Ce que le tournant postmoderne a fait au féminisme

04/07/2012

Comment le genre trouble la classe

 

Ce que le tournant postmoderne a fait au féminisme

 

 

 

 

sur http://revueagone.revues.org/902#ftn8

 

 

 

 

 

Le féminisme (?) postmoderne et le mouvement queer croient pouvoir changer une roue, mais la pente est savonneuse. Et, à chaque fois que chez moi je lave les vitres (tâche demeurée féminine, sauf quand elle est payée : il n’y a que des hommes pour laver les vitrines de magasins), je me dis que je préfère clarifier l’économie politique du genre que la « troubler » à l’économie.

Nicole-Claude Mathieu, « Dérive de genre / stabilité des sexes », 1994

 

 

 

 

 

Le féminisme matérialiste est une démarche intellectuelle dont l’avènement est crucial, et pour les mouvements sociaux, pour la lutte féministe, et pour la connaissance. Cette démarche ne saurait – ne pourrait, même si elle le voulait – se limiter à la seule population, à la seule oppression des femmes.

 
Christine Delphy, « Pour un féminisme matérialiste », 1975

 

 

 

 

 

 

……….

 

 

 

À l’origine de ce numéro de revue se trouvent quelques perplexités de béotien-ne-s devant ce qu’on nous propose comme les dernières métamorphoses du féminisme. D’une part un certain succès médiatique des franges les plus radicales de cette contestation – dont on devrait, a priori, se féliciter. De l’autre le recul général de l’intérêt pour les rapports de classe (parfois au profit des rapports de race1) en même temps que pour les classes populaires (notamment au bénéfice des classes moyennes). Du côté des médias au moins, il est difficile de ne pas partager ce dernier constat. Et, du côté des études féministes, on doit pouvoir faire confiance à l’une de ses représentantes éminentes, qui remarquait récemment, à propos des recherches insistant sur la « nécessité de croiser les rapports de genre avec les rapports de classe et les rapports Nord-Sud », que « ces travaux ont été minorés dans l’université » et que les inégalités de classe ont « plus fait l’objet de pratiques conjuratoires que d’analyses approfondies » ; que « le croisement privilégié est celui entre race et genre tandis que la classe sociale ne reste qu’une citation obligée » ; enfin, que « bien peu d’études ont été consacrées, en termes de rapport de genre, aux pratiques des femmes populaires […] ; l’impasse sur les classes sociales continuant dans la période actuelle »2.

On voit mal comment le féminisme, comme tous les autres mouvements (intellectuels, politiques, artistiques, sociaux, etc.), existant dans ce monde-ci, aurait pu échapper complètement, d’une part aux effets de l’effondrement de représentativité du monde ouvrier ; d’autre part à l’« esprit du temps ». Et au sein de ce dernier, la nébuleuse postmoderne fait et défait certaines modes depuis plus d’une vingtaine d’années, notamment sous les bannières du « poststructuralisme » et de la French Theory. La France joue donc un rôle singulier dans cette partition, du fait que le postmodernisme résulte d’un import-export entre deux arrondissements parisiens et quelques universités étatsuniennes ; et qu’au moment où celui-ci reflue de l’autre côté de l’Atlantique il se montre de ce côté-ci3. De plus, le féminisme est peut-être, comme activisme et mouvement de pensée, celui qui a été le plus profondément marqué par les influences postmodernes – avec un certain retard en France et sans doute moins profondément qu’aux États-Unis4.

En revanche, il ne fait pas de doute que si le féminisme français s’est renouvelé via l’exportation anglo-saxonne du postmodernisme, au rang des origines françaises de la French Theory ne figure pas le féminisme matérialiste, pourtant à peu près contemporain des auteurs français importés par les universités américaines5. Ne doit-on pas se demander pourquoi un quarteron d’intellectuels très en vue a eu plus d’influence dans la constitution de la pensée féministe sur le continent américain que sur ses plus proches voisin-e-s ? Par ailleurs, ce n’est pas le moindre paradoxe que ces mêmes noms français à l’origine du postmodernisme soient surtout des hommes et que leurs grandes références, également masculines, soient, pour le moins, aussi peu progressistes que féministes : sans parler du recteur nazi Heidegger, un Nietzsche n’a-t-il pas décrit sa pensée comme étant en général « hostile à tout le féminisme »6 ?

Il n’est pas acquis qu’on puisse suivre sans discernement le conseil, donné par la poétesse noire lesbienne Audre Lorde, selon lequel « On ne démolira pas la maison du maître avec les outils du maître7 ». Mais on doit constater qu’avec pareilles références le féminisme postmoderne s’est choisi de bien curieux outils – sans parler des maîtres…8

 

 

(…)

L’ARTICLE INTÉGRAL ICI

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4 Réponses to “Ce que le tournant postmoderne a fait au féminisme”

  1. Euterpe Says:

    Merci Mauvaise Herbe pour ton intervention sur « Sylvia Kristel » ! Tu ne voudrais pas aussi intervenir sur le billet « Adieu à Juan ? » du même blog ? Le Elie Arié a décidé de me faire la peau une fois pour toute. Mille mercis par avance !


  2. Bonjour chère Euterpe :-)
    Merci à toi pour le temps et l’énergie dépensés dans ce combat

    Euh… j’irai jeter un oeil mais je connais depuis longtemps l’obsessionnel E Arié, il écume en principe les forums où il est question de S Royal depuis 5 ans pour la dézinguer, il ne lâchera pas le morceau , le mieux est d’éviter de donner la réplique à son show, il est dans la contradiction permanente (quitte à se contredire lui même), non pas par conviction, c’est un de ses uniques passe temps, dés qu’il trouve un os à ronger… Bref, le cas Arié (grand habitué de l’ex post et de mariane)relève clairement de compétences que je n’ai pas ;)


  3. Euterpe,

    je viens de parcourir le forum en question et je ne vois pas ce que je pourrais ajouter à tes excellentes interventions, brillant travail de désintox, bravo ;-)

  4. Euterpe Says:

    Merci mauvaise herbe mais heureusement que Juan est super sympa et laisse les gens s’exprimer sinon…enfin, tu vois, c’est pas Olympe, quoi.
    Merci aussi pour ton intervention parce que j’en pouvais plus.
    C’était crevant parce qu’en plus d’Elie Arié, il y avait l’autre kapo là (Rosa L.) qui me lâchait plus ! Ton intervention a obligé Elie Arié à se composer de nouveau un visage d’abolitionniste. Quand il voit qu’il risque de perdre la main il fait volte-face. Mais dans le fond il n’est pas du tout abolitionniste, c’est juste une posture provisoire.
    Néanmoins ça a eu le mérite de clore le débat sur une note abolitionniste et c’est l’essentiel.
    Je ne savais pas que ce type pourrissait les forums.
    Par contre, il avait l’air d’être connu par tout le monde chez Juan comme un anti-Royal primaire.
    Il doit être content maintenant cet enfoiré !


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