Colette Guillaumin: La colère des opprimées

03/11/2009

Sur http://marginaliavincenzaperilli.blogspot.com…

Est-ce que la théorie est une place forte ? Ou est-ce qu’elle est une chasse gardée ? Ou bien plutôt qu’est-ce que la théorie ?

Les minoritaires – et on entendra ici par minoritaires non ceux qui seraient forcement en nombre moindre mais bien ceux qui dans une société sont en état de moindre pouvoir, que ce pouvoir soit économique, juridique, politique … les minoritaires donc, dans quelque société que ce soit, sont dans une position singulière en ce qui concerne les productions intellectuelles: le plus souvent ils haïssent la théorie, la connaissant pour ce qu’elle est, le verbiage sacerdotal de ceux qui qui les dominent, ce qui sort de la tête et de la bouche de ceux qui disposent de la force (outils, armes concrètes, police, armée) et de la nourriture (salaires, terres, biens …). Dans la relation majoritaire/minoritaire la force, les biens et la liberté individuelle qui en découlent étant des caractéristiques du dominant, l’expression institutionnalisée de sa conscience et de sa vue de la situation est la seule a être publiée, diffusée, et glosée. Cela alors se nomme « théorie ». De plein droit. Qu’ils aient nom Malthus ou Hegel, Comte ou Gobineau, ou qu’ils aient été, bien avant eux, les théologiens, ils produisent ce qui pour les minoritaires est un cauchemar, eux qui ne savent d’ailleurs même pas le plus souvent les détails académiques de l’affaire, se contentant de connaître, en pratique et quotidiennement, par la contrainte, par le mépris subi, par la faim, que le place ils n’en ont que soumise toujours, mortelle parfois. Place du silence, de l’infériorité, de la menace diffuse. Menace à certains moments effroyablement précise, dans le coups, le meurtre. Et toujours à chaque instant le travail à fournir, la présence à ne pas faillir, l’attention à ne pas relâcher. Alors ne peuvent parler que l’amertume et la fureur; la pensée qui s’élabore, la, jamais n’est appelée théorie. Langage d’invective, de sarcasme, de passion refrénée. D’ironie et de noir blasphème, ou bien de désespoir blessé.

[Colette Guillaumin, « Femmes et théories de la société: remarques sur les effets théoriques de la colère des opprimées » (1981), in Sexe, Race et Pratique du pouvoir ]

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