UNE MORT CHOISIE : L’écrivain Michèle Causse a choisi de partir

29/08/2010

Lu sur http://www.bagdam.org/

Ainsi elle l’a voulu. Est allée jusqu’au bout. 
A choisi le jour de sa 74e année de vie pour « dé-naître ».
Michèle Causse est morte le 29 juillet, à l’issue d’un processus de suicide assisté, organisé par l’association « Dignitas » de Zürich (du courant « Mourir dans la dignité »).
Nous sommes sous le choc. Même si nous savons qu’elle est « partie » heureuse, magistrale dans sa liberté souveraine.
Notre tristesse se mêle pourtant à la joie d’avoir partagé avec elle tant et tant de nos pensées, de nos colères et de nos fiertés.
Les Bagdames

Son site : http://michele-causse.com/

Lire les textes inédits de Michèle Causse publiés sur le site de Bagdam

« Il n’y a que les marronnes, les rebelles, les transfuges qui puissent s’offrir le luxe d’une pensée déprise des fictions interprétatives que sont celles du masculin. »

« Pour le moment, ce qui est important c’est que les femmes communiquent entre elles par le sexe et par le texte. »

« Ce qui dirige, règle et réglemente une existence c’est le normatif et le prescriptif, et qui vit selon ces instances-là ? les deux sexes. Et qui opère ? Seulement les hommes. De sorte que, sur la Terre, deux sexes fonctionnent selon les diktats – car il s’agit bien de diktats – masculins, et je dis : il est temps que les femmes se donnent autorité pour décider, elles, des normes et des prescriptions, c’est tout, mais pas moins – en soi c’est révolutionnaire, on n’y a simplement jamais pensé. »

Extraits d’une interview de Michèle Causse réalisée par Dominique Bourque (Québec) en 1991. L’intégralité de l’interview sur Les VIDÉOBSTINÉES


L’écrivain Michèle Causse a choisi de partir

Par Ursula Del Aguila Têtue.com

Une praticienne de l’écriture lesbienne politique majeure s’en est allée hier, jeudi 29 juillet. Elle a choisi elle-même de partir. TÊTUE lui rend hommage en rappelant son œuvre.


Née, sur les Causses du Lot, le 29 juillet 1936 à Martel, Michèle Causse vient de nous quitter, a annoncé la Coordination lesbienne en France. Elle a choisi elle-même de partir hier, 29 juillet, auprès de l’association Dignitas à Zurich et ses cendres seront ultérieurement dispersées dans le vieux cimetière de Montvalent, au-dessus de la Dordogne. Elle avait accepté de témoigner en faveur de la mort choisie dans une émission de la télévision suisse romande Temps présent qui sera diffusée à l’automne 2010 en Europe.

Monique Wittig fut sa première lectrice


Après avoir obtenu un diplôme de traductrice à l’Université de Paris (Sorbonne), Michèle Causse a enseigné brièvement en Tunisie, vécu dix ans à Rome où elle a étudié le chinois et écrit un essai sur la condition des caméristes-concubines-courtisanes dans les romans Ming (inédit). Rentrée en France, elle a écrit L’encontre dont Monique Wittig fut la première lectrice.

Elle a vécu pendant huit ans en Martinique et écrit, pour le compte du ministère des Droits des femmes, une étude sur la stratification ethno-sociale des femmes en Martinique, puis dans la même île, deux ouvrages, Lettres à Omphale, et (         ).

Elle a ensuite brièvement vécu à New York où elle a rencontré Djuna Barnes, Jill Johnston, Catherine Stimpson, Joan Nestlé, Kate Millett. En Floride, elle a séjourné pendant un an dans la communauté de Barbara Deming où elle a pu côtoyer Sonia Johnson (ex-candidate à la présidence des USA).

Puis elle a émigré au Canada où elle a publié quatre de ses principaux ouvrages. Rentrée en France, elle a publié Contre le sexage (Balland, 2003).

Une praticienne lesbienne politique de l’écriture

Michèle Causse a contribué à faire connaître la culture lesbienne mondiale en traduisant de l’anglais et de l’italien une trentaine de romans (Melville, Gertrude Stein, Djuna Barnes, Mary Daly, Silone, Pavese, Natalia Ginzburg, Alice Ceresa, Luigi Malerba, etc.).

Elle a été professeure invitée à Rome (chaire d’éducation des adultes), consultante à l’Unesco (département d’alphabétisation, où elle a utilisé la méthodologie créée par Alice Ceresa « l’Unité de bibliothèque »), professeure invitée à Montréal à l’Université Concordia.»

Mais surtout en praticienne lesbienne politique de l’écriture, elle a écrit une œuvre prolifique, des essais, des fictions, des nouvelles et poèmes, où elle élabore une lecture et critique radicales du monde patriarcal ou phallogocentrisme:

«Comment mon texte peut-il entrer dans votre contexte?» demandent de plus en plus nombreuses certaines  «je» mauvais sujets. (…) nous c’est-à-dire cette pluralité de «je» radicales actives dans la négation du «on» (homme) qui nous régit et veut nous nier.»

Changer la langue pour changer le monde

Elle cherche une langue («l’Alphalecte») car pour changer le monde, il faut changer la langue, où l’égalité des sexes serait effective et pour cela elle déconstruit la langue réelle que nous parlons en termes matérialistes politiques: («L’androlecte/le sexolecte»). Elle déplace les genres, les préfixes, les suffixes, la grammaire tout entière pour déconstruire l’assujettissement des femmes (qu’elle appelle les «sex©isées») et montrer en quoi elles «font universel», elles sont aussi l’universel -ce que les hommes (ou «Sexeur dominant»), les sciences humaines, la psychanalyse, la société ne veulent pas entendre.

Elle décode ainsi l’oppression langagière (la langue utilisée est en fait la langue de l’ennemi, « l’androlecte »), symbolique, et politique du patriarcat et conçoit une utopie lesbienne, une terre originaire d’avant l’oppression qu’elle essaie d’atteindre par l’art et la littérature, seul salut pour les lesbiennes.

Voilà son épitaphe revue et corrigée par elle:

«Morte à plusieurs reprises, je ne suis pas sûre d’être née. Ce pourquoi toute notice biographique me semble une imposture. Irréelle, voire empruntée à une autre. Ce que je n’ai pas fait m’importe infiniment plus que ce que j’ai fait. Ainsi de ce qui ne m’est pas arrivé. J’ai néanmoins une histoire, laquelle ressemble à une carte de géographie (France, Tunisie, Italie, Etats-Unis, Antilles, Canada), autant de topoï, espaces vibratoires d’intensités variables, qui renvoient des images de mon existence migratoire. Mais à quoi bon en parler? Qu’on me lise plutôt. Pour démentir mon épitaphe «Ni lue ni approuvée».

Michèle Causse


Reprenant Deleuze, qui dit «Il y a une affinité fondamentale entre l’œuvre d’art et l’acte de résistance», elle a ouvert un chemin de lutte à travers le langage pour libérer les femmes. N’oublions pas de la lire et de transmettre son œuvre à la nouvelle génération.


Glossaire du Bréviaire des Gorgones

Dictionnaire: précis de tératologie idéologique. Lieu des définitions prescriptives du phallogocentrisme.

Sexe: trait dit de nature, (organes génitaux externes) et prédiscursif, le sexe est le marqueur catégoriel permettant de déclarer contre nature tout ce qui est contre culture hégémonique, le « sexe » fixe et gèle une fois pour toutes l’espèce sapiens en deux créatures, dites complémentaires… ou opposées. (voir M.Wittig)

Sexage: régime de servage (cf. Colette Guillaumin) sous lequel vivent les corps parlants de la planète réduits au silence en raison de la discrimination frappant leur sexe, marqué comme manque… ou excès.

Genre: résultat d’un acte fondateur violent, (« on oppose généralement le sexe comme ce qui relèverait du biologique et le genre comme ce qui relèverait du social » : Nicole-Claude Mathieu), mettant en place un système social qui, accordant le primat à un sexe, divise l’espèce, établit un pouvoir dissymétrique et assure la permanence d’un système politique reposant sur l’assujettissement longtemps occulté des dividues. Ce système a été reconnu et dénoncé comme tel par les Individues dites féministes.

Androlecte: voir sexolecte, langage parlé par tous les corps parlants de la planète, quelle que soit la langue, vient du grec andros qui signifie homme. L’androlecte, qui passe pour neutre et émanant des humains en général, véhicule en fait la pensée, les visions et visées d’un sexe dit fort (mâle) au détriment d’un autre dit faible (femelle).

Sexolecte: est le langage sexisant et sexualisant que parlent tous les humains. Elaboré par le détenteur du phallus dominant, il instaure l’inégalité entre les animés de l’espèce dite humaine. Le seul sexolecte existant est l’androlecte.

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