Femmes et santé mentale

25/08/2010

Par Héloïse

sur  F comme…


Voilà quelques années que je me questionne sur la mauvaise santé psychologique des femmes.

En effet, dans mon entourage, j’ai souvent constaté que les femmes étaient plus souvent touchées par la dépression et l’anxiété que les hommes.

A la suite de quelques recherches, cette impression m’a été confirmée par les statistiques qui révèlent que les femmes sont deux fois plus nombreuses que les hommes à souffrir de troubles dépressifs et quatre fois plus de manifestations anxieuses (1).

Certains invoquent diverses causes biologiques (2). Pourtant, biologiquement justement, à la base les petites filles sont émotionnellement plus stables que les petits garçons. Ce n’est qu’à partir de deux ans que la tendance s’inverse (3). Deux ans, ce n’est pas l’âge de la socialisation et de l’identification à un sexe ou à l’autre ?

Loin de me poser en spécialiste des « troubles de l’humeur », je propose plusieurs pistes d’explication en lien avec le fonctionnement de la société. Car bien avant l’expérience individuelle, c’est bien cette dernière qui nous façonne.

Tout d’abord, l’éducation sexuée. Celle-ci, pour les besoins des rôles impartis à chacun.e, induit une fragilisation des fillettes: l’entourage attend davantage des filles qu’elles aient peur, soient affectivement dépendantes, timides et réservées. C’est la clé de leur charme futur et le gage de trouver un compagnon qui pourra ainsi mettre en oeuvre son rôle de protecteur.

De plus, des études (4) ont montré que les garçons bénéficient d’un traitement de faveur de la part de leur mère. Cela se traduit, dès les premiers mois, par un meilleure synchronisation émotionnelle mère-fils, plus d’échanges visuels et de contacts physiques. Les petites filles partent ainsi déjà avec un capital de sécurisation amoindri.

Enfin, l’éducation sexuée toujours, pousse les petites filles à être plus réceptives aux émotions de leur entourage, en vue des soins à prodiguer plus tard aux ascendant.e.s, descendant.e.s, conjoint et animaux domestiques. Elles sont donc rôdées très tôt à l’empathie, ce qui se traduit dans sa forme aboutie à « porter les autres et leurs chagrins ».

Dès l’enfance le bagage est conséquent et toute possibilité de laisser aux futures femmes le loisir d’être autonomes et confiantes est considérablement entravée. Ce n’est pas un hasard si l’un des rares modèles de fille bien dans ses baskets, Fifi Brindacier, nous vient de Suède, pays largement en avance sur les autres en matière d’éducation égalitaire (3).

Plus tard, avec l’entrée dans l’âge adulte, les conditions de vie auxquelles sont soumises les femmes, sont sans aucun doute parties prenantes dans le phénomène.

En premier lieu, les violences de genre. Violences conjugales et abus sexuels ne sont pas reconnu.e.s pour être des facteurs de bien-être. Ces violences spécifiques renforcent les sentiments d’insécurité, de perte d’estime de soi et du désir de vivre (5). Je ne rappelle pas les chiffres, ils sont désormais connus de toutes et tous ou aisément consultables (cf. Enquête ENVEFF, par exemple).

Puis l’exploitaion domestique. Les rôles multiples et variables que doivent assumer les femmes sont pour elles une source de grand stress, tout comme le manque de temps pour se reposer et se divertir. Qu’elles soient femmes au foyer, effectuant donc une activité sans trève non rémunérée et socialement invisible voire méprisée, ou femmes actives, réalisant une charge de travail nécessitant une santé de fer et des capacités d’organisation hors du commun afin de concilier travail et … travail, elles sont littéralement exploitées, usées jusqu’à la moelle par leur entourage. Outre l’infériorisation qui est à la base de cet esclavagisme retors et qui a forcément des conséquences sur l’image de soi, le stress et la fatigue que la situation engendre sont certainement à mettre en cause dans les manifestations dépressives et anxieuses.

Autre point, en lien avec le précédent, la pauvreté. Là aussi, pas la peine d’étaler les chiffres. L’exploitation domestique qui contraint les femmes à abandonner leur carrière ou à se contenter d’un temps partiel fait qu’elles constituent le plus gros contingent des précaires. Logement insalubre, salaires rabougris et, plus tard, pensions de retraite indécentes sont autant de facteurs de mal-être qui, combinés à d’autres, peuvent conduire au découragement dans le meilleur des cas.

Pour finir, la place et la valeur symboliques des femmes. Celles-ci vivent dans un monde qui n’a pas encore réellement ratifié leur existence effective. Elles sont exclues du langage par un pseudo-neutre et altérisée par la marque du féminin, quasiment absentes des représentations culturelles (environ 1 fille pour 3 garçons dans les films d’animation, par exemple) ou « omises » en tant que membres à part entière lors des observations des sociétés (On décrit le peuple, l’ethnie en question puis ses femmes comme on le fait pour ses habitations ou son bétail).

Comment se perçoit-on, quelle estime de soi, notion si chère aux psys, éprouve-t-on lorsque on a intériorisé que l’on vaudra toujours moins que ses frères et que l’on a pas vraiment accès au statut de membre reconnu de la société ? Je n’ai pas la réponse exacte, ne pouvant parler qu’à partir de mon expérience personnelle et les études sur le sujet étant à ma connaissance inexistantes, mais je gage que cette représentation en négatif n’est pas des plus salutaires dans la construction identitaire de chacune.

Culpabilisées par les psychanalystes et les curés, diabolisées dans toutes les cultures, exploitées partout pour le bien-être des autres, obligées de vivre avec la peur et/ou la réalité de la violence, élevées dans la confiscation de leur estime de soi, leur autonomie, infériorisées d’entrée de jeu … ça fait beaucoup, il me semble.

Tout mettre en oeuvre pour fragiliser les femmes et « s’étonner » par la suite qu’elles n’aillent pas fort relève de la même démarche qui a consisté autrefois à priver les femmes d’éducation et déclarer qu’elles étaient bêtes.

Et comme aujourd’hui, on invoquait hormones, tares constitutives et faiblesses physiologiques …

(1) Chiffres de l’OMS (Rapport Les femmes et la santé 2009)

(2) Site Santé-médecine … édifiant de mauvaise foi !!!

(3) Cité dans Psychologie de la peur de Christophe André

(4) Infant-mother face-to-face interaction de Tronick E.Zet Cohn J.F

(5) Document de l’OMS: La violence à l’encontre des femmes

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