La Belgique a définitivement choisi : acheter du sexe est un loisir masculin comme un autre.

04/05/2011

29 avril, 2011

La Belgique a définitivement choisi : acheter du sexe est un loisir masculin comme un autre.

Lu sur http://enquelquesorte.blogspot.com

Après la Villa Tinto, à Anvers, l’Eros center de Liège-Seraing est en voie de réalisation, celui de Bruxelles attend le moment favorable. Avec les bonne intentions affichées de protéger les prostituées, (de la violence, du froid, des proxénètes, des maladies…), c’est bien le droit des hommes à avoir toujours à disposition des corps de femmes qui est ici entériné.
Par la même occasion, il est homologué  que la prostitution est un choix de carrière pour les femmes et que celle-ci est nécessaire aux  hommes (pour se détendre)  et à la société belge (en concentrant en un lieu  les nuisances indissociables de ce commerce).

Comme l’industrie du sexe en  général, les  » autorités compétentes  » ne parlent plus de  » besoins sexuels  » spécifiques aux hommes, même si certain–e-s, plus frustes, plus naïfs-ives, hypocrites ou mal informé–e-s,  disent encore  y croire. L’heure est à l’affirmation du libre choix de femmes à servir de distraction sexuelle aux hommes.  Ou comment arguer de la défense des libertés, pour autoriser l’objétisation de femmes réduites à être les réceptacles des pulsions sexuelles masculines.

Ce choix d’organiser la prostitution nie les inégalités fondamentales entre les hommes et les femmes qui imprègnent encore notre société, et  génèrent et régissent ce commerce du sexe des femmes.
90 % des personnes prostituées sont des femmes, 99% des clients prostitueurs sont des hommes. Ce sont des hommes aussi qui sont  » clients  » de la prostitution de mineurs,  de transsexuels et d’autres hommes (ceux qui dans la société sont justement dénigrés et moqués par le machisme).
Comment ignorer ou négliger que la prostitution est le fruit de ces sociétés patriarcales qui réservent les postes de pouvoir et de décision aux hommes et maintiennent les femmes  aux postes subalternes et de service? Elle en est à la fois une  conséquence et le garant de sa pérennisation, en bétonnant les inégalités sociétales liées au genre, puisqu’elle grave  dans le marbre qu’il y a 2 sortes de femmes, les putes, et les femmes honnêtes (et toute femme peut passer  « d’honnête  » à  » pute  » par malchance ou contrainte), alors qu’il n’y a qu’une sorte d’hommes : le  » client « ,  potentiel ou réel.

La prostitution sera sans doute impossible à éradiquer, comme d’autres violences (l’inceste, le crime…), reste donc  à opter pour le meilleur modèle d’action,  celui qui protégera un grand nombre de femmes de l’horreur prostitutionnelle, tout en faisant obstacle, il est vrai, à ce qu’une petite minorité de femmes fassent  librement commerce de leur  corps. Nous ne reviendrons pas sur la notion de libre arbitre dans l’entrée en prostitution.

 Le modèle qui donne les meilleurs résultats est celui d’une loi d’ interdiction de l’achat de sexe, assortie d’une non criminalisation de l’exercice de la prostitution.  La loi a aussi un rôle éducatif,  en disant ce qui n’est pas éthique, comme par exemple la loi qui interdit la cruauté envers les animaux. Elle a également une fonction normative, elle induit les changements de culture et de représentations, insuffle des valeurs.

Toutes les études montrent que l’organisation de la prostitution conduit à une recrudescence de la traite, (elle augmente la demande en déculpabilisant  les acheteurs),  à une prostitution plus importante des mineurs (elle a quadruplé aux Pays-Bas), à une moindre action d’aide à la sortie de la prostitution (puisque c’est un métier) et à un essor de la prostitution illégale (qui rapporte plus aux proxénètes , où échouent aussi les prostituées licenciées parce que contaminées par des  « clients » qui paient plus pour ne pas utiliser de préservatif,  ainsi que les prostituées qui ont une addiction aux drogues).

A contrario, le modèle néo abolitionniste suédois  a montré ses résultats positifs sur la traite (la suède est une destination peu lucrative pour les trafiquants), le nombre de  » clients  » (une majorité s’abstient par respect de la loi ou par peur des sanctions)  et l’aide active et gratuite  à la reconversion des femmes prostituées qui le désirent.

Nos élus pouvaient, comme Danièle Bousquet (PS) et Guy Geoffroy  (UMP) en France, investiguer et comparer les différents systèmes. La Norvège et l’Islande ont fait cette démarche et  ont choisi la cause des femmes et de l’égalité. L’Irlande suit leurs traces.

En choisissant d’organiser la prostitution, en lui donnant une reconnaissance officielle, la Belgique dit aux hommes en général et aux adolescents plus particulièrement, qui construisent leur sexualité, qu’une femme, ça se loue, et que le désir et le plaisir des femmes peut être nié. Le recours à la prostitution leur semblera faire partie de la sexualité masculine, ils l’intégreront comme une démarche banale et normale. Une bière, un ciné, une pute… sortie entre copains.

 La petite voix qui encombrait la  conscience de certains « clients », qui leur disait qu’utiliser le corps d’un-e autre pour  sa propre jouissance n’est pas éthique,  sera étouffée. 
A quoi servent alors les luttes contre les discriminations dont sont victimes les femmes et qui font la une  des journaux de manière épisodique ? Poudre aux yeux ou aveuglement ?  « Est-il possible de lutter contre les violences masculines envers les femmes tout en préservant les privilèges des hommes à accéder aux corps de certaines femmes ?  » (Pierrette Pape).
Comme elle, nous  pensons que la tolérance, ou pire,  l’organisation de la prostitution sont un empêchement à l’égalité.

Flamands, wallons et bruxellois n’ont pas eu besoin de négociations, de concertations, ni de missions royales,  ils ont trouvé un accord immédiat : oui à l’organisation  de la marchandisation du corps des femmes.

Le-e Roi, la loi, la liberté … (hymne national belge).
Le roi pour ceux qui veulent, mais le concept de liberté n’a manifestement pas un sens universel pour nos élus. Quant à la loi : « Selon que vous serez puissant ou misérable… »

Lora (et Ed)

Rapport d’information à l’Assemblée nationale  en conclusion des travaux d’une mission d’information sur la prostitution en France – 11 avril 2011 

L’abolition du système prostitutionnel, une affaire d’hommes  Pierrette Pape 2010    :      prostitutionvermeiren

Bilan officiel de la politique abolitionniste en Suède  : rapport-d-evaluation-sur-la-LOI-SUEDOISE

Challenging Men’s Demand for Prostitution in Scotland: A research report based on interviews with 110 men who bought women in prostitution 2008

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3 Réponses to “La Belgique a définitivement choisi : acheter du sexe est un loisir masculin comme un autre.”

  1. Euterpe Says:

    Ca m’a tout l’air d’une conjuration du continent européen. La scandinavie s’esclave pour rien à éradiquer la prostitution.

    Hier, j’ai vu, horreur, une pub pour le bordel Artémis sur un bus à étage. Je vais le photographier dès que possible. C’est gerbant de voir ca.


  2. Euterpe

    Je viens de lire l’article de ton lien, je suis consternée


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