“Chère France, je t’aimais, mais là, c’est fini entre nous”

02/06/2011

“Chère France, je t’aimais, mais là, c’est fini entre nous”

Une féministe américaine a suivi avec amertume les débats auxquels a donné lieu, dans l’Hexagone, l’inculpation de Dominique Strauss-Kahn.

01.06.2011 | Katha Pollitt | The Nation

Sur http://www.courrierinternational.com

Chère France, je t’aimais, mais là, j’arrête. C’est fini entre nous. Oh, cela a été merveilleux tant que ça a duré, moi, j’ai craqué pour ton bel Etat providence, avec son superbe système de santé et ses allocations familiales. J’adorais ta vigoureuse séparation de l’Eglise et de l’Etat, ton refus de te lancer dans la guerre en Irak, tes grandes manifestations en faveur des salariés et contre les projets néolibéraux. Sans oublier les longues vacances, les marchés en plein air, les librairies florissantes et les trains à grande vitesse ! J’aimais même le fait que toutes tes écoles aient le même programme centralisé – pas comme chez nous, où les cinglés et les prédicateurs locaux peuvent mettre leur grain de sel dans l’histoire et les sciences et faire annuler la pièce de fin d’année. En France, les gamins étudient la philosophie au lycée ! C’est pas génial, ça ? J’étais si heureuse de me dire qu’il existait un pays où il était bien vu d’être intelligent et cultivé que je te pardonnais allègrement tous ces films ennuyeux où des groupes sympathiques d’amis aisés passent des heures à table dans le jardin d’une maison de campagne.



Mais, France, je ne t’aime plus. Car à quoi bon avoir tous ces gens intelligents, cultivés, laïcs et de tendance social-démocrate, si en réalité, ce sont de tels saligauds imbus d’eux-mêmes ? De temps en temps, tu devrais te voir : ces hommes puissants, d’âge mûr, orgueilleux et ventripotents, qui se pavanent dans les médias et déblatèrent sur le fait que Dominique Strauss-Kahn [DSK] se serait simplement laissé aller à quelque grivoiserie gauloise dans cette suite du Sofitel à Manhattan. Ce n’était qu’un “troussage de domestique”, a assuré le célèbre journaliste Jean-François Kahn. Jack Lang, l’ancien ministre de la Culture, s’est révolté que DSK n’ait pas été immédiatement libéré sous caution, puisque, après tout, il n’y avait pas “mort d’homme”. Et n’oublions pas Bernard-Henri Lévy (BHL), dont les débilités prétentieuses sont probablement la pire chose que tu aies exportées chez nous depuis les Vache qui rit saveur pizza. BHL ne digère pas le traitement infligé à son ami par la justice new-yorkaise : “J’en veux au juge américain qui, en le livrant à la foule des chasseurs d’images, a fait semblant de penser qu’il était un justiciable comme les autres.” Traiter un maître de l’univers comme n’importe qui – même l’immigrée africaine qui nettoyait sa chambre d’hôtel, quoi –, n’est-ce pas cela, la justice ? Ne vous ont-ils pas appris ça en philosophie au lycée, Bernard-Henri Lévy ?

La docilité et la mythification de la féminité des femmes françaises qui laissent faire sont presque aussi repoussantes que l’arrogance sexuelle de leurs hommes. Certes, ce n’est peut-être pas tout à fait leur faute : non seulement elles ne réussissent jamais à manger un repas complet (oh, c’est pour ça qu’elles ne grossissent jamais), mais elles sont légion à tenir à coups de tranquillisants – deux fois plus que les hommes, et leur nombre est un des plus élevés au monde. Mais il est tellement lamentable de les voir s’insurger et défendre leur droit à se faire peloter par leurs patrons. (“En France, nous ne voulons pas de guerre des sexes… Tout le monde sait qu’en Amérique, un jeune garçon n’a pas le droit de toucher une fille”, écrit, dans le New York Times daté du 20 mai, Laurence Masurel, ancienne rédactrice politique de Paris Match.) Ou d’applaudir les hommes qui les trompent, comme si c’était une preuve de leur virile grandeur, comme l’a fait Anne Sinclair, l’épouse milliardaire de DSK : “J’en suis plutôt fière ! C’est important, pour un homme politique, de séduire.” [En réponse à L’Express qui lui demandait si elle “souffrait de la réputation de séducteur de son mari”.] Du reste, c’était en 2006, alors que le cercle de ses proches savait depuis longtemps qu’il avait – semble-t-il – tenté de violer Tristane Banon, une des meilleures amies de sa fille et la filleule de sa deuxième épouse. Et pourquoi la jeune femme n’était-elle pas allée voir la police ? Elle en avait été dissuadée – par sa mère ! 



Quand on écoute les Français, on pourrait croire que leur justice est un modèle de défense des droits des accusés, alors que nous, nous jetons des innocents aux lions sur la simple foi des déclarations d’un accusateur. Je ne défends certes pas les menottes et le perp walk, ni notre presse tabloïd délirante, mais j’irais jusqu’à prétendre que la justice américaine respecte davantage la présomption d’innocence. Par ailleurs, France, tu es scandalisée, à juste titre, par nos prisons, mais sachant que ton système carcéral est un des plus inhumains du monde, es-tu vraiment en mesure de critiquer le nôtre ? 



Un mot sur le racisme : pendant des années, tu t’es vantée de ton absence de racisme. Mais en réalité, cela veut dire que tu aimes les Africains-Américains quand ils sont musiciens de jazz ou écrivains. Tu es bien raciste quand ce sont les immigrés issus de tes anciennes colonies qui sont concernés, surtout les musulmans d’Afrique du Nord. A t’entendre parler des immigrées musulmanes, on pourrait croire que tu es un paradis où règne l’égalité entre les sexes, et que la plus grave question, pour les féministes, est l’interdiction de la burqa. 



Paradoxalement, l’affaire DSK a donné au mouvement féministe français, discret et divisé, une nouvelle visibilité, lui offrant un véritable sujet mobilisateur. Des pétitions circulent contre le harcèlement sexuel et les privilèges masculins. Le 22 mai, des centaines de femmes ont manifesté à Paris, brandissant des pancartes comme “Ils se lâchent, les femmes trinquent”, “Liberté, égalité, sororité”. Quand tu en feras ta devise, alors, peut-être que je recommencerai à te prendre au sérieux.

 

Lire aussi :

 

Chez Euterpe ce billet sur la docilité des femmes françaises:

 La française soumise a trop bien appris sa leçon et ce n’est pas du goût de tout le monde

Et ce court document sur France 24

« Les féministes anglo-saxonnes se déchaînent »

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16 Réponses to ““Chère France, je t’aimais, mais là, c’est fini entre nous””

  1. Theo Says:

    Tout est dit !

  2. Euterpe Says:

    Merci pour le lien.
    J’ai trouvé ceci de trop drôle à lire et à qui j’ai emprunté la chetron à Sabban : http://lawra.fr/

  3. LolR Says:

    Elle a bien raison de dénoncer le machisme à la française, par contre j’y vois un brin d’impérialisme américain, à nous faire la leçon (cf. « les femmes françaises » toutes dans le même bain! Tout ça entrecoupé de clichés folkloriques sur la France rêvée par une américaine, avec cette tirade minable et idiote sur les femmes françaises « toujours minces »-encore un beau stéréotype, mais pourquoi une féministe rajouterait-elle ce genre de réflexion mesquine typique des querelles entre femmes organisée par le patriarcat?)comme si les « féministes » bouche-trous médiatiques et les épouses dévouées à un point écoeurant n’existaient pas aux USA ou en Angleterre (et Hillary Clinton pendant « l’affaire » Lewinsky? Ou dans un autre registre le prétendu positionnement féministe de Sarah Palin)…

    Bref, on lit ce genre d’article qui ne dit rien de neuf parce que ça nous éclaire sur la façon dont est perçue la France dans le monde (grande obsession des médias français qui ont diffusé ce texte), et parce que c’est le seul article qui se moque-2 secondes-des hommes, des hommes politiques (enfin!!!) et médiatiques français…avant de s’en prendre aux « femmes françaises ».

    Que beaucoup de femmes françaises soutiennent les hommes dans tout ce qu’ils ont de plus minable, c’est plutôt la faute à l’éducation sexiste et à l’hétéroculture que la faute à la nationalité française en particulier*…je n’ai jamais eu l’impression que malgré ce qu’elle tente de nous vendre, l’Amérique du nord ait exporté un modèle particulièrement émancipateur pour les femmes. Soit, il y a Oprah et Ellen DeGeneres…et Paris Hilton and co.

    Autant j’aime qu’elles s’en prenne au racisme français, aux prisons, au sexisme gaulois&médiatique, autant ses réflexions sur « les femmes françaises » étaient vraiment dispensables. Et faire un texte sur la base vous français VS nous américains, c’est toujours un peu pauvre niveau féminisme…mais j’ai bien aimé lire ce texte sur un site d’informations « de gauche », là, ça adressait une bonne leçon au beauf machiste de base qui se prend pour un digne descendant des « Lumières » pour cause de droit du sol.

    *D’autant que les médias filtrent les femmes qui y sont présentes sur la base de leur flexibilité d’opinion…et de leur capacité à la servilité. Et les hommes politiques choisissent leurs épouses sur les même critères…faut être naïve pour s’étonner qu’on n’ait pas de féministe ou de lesbienne radicale à l’antenne pour hurler sa colère.
    (Quoique Clémentine Autain s’en est chargée, je crois, et heureusement!)


  4. « faut être naïve pour s’étonner qu’on n’ait pas de féministe ou de lesbienne radicale à l’antenne pour hurler sa colère. »

    Oui évidemment, ce n’est pas avec des Iacub, Badinter,Fourest… qu’on va exciter la capacité d’indignation des femmes françaises mais en revanche lorsque vous évoquez ces féministes et lesbiennes radicales, vous parlez de QUI ??? (sinon Chistine Delphy en France elles ne sont pas légion) Ceci dit bien-sûr que même si le féminisme radical est en France très marginal et surtout très marginalisé, aucune de celles qui s’en réclament n’est invitée sur les plateaux tv (et pas davantage dans les colonnes de libé)

    Pour ma part je considère que ces attaques de Katha Pollitt sur les femmes françaises sont parfaitement justifiées, vous parlez à juste titre d’éducation sexiste mais je pense que ce conditionnement est en France bien plus marqué qu’ailleurs, et je considère même pertinent de parler d’une culture sexiste endémique qui concerne autant les femmes que les hommes. Quant au féminisme français il est largement gangréné par le Badintérisme et autres impostures identifiées comme féminisme libéral. Et ici oui les françaises ont pas mal de leçons à recevoir des américaines. Avez-vous entendu parler en France d’une seule mobilisation contre la prostitution alors que les médias se gargarisent des slogans affichés à l’occasion du rassemblement de 200 personnes (prostituéEs et clients réunis) contre le projet de loi en faveur de la pénalisation du client (mesure indispensable pour mener une véritable politique abolitionniste) ?
    Avez-vous entendu la voix d’une seule féministe radicale française pour dénoncer les tribunes offertes à des Caubère, Badinter et j’en passe ?
    Les femmes françaises sont bien à l’image du féminisme français, résignées hélas!
    Alors non, la dénonciation de Katha Pollitt de cette docilité des femmes françaises n’est pas en trop!


  5. « je n’ai jamais eu l’impression que malgré ce qu’elle tente de nous vendre, l’Amérique du nord ait exporté un modèle particulièrement émancipateur pour les femmes »

    La majorité des théoriciennes du féminisme radical sont américaines. Même Wittig avait choisi de s’exiler aux EU en raison de la frilosité du féminisme français.

    En revanche le féminisme libéral lui est bien une spécificité française (dans le prolongement du french feminism -féminisme essentialiste/naturaliste-), s’il existe aux EU il est bien plus marginal

  6. Vatapa Says:

    @ Euterpe, t’ai répondu sur notre blog. Sinon, excellent ton article… et l’extrait de Molière!très pertinent…
    J’ai a-do-ré Lawra, son humour et son style, merci pour le lien!
    @ Mauvaiseherbe d’accord avec ta réponse à LolR. L’article de K. Pollitt reprend certes quelques stéréotypes (c’est un peu normal et c’est vrai que c’est parfois énervant, même pour une suissesse), cependant je crains que la réalité ne soit pire…

  7. Vatapa Says:

    A part ça,
    pour montrer la différence de ton entre les féminisme français et les féminisme américain :

    « Nous ne demandons plus le droit de prendre la rue, nous la prenons ; nous ne demandons plus que les publicités cessent de transformer les femmes en objet, nous détruisons les mécanismes commerciaux qui objectivent les femmes ; nous n’en appelons plus au pouvoir masculin de cesser les viols, nous menaçons directement : « Si tu me touche, je t’expose la gueule. »

    … Eh ben, sacrée différence de ton!

  8. Vatapa Says:

    A LIRE, TRES INTERESSANT:
    CLICHÉS Quand les représentations publicitaires envoient des injonctions contradictoires aux femmes, rien n’est dû au hasard. Et si c’était pour mieux garantir l’ordre symbolique et… économique?

    http://www.lecourrier.ch/recto_verso

  9. Vatapa Says:

    BEAUCOUP BEAUCOUP DE LECTURE! UNE MINE… venue d’ailleurs (pour vous :-)

    http://lemilie.geneza.com/#

    Site l’Emilie: (tiré du journal leMatin)
    «A nos lecteurs»: c’est par cette expression surprenante qu’Emilie Gourd, la célèbre suffragiste genevoise devenue rédactrice en chef, commence l’éditorial du premier numéro du mensuel suisse Le Mouvement féministe, le 10 novembre 1912. Déjà, le féminisme n’est pas seulement une affaire de femmes: le comité de rédaction de la nouvelle publication comporte 4 hommes sur dix membres. «Le journal a voulu dépasser tous les clivages», constate Anne-Françoise Praz, professeure associée en histoire contemporaine à l’Université de Fribourg.

    Le Mouvement féministe naît dans une période de crise, explique l’historienne. En 1912, le Code civil suisse qui entre en vigueur cette année-là n’a pas retenu grand-chose des espoirs formulés par l’Alliance des sociétés féminines suisses: le mari reste le chef de famille, la femme lui est soumise et n’a pas la libre disposition de son salaire. La même année, les partis politiques et les églises tentent de récupérer et d’instrumentaliser les féministes. Il faudra encore plusieurs décennies de lutte pour arriver à des résultats concluants.

    Savoir d’où l’on vient
    C’est l’histoire de ce combat que l’on peut relire sur le nouveau site Internet de L’émilie. Des milliers de pages ont été numérisés et mises en ligne. On y trouve tous les numéros du Mouvement féministe, qui deviendra ensuite Femmes suisses, Femmes en Suisse et finalement L’émiliE en 2001, en souvenir de la fondatrice Emilie Gourd.

    Jusqu’ici, les anciennes éditions du journal n’étaient consultables qu’en version papier, à la Bibliothèque nationale suisse à Berne et à la Bibliothèque populaire et universitaire à Genève. «Ces archives nous servent de socle pour réinventer le féminisme aujourd’hui», constate Nathalie Brochard, rédactrice en chef actuelle. Vidéos, agenda, chroniques et prises de position accompagnent le fonds d’archives sur le site lemilie.org. «Nous sommes aujourd’hui moins dogmatiques et plus festifs. Mais la génération actuelle doit savoir d’où elle vient.»

  10. Theo Says:

    Que je vous rassure, les féministes Allemandes comme les Américaines trouvent les Françaises franchement « arrièrées » … je rejoins MH sur ce stupéfiant constat, visible tous les jours : beaucoup de femmes conscientes de l’oppression sont incapables d’avoir un esprit critique positif – la peur du conflit ouvert avec l’homme les sidérant sur place.
    Elles s’auto-effacent.

  11. Euterpe Says:

    Merci Vatapa, je suis contente que Lawra t’ait plu, moi aussi j’adore ! ;)

    Hein Théo, toi aussi tu es en Allemagne ? Mais où ca ?
    Déjà que je viens juste de lire que Sandrine d’A dire d’elle est en train de se promener dans les rues de MA ville !!!

  12. LolR Says:

    @Mauvaiseherbe: bien sûre, jamais la dénonciation du sexisme, et d’une des ses conséquences (docilité des femmes ici) ne sera de trop!
    Mais si effectivement comme beaucoup d’entre nouess je suis inspirée par beaucoup d’anglophones (Angela Davis, Jeffreys, Lorde,Dworkin etc.) ,…TOUS ces textes fantastiques datent d’il y a plus de 20 ans. Maintenant, le mouvement féministe état-unien en est à peu près au même point qu’en France, c’est à dire au point mort.
    J’admire de nombreuses choses chez des féministes allemandes, italiennes, d’Afrique du Sud ou d’Amérique du Sud, mais pour autant, impossible de dresser un tableau du type: « c’est mieux ici/là-bas ». Chaque type d’oppression engendre des réactions spécifiques, et tous les mouvements féministes ont leurs faiblesses propres au contexte (national etc.). Après tout, on ne pratique déjà pas le même féminisme dans deux villes différentes ou dans deux maisons des femmes différentes…

    Bien sûre que des radicales francophones ont écrit et crée, mais quasiment toujours dans des revues(Amazones d’hier lesbiennes d’aujourd’hui, Les lesbianaires…c’est un plaisir de lire ces revues encore maintenant!), je crois qu’aucun livre n’est paru. Eh oui, pas de thunes, et une saine volonté d’éviter les médias traditionnel, la « réclame »…d’autre part ces revues s’inspiraient déjà des textes américains, et on ne peut pas leur en vouloir de ne pas avoir joué au copier-coller.

    Et puis à Paris il y a eu La Barbare, ou cette manif qui avait une démarche bien plus radicale au début, la marche de nuit, c’est pas comme si aucun effort n’était fait! Oui, tout ça a une fin (et une renaissance j’espère) mais faut pas le prendre comme une malédiction, baisser les bras et laisser l’usage des mots « en plein dans la gueule » aux queers et aux « pro-sexe »! (qui nous viennent soit dit en passant tout droit des USA, puisque là-bas aussi, les queers ont pris la place laissée vacantes par les féministes tout aussi fatiguées et divisées qu’en france)

    J’aime pas la france, j’aime pas les hommes,et je m’étonne qu’on s’émerveille quand une autre écrit ce qu’on aurait du avoir écrit depuis longtemps. Vous trouvez ça génial? Alors ne laissez pas le monopole de ce genre d’écriture à despentes&co. Passer de l’admiration à la création, c’est quand même le pied…
    Ciao!


  13. @LolR

    Je n’ai rien à ajouter à votre commentaire, je suis d’accord sur absolument tout!
    J’exprimerais peut-être juste une nuance pour ce qui concerne les américaines, réalité ou fantasme j’ai tendance à penser qu’elles sont tout de même beaucoup plus conscientisées, et en raison justement du travail du mouvement féministe et lesbien radical, qui, même si vous avez raison de souligner qu’il est peu alimenté depuis 20 ans, a connu un essor considérable aux EU. En France ce mouvement est toujours resté très minoritaire et encore une fois particulièrement marginalisé. Christine Delphy par exemple a connu une notoriété beaucoup plus large récemment en raison de ses positions dissonantes (dans le paysage féministe français) sur le voile, mais sinon malgré l’apport essentiel de son travail au féminisme français son nom et son travail (à l’instar de ceux de Michèle Causse, Monique Wittig, Marie Jo Bonnet, Nicole Claude Mathieu, Michèle Coquillat,…) ont une résonance assez confidentielle dans le milieu féministe français. En France c’est à croire qu’entre Simone de Beauvoir, le MLF (récupéré par Antoinette Fouque, figure du french féminism)et Elisabeth Badinter il ne s’est rien passé (sinon l’avènement de l’imposture queer, mouvement déjà sur le déclin -et c’est heureux- aux EU)
    Il m’arrive d’échanger avec des militantes féministes américaines et leur discours est beaucoup plus virulent que ceux de la plupart des militantes féministes françaises.

    @Théo,

    Pour les allemandes je veux bien te croire mais je me demande comment elles ont pu laisser passer la légalisation des eros center et autres maisons d’abattage…? Demande à Euterpe qui vit en Allemagne son avis sur la question

    @Vatapa

    Merci encore une fois pour les infos :)

  14. Euterpe Says:

    Les allemandes sous la houlette d’Alice Schwarzer se battent depuis plus de 30 ans contre la prostitution. Elles ont tout fait pour empêcher de laisser passer cette loi. Mais parallèlement il y a une FEMME Beate Uhse, une ancienne pilote de guerre (si, si) qui a fait un énorme business avec les sex-shop et a contribué à banaliser le concept de corps de la femme comme objet érotique. Cela a joué un rôle je pense. En 1999 le gouvernement socialiste a déjà voulu légaliser la prostitution pour les mêmes raisons que la France aujourd’hui : une histoire de sécu blabla. Les féministes étaient contre mais l’idée était très populaire. Parallèlement la ministre de la famille a voulu faire interdire la pornographie sado-masochiste mais elle n’y est pas arrivée. Elle a démissionné.
    La prostitution n’est pas vraiment légale en Allemagne, elle n’est surtout plus considérée comme contraire aux bonnes moeurs. D’autre part dans le principe, les municipalités sont chargées de veiller à ce que les femmes soient bien traitées etc…mais dans la réalité les mairies ne se donnent pas les moyens pour cela. Cette loi est aussi couplée avec l’ouverture obligatoire de centres permettant aux prostituées de sortir de la prostitution. Ils marchent bien ces centres mais la prostitution ne diminue pas à cause du trafic international. Les législateurs ont cru qu’en décriminalisant la prostitution elle se réduirait mais c’est le contraire qui se passe. Elle a surtout permis aux réseaux criminels de se déployer partout. Les féministes y ont toujours été opposées et se battent à fond pour qu’elle soit recriminalisée.

  15. Theo Says:

    tu as la réponse MH ;-)


  16. Merci pour ces éclaircissements Euterpe, c’est vrai que je ne connais pas le féminisme allemand


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