La lettre à Pierre Bergé

21/11/2009

par vverité

Bonjour PB,

J’ai été très choquée par Peillon et sa façon publique de maltraiter Royal.
Venant d’un politique (de gauche qui plus est !), c’est inadmissible.

… Parler de « psychiatrie lourde » en désignant ce qu’elle faisait…

QU’EN AVEZ VOUS PENSÉ P.B. ?
EST-CE QUE VOUS VOUS SOLIDARISEZ A SES MOTS ?

Personnellement, je vous donne mon avis : je trouve ce genre de phrase particulièrement violent.

Il s’agit là d’argumentaires dangereux qui contiennent une idéologie réactionnaire et nauséabonde qu’on ne doit pas laisser passer sans rien dire.

Faut-il faire remarquer qu’en utilisant ces mots pu-bli-que-ment (j’insiste sur la démarche publique car elle est fondamentale dans cette affaire), Peillon essaye évidemment de discréditer Royal politiquement mais aussi, intimement ?

Double violence, assez inhabituelle en politique.

Creuser le sillon toxique déjà esquissé par les Lefbevre and co (du PS).
Rajouter au matraquage psychologique.
Quel est le but de tous ces mots ?
Beaucoup ont déjà compris :

« Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage ».
Peillon avec cette phrase lâchée publiquement, tente de tuer psychologiquement Royal pour la réduire politiquement à ce qu’il rêve qu’elle devienne : une folle.

Comme je le disais, ces méthodes de tentative de discrédit et de harcèlement par l’intime sont peu courantes dans l’histoire politique.
Pour autant, il existe une histoire politique où elles étaient très utilisées :

L’histoire politique des femmes.

En effet, et pour rappel, dans le passé les hommes (et certaines femmes complices) désireux de conserver leur domination masculine et leur POUVOIR sur les femmes, traitaient SYSTÉMATIQUEMENT les féministes de folles et d’hystériques quand elles revendiquaient, lisez bien :

– le droit de vote
– le droit au travail
– le droit de porter des pantalons.
– d’avoir un compte bancaire
– de penser librement
– d’étudier à l’école

Le droit simplement d’exister à l’égal des hommes !

A l’époque, on allait même plus loin dans la démarche : la mort était régulièrement au bout du couloir pour toutes ces dingues. Les lois sur les femmes permettaient beaucoup de choses, avec une facilité déconcertante…

Hé oui, et non, les femmes n’ont pas toujours mis des pantalons de façon insouciante…
Il fut un temps où on les tuait pour avoir osé l’impensable !

Et, quand ça n’était pas la mort, c’était l’internement pour elles.
Ou la lobotomie.
Au choix du papa
– du frère
– du juge
– du médecin
– ou du politique

Avec LE fameux argument d’une folie qui aurait frappée et qui nécessiterait des soins intensifs pour calmer tout ça.

Poser ces femmes dans les asiles. Quelle jouissance…
Leur détruire le cerveau, quel plaisir.

Eliminer cette population dérangeante qui se mettait à penser le monde autrement, quelle nécessité, n’est-ce pas ?

Oui, l’argument de la folie a une histoire.

Et les femmes qui avancent ou qui font avancer les choses, ont toujours eu à subir cette histoire là.

ROYAL DONC N’ECHAPPE PAS À LA RÈGLE.
Puisque c’est une femme qui ose avancer, qui ose poser de l’ambition et du symbole pour les femmes… Il est tout naturel de vouloir l’éliminer.
La rayer.
Alors ?
Folle.
Le mot est lâché.

Quatre ans qu’elle subit ce harcèlement continuellement en arrière fond de sa vie.
Quatre ans… Internet est rempli de cette violence et témoignera devant l’Histoire de ce que nous étions encore capable de faire aux femmes qui changent la donne pendant ce 21ème siècle.

Comment ? J’ai osé dire « qui change la donne » ?

Réussir à arriver au second tour d’une élection présidentielle pour une femme.
Ca n’est pas changer la donne historique ?
Si, et en France, ça se paye.

Oser se poser féministe revendiquée, ça n’est pas poser du symbole pour les femmes ?
Si, et en France, ça se paye.

Alors, ils utiliseront la folie comme ultime moyen d’extinction de la race qu’elle ose inventer.

La folie, c’est LEUR argument préféré.
Le seul qu’ils ont aussi.
Celui qui leur brûle les lèvres.
Le bûcher ? Ils en bavent… Ils en crèvent.

C’est donc, tout « naturellement » qu’aujourd’hui, nous montons d’un cran dans la traque de la femelle insoumise.
Ecoutez bien ce qui se passe en ayant bien en tête notre histoire des femmes :
Peillon, l’homme politique – l’homme de pouvoir – celui qu’on crédite – ose enfin utiliser publiquement la folie pour parler de cette femme qui lui pose problème politique.
C’est dans le texte et c’est volontaire… C’est un procédé d’extermination.

Sortez vos mouchoirs et préparez-vous messieurs – dames : la lobotomie n’est pas loin… Demain pourquoi pas sur vos écrans de Téléréalité ?
Fut un temps, on les brûlait en place publique.

Ca peut revenir. Tapez 1, tapez 2.
Tout d’ailleurs peut revenir…
Tapez 1, tapez 2.
Terminé le travail, le vote, les études, la liberté…

On pourrait rire de tout ça, d’ailleurs je vois d’ici les premiers badauds s’esclaffer et chercher du bois pour le bûcher de la sorcière.
Des beaufs, il en faut.
Des cons aussi.
L’inconscience a toujours existé et aura toujours son mot à dire.
Viendra sans doute le jour où nous les femmes nous devrons retirer les pantalons et rendre nos cartes d’électeurs à force d’avoir trop laissé ces gens rire de tout.
Parce qu’une nouvelle loi sera tombée.
Et paf.
Tout ces choses, ça se tricote au quotidien. Avec des mots comme « folie ».
Le diable se niche toujours dans les détails.

Non, ne nous trompons pas, cette façon d’utiliser la folie pour détruire le crédit politique d’une femme n’est pas un détail risible de la vie politique…

« Ca » contient une idéologie spécifique.
« Ca » connote.
La mort des femmes qui s’engagent à changer des choses.

PIERRE BERGÉ, RÉFLÉCHISSEZ À CE QUE VOUS PERMETTEZ OU NE PERMETTEZ PAS.
CAR VOUS AVEZ VOTRE PART DE RESPONSABILITÉ DANS TOUT çA…
FAIRE DE LA POLITIQUE OUI.
FAIRE DE LA POLITIQUE COMME çA, AVEC CES MOTS LÀ, NON.

Et puis, faut-il aussi préciser d’autres ramifications qui vous concerneront ?

Ces féministes qu’on traitait de folles pour les tuer psychologiquement, politiquement ou physiquement ont toujours été aux cotés des homosexuels pour leur permettre d’accéder à leurs droits fondamentaux les plus élémentaires.

Pourquoi ? Parce que ces femmes CONSCIENTES sentaient que les homosexuels vivaient les mêmes maltraitances qu’elles.
Parce qu’ils étaient leurs frères d’âme…

Pour rappel historique : l’homosexualité était considérée il y a encore de ça quelques temps par la bienpensance dominante (= les journalistes, les politiques, le peuple) comme une maladie mentale relevant de la psychiatrie lourde.

Des lois avaient d’ailleurs été posées de façon claire sur le sujet, dans notre société.
Qui faisaient ces lois ?
Les mêmes qui criaient à la folie quand ils voyaient une femme avancer politiquement ou un(e) homosexuel(le) tenter d’exister et d’assumer sa vie.
Les assassins.

Peillon et Lebfevre du passé. La merde politique qui vomit la mort de l’autre parce qu’il est différent.

Avec dans leur bouche, toujours le même argumentaire de destruction psychologique.
Folie.

Discrédit par l’intime.

Des mots violents qui ont poussé beaucoup d’hommes et de femmes à se suicider concrètement ou socialement.
Des mots qui ont entraînés beaucoup d’individus à la mort ou à la vraie folie.

Alors, encore aujourd’hui ce type d’argument dans la bouche de Peillon ?
Je dis non.

STOP !

A QUEL MOMENT PIERRE BERGÉ ÊTES-VOUS RESPONSABLE ?

QUAND VOUS LAISSEZ DIRE OU LAISSEZ FAIRE…

Dorénavant Peillon est à mes yeux suspect et porteur d’une certaine idéologie qui n’a rien à voir avec une politique dite de gauche.
Et implicitement vous serez à mes yeux contaminé, si vous ne vous démarquez pas de sa posture réactionnaire.

Qu’il puisse traiter Royal  de folle en privé, c’est son problème… Mais qu’il ose le verbaliser dans une interview du haut de sa responsabilité politique, ça devient NOTRE problème.
Le problème d’une société face aux femmes qui avancent et qui prennent du pouvoir. Et ce, que ce soit avec leur manque, leurs difficultés. Peu importe. Ayons au moins le respect de ce qu’elles entreprennent et de ce qu’elles tentent dans des sphères traditionnellement dédiées aux hommes.
Ne les lynchons pas par l’intime.

Qui plus est, par respect pour les gens qui souffrent de réelles folies lourdes (pour des raisons souvent dramatiques), je demande que les politiques et responsables ou gens de pouvoir arrêtent d’utiliser ce type « d’insultes » par l’intime et surtout publiquement !

Bye Pierre BERGÉ

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3 Réponses to “La lettre à Pierre Bergé”

  1. Anonyme Says:

    En tant que femme, je suis outrée par l’extrême violence verbale de Vincent Peillon vis-à-vis de Ségolène Royal. Les femmes doivent se mobiliser contre les violences infligées aux femmes en politique et dénoncer le comportement de Peillon avec la plus grande fermeté. Ce Monsieur a repris les vieux clichés machistes appliqués aux femmes pour insulter MMe Royal.
En le faisant, il s’est disqualifié lui-même.

  2. emelire Says:

    D’un autre côté, c’est Peillon qui se montre en train de pêter un cable … aussi peu de maîtrise de soi pour un homme politique, ça le discrédite beaucoup. (je dis ça pour nous remonter le moral aussi …) Sa haine est à la hauteur de la force et du flegme de Royal … oh qu’elle doit les énerver !


  3. « oh qu’elle doit les énerver ! »

    Comme tu dis et j’avoue que ce n’est pas pour me déplaire ;-)


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