Réponse d’une abolitionniste à Badinter : à lire et écouter !

16/04/2011

N.B : En réaction au pullulement de notes opposées à ce que je considère comme une étape essentielle à la débanalisation de la prostitution, par conséquent un des moyens incontournables de mettre en route une dynamique vers l’abolition : « la pénalisation du client »  j’ai choisi de publier sans attendre une des rares réponses formulées  au « Badinterisme » ambiant qui semble hélas  dominer les esprits sur le sujet, J’ajouterais à titre personnel que j’adresse cette réponse de Cécile Aubry à l’attention particulière de quelques usurpatrices qui n’hésitent pas à titrer contre ce projet de loi afin sans doute de maintenir ou de booster leur classement wikio ou autre gage grotesque de respectabilité parmi la blogosphère, pour l’essentiel monopolisé par les hommes -si attachés pour la plupart au maintien de ce qu’ils considèrent comme un droit inaliénable: celui de disposer du corps des femmes-

Mauvaise herbe

Lu sur http://sandrine70.wordpress.com/2011/04/16/…

Suite à l’interview remarquée d’Elisabeth Badinter en réaction au rapport Bousquet , Cécile Aubry a écrit et dit cette lettre en réponse. C’est excellent, n’hésitez pas à la diffuser autour de vous ! Et merci à elle de la prêter à A dire d’elles.

Vou pouvez écouter la video, le texte est retranscrit ci-dessous.

« Madame Badinter,

Vous qui telle une pléiade d’étoiles médiatiques arborez le glorieux titre de philosophe,

Vous qui, par un curieux dévoiement, par approximation ou par hasard ? situez en France le moralisme victorien,

Vous qui haïssez les écologistes au point de faire de petits groupes de résistants qui tentent désespérément de préserver du massacre industriel et touristique quelques espèces et quelques ethnies sans défense les ennemis publics N°1.

Vous vous prononcez en faveur de la liberté sexuelle ABSOLUE comme si l’on ne pouvait lire au cœur même de la déclaration des droits humains que la liberté se définit par des limites.

 Qu’est-ce à dire que cette liberté dont vous parlez ?

 Certes vous reconnaissez que des filles, pauvres petites, pas même des femmes, sont dans les rouages de la traite, que l’esclavage, ce n’est pas beau et qu’il n’y a pas assez de policiers qui font bien leur boulot pour les sortir de là.

 Mais en dehors de ça, celles qui ne viennent pas d’un autre pays miséreux, les vraies femmes responsables et libérées, c’est-à-dire celles qui assument pour de bon leur sexualité féminine d’objet consommable, elles le veulent. C’est vraiment, une vocation puisqu’elles le font dans leur propre pays et, semble-t-il, sans souteneur.  Et quand femme veut, Dieu le veut, donc du moment qu’une minorité de femmes le veut, qu’importe ce que les clients font de toutes celles qui ne veulent pas. La volonté élite libre et festive mériterait donc selon vous qu’on négligeât les nombreuses autres infiniment moins chanceuses dont la prostitution mine l’existence violemment ou à petit feu.

 Or dans cette affaire où est-il question de liberté sexuelle ? Veut-on limiter la fréquence ou la durée des rapports sexuels, restreint-on la diversité de toutes les positions imaginables connues au répertoire ou même le nombre de partenaires participant au coït ?

Cela n’en a pas l’apparence. Peut-être espère-t-on limiter la toute puissance de l’argent sur les êtres humains tout comme les écolos que vous détestez tant espèrent sauver le vivant de son emprise, parce que les corps libres ne sont pas monnayables.

 Ainsi, Madame Badinter, ce n’est pas en soutenant le pouvoir de tout acheter que vous serez secourable à la Liberté humaine. »

Cécile Aubry

LIRE OU RELIRE SUR LE SUJET :

MONA CHOLLET  : « Prostitution Les pièges du pragmatisme »

SYLVIANE DAHAN : « Abolir la prostitution » – Une question en suspend pour le féminisme et pour la gauche

Publicités

2 Réponses to “Réponse d’une abolitionniste à Badinter : à lire et écouter !”

  1. apostille Says:

    Merci, ça fait un peu d’air, au milieu de toutes ces prises de positions dangereusement nauséabondes.


  2. Si je ne me fais guère d’illusion quant à la vraie volonté politique de ce gouvernement d’agir contre ce qui représente un bastion du patriarcat, il me semble que cette proposition de Bachelot, même velleitaire, devrait provoquer un soutien massif de toutes celles qui se revendiquent féministes, ce projet de loi ne concerne pas les seules prostituéEs, toutes les femmes sont concernées.

    On aborde toujours la prostitution sous l’angle de la prostituéE, jamais on interroge la démarche du client, et d’ailleurs alors qu’il est pour la première fois question de responsabiliser les consommateurs de ce commerce infect, la plupart de ceux qui s’opposent à ce projet continuent de marteler à l’envi leur couplet sur la liberté des prostituéEs. On évite habilement de s’attarder sur la démarche de ceux qui considèrent comme normal d’acheter dans le mépris de ce que l’autre sent, désire, est…un ventre, un anus, une bouche…pour assouvir leur petite jouissance.

    Combien de femmes ont déjà acheté les services sexuels d’un ou d’une autre?
    Combien de femmes paieraient un partenaire qui ne les désire pas ?

    Que-ce que le client achète sinon la déshumanisation de l’autre, la soumission à son seul désir impérieux comme continue d’être considéré la sexualité masculine.

    On brandit sur le sujet la légitimité de la seule parole des prostituées elles-mêmes (même si la parole de ses dernières reste accaparée par une minorité bruyante, relayée si complaisamment par les médias), mais nous sommes chacune en tant que femme concernée par ce système de domination du corps des femmes, de notre sexualité. Lorsque je croise sur le bord de la route une procession de femmes offertes comme sur l’etal d’un boucher (je ne vois jamais d’homme, ou alors ils n’en ont jamais l’apparence), lorsque je vois défiler sur mon écran tv entre deux pubs pour des voitures, des femmes dans des positions de soumission proposer leurs services etc etc je me sens violentée dans ma condition de femme, ramenée et réduite à ma condition de corps sexué.

    Pour celles et ceux qui ne comprennent toujours pas en quoi le système prostitutionnel est le premier garant du maintien du patriarcat, essayez juste d’inverser les rôles, imaginons le même système ayant comme consommatrices uniques des femmes (si le cas des femmes clientes existe il est tellement marginal que ça n’entrave en rien la démonstration), les prostitués représentés à plus de 95% par des hommes, des hommes proposés à la consommation sur le bord des routes, dans les spots tv, les peep show, affiches etc A moins de considérer que c’est un marché à développer, et que les femmes auraient raison de s’emparer de cette culture de la chosification de l’autre afin de pouvoir enfin prétendre à l’égalité, il est évident que tant qu’on continuera de banaliser l’acte de consommation prostitutionnel, le patriarcat n’aura aucune raison de fléchir


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s