Je veux un bébé, dis, tu me prêtes ton ventre ?

01/05/2010

Réflexions sur la GPA

Par Christine Le Doaré

Que nous soyons ou pas intéressés par la perspective de devenir parents, l’homoparentalité fait consensus parmi les personnes et associations LGBT ;  en revanche,  la GPA (Gestation pour Autrui) fait débat, voici une contribution personnelle.

Gilles Bon Maury est récemment venu présenter son livre Familles en miettes au Centre LGBT Paris. Cet ouvrage traite de l’homoparentalité et essentiellement de la GPA ; ce fut pour moi l’occasion de me documenter sur ce sujet pour le moins polémique. Je tiens à remercier Gilles dont le livre m’a aidée à me forger une opinion.


« Après avoir préservé l’acte sexuel du risque d’être parent, après avoir distingué entre l’acte biologique et l’acte biographique, la marche se poursuit vers la différenciation entre le fait biologique de la gestation et le fait biographique de l’engagement parental. Il s’agit aujourd’hui de reconnaître à chacun le droit de concevoir un projet familial qui peut reposer sur plusieurs adultes, dont certains seulement s’engagent dans une responsabilité parentale. Les autres s’inscrivent dans l’histoire familiale, en s’y investissant moins, à travers la contribution délimitée d’une gestation ou d’un don de gamètes.»


Cette argumentation séduit logiquement tout militant de l’égalité des droits. Je relève malgré tout, qu’entre un don de gamètes et une grossesse il y a une différence significative. Une grossesse dure en moyenne neuf mois et comporte  de lourdes contraintes et même de sérieux risques, en particulier au moment de l’accouchement. Pour autant, il ne s’agit en effet pas d’une maladie et la plupart des femmes parviennent à terme en menant une vie quasi-normale ; toutefois, beaucoup n’échappent pas aux nausées, à des états psychologiques fluctuants, à une diminution de leur mobilité les derniers mois, à une prise de poids souvent longue à résorber ; en outre, le temps de récupération de l’organisme est du double du temps de la grossesse.

«Ces victoires interagissent avec l’opinion publique. Aujourd’hui, 64% des Français sont favorables à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. 57% des Français sont favorables à l’ouverture de l’adoption aux couples de même sexe. 65% des Français sont favorables à ce que le recours à la gestation pour autrui soit autorisé en France.»

Il ressort de ces données que les Français sont largement favorables à la GPA. C’est pour moi une surprise, il serait utile de connaître le libellé exact de la question soumise à l’échantillon de personnes interrogées. En outre, ne serait-il pas prudent d’interpréter ces statistiques  en sachant que les français s’illustrent en général par un sexisme atavique, en effet, les idées féministes n’imprègnent pas, loin s’en faut, la société française. Bien au contraire,  les femmes sont souvent louées pour leurs prétendues qualités féminines, elles sont valorisées pour leur générosité, leur faculté d’abnégation, leur effacement, leur aptitude à prendre en charge les besoins des autres, apaiser leurs souffrances… Il n’y a qu’à se promener quelques minutes dans le rayon des jouets d’un magasin pour en prendre conscience, trousse d’infirmière et fer à repasser pour petites filles et voitures et jeux de construction pour petits garçons ! Alors, pourrait-il y avoir ici comme un lien de cause à effet, les français considérant comme parfaitement naturel que les femmes puissent « offrir » neuf mois de leur vie pour contenter ceux qui pour mener à bien leur projet de parentalité,  préfèrent se reproduire plutôt que d’adopter ?  (…)

LIRE LA SUITE ICI

Publicités

6 Réponses to “Je veux un bébé, dis, tu me prêtes ton ventre ?”


  1. En plus de l’article complet je recommande à tous la lecture du débat (fil de discussion ajouté dans l’espace dédié aux commentaires)provoqué par la rédaction de cet article, article pour le moins audacieux de la part de la présidente du mouvement LGBT, position qui lui a semble t-il valu certaines réactions particulièrement violentes, réactions qui illustrent finalement assez bien l’imposture de la mixité dans nos combats féministes, et notamment celle revendiquée par des mouvements comme LGBT


  2. […] Je veux un bébé, dis, tu me prêtes ton ventre ? « Mauvaiseherbe's … […]

  3. Theo Says:

    Pour moi la GPA est un traffic d’organe qui ne dit pas son nom. Même dans des « bonnes » conditions …


  4. Theo,

    On est d’accord.


  5. Bonjour,

    Etant jeune (co)maman, ma vision de la chose est peut-être un peu différente. Si on regarde dans l’absolu, nous avons, ma compagne et moi, fait un peut la même chose, mais de l’autre côté.

    C’est vrai que c’est un problème sensible avec de nombreuses implications, aussi, comme dans tout débat de société, les passions s’en mêlent et s’emmêlent, alors que la compréhension sensible de toutes les parties devrait se situer au centre de l’approche du débat.

    La question de la GPA est apparue un peu au hasard lors de la période où avec ma compagne nous avons réfléchi et reréfléchi à nos projets maternels.
    Aussi, je me suis posée la question de savoir si j’étais prête à la faire et pour quel contexte.
    J’en suis arrivée à la conclusion que: oui, je pourrais, mais dans des circonstances très limitées et précises. Je ne l’envisage que par rapport à des cas de stérilité dans ma famille proche, compagne de mon frère ou une cousine proche par exemple. Je ne l’envisage aussi, qu’après avoir déjà porté un enfant dans le cadre de mon couple. Je n’envisage pas de le faire plus d’une fois. Honnêtement, bien accompagnée, avec présence régulière des futurs parents, je pense que dans ces conditions je pourrais assimiler que l’enfant porté ne sera pas le mien, mais bien celui d’un autre couple.
    Ma motivation en serait purement par volonté de soulager une réelle souffrance d’un proche familial et par amour pour lui, ne pensant pas aux considérations financières.

    Il faut dire qu’à cette époque, je voyais aussi un couple d’ami se déchirer par l’absence d’enfants pour raison de stérilité. Leur couple partait à vaux-l’eau et cela s’est conclu par un divorce finalement.

    Il y a l’adoption c’est vrai, mais je ne suis pas sûre que ce soit vécu psychologiquement de la même manière par les futurs parents, du fait que l’enfant ait un passé indépendant d’eux et potentiellement une famille d’origine. On accuse la GPA d’être source potentielle de dérive, c’est le cas actuellement déjà, mais c’est déjà aussi le cas dans cadre de l’adoption.

    Alors au bout du compte quelle est ma position?
    Personnellement, je suis pour avec des gardes-fous draconiens, tant pour les futurs parents, la future porteuse que le futur enfant.

    Cela inclurait un aval à plusieurs niveaux en commission après évaluation psychologique de tous et une préparation psychologique de toutes les parties, la limite à un seul enfant, que la porteuse soit déjà mère et stable, la limite au défraiements, un suivi obligatoire pendant la gestation et après accouchement, la certitude sur la nature et des motivations de l’accord porteuse-parents, ainsi que potentiellement d’autres choses auxquelles je n’aurais pas pensé.
    Avec une telle batterie, ça aurait déjà de quoi dissuader les désirs non profonds et bon nombre de dérives.

    En me replaçant dans le contexte que je décrivais plus haut, ma motivation d’aider un proche familial n’en serait pas outrée, et même, n’étant pas infaillible, loin de là, ces sécurités supplémentaires seraient les bien venues, même en me positionnant dans mon cas pour ce que je n’aurais pas envisagé.

    En restant pragmatique, celleux qui veulent vraiment recourir à la GPA le font déjà, sans réel contrôle et avec des magouilles bricolées sur les franges de la loi. Il n’y a qu’à voir dans notre cas, le nombre de couples lesbiens qui passent par l’insémination artisanale ou la PMA en Espagne ou en Belgique parce que la législation française ne le permet pas.

    Aussi, pour éviter les situations ubuesques comme dans dans le cas de la lesboparentalité qui crée une précarisation légale par rapport aux enfants en cas de problèmes de la mère biologique, ces enfants issus de GPA doivent aussi bénéficier des meilleures conditions de sécurité pour leur avenir. C’est pour ça que je pense qu’une acceptation contraignante mais pas impossible est souhaitable.

    C’est vrai, j’envisage ça psychologiquement surtout dans un cadre de stérilité féminine, mais si mon frère était gay, je l’aurais sûrement envisagé de manière similaire.
    Ce qui fait que ça remonte un autre point: l’approbation de la présence de l’enfant chez les futurs parents pas la porteuse, mais cela me parait être forcément un point de départ. Pour en revenir ma projection, je ne le ferais pas si je pensais que mon frère n’avait qu’un avenir limité avec sa compagne.

    Voilà, c’est un petit fleuve en vrac, et encore je me suis limitée, tous les détails de ma perception de la chose n’y sont pas, mais ça n’avait que vocation à poser un angle de réflexion supplémentaire.
    Comme quoi, on peut être goudou, féministe et pour la GPA dans certaines conditions, je le réécris, « draconiennes ».

    Bien à vous,

    Roxane.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s