam Espace Lesbien. Pp 17-38.

FALQUET, Jules. 2003. “Femmes, féminisme et « développement » : une analyse critique des politiques des institutions internationales”. In : Bisilliat, Jeanne (sous la direction de). Regards de femmes sur la globalisation. Approches critiques. Paris : Karthala. Pp 75-112.

FASSIN, Didier ; MORICE, Alain ; QUIMINAL, Catherine.  (Dirs.). 1997. Les lois de l’inhospitalité. Les politiques de l’immigration à l’épreuve des sans-papiers. Paris : La Découverte. 288 p.

GILROY, Paul. 2003. L’Atlantique noir. Modernité et double conscience. Paris : Kargo. (Première édition : 1993 : The Black Atlantic. Modernity and Double Consciousness.)

GUILLAUMIN, Colette. 1992 [1978]. « Pratique du pouvoir et idée de nature ». In GUILLAUMIN, Colette. Sexe, race et pratique du pouvoir. L’idée de Nature. Paris : Côté-femmes. [Paru initialement dans Questions Féministes, n°2 et 3, février et mai 1978].

GUILLEMAUT, Françoise. 2007. Stratégies des femmes en migration : pratiques et pensées minoritaires. Repenser les marges au centre. Thèse de sociologie et sciences sociales. Université de Toulouse 2.

HILL COLLINS, Patricia. 2005. Black Sexual Politics. African Americans, Gender and the New Racism. New York & London ; Routledge.

HIRATA, Helena ; LE DOARE, Hélène. (Coord.). 1998.  Les Cahiers du GEDISST, n° 21. Les paradoxes de la mondialisation. Paris : L’Harmattan.

HOCHSCHILD, Arlie Russel. 2000. “Global Care Chains and Emotional Surplus Value”, in : Hutton, W. ; Giddens, A. (eds.). On the Edge : Living with Global Capitalism, New York : Free Press.

HOCHSCHILD, Arlie Russel. 2002. “Love and Gold”. In : Ehrenreich, B.; Hochschild, A. R. (eds.). Global Women : Nannies, Maids and Sex Workers in the New Economy, New York : Henry Holt and Company.

HONDAGNEU-SOTELO, Pierrette. 2001. Domestica :  Immigrant Workers Cleaning and Caring in the Shadows of Affluence.  Berkeley: University of California Press.

KAHN, Susan Martha. 2007. Les enfants d’Israël. Une approche culturelle de l’assistance médicale à la procréation. Paris : L’Harmattan, Bibliothèque du féminisme.

KERGOAT, Danièle. 2008. « Dynamique et consubstantialité des rapports sociaux », in : Dorlin, Elsa (dir.), Sexe, classe, race. Pour une épistémologie de la domination, Paris, PUF.

KOFMAN, Eleonore ; PHIZUCKLEA, Annie ; RAGHURAN, Parvati ; SALES, Rosemar. 2001. Gender and International Migration in Europe : Employment, Welfare, and Politics. London : Routledge.

LANDRY, Donna, MAC LEAN, Gerald (Eds.). 1996. The Spivak Reader. New York and London : Routledge.

LESSELLIER, Claudie. 2003. « Femmes migrantes en France : le genre et la loi ». In Hersent, Madeleine ; Zaidman, Claude (coord.), Genre, travail et migrations en Europe, Cahiers du CEDREF, Publications Paris VII, décembre 2003, pp. 45-61.

MARCHAND, Marianne ; SISSON RUNYAN, Anne (editors). 2000. Gender and Global Restructuring. London and New York : Routledge.

MATHIEU, Nicole Claude. 1991. “Identité sexuelle / sexuée / de sexe ? Trois modes de conceptualisation du rapport entre sexe et genre”. In : Mathieu, Nicole Claude. L’anatomie politique, Catégorisations et idéologies du sexe. Paris : Côté Femme. Pp 227-266. (Première publication en 1989 : Daune Richard et Al., Catégorisation de sexe et constructions scientifiques, Aix : Université de Provence).

MATHIEU, Nicole Claude (Dir.). 2007. Une maison sans fille est une maison morte. La personne et le genre en sociétés matrilinéaires et/ou uxorilocales. Paris : Editions de la Maison des Sciences de l’Homme. 503 p.

MOHANTY, Chandra. 2003. Feminism Without Borders. Decolonizing Theory, Prcaticing Solidarity. Duke University Press : Durham & London.

MOUJOUD, Nasima. 2007. Migrantes seules du Maroc sans papiers en France : dominations imbriquées et résistances individuelles. Thèse de doctorat en Anthropologie. Paris : EHESS.

MOULIER BOUTANG, Yann. 1998. De l’esclavage au salariat. Économie historique du salariat bridé. Paris : PUF.

NAKANO GLENN, Evelyn. 2002. Unequal Freedom : How Race and Gender Shaped American Citizenship and Labor. Cambridge, MA : Harvard University Press.

OSO, Laura. 2003. « Migration et trafic de femmes latino-américaines en Espagne : service domestique et prostitution ». In : Zaidman & Hersent (coords.) Genre, travail et migrations en Europe. Cahiers du CEDREF.  Pp 163-187. 271 p.

OSO, Laura. A paraître. “Migration, genre et foyers transnationaux : un état de la bibliographie”. Cahiers du CEDREF.

PAPERMAN, Patricia, LAUGIER, Sandra. 2005. Le souci des autres. Ethique et politique du care. Paris : Editions de l’Ecole des hautes Etudes en Sciences Sociales. 348 p.

PARRENAS, Rhacel. 2002. Servants of Globalization. Women, Migration and Domestic Work. Standford : Standford University Press, 309 pp.

PHARR, Suzanne. 1988. Homophoby : a weapon of sexism. Little Rock : Chardon Press.

PHETHERSON, Gail. 2001. Le prisme de la prostitution. Paris : L’Harmattan, Bibliothèque du féminisme. (Première publication : 1996 : The Prostitution Prism. Amsterdam University Press.)

RAVENSTEIN, Ernest George. 1885. “The laws of migration”, Journal of the Statistical Society, London, 48(2), 167-227.

RUBIN, Gayle. 1998. L’économie politique du sexe : transactions sur les femmes et systèmes de sexe/genre. Paris : Cahiers du CEDREF n°7. (Première publication en anglais : 1975 : « The Traffic in Women : Notes on the ‘political economy’ of sex », in Rayna REITER (ed.), Toward an Anthropology of Women, New York and London, Monthly Review Press).

SAINSBURY, Diane. 1993. Gendering Welfare States. London : Sage (Modern Politics Series).

SASSEN, Saskia. 1991. The Global City : New York, London, Tokyo. Princeton, N. J. : Princeton University Press.

SMITH, Barbara. (Ed.). 1983. Home girls : a black feminist anthology. New York : Kitchen Table/Women of Color Press.

STRÖBL, Ingrid. 1994. Fruto extraño. Sobre política demográfica y control de población. Montevideo : Cotidiano Mujer. Première édition en allemand, 1991.

TABET, Paola. 1998. “Fertilité naturelle, reproduction forcée”. In : Tabet, Paola : La construction sociale de l’inégalité des sexes. Des outils et des corps. Paris : L’Harmattan, Bibliothèque du féminisme. Pp77-204. (Première publication in : Mathieu, Nicole Claude. L’arraisonnement des femmes. Paris : Editions de l’EHESS.)

TABET, Paola. 2004. La grande arnaque. Sexualité des femmes et échange économico-sexuel. Paris : L’Harmattan, Bibliothèque du féminisme. 207 p.

TERRAY, Emmanuel. 1999. « Le travail des étrangers en situation irrégulière ou la délocalisation sur place ». In BALIBAR, Etienne ; Chemillier Gendreau, Monique ; Costa-Lacoux, Jacqueline ; Terray, Emmanuel. 1999. Sans papiers : l’archaïsme fatal. Paris : La Découverte. Pp 9-34.

TRAVAIL, GENRE ET SOCIETE. 2001. 
Femmes providentielles, enfants et parents à charge. N° 6, octobre 2001.

WALBY, Silvia. 1990. Theorizing Patriarchy. Oxford, Cambridge : Blackwell.

WALBY, Sylvia. 1997. Gender Transformations. London : Routledge.

WALLERSTEIN, Immanuel. 1974, 1980 et 1989. The Modern World System  (I, II & III). New York : Academic et Cambridge University Press.

WICHTERICH, Christa. 1999. La femme mondialisée. Paris : Solin, Actes Sud. 263 p.

WITTIG, Monique. 2001. La pensée straight. Paris : Balland. 157 pp. (Première publication en français : “La pensée straight”. Questions Féministes n°7, 1980, et « On ne naît pas femme », Questions Féministes n°8, 1980).

YUVAL-DAVIS, Nira. 1997. Gender and Nation. Londres : Sage Publications.157 p.

Publicités

Une Réponse to “Repenser les rapports sociaux de sexe, de classe et de “race” dans la mondialisation néolibérale 
”

  1. Anonyme Says:

    Bonjour, je souhaiterais enterrer la hache de guerre, pensez-vous que ce soit possible ? Merci..


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s