La folie des femmes : maladie ou santé ? suivi de « Histoire de la psychiatrie : la pratique de la lobotomie »

24/11/2009

La folie des femmes : maladie ou santé ?

Publié le 1 novembre 2007 – 3:06pm par Johanne

Sans préjudice…pour la santé des femmes. Numéro 17, Hiver 1999

sur http://rqasf.qc.ca/sp17_article04


En 1981, Louise Guyon, Roxanne Simard et Louise Nadeau jetaient un pavé dans la mare de la psychiatrie avec leur désormais célèbre Va te faire soigner, t’es malade. Elles y dénonçaient le prix que les femmes avaient à payer pour être perçues comme «normales». Ce prix était la médicalisation et la psychiatrisation de leur vécu en santé mentale. Considérées «malades» parce que leurs conditions de vie les amenaient à manifester de la détresse et de la dépression, elles étaient alors davantage et plus sévèrement diagnostiquées que les hommes, elles étaient hospitalisées plus longuement et recevaient davantage de médicaments.

En 1996, Louise Guyon récidivait et publiait Au-delà des apparences. Analysant les résultats des grandes enquêtes faites auprès des populations au cours des dix dernières années, elle démontre que la situation n’a pas tellement changé. Elle précise que les jeunes femmes semblent les plus vulnérables à la détresse psychologique, celle-ci touche particulièrement les plus pauvres et l’on sait que le taux de pauvreté est plus élevé chez les femmes que chez les hommes.

Silence troublant des politiques gouvernementales

Entre ces deux moments, force est de constater le silence troublant des politiques gouvernementales face à la santé mentale des femmes. En effet, en 1989, on adoptait une Politique de santé mentale muette sur la question. Durant les trois années consacrées à sa mise en œuvre, on a réussi à bâtir des plans régionaux d’organisations de services (PROS) ou encore une fois – à quelques exceptions près – les femmes sont ignorées. Enfin, les dernières Orientations ministérielles pour la transformation des services en santé mentale n’en disent pas plus. Et ceci, malgré la publication de l’avis du Comité de la santé mentale du Québec sur Le défi de l’égalité: santé mentale des hommes et des femmes paru en 1992. Malgré aussi le constat fait par le gouvernement lui-même en 1993 dans sa propre politique en matière de condition féminine où il admettait l’échec de l’amélioration de la santé mentale des femmes depuis les dix dernières années. Malgré enfin les recommandations du comité de travail sur les services de santé mentale offerts aux femmes contenues dans le rapport Écoute-moi quand je parle! dont les travaux avaient justement pour but d’enrichir la politique de santé mentale en y intégrant la spécificité des femmes.

Visages de la violence psychiatrique

Comment expliquer la persistance de cette situation? Un ensemble de facteurs bien connus et très documentés: position socio-économique précaire des femmes, rôles sociaux encore largement traditionnels, transformations de la famille assumées encore massivement par les femmes. À ces facteurs, il importe d’ajouter ce qu’il ne faut pas hésiter à nommer la violence de la psychiatrie envers les femmes.

Violence de l’étiquette «malade mentale»: les critiques féministes ont souvent dénoncé la notion même de «maladie mentale» en la considérant comme une condition reflétant les inégalités, l’exploitation et l’oppression produites par la situation sociale désavantageuse des femmes. Cette étiquette souvent appliquée aux personnes qui ont moins de pouvoir, sert les objectifs de contrôle social de ses utilisateurs. C’est un moyen utilisé par une psychiatrie biaisée et sexiste qui considère injustement les comportements des femmes comme des «maladies».

Violence du modèle médical : en cherchant les causes de la souffrance et des difficultés des femmes exclusivement dans leurs gènes, hormones, dysfonctionnements physiologiques, cerveaux défectueux, «constitution féminine»,«vulnérabilité biologique», «faiblesse congénitale», manque d’habiletés et passant sous silence leur histoire, leur développement, leurs conditions de vie en tant que femmes. Ce modèle dévalue systématiquement le comportement des femmes, le rejette et le considère pathologique. Des critiques féministes expliquent la surreprésentation des femmes en psychiatrie par le fait qu’elles devaient affronter en tant que «patientes» un monde dominé par des hommes qui ont intégré toute une série de mythes à propos d’elles, des rôles sexuels stéréotypés et de l’infériorité féminine.

Violence de la classification psychiatrique : nous sommes passé de 60 «maladies mentales» en 1952 à plus de 250 en 1994!!! élargissant ainsi le contenu des diagnostics psychiatriques, le champ d’action et le pouvoir des biopsychiatres, car le pouvoir de nommer confère le pouvoir de contrôler. En général, les diagnostics ne sont ni fiables, ni valides et l’attribution de mauvais diagnostics est chose courante. Plusieurs chercheur-es ont démontré que l’établissement de tout diagnostic implique une série de suppositions à propos des rôles sociaux, de la classe sociale, de la race, de l’âge ou du sexe de la personne. Ainsi, les critiques féministes ont amplement démontré le sexisme inhérent à l’attribution des diagnostics psychiatriques:

•    Elles ont protesté contre l’inclusion dans le manuel de classification psychiatrique d’un syndrome appelé Paraphilic Coercive Disorder, un diagnostic souvent attribué aux violeurs leur permettant de plaider «non coupables» pour cause de trouble mental. Ce diagnostic n’a été écarté qu’au début des années 1990!
•    Mêmes protestations contre le syndrome de la personnalité défaitiste. Les symptômes associés à ce syndrome: faible estime de soi, sentiments d’impuissance, difficulté à s’affirmer et à se défendre. Ces caractéristiques sont souvent associées aux femmes victimes de violence et d’abus sexuels. Ce diagnostic pouvait être utilisé contre les femmes dans les recours exercés pour obtenir les droits de garde des enfants et dans les causes de harcèlement sexuel. Il ne fût écarté qu’au début des années 1990!
•    Les diagnostics actuels de dépression post-partum, syndrome associé à la ménopause, et syndrome prémenstruel sont aussi l’objet de vives contestations. Ces diagnostics, qui couvrent la majeure partie du cycle reproducteur des femmes, seraient utilisés pour justifier les théories biologiques permettant d’attribuer la «folie» des femmes aux effets dangereux des hormones féminines et de la situer dans le corps féminin.

Violence des «traitements»: la médication constitue très souvent la seule réponse de la psychiatrie à la souffrance des femmes. Pour certains chercheur-es, les neuroleptiques sont de véritables «camisoles de force» et peuvent avoir l’effet d’une «lobotomie chimique». Leurs effets secondaires affectent la personne dans son intégrité. Or, c’est aux femmes qu’on prescrit davantage de médicaments et de tranquillisants. Plusieurs féministes soutiennent que la médication est souvent utilisée pour faire taire la détresse des femmes. Aussi, c’est principalement aux femmes, surtout à nos aînées, que les psychiatres prescrivent les électrochocs – «traitement» encore hautement controversé dont plusieurs associations de psychiatrisées réclament l’abolition. Enfin, on dénonce la pratique de la coercition: les traitements forcés, les hospitalisations contre le gré des personnes et les contentions (immobilisations des personnes).

Violence du système judiciaire: sous l’influence de la psychiatrie, elle soustrait la garde des enfants aux femmes considérées «malades mentales». Des recherches ont démontré l’isolement, le sentiment d’impuissance et l’ignorance dans laquelle les femmes sont maintenues par rapport à leurs droits.

Que faire?

Devant le silence du gouvernement, devant la violence de la biopsychiatrie envers les femmes, que faire sinon reprendre le combat par et avec celles-là mêmes qu’on dit «folles», par et avec les femmes scrapées, scrapées dans leur corps, leur tête, leur cœur? comme le chante si bien la compositrice interprète, Marie Savard.

Lorraine Guay

Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec

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Histoire de la psychiatrie : la pratique de la lobotomie

(A. Bottéro)

http://www.neuropsychiatrie.fr

Neuropsychiatrie : Tendances et Débats 1998 ; 1 : 9-14

Tandis que trois articles récents reviennent dans le détail sur les origines de la psychochirurgie et documentent  les débats d’emblée houleux qui s’en suivirent (1, 2, 3), un ouvrage que vient de publier aux Etats-Unis le psychiatre et historien de la psychiatrie Joel Braslow (UCLA) (4), permet pour la première fois de se faire une idée assez conforme à la réalité des conditions d’application pratiques des techniques de lobotomie, lors d e leur utilisation massive par la psychiatrie hospitalière de la fin des années quarante. C’est en s’intéressant aux divers traitements pratiqués par les psychiatres au cours du siècle, avant que ne soit mis à leur disposition les premiers psychotropes, que J. Braslow a été confronté à la vague d’enthousiasme pour la psychochirurgie qui devait provisoirement s’emparer de l’esprit de nombreux psychiatres. A quels traitements faisait-on couramment appel, dan s les asiles, avant l’introduction des neuroleptiques ? Comment étaient-ils appliqués, dans la pratique ? Comment se négociaient leurs indications ? Quel type de relation avec les patients ces approches thérapeutiques supposaient-elles ? Quelles représentations de la maladie mentale pouvaient-elles véhiculer ? Telles sont quelques unes parmi les multiples questions auxquelles Braslow s’est efforcé d e répondre, par une étude systématique des archives médicales de deux grands hôpitaux psychiatriques californiens : le Patton State Hospital (100 km à l’est de Los Angeles), et le Stockton State Hospital (120 km à l’est de San Francisco).

Les pathologies traitées dans ces deux centres entraient dans quatre catégories diagnostiques principales :
démence précoce ou schizophrénie, maladie maniaco-dépressive, paralysies générales d’origine syphilitique et psychoses séniles ou d’origine vasculaire. A eux seuls, les diagnostics de démence précoce et de maniaco-dépression représentaient entre 25 et 50 % des motifs de première hospitalisation. Il faut garder à l’esprit que la couverture médicale dont bénéficiaient alors les patients hospitalisés en psychiatrie était particulièrement réduite : un médecin diplômé pour 346 patients, en moyenne, pour l’ensemble des centres psychiatriques californiens, et même un peu plus faible encore pour l’hôpital de Stockton, où l’on ne recense qu’un seul médecin pour 460 patients hospitalisés au début des années trente.

Quels étaient les principaux traitements pratiqués ? Pour l’essentiel, diverses variantes d’hydrothérapie, un
ensemble d’activités à caractère ergothérapique, la malariathérapie (impaludation de Julius Wagner von Jaurreg, 1917), les thérapeutiques par chocs (au cardiazol, rapidement supplanté par l’électrochoc) et la psychochirurgie à partir de 1947. L’insulinothérapie de Sakel fut peu pratiquée à Stockton, sur une courte période étendue de 1940 à 1942.

1.  L’essor de la lobotomie aux Etats-Unis

L’introduction de la lobotomie dans la psychiatrie américaine date de 1936 : Walter Freeman et James Watts se firent les inlassables propagateurs de l’expérimentation thérapeutique proposée en 1935 par le neurologue portugais Egas Moniz. Freeman avait été enthousiasmé par les tentatives expérimentales de Moniz (qui devaient valoir à ce dernier le prix Nobel de médecine en 1948). Il s’était convaincu que l’efficacité de la lobotomie de Moniz découlait de l’interruption des circuits fronto-thalamiques. Son modèle pathogénique des troubles mentaux justifiant l’intervention était simplissime. Le thalamus était tenu pour siège ou intermédiaire-clé des processus émotionnels, devenus pathologiques en raison du trouble mental. Il suffisait d’interrompre la diffusion des affects thalamiques anormaux vers le centre supérieur des idées, localisé au niveau des lobes frontaux, en sectionnant les fibres fronto-thalamiques de la substance blanche, à l’aide d’un scalpel baptisé leucotome en la circonstance, pour libérer la raison de contraintes émotionnelles pathogènes. La schématisation anatomo-pathologique offrait l’avantage d’une solution chirurgicale claire et, sur cette base, Freeman et son collègue Watts avaient perfectionné la technique, plutôt rudimentaire, de Moniz, en proposant leur « leucotomie préfrontale standard » (1937). Celle-ci revenait à sectionner les fibres fronto-thalamiques par un mouvement de va-et-vient du leucotome introduit par des trous latéraux, 6 cm au dessus de l’arcade zygomatique, à hauteur des sutures coronales. Par la suite, Freeman cherchera à réduire les graves troubles de la personnalité qui résultaient de la leucotomie standard, en développant une procédure moins destructrice : la « leucotomie transorbitale » (1946), par voie d’abord antérieure, supra-oculaire, qui possédait en outre l’avantage d’être beaucoup plus rapide et de ne nécessiter aucune formation neurochirurgicale pour être pratiquée. N’importe quel psychiatre pouvait réaliser l’intervention en une demi-heure, comme Freeman n’aura de cesse d’en faire la réclame d’un hôpital à l’autre.
Mais la leucotomie transorbitale n’aura aucun succès : elle fut rapidement considérée comme moins efficace…

Les débuts de la lobotomie furent lents, toutefois. On considérait la méthode peu efficace chez les schizophrènes. Les avis changèrent à ce sujet, à partir de 1940, pour estimer que ces patients en tiraient un bénéfice thérapeutique qui méritait de leur faire courir les risques de l’intervention. De 1940 à 1944, 684 lobotomies furent réalisées aux Etats-Unis. Le rythme s’accélère à la fin de la guerre. Freeman s’est lancé dans une campagne acharnée pour diffuser la technique à un maximum d’hôpitaux psychiatriques, et ses efforts vont rapidement porter leurs fruits: pour la seule année 1949, 5 000 patients seront opérés. En 1951, 20 000 patients ont déjà été lobotomisés. Cette fièvre chirurgicale devait retomber très vite, dès l’introduction de la chlorpromazine aux USA, soit en 1954, si bien qu’au début des années soixante, l’intervention est devenue rarissime.


A l’Hôpital Psychiatrique de Stockton, la première patiente opérée le fut en 1947. Prénommée Emily, elle était née en 1914 et se trouvait hospitalisée depuis 1940, avec un diagnostic de « psychose associée à une déficience mentale ». L’intervention fut décidée en raison de l’échec complet de toutes les ressources thérapeutiques destinées à contrôler ses troubles du comportement, son incessante agitation, ses passages à l’acte violents. Emily avait subi, entre autres, 450 électrochocs, sans en retirer la moindre amélioration  clinique ! L’opération, pratiquée le 8 mars 47, était une lobotomie frontale. Emily fut améliorée, pour une brève période seulement, si bien que l’équipe médicale proposera une réintervention quatre ans plus tard. Sans obtenir plus de succès : les notes d’observation constatent au lendemain de cette seconde tentative qu’Emily reste « bruyante », « excitée », qu’elle « chante, se déshabille à tout propos, se montre très désordonnée, ne coopère pas ». En 1956 l’évaluation clinique classera définitivement cette patiente parmi les échecs de la lobotomie. Elle restera hospitalisée 17 ans encore à Stockton…

L’engouement pour la psychochirurgie sera de courte durée à Stockton. Inaugurée en 1947, elle s’achève sept ans plus tard, en 1954. En 1948, cinq centres hospitaliers californiens pratiquent régulièrement des lobotomies. En 1952, ce sont tous les hôpitaux psychiatriques de l’Etat Californien, sans exception. On ignore le nombre exact de lobotomies réalisées en Californie. 590 peuvent être tout de même comptabilisées jusqu’à 1950, puis le décompte devient incertain. Il est cependant possible pour le seul hôpital de Stockton, où Braslow recense 245 lobotomies pratiquées entre mars 47 et juin 54, date de l’ultime opération dans cet établissement. Comme 13 patients furent opérés à deux reprises, ces chiffres signifient que 232 patients furent opérés en sept années de pratique dans cet hôpital.

2.  245 lobotomies de pratique courante

Braslow s’est livré à une analyse des dossiers de tous les cas opérés, afin de préciser les motifs conduisant à la décision opératoire. La race des patients n’intervenait manifestement pas, l’âge non plus ; compris entre 19 et 88 ans, il se situait, en moyenne, autour de 41 ans. Quatre médecins réalisèrent à eux seuls la grande majorité des interventions (Freeman en accomplit au moins une, lors de sa tournée en Californie, pour initier les psychiatres à sa technique simplifiée, par voie transorbitale).
La décision d’opérer était collective, prise à l’issue d’un « staff de lobotomie », qui réunissait le chef des services cliniques, le chirurgien, le directeur de l’hôpital, le psychiatre en charge du patient, et, éventuellement, ses infirmiers. Le staff obéissait à un rituel bien codifié : présentation de l’observation, interrogatoire du patient, discussion, décision thérapeutique. La plupart de ces staffs étaient sténotypés, ce qui permet de se faire une idée rétrospective du cheminement décisionnel. Dans la majorité des cas, le mot final appartenait au chef des services cliniques ou au directeur de l’hôpital (lui-même médecin), mais aucun désaccord majeur ne transpire de ces réunions.

Les actes répétés de violence et de désespoir, les crises de rage incontrôlables, l’insubordination impossible à contenir sont le genre de circonstances caractéristiques qui orientaient vers la discussion d’une lobotomie, lorsque l’échec des mesures thérapeutiques classiques était patent. La procédure légale imposait le consentement des proches. Une lettre leur était donc adressée, les informant de la décision d’opérer, dans des termes à peu près invariables : « …Toutes les thérapeutiques les plus modernes ont été essayées, sans succès…Si l’on ne tente pas la thérapeutique la plus sophistiquée actuellement à notre disposition, aucune amélioration ne pourra être escomptée… ». La lobotomie était alors brièvement décrite, comme une « leucotomie préfrontale, opération neurochirurgicale délicate qui permet de sectionner certaines connections nerveuses contrôlant les émotions ».
La lettre terminait en soulignant que « des cas sélectionnés, qui présentaient une souffrance émotionnelle intense, ont pu être soulagés d’une angoisse prolongée et montrer une franche amélioration de leur comportement ».
A parcourir les compte-rendus de staff et les notes de suivi, il ne fait guère de doute que le corps médical
unanime croyait ferme à l’efficacité de la méthode, comme il était persuadé des avantages de l’hydrothérapie, des électrochocs ou de la malariathérapie. Et les courriers des proches ou les comptes-rendus de leurs visites aux médecins montrent que les familles n’hésitaient pas, pour beaucoup, à partager ce point de vue. L’Etat de Californie exigeait leur consentement écrit, mais dans bien des cas, les parents eux-mêmes poussaient à l’intervention. Dans ses réponses, le directeur se gardait de les décourager, minimisant au passage les risques opératoires et post-opératoires.


Quels étaient les signes cliniques permettant de prédire l’efficacité de la lobotomie ? L’existence de violences, en premier lieu. Celles-ci emportaient souvent la conviction que l’opération aurait des retombées positives. L’idée sous-jacente semble avoir été que c’était la « quantité d’affect » accompagnant les pensées qui représentait le meilleur indicateur de la curabilité : la section des fibres fronto-thalamiques visait à découpler les pensées (frontales) de leurs concomitants émotionnels (thalamo-limbiques). Les comportements aberrants et destructeurs, l’agitation extrême, qui ne cédaient ni aux traitements sédatifs, ni aux électrochocs, et imposaient plus de 20 heures de contention par jour ne tardaient pas convaincre que seule une lobotomie serait à même de juguler une situation impossible à maîtriser. Les menaces et les passages à l’acte suicidaires réitérés, les automutilations violentes (tête contre les murs, etc.), sur lesquelles on n’avait aucune prise pesaient lourd dans l’indication. De même, la persistance, après une première lobotomie, de conduites auto- ou hétéro-agressives dangereuses s’avère avoir été le motif principal dans la décision d’une seconde lobotomie.


D’une façon générale, les situations extrêmement difficiles à maîtriser, qui échappaient à toute manoeuvre thérapeutique, qui éprouvaient le moral des soignants et usaient leur résistance par la surveillance permanente exigée, les constants débordements, qui aboutissaient progressivement à un sentiment de totale impuissance thérapeutique, finissaient par persuader du bien-fondé de l’indication. Dépassés par des comportements excessifs, par une souffrance irrémédiable, angoisse contagieuse, les équipes se tournaient vers la lobotomie avec l’espoir de trouver une solution plus humaine que la seule contention continue ou les électrochocs ininterrompus pour soulager leurs patients. Avec certainement le risque que le but de l’intervention fût plus de délivrer les soignants que les intéressés… Pas une seule indication qui n’ait été posée au motif d’une passivité excessive, remarque Braslow.


L’intervention était aussi discutée pour les patients hospitalisés de très longue date, sans que cette circonstance ait jamais paru à elle seule suffisante. La durée d’hospitalisation moyenne des patients ayant été lobotomisés à Stockton était de 6,8 ans. A titre comparatif, en 1952, année où la psychochirurgie bat son plein, 4 400 patients sont hospitalisés à Stockton, dont 70 % depuis plus de dix ans. Les candidats à la lobotomie ne se recrutaient donc manifestement pas parmi les séjours les plus longs.
D’autre part, la décision d’intervenir ne faisait en aucun cas suite à un seul épisode de débordement des capacités soignantes. Il serait erroné de soupçonner les équipes d’avoir vu dans la lobotomie un recours punitif, applicable en cas de crise isolée, d’acting par trop bruyant, etc. Ce n’était qu’à la suite d’une interminable série d e difficultés, de complications, d’échecs thérapeutiques — échecs des sédatifs, de multiples séances de « packs », de centaines de bains ou d’électrochocs (lesquels pouvaient effrayer certaines familles bien plus que la lobotomie elle-même…) —, bref lorsqu’on se retrouvait dans une impasse thérapeutique, qu’insensiblement se renforçait dans les esprits l’option d’une lobotomie, pou r finir par déclencher la réunion d’un staff posant ouvertement la question.

Au cours des 7 années de lobotomies à Stockton, les indications en fonction du diagnostic se répartissent en 76 % de démences précoces/schizophrénies, 6 % de manies, 8 % de déficiences mentales compliquées de psychose, 5 % de paralysies générales, 5 % de mélancolies involutives. Bref, avec douze fois plus de chance d’être opérés que les maniaques, les « déments précoces » constituaient l’indication de choix. Il faut d’ailleurs noter que dans plus d’une observation, l’intervention était suivie d’une réassignation diagnostique : la plupart des patients opérés sous un autre diagnostic furent réétiquetés après-coup « déments précoces ».

3.  La relation lobotomique

Etudiant dans une autre partie de son ouvrage l’impact de l’introduction de la malariathérapie sur la prise en charge des patients atteints de paralysie générale à Stockton (5), Braslow aboutit au constat que cette innovation  thérapeutique, aussi controversée puisse-t-elle nous paraître, a sans aucun doute contribué à améliorer les relations des médecins avec leurs patients. Le traitement était proposé au patient et à sa famille, une fois la sérologie syphilitique revenue positive, en prenant véritablement en considération l’avis de l’intéressé. Une lecture attentive des observations le montre : avec la malariathérapie, le ton change, la distance médicale se raccourcit, les patients passent manifestement du statut d’objet dépourvu d’espoir de guérison, à celui d’une personne malade, éventuellement curable, avec laquelle on discute des indications du traitement et de ses effets, dont on demande l’avis et le consentement, qu’on accompagne pas à pas dans ses progrès thérapeutiques.

Avec la lobotomie, aucune évolution comparable de la relation médicale n’est observée. Les candidats restent des problèmes encombrants, on ne s’embarasse guère à prêter attention à leur opinion, plus ou moins disqualifiée par avance, et leurs points de vue, leurs souhaits, leurs refus de la thérapeutique, ou simplement leur ambivalence, pourtant manifeste, vis-à-vis d’une intervention terriblement angoissante, sont nullement pris en compte. Ils n’ont pas voix au chapitre, et à la limite leur réticence à se faire opérer appartiendrait aux symptômes pathologiques qu’il s’agit de traiter. Avant l’intervention, ce sont des cas très lourds, qui dépassent les services. Après, ce ne sont plus que des « lobotomisés ». En aucun cas on ne s’adresse à un sujet, par delà son trouble.

Au décours de l’intervention en effet, on note régulièrement une baisse de l’initiative, une réduction manifeste de la spontanéité émotionnelle (un dossier commente d’une image parlante : « c’est comme s’il avait perdu son âme »), qui s’avèrent correspondre aux résultats visés. Le patient lobotomisé est devenu « passif », il « coopère », est « plus calme », « réaliste ». On le décrit « émotionnellement indifférent », « émoussé », « facile », pour signifier qu’il s’agit d’un « très bon résultat de l’opération ». Bref, les séquelles neurologiques sont confondues avec l’efficacité de la technique. Plus qu’une découverte des opposants à la lobotomie, « l’apathie » frontale qui en résultait apparaît avoir été d’emblée identifiée par ses promoteurs, et recherchée pour elle-même, comme le critère d’un certain succès thérapeutique. L’idée court, enfin, que vu la gravité des symptômes, l’opération ne pourrait pas plus nuire que l’abstention  thérapeutique.

4.  Du sexe des patients dans la lobotomie

Braslow s’est posé une autre question intéressante, celle de la répartition des sexes en fonction des techniques thérapeutiques utilisées. Pour les stérilisations, les hommes prédominent au début du siècle, puis la tendance s’inverse en (dé)faveur des femmes. Pour l’impaludation, le pourcentage d’hommes traités outrepasse très significativement celui des femmes, ce qui colle avec ce que l’on sait par ailleurs de l’épidémiologie de la syphilis nerveuse. Hydrothérapie et électrochocs se révèlent également pratiqués dans les deux sexes. Curieusement, la lobotomie occupe une place à part. Les femmes lui ont payé un plus lourd tribut que les hommes, et la méthode paraît bien avoir été une thérapeutique de l’excès émotionnel appliquée avec prédilection chez elles.


Ceci est vrai pour l’ensemble du territoire des Etats-Unis. Du 1er janvier 1949 au 30 juin 1951, on recense 12 296 patients lobotomisés aux USA. Or, dans près de 60 % des cas, ce sont des femmes qui furent opérées, chiffre qui contraste avec une population des hôpitaux psychiatriques à majorité masculine.
Cette tendance générale se retrouve, fortement accentuée, à Stockton. Braslow y relève que sur 241 lobotomies, 205 (soit 85 %) portent sur des femmes, contre 36 (15 %) hommes opérés. La dérive est encore plus marquée chez les sujets qui seront réopérés : sur 14 cas ayant subi au moins deux lobotomies, 93 % sont des femmes. Ni la démographie hospitalière (au 30 juin 49 par exemple, on dénombre 46 % de femmes et 54 % d’hommes sur les 4 544 patients hospitalisés à Stockton), ni la répartition des diagnostics en fonction du sexe (à la même date, 2 238 cas sont classés « déments précoces », dont 47 % de femmes) ne permettent de rendre compte de cet excès de lobotomies féminines. Il faut se rendre à l’évidence : on opérait plus volontiers les femmes.

Comment expliquer cette tendance, apparemment inconsciente, de l’institution psychiatrique ? Braslow invoque tout d’abord la sur-occupation des salles de femmes, qui constituait un problème chronique au cours des années psychochirurgicales. Si celle-ci a pu jouer un rôle, suffit-elle à expliquer une telle disproportion ? Cela semble douteux : les salles d’hommes connaissaient elles-aussi un relatif engorgement, durant les années 49-50.
Quel poids faut-il attribuer au consentement familial ? N’était-il pas plus aisé à obtenir, dans le cas des femmes ?
Et au fait que celles-ci étaient hospitalisées, en moyenne, plus longtemps que les hommes ? Le sexe des
médecins décidant de l’intervention paraît plus difficile à mettre en cause, dans la mesure où deux au moins étaient des femmes, tout autant persuadées des bénéfices de la lobotomie.

Pour Braslow, le motif principal réside ailleurs. La maladie mentale lui paraît avoir été conçue dans des termes beaucoup plus « corporels » chez les femmes. Il note à ce propos que toutes les pancartes des patientes enregistraient méticuleusement une courbe cataméniale (début, terminaison, quantité des règles). Quelle utilité pratique y trouvait-on ? Aucune, apparemment, sauf qu’en revanche survivait-là une fort vieille représentation, celle d’un esprit féminin plus dépendant de la nature, du corps et de ses facultés génitrices. Si la remarque sonne juste, le lien entre cet archaïsme et la décision d’opérer ne paraît pourtant pas très convaincant.
Plus en rapport paraît être le constat, étonnant, que le recours aux dispositifs de contention forcée était, de beaucoup, plus fréquent chez les femmes. Attaches, camisoles, immobilisations, chambres fermées, etc., sont systématiquement plus employées chez elles que chez les hommes. Calculé pour mille patients en 1953, toujours à Stockton, le nombre d’heures quotidiennes passées en contention atteint 585 heures chez les femmes, contre 21 à peine pour les hommes. A l’évidence, le contrôle de l’agitation des femmes paraissait plus fréquemment nécessaire. Sauf à supposer que les femmes étaient plus violentes, plus excitées, ce qui ne semble pas être le cas depuis que le monde est monde, c’est bien d’un seuil de tolérance abaissé à l’égard de l’agitation féminine qu’il semble ici question. Vont dans ce sens bien des remarques consignées dans les dossiers, qui laissent entendre que les médecins étaient beaucoup plus préoccupés par les écarts de conduites (agitation, agressivité, grossièreté, etc), lorsqu’ils survenaient dans le sexe « faible ».

Nombre d’observations mettent par ailleurs en avant l’échec à remplir les rôles féminins traditionnels (de mère, d’épouse, de ménagère…), comme témoin du processus pathologique en cause. S’exprime là encore toute une attente de conformité sociale, de la part de médecins et de familles peu ouverts aux déviations incontrôlables des femmes. Dans un tel contexte, Braslow a beau jeu de souligner que le calme retrouvé après l’intervention ne pouvait que renforcer les indications. Il détaille les appréciations positives d’époux satisfaits de reprendre au foyer une compagne à nouveau capable d’accomplir ses tâches ménagères, dans un état d’insouciance certes un peu étrange, mais à tout le moins sans histoire… L’apathie féminine comme possibilité de guérison, tel aura été le destin médical de beaucoup de ces patientes.

Sans constituer l’explication unique, tous ces aspects devaient obscurément peser, dans l’enchaînement complexe d’attitudes et de décisions qui finissait par conduire à l’intervention. Et le peu de légitimité accordée alors à l’opinion des femmes, leur statut de citoyenne à part incomplète, leur moindre autonomie, leur dépendance encore très importante, dans ces années-là, à l’égard des hommes, bref le peu de liberté qui leur était impartie pour disposer d’elles-mêmes, suffisaient à faire pencher la balance dans le sens d’une opération radicalement correctrice. Ce d’autant que, d e toutes les thérapeutiques pratiquées, la lobotomie constituait précisément celle pour laquelle l’avis de l’intéressé comptait le moins.

5.  Complications et déclin


Les six dernières lobotomies pratiquées à Stockton eurent lieu le 16 juin 1954. L’arrêt fut brutal, et coïncide avec l’introduction de la chlorpromazine (la Thorazine®), qui convainc en quelques semaines de son incomparable supériorité dans le contrôle des troubles du comportement. Il faut d ire que la mortalité des lobotomies était loin d’être anodine : 12 % de décès étaient directement liés aux complications de l’intervention, le plus fréquemment par hémorragie cérébrale. La plupart des opérés développaient par la suite une épilepsie secondaire, beaucoup se retrouvaient incontinents, désorientés, etc. Certains se révélaient plus difficiles à contrôler encore, devenus très régressifs et violents à la fois. Les échecs enfin étaient monnaie courante. 23 % seulement des opérés furent considérés comme suffisamment améliorés pour pouvoir quitter l’hôpital avant 1960. En fait, au cours des années cinquante, à peu près autant d’opérés devaient quitter Stockton morts (21 %) que vivants (23 %) !
Une fois introduits les neuroleptiques, les méfaits d es lobotomies ne tarderont plus à être dénoncés. Dès lors les observations de ces patients deviendront des observations de « troubles secondaires à une lobotomie ». Beaucoup d’entre eux connaîtront un destin de parias d’hôpitaux psychiatriques, notamment lorsque la désinstitutionalisation battra son plein, au milieu des années soixante…

BIBLIOGRAPHIE

1.  Berrios G.E. The origins of psychosurgery : Shaw, Burckhardt and Moniz. History of Psychiatry 1997 ; 8 : 61-81.


2.  Missa J.N. La psychochirurgie : histoire d’une pratique expérimentale. Partie I : l’époque des pionniers (1935-1954). Med/Sci 1997 ; 13 : 1370-1374.


3.  Missa J.N. La psychochirurgie : histoire d’une pratique expérimentale. Partie II : les nouvelles techniques de chirurgie stéréotaxique (1955-1997). Med/Sci 1997 ; 13 : 1521-1524.


4.  Braslow J. Mental ills and bodily cures. Psychiatric treatment in the first half of the twentieth century. Berkeley : University of California Press, 1997.


5.  Braslow J. The influence of a biological therapy on doctor’s narratives and interrogations : the case of general paralysis of the insane and malaria fever therapy (1910-1950). Bull Hist Med 1996 ; 70 : 577-608.

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2 Réponses to “La folie des femmes : maladie ou santé ? suivi de « Histoire de la psychiatrie : la pratique de la lobotomie »”

  1. BRIGITTE Says:

    PETITION CONTRE MICHEL DUBEC LE PSY QUI JUSTIFIE LE VIOL.docattachments_2009_11_30.zipA DIFFUSER LE PLUS LARGEMENT POSSIBLE SVP SUR VOS LISTES, BLOGS, SITES PRÉFÈRES, ETC. MERCI D’AVANCE.
    Chères vous tous et toutes,

    Je reviens ce soir vers vous.

    Mon tort a peut-être été de ne pas avoir été assez claire pour ceux et celles qui ne connaissaient pas mon affaire.

    JE COMPTE SUR VOUS TOUS ET TOUTES.

    CertainE-s d’entre-vous m’ont déjà aidé sous plusieurs formes qu’elles soient matérielle ou autre, et je les ai remercie. Mais ce n’est hélas pas suffisant.

    Signé : une Brigitte qui traîne dans les rues, fatiguée, sans plus de cerveau ni de courage.

    (Pardon si c’est un peu trop de chez trop mais c’est ainsi que je le vis tous les jours).

    Je me suis aidée de ma mémoire personnelle, de mes écrits mais également de toutes celles et ceux qui ont eu l’aménité d’expliquer l’affaire et de la retranscrire pendant que j’avais la tête dans le guidon. Tout ce qui suit n’est donc pas signé de moi, mais tout est <> (terme du philosophe Derrida) par moi.

    Veuillez trouver ci-joints soit en pièces attachée si vous recevez cet article par courriel soit par courriel, soit sur simple demande si vous le lisez sur un site.

    Voici ce que j’avais écrit à beaucoup d’ente-vous !

    Je me nomme Brigitte Brami, de ma vie, je n’ai jamais ni volé, ni tué, ni agressé qui que ce soit, je n’ai jamais fait subir à des enfants des attouchements (ni à personne d’autre d’ailleurs, je suis bien trop fière pour faire le premier pas, j’ai toujours attendu, qu’on prenne les initiatives…), je ne me suis jamais livrée à du trafic de stupéfiant, je n’ai à mon actif fait preuve d’aucun délit de corruption, je n’ai jamais fraudé le fisc, ni mis le feu à une baraque, ni même abuser la SNCF ou la RATP ! et pourtant, hier, j’ai été condamnée à 15 mois fermes de prison avec mandat d’arrêt !

    Hier, en effet, le 15 octobre 2009, le délibéré a été prononcé. Il y a, dans cette affaire – dont, première en France, j’ai déjà été jugée pour les mêmes faits, ce qui ne peut pas être une récidive puisque les faits sont antérieurs au premier jugement ! – deux perdants et un gagnant.

    On a deviné qui est le gagnant. La perdante, c’est moi, mais la plus grande perdante, c’est la justice française. Elle voit très clair.

    La loi est supposée faite pour affranchir le faible, mais c’est le contraire qui se vérifie trop souvent.

    Rendons la justice aveugle, de façon à ce qu’elle ne puisse distinguer le faible du puissant…

    Je vous demande à tous, amiEs ou inconnuEs de l’aide; Vous avez le choix entre plusieurs possibilités :

    1) D’abord diffuser sur toutes vos listes cet email

    2) Postez-le sur tous les sites que vous connaissez

    3) Parlez-en le plus possible autour de vous si possible à des médias et journalistes en priorité

    4) L’aide peut également être d’ordre financier car les très grands avocats assez solides pour lutter contre le pervers national qui m’a faite emprisonnée coûtent très cher et c’est normal : il faut un sacré travail et une énergie incroyable pour se battre contre le personnage en question. Donc, aucune somme ne sera négligeable : 5, 10 euros, et beaucoup plus si vous le pouvez me seront très utiles (je vous enverrai bien entendu un reçu) à mon nom et à l’adresse suivante : 1, rue Vidal de la BLACHE – 75020 PARIS –

    5) l’aide morale : une lettre, un petit mot gentil me soutiendront car je reste avant tout un être humain que 14 ans de conflits avec dubec ont brisé, même si je veux parfois donner le change – toujours cet amour propre ! – et que mon amertume se manifeste quelque fois par de l’hystérie, de l’agressivité ou de la fausse arrogance

    6) des lettres de soutien à verser au dossier : certificats moraux, lettres qui viennent d’organismes institutionnels, ou associatifs, et contestant dubec – ça peut être pour son acharnement judiciaire contre moi ou pour ce qu’il a écrit dans son livre ou les écrits qu’il a signés lors d’expertises.

    Merci d’avance à toutes celles et tous ceux qui répondront à ce SOS. Je compte réellement sur vous toutes et tous.

    Auteur : brigitte brami

    Alors que s’est-il donc passé ? Nous en avons un compte-rendu ici (source media bénévole de come4news) et le journaliste ironise sur l’option défaitiste d’abandonner le plus faible à son sort : bien Brigitte a perdu et gagné 458 jours de détention ? Ca ne nous a pas l’air juste du tout, mais la justice est passée ? Très mal sans doute, mais alors que fait-on maintenant, on s’endort et on oublie tout cela ou bien une autre idée ?
    Pour la seconde fois, devant un tribunal, Michel Dubec, expert psychiatre devant la Cour de cassation et auprès d’autres ressorts, obtient « réparation » de Dame Justice. Ce n’est point à Riom-sur-Seine, mais à Paris que Brigitte Brami, son ancienne patiente, a été condamnée de nouveau à quinze mois de détention pour harcèlement à l’encontre de Michel Dubec, psychiatre devenu psychanalyste. Un mandat d’arrêt a été délivré à la suite du prononcé du délibéré. (la suite à : ) http://www.come4news.com/plaisir-de-tuer-dubec,-458,-brami,-0-731089

    VOILA CE QUE JE PEUX VOUS REVELER DE PLUS POUR QUE VOUS PUISSEZ EN AVOIR UNE IDEE PLUS PRECISE : Mon histoire longue de 14 ans commence banalement par la prise en charge psychotérapeutique par un psychiatre très renommé et également expert auprès des tribunaux. Je vous épargnerai les détails qui s’accumulent pendant tant d’années. Sachez cependant qu’après quasiment 3 ans de cure, et alors que j’étais fragilisée par le fait de revivre des épisodes très douloureux de mon enfance, le DR Michel Dubec a abandonné brutalement les soins sans aucune raison explicité ni même sans m’adresser à un de ses confrère ou consoeur. J’ai revécu alors les abandons qui m’avaient meurtrie et dubec lui aussi m’abandonnait, à l’instar de mon père qui après avoir rendu possible ma conception dans un viol conjugal des plus sordides – et je resterai jusqu’à la fin de mes jours le fruit empoisonné de cet acte – mais qui s’en fichait de moi et de mon grave état de santé alors que j’étais atteinte d’une maladie génétique incurable.

    Transfert parental négatif ?

    Contre-transfert pas du tout maîtrisé ?

    Manque de solidité de ce thérapeute qui avait pourtant la réputation de posséder l’étoffe des plus professionnels de son époque ?

    Je n’en sais rien.

    Ce que je sais c’est que je me considérais alors comme une adulte et que cette fois-ci, et dans une secrète et sans doute inconsciente tentative de réparation psychologique, je pensai, que les choses n’allaient pas se passaient de la sorte. J’allais rétroactivement reprendre en mains ma vie.

    Espoir de moins souffrir en de revivant la même situation mais cette fois-ci de façon consciente et maîtrisée ?

    Encore une fois : si toutes les interprétations ne sont pas toutes plausibles; elles sont toutes possibles.

    Toujours est-il que essayant de reprendre contact, par téléphone, avec notre pervers national, je fus, après 3 jours d’appels, mise en garde à vue, déférée au parquet, etc. N’oublions pas qu’à partir du troisième appel non désiré, ce faux harcèlement se traduit en vérité judiciaire par : <> !

    Trente neuf jours d’incarcération préventive – qu’on devrait appelé : incarcération incitative ! – après, puisqu’ainsi avait décidé la juge d’instruction qui s’occupait de mon affaire et à qui dubec la couvrait de remerciements dans un de ses livres. Donc : après décision de cette juge, ah : au fait, c’est celle qui a > les 9 tomes du dossier d’instruction menée à l’encontre de la Scientologie (sic) ! qui me jeta dans en prison, JE N’ÉTAIS PLUS LA MÊME ET LE CAUCHEMAR COMMENÇA POUR NE PLUS ME QUITTER;

    En 2000, dubec me cassa la figure dans le hall de l’immeuble où il consultait (ITT : 5 jours, certifiés par l’Hôtel-Dieu et la présence des pompiers arrives très vite sur les lieux : le Cabinet de notre pervers national). dubec eut un non lieu. En revanche, ce dernier porta pour la énième fois plainte contre moi. Les faits reprochés étaient j’avais cherché d’une part le pourquoi de l’abandon thérapeutique du dr dubec en cours de thérapie, et d’autres part, que j’avais cherché également des explications directement de ce psychiatre-psychanalyste qui avait été pour ma plus grande malchance mon (mauvais) thérapeute, et sans doute pas que le sien, au vu des nombreuses autres plaintes de patients CONTRE ce psy hors du commun et dont c’est le mois qu’on puisse dire, on se passerait volontiers !

    Petite précision : je mesure 1m55 et pèse 53 kilos, tandis que lui fait dans les 1m80, il de plus boxeur, et adepte des salles de musculation, il s’est quand même fait passer pour victime (plus c’est gros, plus ça passe), refusant tout de même la visite médical de peur que l’arnaque soit découverte ).

    En 2007, la sortie de son livre : Le Plaisir de tuer fut l’occasion pour moi de reprendre espoir et de réfléchir à une contre-attaque. Lire ce livre confirma mon intuition : ce médecin était un homme dangereux. En langage purement psychiatrique le diagnostique de plusieurs professionnels est le même : dubec serait un pervers obsessionnel sadique. En d’autres termes : faire du mal le fait jouir, et il est incapable d’éprouver le moindre sentiment de culpabilité. De ce côté là, dubec sera toujours le plus fort et le plus manipulateur car même face à des surdoués, ces surdoués, pauvres petits névrosés, ne possèdent pas le logiciel adéquat pour ne pas avoir la lèvre qui tremble avant de prononcer des paroles assassinent ni la torture de l’insomnie après un comportement que l’on juge indigne et auquel on s’est pourtant laissé aller sans parler de l’enfer du doute…

    En effet, dans ses écrits (retranscrits par la journaliste Chantal de Rudder), le Docteur Michel Dubec justifie les violences faites aux femmes, et même les viols, au nom d’une vision essentialiste, et d’une nature masculine.Le dernier chapitre du livre sur les expertises du Docteur Michel Dubec est consacré au violeur et tueur en série : Guy Georges. Si l’expert dénonce sans ambiguïté les meurtres de ce dernier, il revendique une solidarité de sexe qui lui permet de s’identifier avec une complaisance indécente au violeur, sans aucun respect pour les proches et les familles des victimes. Le Docteur Michel Dubec considère en effet le viol comme un acte sexuel quasi normal s’il est consommé avec complétude (sic). Les propos dangereux de cet expert, dont l’avis est pris en compte dans des décisions de justice, sont intolérables.Ce qui nous révolte, c’est surtout que le Docteur Michel Dubec a écrit ces pages en sa qualité d’expert psychiatre national auprès des tribunaux. Il se sert donc de son autorité et de son pouvoir pour rendre publiquement légitime un crime : le viol, qualifié comme tel par le Code pénal. La position que tient le Docteur Dubec est d’autant plus délétère que cet expert est très souvent nommé dans de nombreuses commissions portant sur de nouvelles mesures judiciaires.
    Nous ne pouvons en effet laisser passer des propos aussi clairs (Page 213-Extraits) :<>.

    A la suite de ce vaste débat et de la pétition que j’ai activée, j’ai été condamnée à de la prison ferme dans un conflit que j’ai avec le psychiatre – expert auprès des tribunaux, Michel DUBEC, qui dans son livre le Plaisir de tuer fait l’apologie du viol. Nous avions été 13500 à signer une pétition contre ce psy et ce qu’il dit dans ce bouquin.

    Mais ce n’est hélas pas tout :

    <<Brigitte vient d’être condamnée à 15 mois fermes !

    Je n’ai pas les détails, mais quelques soient ses torts, (apparemment qqc comme du harcèlement téléphonique envers le psy), ils sont certainement bien moindres que n’importe quel viol ou assassinat de femmes !

    Quand on lit la lettre de la FNSF où l’on voit que pour avoir battu, violenté, violé leur femme, pendant plus de 10 ou 15 ans, les types s’en sortent avec 1 an de prison dont 6 mois de sursis… il y a vraiment 2 poids / 2 mesures !

    (…)<>

    Surtout, parlez-en le + possible autour de vous : députés, politiques, journalistes, médecins, féministes, gays, etc. Car moi je n’ai rien à cacher, contrairement à dubec. Un petit détail : l’appel QUE J’AI INTERJETÉ N’EST PAS SUSPENSIF DE LA PEINE CAR dubec s’est arrangé pour l’accompagner d’un MANDAT D’ARRÊT (fait exceptionnel même les pédos n’en n’ont pas !), le petit malin… Mon avocat a plaidé en mon absence, étant hospitalisée depuis un mois. Sachez aussi que dubec a réussi à infiltrer les féministes via sa co-auteure Chantal de Rudder très grande amie d’une pseudo féministe – dont je tairais prudemment le nom – Voilà le monde vivons-nous !

    PS Pardon c’est vulgaire mais j’ai aussi besoin de sous !!!

    Psychiatre influent contre harassement féministe : 15 mois fermes le 15 octobre 2009 à l’encontre de Brigitte Brami

    Posté sur Lez-La-Meute le 17 octobre 2009 :

    Bonjour (…),

    Aujourd’hui les femmes (…) prenaient la rue afin de dénoncer l’iniquité, la violence faite à leur encontre, les mauvais traitements mais non seulement … L’une d’entre elle va payer le prix fort après avoir dénoncé, avoir osé … elle s’appelle Brigitte Brami. Je joins à ce blog une lettre postée en commentaire sur mon blog du 12 Octobre (sic. En commentaire sur la page blog du 12 effectivement mais bien posté le 17 octobre, soit après le jugement, voir : http://samielouve.canalblog.com/archives/2009/10/12/15399262.html#comments) par cette jeune femme et qui vous en dira long sur l’injustice qu’elle subit. Je vous demande d’en prendre connaissance et de faire votre possible afin de lui en aide …. au nom de cette solidarité qui unit les femmes.

    Voilà des infos sur Brigitte Brami (source Sisyphe) :

    Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir a été l’électrochoc de sa vie. Depuis, l’auteure dit avoir été un “électron libre“, quoique adhérente de base de plusieurs associations féministes, en participant à des actions selon ses convictions personnelles. Elle a publié aux Editions Saint Germain-des-Prés, vers l’âge de 20 ans, un recueil de poésie intitulé La lune verte. Elle a animé une émission de radio au moment des premières radios libres. Ensuite, elle s’est surtout intéressée à l’œuvre de Jean Genet : un DEA en arts du spectacle mention théâtre sur Jean Genet ; une thèse de doctorat en littérature et civilisation française sur Jean Genet ; et elle a été assistante de la commissaire, lors d’une exposition sur Jean Genet et le monde arabe, organisée par l’ambassade de France au Maroc, qui s’est déroulée dans tout le Maghreb, au début des années 2000. Elle a un projet de publication en cours sur Jean Genet. Mais les sévices morales et physiques que lui ont fait subir dubec et ses potes du ministère de la justice française l’inspirent, car cela dépasse tout entendement. Donc, éditeurs, n’hésitez pas à me Brigitte Brami, vous ne le regretterez pas.

    Brigitte Brami ce 15 octobre 2009 a été jugée coupable de harcèlement, c’est-à-dire dans la réalité d’envois de critiques au Dr Dubec sous forme de cartes postales variées (!!!) , aucun sursis de peine n’a été accordé et un mandat d’arrêt a été ordonné immédiatement.

    Peine extrêment sévère donc pour quelques cartes adressées à un psy intouchable POURTANT POSTEES ANTÉRIEUREMENT A LA PREMIÈRE CONDAMNATION DONC MESSIEURS LES JUGES DEVRAIENT REVOIR SA DÉFINITION DANS LE DICTIONNAIRE)…

    alors que dubec lui, continue à persévérer dans ses dires délétères en persiste et signe en considérant les viols comme une relation sexuelle aboutie !!!

    dubec a été l’objet de nombreuses plaintes de personnes qu’il a toutes examinées et qu’il ne s’est pas privé d’insulter dans son livre (sic), plaintes actuellement examinées par le Conseil de l’Ordre par des médecins) ; d’ailleurs Maurice Joffo a obtenu en délibéré du 15 février 2008 la condamnation de notre pervers national pour injures et injures à caractère racistes et religieuses. En attendant, ce docteur là n’a jamais fait un seul jour de prison et continue bien d’exercer comme expert-psychiatre en Cour de cassation, soit la plus haute instance du système judiciaire où il a même été reconduit pour les cinq prochaines années…

    le Docteur Michel DUBEC, expert psychiatre auprès des tribunaux, a été convoqué devant la Chambre Disciplinaire du Conseil de l’Ordre des Médecins – au 9 rue Borromée, Paris 15ème – toute la journée du mardi 22 septembre 2009 – faisant face à huit plaignants le matin, et deux (trois étant convoqués) l’après-midi.

    La séance a été publique. Plusieurs autres plaintes ont également été adressées au Conseil de l’Ordre et seront traitées ultérieurement.

    Michel Dubec est tristement célèbre pour « Le Plaisir de Tuer », complaisant récit autobiographique où il exhibe, entre autres, l’admiration teintée d’envie que lui inspire le tortionnaire-violeur -tueur : Guy Georges; ce livre a d’ailleurs valu à son auteur une pétition de près de 1350 signataires à son encontre et adressée au Garde des Sceaux.

    Ce 22 septembre 2009, le Dr Michel Dubec a tenté de répondre de l’accusation de diffamation et d’insultes racistes envers Maurice Joffo (auteur de « Pour Quelques Billes de Plus »). Cet expert a déjà été condamné le 15 février 2008 au TGI de Paris pour insultes et insultes publiques à caractère racial (que vous trouverez en pièce jointe).

    Ainsi, cette journée fut l’occasion à ce que plusieurs autres plaignants et avocats expriment leurs désaccords envers ce médecin – toujours en exercice et encore aujourd’hui expert psychiatre auprès des Tribunaux et à la Cour de Cassation – qui dans ce même livre déroge à son droit de réserve inhérente à sa profession. La présidente du CO a pu en effet considérer que le secret médical avait été violé. De même, l’avocate de l’Ordre des médecins a-t-elle pu estimer que Michel Dubec « n’a pas mesuré la portée et la gravité de ses actes » et de ce fait « discrédité l’ensemble du corps médical », en se livrant notamment dans son livre à des propos indignes, des injures haineuses, et même des considérations ordurières au sujet des personnes qu’il a expertisées dans le cadre de son exercice professionnelle, via sa mission d’expert psychiatre.

    Parmi les paroles des avocats, on retiendra qu’ils considèrent l’ouvrage de Dubec caractérisé par le « pathos résultant d’une maïeutique accouchant des problèmes intérieurs de Michel Dubec » ; « On vous fait comprendre qu’il serait intouchable, voire que sa notoriété l’autorise à dire n’importe quoi, » gronda- l’un des avocats, estimant que cet expert « règle ses problèmes à travers ses patients » et qu’il serait « une sorte de danger public >>. Enfin, il sera dit dans cette Chambre disciplinaire que Michel Dubec était presque toujours désigné expert pour les procès à grand retentissement « en raison de copinages de palais de justice ».

    On attend le délibéré; en attendant, il faut bien survivre….

    Pour celles et ceux qui seraient adhérentEs au Réseau RUPTURES (et uniquement s’agissant des adhérentes) : Nous recueillons les soutiens financiers pour Brigitte que vous pouvez nous adresser pour lui permettre d’affronter les frais de défense.
    Chèques à établir au nom du Réseau Féministe « Ruptures » avec la mention « Pour Brigitte »
    38 Rue Polonceau 75018 Paris
    Merci de votre soutien.
    Monique.
    (communiqué de Monique DENTAL) :

    monique.dental@orange.fr
    Animatrice du Réseau Féministe « Ruptures »
    Tél : 01 42 23 78 15

  2. brigittebrami Says:

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    RépondreRépondre à tousDéplacer…Boîte de réceptionA consulterdelvauxLettre_typepetitionSans nom Ajouter un drapeau à ce mailArticle a posterVendredi 17 décembre 2010 17h37De: « brigitte brami » Afficher les détails du contactÀ: brigittebrami@yahoo.frCauseries SUR JEAN GENET de Brigitte Brami
    News fraîches entendu que le lieu des causeries sur Jean Genet seront susceptibles de changer mais resteront sur Paris. Merci d’avance de faire tourner Et D’ENVOYER A VOS LISTES DE POTOS ET POSTER SUR VOS BLOG ET SITES PRÉFÈRES.
    Jean Genet, centenaire, autrement « ouvert » et prolongé…
    par JEF TOMBEUR.
    Je ne sais si Le Balcon (1956), pièce de Jean Genet, a pu ou non inspirer en partie, autant que Sade, son Salò ou les 120 journées de Sodome à Pier Paolo Pasolini… J’aurais dû m’en informer, au cours d’une conversation à bâtons rompus, auprès de Brigitte Brami. Sans doute m’aurait-elle répondu : « peu importe ».
    Brigitte Brami, spécialiste de Genet, animera, PLUSIEURS CAUSERIES « rencontres » sur JEAN GENET, centrée cette fois sur Les pièces et les écrits significatifs d’une période particulière de l’oeuvre genetienne.
    S’y trouver au parterre vous incitera sans doute à dévorer l’œuvre de Jean Genet.
    Mener un entretien avec Brigitte Brami relève de l’exploit. Surtout si on la connaît un peu. Peut-être parvient-elle à mener les entretiens qu’elle peut avoir avec des gens qui lui sont étrangers, sachant leur fournir un « fil » pour évoquer son approche osmotique contrariée – car non-réciproque : elle n’a sans doute jamais rencontré physiquement Genet, et j’ai oublié de lui poser la question – de l’œuvre poétique, romancée, théâtrale, et polémiste de l’auteur du Balcon. C’est une pièce, indique la quatrième de couverture de l’édition menée par Michel Corvin pour Gallimard (Folio théâtre), qui se déroule dans un singulier bordel, soit une « maison de passes » et sans doute d’estocades entre des gens qui jubilent (ou le tentent) en interprétant des personnages détenteurs du pouvoir : du sabre (général), du goupillon (évêque), de la balance (juge), du sceptre (un chef de la police aspirant à la fonction de guide, conducator, caudillo). Corvin fut l’un des profs de Brigitte Brami, et il la mentionne en note bibliographique. Elle a déjà parlé, lors de deux « causerie » à l’Hélicon Café (16 h 30, dimanche 5 déc., 99, rue de Charenton, Paris), de l’espace dans ou plutôt du Balcon, mais aussi de la pièce LES BONNES.
    Peut-être se vérifiera-t-il que mon intuition relative à Pasolini et Genet n’est pas si sotte. En tout cas, a posteriori, j’ai découvert en ligne un texte universitaire d’Arnaud Marie sur cette pièce qui évoque aussi Pasolini (et les balcons d’Orgie et d’Oedipe Roi) et Garcia Lorca (La Maison de Bernarda et Les Amours de Don Perlimplin).
    Brigitte Brami a comme son « compagnon » (Jean GENET)découvert d’autres approches sensuelles en détention, puis en cavale. Contrairement à une Jeanne Moreau ayant tôt découvert la marginalité et la voyoucratie (petite ou grande, et elle sera rabatteuse d’occasion, de beaux garçons pour Genet), Brigitte Brami fut, jusqu’aux abords de la trentaine, une « jeune fille rangée ». Tout bascule par hasard, sans qu’elle ait pu prendre garde, en consultant Michel Dubec, psychiatre et expert devant les tribunaux, qui finit par l’éconduire professionnellement. S’ensuit une vindicte de l’expert déboussolé : il la fait condamner pour harcèlement, elle mène une information contre son livre à lui qui justifierait le viol, récolte près de 2000 signatures contre Le Plaisir de tuer, purge six mois de détention à Fleury (sur un an prononcé, n’y reste que de juin à novembre 2008), puis, à l’issue d’un second procès lui étant défavorable, elle file en cavale d’octobre 2009 à la mi-avril 2010. La justice a fait fi d’une audition en garde à vue totalement hors les clous, mais se montre compréhensive par la suite. Elle a, assure-t-elle, totalement « tourné la page », et voue désormais Michel Dubec à son oubli. « La cavale est beaucoup plus éprouvante que la détention, en tout cas en courte peine, si la vie vous a un peu armée pour la supporter, car dans un cas, on est pris en charge, et de l’autre, c’est une lutte de tous les instants… ». La détention, « contrainte par corps », l’a paradoxalement rendue « plus désirante », et la cavale rendue encore plus proche « des milieux interlopes des quartiers nord de Paris, la porte de la Chapelle, les Quatre chemins, de la proche banlieue, Aubervilliers, Montreuil » et de ces toxicos prostituées, vendant du sexe aux hommes, « femmes fortes, libres, malgré leurs possibles dépendances à des drogues, qui ont un rapport particulier au corps », dont celui des femmes, le leur et ceux d’autres femmes, dont celui de Brigitte. Entre quelques phases de répit en province, chez des amies, elle galère. « En cavale, il n’y a que les milliardaires et les menteurs qui peuvent dire ne jamais avoir connu de graves ennuis. On essaye d’avoir deux-trois longueurs d’avance sur ses poursuivants, mais en général, on n’en a qu’une, très courte… On se fait voler, parfois tabasser, guetter dans les parkings où on se réfugie, quittant un hôtel sordide à l’aube sans trop savoir lequel autre trouver pour la nuit suivante. ». Être en détention, en fuite, au contact de cet outre-monde, cela permet-il de mieux comprendre, appréhender, sinon Genet, du moins ses écrits, récits, entretiens ? « Genet ne se résume pas à la prison et pour moi, libre ou non, au contact ou à l’écart de ces fréquentations, il est surtout un soutien pour apprendre un savoir vivre, sans trait d’union. J’ai sans doute mieux appréhendé Genet depuis Fleury et la suite, mais ce n’est pas une compréhension intellectuelle. Le savoir est livresque, la connaissance est de l’ordre de la compréhension éprouvée, du sentiment qu’il exprima d’avoir vécu tant de fins du monde que celle-ci ne pourrait vous détruire… ».
    C’est tôt, alors qu’elle est, vers 1995, en année de licence de lettres que Brigitte Brami s’ouvre, sous l’égide de Marie Redonnet, déjà « totalement », à Genet. Suit ce qui serait à présent un mastère 2 (bac + 5), diverses publications universitaires sur l’œuvre, et un projet de thèse, non soutenue. « 15 ans plus tard, elle serait encore en gestation si je renonçais à l’exhaustivité que je tentais d’atteindre et surtout si je renonçais à l’honnêteté par rapport à un homme qui n’aurait sans doute pas trop aimé être ainsi institutionnalisé. Pour ne pas tomber dans l’imposture, il faut créer une œuvre à côté, ce que sera mon court texte : je mets mes pas dans les siens, à une toute autre époque, ayant vécu des choses similaires mais aussi tout autre chose… ».
    Ce sera, début février 2011, un 32 pages pour Indigène éditions, et d’une certaine manière par et pour la cofondatrice de cette maison, Sylvie Crossman. LE TITRE sera : LA PRISON RUINÉE à 3 euros !.
    C’est sans doute grâce à la rencontre avec l’actrice, scénariste et réalisatrice Brigitte SY, qui avait tourné Les Mains libres (voir aussi le texte de Brigitte Brami sur C4N), film sorti depuis en DVD, qui la retrouvera peut-être pour un futur projet plus étroitement commun, qu’elle a osé décrocher son téléphone pour contacter Sylvie CROSSMAN, des éditions Indigène.
    « C’était le 4 mai dernier, et cette rencontre aurait pu être qualifiée par André Breton d’hasard objectif, de “ farce de l’inconscient ”, que je fais la connaissance de Brigitte SY. Rentrée chez moi, je visionne son court-métrage, Fruits de mer, véritable miracle poétique en trois minutes, qui me rend la foi dans la vie, brise un cercle vicieux d’une quinzaine d’années pour entamer un cercle vertueux. Tout s’enchaîne ensuite magnifiquement… ». Ce petit livre, La Prison ruinée ( valant citation du début d’une phrase du Captif amoureux de Genet), s’est décidé une semaine après que Brigitte Brami a convaincu oralement Sylvie Crossman qu’elle n’écrirait pas sur Genet mais « dans la tradition genetienne ». Peut-être, estime-t-elle, « que le ton assez cru et l’écriture expressive de ce nouveau regard sur la détention, ont su séduire, tout comme la volonté de rendre Genet plus proche, moins académique : il faut inciter à lire Genet et moins les textes sur Genet, ce que ce petit livre à trois euros ne sera pas, le rencontrer dans ses pièces, ses textes… ». Brigitte Brami considère que l’auteur a été « bouffé » par ses critiques qui « tiraient la couverture à eux », comme le Sartre du Saint Genet, qui l’utilise pour développer ses propres thèses. Lire Genet, c’est lire tout Genet, et se laisser guider : « Derrida a estimé que Genet avait abandonné le monde grammatical pour aller partout dans le monde où cela saute, en Palestine, sur d’autres conflits. ».
    L’actuelle célébration du centenaire de sa naissance (il est décédé en avril 1986), a rarement suivi tout Genet. Les Causeries de Brigitte BRAMI l’ambitionnent…


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