Coup de gueule d’une ex-Pute

Posted on avril 19, 2013 par spermufle

 

(19/04/2013 by Artémise)

Sur http://spermufle.wordpress.com/2013/04/19/coup-de-gueule-dune-ex-pute/

« Se faire une pute, en solo ou entre potes, mater un gonzo, s’éclater, libérés du joug de la judéo-chrétienté, le sexe joyeux et sans entraves, le plaisir partagé, conjuguer le verbe jouir à l’infini, joindre l’utile à l’agréable, démocratisation du droit au plaisir, égalité au pieu, femmes libérées, misère sexuelle masculine en passe d’être résolue, société génitalement heureuse et libre. »

Féministes pro-sexe © : puisque vous le dites… Les clients veulent de la petite slave à peine majeure, pas chère et bien obéissante (peu leur importe comment ils l’obtiennent) qui sera tenue d’accepter les fellations sans préservatifs et les sodomies à longueur de journée. Les consommateurs veulent voir du film tourné sans capotes, avec des scènes trash et des actrices très jeunes (peu leur importe les conditions de tournage et l’état dans lequel les actrices en sortent). On nous parle de liberté, laquelle ? Celle de satisfaire des clients-rois incapables de la moindre empathie ni de la moindre limite concernant l’autre. Liberté d’exploiter, d’aliéner, de torturer, de briser des vies au nom du « droit à la sexualité » et de la « libération sexuelle ». Mais qu’est ce que cela a à voir avec le sexe ? D’un côté oui il y a des gens qui jouissent, mais de l’autre il y a des personnes qui se droguent, boivent, se dopent au viagra et autre, carburent aux anti-dépresseurs, usent et abusent d’anti-douleurs et de pommades anesthésiantes (au point de s’en tirer avec d’affreuses déchirures parce que oui, la douleur sert avant tout à ça : un avertissement du corps qui dit « stop »), passent sous le bistouri du chirurgien pour se conformer à un idéal esthétique toujours plus exigeant, périlleux pour la santé et l’intégrité physique, des personnes qui finissent par se suicider, se replier totalement sur elles mêmes, qui n’en finissent pas d’essayer de se reconstruire, d’oublier. Est-ce qu’il s’agit vraiment là de sexe ou bien de pouvoir ? Et même si c’était vraiment « juste » du sexe, est ce que ça en vaut la peine, est ce que cet affreux bilan peut être humainement justifié par le plaisir des consommateurs, une poignée de « carrières » réussies ainsi que par les milliards brassés par l’industrie du porno et la mafia de la prostitution ?

travailleuses-du-sexe
Je suis toujours surprise de voir à quel point ces sujets sont traités avec légèreté et malhonnêteté par ceux qui s’auto-intitulent « pro-sexe ». Ainsi nous aurions d’un côté les coincés du cul (donc pas bien) et de l’autre les libérés du cul (donc bien). Et c’est tout ? C’est donc une histoire de goût, de pudeur ? J’apprécie grandement l’élévation intellectuelle du débat, avec ça, c’est sûr on va avancer… Ou plutôt c’est la sclérose qui gagne du terrain. Et en attendant le massacre continue dans une quasi-indifférence générale. Les témoignages ? « Oui c’est affreux, oui il faut se battre contre les abus, mais faut pas exagérer hein, ce sont des exceptions ». Des exceptions. Des milliers et des milliers d’exceptions. Et à côté de ça, une seule actrice X se disant heureuse de l’être, une seule pute clamant sa liberté et son choix suffisent à cacher la forêt « d’exceptions ». Le délire d’une société malade, incapable de regarder la réalité en face, chacun préférant ménager sa petite conscience, son petit privilège, son petit intérêt mesquin, sa petite posture « subversive ». Mais elles en crèvent de votre soi disant « libération sexuelle » ! Elles en crèvent, brutalement ou à petit feu, les putes et les actrices porno, de votre « droit au plaisir » ! Et vous, clients-consommateurs, ne vous rendez même pas compte malgré l’évidence que cela ne libère pas pour autant la sexualité et que le plaisir que vous en tirez est frelaté. Les seuls vrais gagnants dans cette histoire sont ceux qui s’enrichissent impunément sur leurs souffrances à elles et sur vos frustrations à vous, messieurs les hédonistes pour qui le plaisir compte tellement que vous payez la garantie que vos partenaires n’en ressentent pas . « Liberté », « Plaisir », « Sexe » mon cul ! Bande d’aliéné-e-s, tous autant que vous êtes, la seule différence entre vous tou-te-s c’est victimes ou coupables.

NDSpermufle : les curieux-ses peuvent lire ici  quelques témoignages de clients de prostituées décomplexés, pour se faire une idée de qui sont ces « hédonistes » artisans de la Révolution Sexuelle.

What a fucking cake !

 

 

 

 

 

 

Sur http://entreleslignesentrelesmots…

 

 

 

 

 

6

Passée la jolie couverture vert amande, où la ménagère, idéal-type des années soixante, offre entre sourire de modestie convenue et poitrine de profil un gros gâteau au chocolat, « abandonnez toutes espérances »…

On reconnaît bien les éléments du monde patriarcal où Andrea Dworkin nous mène, mais son éclairage très puissant nous montre comment ils en sont la constitution, l’architecture, le cœur.

Rouages

Les relations de domination, d’oppression et d’exploitation des femmes que les hommes entretiennent ne sont pas des relations parmi d’autres qui le seraient moins ou autrement, mais les rouages mêmes du système. Et on peut toutes les ramener au rapport d’exploitation sexuelle et reproductive, qui en est la clé de voûte.

LIRE L’ARTICLE ICI

Andrea Dworkin : Les femmes de droite

avec préface de Christine Delphy,

Montréal, Éditions du remue-ménage, 2012

traduction : Martin  Dufresne et Michele Briand.

50 shits of Grey – Le pornolibéralisme à l’oeuvre

Par beyourownwomon

 

 

 

 

Sur http://beyourownwomon.wordpress.com…

 

 

 

 

 

 

 

La tolérance : gangrène du féminisme.

 

 

 

La tolérance est communément employée pour désigner l’acceptation ou devrons-nous dire, l’admission d’idées contradictoires. Les théories politiques libérales l’ont présenté comme la condition sine qua non du vivre-ensemble, l’intolérance impliquant la violence, la négation de l’autre comme sujet politique. On voit apparaître une première contradiction ici : quel vivre-ensemble si le respect, sans jugement moral, des différences fait loi ? Notez, le respect et la tolérance ne sont en aucun cas synonymes, précisément, la première notion implique l’égard envers son semblable, la tolérance renvoie au désengagement envers l’autre, et tout particulièrement dans le politique. Postmodernisme oblige, l’indifférence et le ‘tout se vaut’ constituent l’adage du XXIème siècle.

 

 

 

 

La tolérance impliquerait donc l’absence de vérité, mais alors que tolérer si rien n’a d’importance ? Ce problème n’annoncerait-il pas qu’il existe des intérêts précis que la tolérance comme idéologie pourrait servir ? D’ailleurs, qui peut tolérer ?

 

 

 

 

L’étymologie du mot tolérance renvoie à la résignation, tolerare implique supporter, endurer. Or si l’on doit ‘endurer’ une chose, c’est qu’elle n’est pas supportable en soit. Autrement dit, je mets mon jugement moral de côté pour laisser aller. Il y a également un paradoxe ici : la morale implique la responsabilité politique, je fais ce que je dois et non pas ce que je veux, mais étant un être autonome, l’obligation coïncide avec ma volonté. Donc cet acte de mettre mon jugement de côté, dans la mesure où il est relatif, serait un acte politiquement responsable.

 

 

 

 

Ce postulat libéral est un artéfact d’un point de vue féministe. S’il ne s’agit pas de contredire la morale constituant la responsabilité politique et la tolérance, il conviendrait de se demander : peut-on mettre son jugement moral de côté au sein de l’engagement politique, là où la morale et l’éthique féministe en l’occurrence, conditionnent cet engagement ? De plus, cela revient à nier les rapports de pouvoir. Comment peut-on exiger d’une femme ayant le statut de subordonnée de mettre son jugement de côté ? Est-elle au moins licite, et j’insiste bien sur cet adjectif quand le patriarcalisme conditionne le droit, pour faire valoir ce jugement et le défendre ?

 

 

Quelle est donc cette mascarade qui consiste à exiger du féminisme qu’il soit tolérant ?

 

 

Le féminisme repose sur l’analyse d’un système de domination masculine qui de fait, et même en droit, impose ses concepts et définit la réalité d’un groupe politique dominé, en faveur d’un groupe politique dominant. Le féminisme n’est pas neutre, ni indifférent. Il a ses propres concepts et valeurs, et entend bâtir une société en fonction de ses principes.

 

 

 

Demander au féminisme de tolérer les féminismes lorsqu’ils sont construits selon des concepts qui oppriment les femmes, relève d’une aberration. Le féminisme ne peut tolérer la subordination puisqu’elle est son objet de contestation.

 

 

 

A quoi sert  la contestation si elle s’accompagne de l’acceptation des idées contradictoires, ou pire encore, que l’on combat ?

 

 

 

La dépolitisation des sociétés occidentales s’accommodent fort bien de ce type de raisonnement : si l’on proclame la fin des idéologies, l’idéologie-au sens marxiste du terme, à savoir la proclamation des intérêts des dominants comme intérêt général– n’a pas disparu et se trouve peu contesté. Atomiser les dominées reste la stratégie adoptée pour faire de la tolérance une idéologie individualiste, et assurer le triomphe des valeurs  du système oppressif patriarcal.

 

 

 

 

Par conséquent, ne serait-il pas d’autant plus liberticide d’astreindre les groupes dominés au silence sous prétexte de tolérance ? La tolérance devient alors tyrannie, et loin d’assurer le ‘vivre-ensemble’, elle maintient le statu quo.

 

 

 

 

Et contrairement à l’idéalisme libéral, les différences d’opinions ne peuvent constituer l’autonomie des individu-e-s, car cela supposerait que tous les constituants d’une société soient à armes égales, une fois de plus.

 

 

 

L’objectif de cet article sera d’examiner la tolérance au service des intérêts des dominants, on évoquera alors les aspects postmodernistes de ces positions, qui jouent sur l’impensé de la question de la tolérance pour en faire un dogme, puis de montrer les méfaits de ce dogmatisme au sein du mouvement féministe, pour dévoiler ensuite les véritables conditions du pluralisme politique selon les principes féministes.

 

 

 

 

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La tolérance est considérée comme le fondement des démocraties libérales. Elle est censée assurer la liberté de chacun-e, lorsque les différences d’opinion sont atténuées par le fait de tolérer le point de vue des individu-e-s.  Notons ici une certaine incohérence. L’opinion n’est pas fondée par définition, elle renvoie à l’idée préconçue, tandis que selon les philosophes libéraux, la tolérance d’idées contradictoires, suppose que ces idées soient élaborées, bien pesées et pensées.

 

 

 

 

L’ « à –peu- près » ne peut donc garantir la liberté, que la tolérance semble assurer. En effet, tolérer ce qui paraît intolérable rend le sujet dépendant du bon vouloir de l’émetteur d’idées. Autrement dit, le caprice d’un individu doit incommoder son semblable.

 

 

 

 

On comprend bien ici le problème que pose le relativisme politique : le ‘tout- se-vaut’ implique qu’aucun système politique n’est à critiquer et à combattre. Or, ceci revient à passer sous silence le système de domination phallocrate. D’une part, c’est admettre que le sujet opprimé est libre lorsqu’il ne l’est pas, puis, l’affirmation des valeurs oppressives de la part des dominées fait place à une légitimation du système oppressif, tel un heureux hasard pour les dominants.

 

 

 

 

En d’autres termes, la manipulation des outils conceptuels des dominants, définissant la réalité des dominées, prêtés à ces subordonnées par sophisme et jouant ainsi sur « l’impensé » : tous ces concepts constituent l’ensemble des significations et institutions de la société patriarcale, ils se trouvent alors difficilement remis en question par spontanéité, donnent lieu à l’opinion ou l’illusion de l’autonomie de la pensée, lorsque ce sont les intérêts des dominants qui sont assurés. La tolérance peut-elle reposer sur l’illusion ?

 

 

 

Ces différences d’opinions  que le/la citoyen-n-e doit tolérer, ne sont-elles pas un ensemble de valeurs dont les manifestations varient, mais dont la structure reste la même ?

 

 

 

Ce qui est impliqué ici, est que la tolérance n’est qu’un vecteur de l’idéologie dominante. Mais cet aspect est d’autant plus propre au postmodernisme. En effet, certains théoriciens libéraux, (comme John Stuart Mill, Kant,…)  ont pointé du doigt les limites de la tolérance affirmant qu’elle ne peut s’appliquer sans vérité et puisque le respect de l’individu comme « valeur absolue » ne peut conduire à l’indifférence, la tolérance n’est pas tolérer tout et n’importe quoi. Bien que ces critiques présentent également leurs limites, ce qui sera examiné ici sera surtout l’approche postmoderniste.

 

 

 

 

Le postmodernisme prônant un désengagement total, permet dans ce processus de désengagement d’assurer la pérennité du système patriarcal. Et pour cause, comme le suggère Somer Brodribb : «  … la mort des significations est proclamée par le postmodernisme alors même que les critiques féministes de l’économie de l’idéologie patriarcale et du contrôle des ressources matérielles des femmes émergent du Mouvement de Libération des Femmes. »[1] . Comme il a été expliqué dans l’article Le genre : tombeau des femmes, mort du féminisme,, allergique aux analyses matérialistes et révolutionnaires, propose d’embrasser notre propre subordination car, narcissisme naissant, celle-ci fait partie de notre identité. Sous couvert d’identité, chaque propos ne doit pas faire l’objet de critique car cela reviendrait à critiquer l’individu. L’individualisme est donc le crédo du postmodernisme, et nous faisons face à l’imposture suivante : puisque tous les hommes sont égaux, qui suis-je pour formuler une critique ?

L’arnaque porte ici sur l’égalité et la prétendue absence de hiérarchie. Ou de manière plus alambiquée, l’acceptation des relations de hiérarchie, annulerait cette hiérarchie (vous vous souvenez, l’oppression c’est dans la tête que cela se passe). Le postmodernisme est bel et bien de la magie, car que la servitude soit volontaire (ce qui est une fiction politique, s’il en est), ou non, les intérêts des dominants sont assurés. Un exemple, que des femmes se réclament « sex-positiv » pour revendiquer la subordination des femmes comme « empowering », ne les rendra pas moins violables, exploitables, méprisables pour les industries pornographiques phallocrates (pléonasme). Les institutions sont bien conservées. Les dominants se portent bien dans un cas comme dans l’autre, mais les conséquences ne sont pas les mêmes pour les dominées, puisqu’elles restent dominées, leur sort n’est pas aussi heureux.

 

 

 

 

 

 

 

 

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LIRE L’ARTICLE INTÉGRAL ICI

Comment le genre trouble la classe

 

Ce que le tournant postmoderne a fait au féminisme

 

 

 

 

sur http://revueagone.revues.org/902#ftn8

 

 

 

 

 

Le féminisme (?) postmoderne et le mouvement queer croient pouvoir changer une roue, mais la pente est savonneuse. Et, à chaque fois que chez moi je lave les vitres (tâche demeurée féminine, sauf quand elle est payée : il n’y a que des hommes pour laver les vitrines de magasins), je me dis que je préfère clarifier l’économie politique du genre que la « troubler » à l’économie.

Nicole-Claude Mathieu, « Dérive de genre / stabilité des sexes », 1994

 

 

 

 

 

Le féminisme matérialiste est une démarche intellectuelle dont l’avènement est crucial, et pour les mouvements sociaux, pour la lutte féministe, et pour la connaissance. Cette démarche ne saurait – ne pourrait, même si elle le voulait – se limiter à la seule population, à la seule oppression des femmes.

 
Christine Delphy, « Pour un féminisme matérialiste », 1975

 

 

 

 

 

 

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À l’origine de ce numéro de revue se trouvent quelques perplexités de béotien-ne-s devant ce qu’on nous propose comme les dernières métamorphoses du féminisme. D’une part un certain succès médiatique des franges les plus radicales de cette contestation – dont on devrait, a priori, se féliciter. De l’autre le recul général de l’intérêt pour les rapports de classe (parfois au profit des rapports de race1) en même temps que pour les classes populaires (notamment au bénéfice des classes moyennes). Du côté des médias au moins, il est difficile de ne pas partager ce dernier constat. Et, du côté des études féministes, on doit pouvoir faire confiance à l’une de ses représentantes éminentes, qui remarquait récemment, à propos des recherches insistant sur la « nécessité de croiser les rapports de genre avec les rapports de classe et les rapports Nord-Sud », que « ces travaux ont été minorés dans l’université » et que les inégalités de classe ont « plus fait l’objet de pratiques conjuratoires que d’analyses approfondies » ; que « le croisement privilégié est celui entre race et genre tandis que la classe sociale ne reste qu’une citation obligée » ; enfin, que « bien peu d’études ont été consacrées, en termes de rapport de genre, aux pratiques des femmes populaires […] ; l’impasse sur les classes sociales continuant dans la période actuelle »2.

On voit mal comment le féminisme, comme tous les autres mouvements (intellectuels, politiques, artistiques, sociaux, etc.), existant dans ce monde-ci, aurait pu échapper complètement, d’une part aux effets de l’effondrement de représentativité du monde ouvrier ; d’autre part à l’« esprit du temps ». Et au sein de ce dernier, la nébuleuse postmoderne fait et défait certaines modes depuis plus d’une vingtaine d’années, notamment sous les bannières du « poststructuralisme » et de la French Theory. La France joue donc un rôle singulier dans cette partition, du fait que le postmodernisme résulte d’un import-export entre deux arrondissements parisiens et quelques universités étatsuniennes ; et qu’au moment où celui-ci reflue de l’autre côté de l’Atlantique il se montre de ce côté-ci3. De plus, le féminisme est peut-être, comme activisme et mouvement de pensée, celui qui a été le plus profondément marqué par les influences postmodernes – avec un certain retard en France et sans doute moins profondément qu’aux États-Unis4.

En revanche, il ne fait pas de doute que si le féminisme français s’est renouvelé via l’exportation anglo-saxonne du postmodernisme, au rang des origines françaises de la French Theory ne figure pas le féminisme matérialiste, pourtant à peu près contemporain des auteurs français importés par les universités américaines5. Ne doit-on pas se demander pourquoi un quarteron d’intellectuels très en vue a eu plus d’influence dans la constitution de la pensée féministe sur le continent américain que sur ses plus proches voisin-e-s ? Par ailleurs, ce n’est pas le moindre paradoxe que ces mêmes noms français à l’origine du postmodernisme soient surtout des hommes et que leurs grandes références, également masculines, soient, pour le moins, aussi peu progressistes que féministes : sans parler du recteur nazi Heidegger, un Nietzsche n’a-t-il pas décrit sa pensée comme étant en général « hostile à tout le féminisme »6 ?

Il n’est pas acquis qu’on puisse suivre sans discernement le conseil, donné par la poétesse noire lesbienne Audre Lorde, selon lequel « On ne démolira pas la maison du maître avec les outils du maître7 ». Mais on doit constater qu’avec pareilles références le féminisme postmoderne s’est choisi de bien curieux outils – sans parler des maîtres…8

 

 

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L’ARTICLE INTÉGRAL ICI

De DSK à « L’Apollonide » : la marchandisation du corps des femmes

Par Pauline Escande-Gauquié

sémiologue

Sur http://leplus.nouvelobs.com/contribution…

LE PLUS. La femme libérée de son corps ? On en est loin. Selon Pauline Escande-Gauquié, sémiologue, fiction et faits divers s’entrelacent pour consacrer la femme-objet. La soumission et l’esclavage sexuel de la femme demeure un cliché impérissable, puisque constamment remythifié sur l’espace public.

Édité par Amandine Schmitt   Auteur parrainé par Isabelle Monnin

La question du corps de la femme est plus que jamais à l’ordre du jour. Suite aux derniers rebondissements sur l’affaire DSK, où l’ancien patron du FMI a qualifié par SMS de « matériel »  les prostituées qu’on lui présentait pour ses « parties fines », le sociologue Eric Fassin précise  : « Une telle affaire parle effectivement, non seulement de genre et de sexualité, des rapports de pouvoir entre hommes et femmes. » (dimanche 1er avril, « Le Journal Français des Amériques »)

En France, le premier volet de la polémique a commencé mi-mai 2011. Passé l’effet de surprise du fait divers, la question a alors été posée sur les conditions possibles d’un consentement libre dans un rapport de séduction entre Nafissatou Diallo et Dominique Strauss-Kahn, « étant donné les différences de classe, de race, de genre, d’âge et de pouvoir ».

 
En avril 2012, la polémique s’est à nouveau enflammée autour d’un deuxième volet où il n’était plus question pour l’ex-patron du FMI de rapport de séduction mais tarifé avec des prostituées. On est donc passé de l’affaire au scandale Strauss-Kahn dans le sens où, dans le cas Diallo, il y avait une opposition entre deux parties sur la question du « consentement » alors que dans le cas du « matériel » il n’y avait plus de débat possible mais une dénonciation unanime par rapport à la « dignité » de la femme.

Des fictions sur le corps des femmes

A la suite de ces affaires de mœurs sous le coup des projecteurs, on peut s’enorgueillir, dans le petit monde de la fiction française, d’avoir « relevé » le débat en proposant tour à tour des fictions sur la question du corps des femmes et de sa marchandisation, via des séries sur le milieu de la pornographie.

 
Notamment avec la deuxième saison de la série « Hard » diffusée tous les lundis soir sur Canal + du 30 mai au 20 juin 2011 ou encore avec la série « Xanadu » diffusée le samedi sur Arte en deuxième partie de soirée du 30 avril au 21 mai 2011 ; et des fictions qui nous parlent de la prostitution dans un autre lieu et une autre époque – celle d’une maison close au XIXe siècle avec le film « L’Apollonide, souvenirs de la maison close », de Bertrand Bonello, véritable succès critique de 2011 et en compétition officielle au festival de Cannes 2011 ou avec le démarrage du tournage depuis janvier 2012 de la saison 2 de la série « Maison Close » diffusée sur Canal +. La réalité a rejoint la fiction et la fiction « fait corps » avec la réalité.

Il semblerait donc que le corps des femmes comme une marchandise tarifée soit un enjeu social remettant à l’ordre du jour les rapports de domination qui traversent la société et ses élites. Mais peut-on réellement considérer ces bruits de couloir sur l’espace public comme un moment de transformation sociale en faveur des femmes contre une tradition bâtie sur l’inégalité des sexes ? Suffit-il de médiatiser une transgression pour obliger les différents acteurs de la société à se positionner et donc à réaffirmer un certain nombre de valeurs telle que notamment l’égalité des sexes ?

 
Ces cérémonies de dégradation statutaire de la femme-sujet à la femme-objet apparaissent comme des symptômes. Ainsi dans ces fictions mêlées de réalité et cette réalité mêlée de fiction (affaire DSK) on peut lire les fêlures d’un mal. En réalité en croyant dénoncer, faire parler sur la condition de la femme, l’histoire Strauss-Kahn « fait mal » et les fictions sur la pornographie et la prostitution « font le mal ».

 
Pourquoi ?

Faire circuler le mythe de la femme comme marchandise

Le propre de ces fictions n’est pas tant de dénoncer la marchandisation des corps de femmes qu’elles filment – ce que croit confirmer par exemple l’épilogue sur la prostitution contemporaine du film de Bertrand Bonello – que de mythifier un peu plus « une fatigue qui n’a plus d’âge ». Un événement devient mythe quand il passe « d’une existence fermée, muette à un état oral, ouvert à l’appropriation de la société » (Barthes, « Mythologies »).

Or, rassemblés, il semble que tous ces événements véhiculent un « ce qui va de soi » néfaste sur le corps des femmes, devenu quotidien. En effet, tout ce tapage ne fait en réalité que « célébrer » davantage le corps de la femme comme marchandise et banalise le phénomène. La provocation initiale est engloutie dans une série de clichés qui signalent un peu plus le corps de la femme comme un « objet total » (sexuel, institutionnel, économique, domestique et esthétique).

Il y a à chaque fois le spectacle d’un corps produit de pulsion, de goût et de dégoût, asservi, organisé, classé par la logique de marché. En effet dans « L’Apollonide » comme dans les séries « Maison close » ou « Hard », on est plus proche du « matériel » dégradant de Strauss-Kahn (terme auquel il recourt par SMS pour qualifier les prostituées) que de la « material girl » militante de Madonna en faveur des femmes des années 1980.

« L’Apollonide », caractéristique et pernicieux

Contrairement à ce qu’affirment certains protagonistes de ces fictions qui pensent « en profiter pour parler de féminisme », l’audace d’un débat critique en faveur de l’inégalité des rapports hommes et femmes est la plupart du temps évacuée, la soumission de la femme et même sa mutilation étant consacrées.

Prenons le cas du film ‘L’Apollonide » qui selon moi est d’une part caractéristique du phénomène et d’autre part le plus pernicieux car d’une qualité esthétique remarquable. Jean-Marc Lalanne, figure critique des « Inrocks » a clamé d’ailleurs « L’Apollonide » de « chef d’œuvre en bordel »  (20 septembre 2011), en soulignant que le long-métrage dénonce « un entrelacs de désir et d’argent, de soumission et de domination ».

 

Isabelle Regnier parlait au même moment dans « Le Monde » d’ »envoûtantes fleurs du mal » en référence à « l’esprit baudelairien des « Fleurs du mal » qui, selon la critique, est partout, s’insinue dans les moindres recoins, jusqu’à ce mot même, « L’Apollonide », dérivé du prénom d’Apollonie Sabatier, muse du poète ». L’Apollonide comme le lieu nécessaire à la société où les hommes viennent se guérir auprès de femmes « purifiées » comme aime à présenter ses filles la mère maquerelle (telle la scène « saine ou pas ? » quand le médecin ausculte les filles l’une après l’autre).

L’écrin pictural dans lequel Bonello filme sa galerie de jeunes actrices n’est d’ailleurs pas des moindres : « La Femme au perroquet » de Courbet, « L’Olympia » de Manet, « La Grande Odalisque » d’Ingres sont les tableaux d’honneur de la maison close. Singulier dans son accomplissement formel, ce film est tenace dans l’empreinte qu’il laisse à nos cerveaux non pas « éblouis » (pour reprendre les propos du critique Lalanne) mais « aveuglés ».

Aveuglés car sous ses apparences feutrées, ce film comme la série « Maison Close », sont le miroir de la dernière actualité brutale autour de l’affaire Strauss-Kahn. Les femmes, plus que de simples « objets de désir » ne sont plus que des « bouts de viande » que l’on peut trancher (dans le film le visage de la prostituée « la juive » est tranché tel quel par un client régulier).

Il en ressort une cacophonie invraisemblable qui nous fait oublier que « Les Fleurs du mal » de Baudelaire en dépeignant la grandeur et la misère de la prostitution nous font aussi croire que « la beauté est dans la laideur ». Le mythe phallocratique de la prostitution et de la pornographie est une fois encore réactualisé sous des ornements flatteurs alors qu’en réalité la « laideur est dans la laideur » comme nous l’a révélé l’affaire DSK.

Le « petit mal » insidieux

On retrouve dans tous ces évènements le même « petit mal » insidieux : dans ces récits vraisemblables (séries et film), ou vrais (affaire DSK), ce qui dérange c’est qu’ »on pense pouvoir y lire, y voir, y déceler toutes les dimensions de la réalité sociale d’habitude découpée en éléments distincts : le politique, l’économique, le religieux, le juridique, l’individuel, le collectif… Ici tout est potentiellement entremêlé, voire interdépendant », comme le souligne l’anthropologue Emmanuelle Lallement (« Nouvel Obs » du 31 mai 2011).

Or, ce qui est en réalité montré, c’est que l’esclavage sexuel de la femme est un cliché impérissable car il est constamment remythifié sur l’espace social soit par le sensationnel (DSK) soit par le fictionnant (film applaudi de Bonello et séries TV). Le corps commercé des femmes en mettant en scène un individu pris dans un corps qui ne lui appartient plus donne du sens à l’inaltérable spectacle de la souffrance et de la peur et donc celui de la Passion.

Ainsi la force du mythe ne serait-il pas de maintenir une représentation avilissante de la femme en prétextant la finalité d’une parole féministe ?

Valeur vénale, domination sexuelle et tyrannie narcissique de l’apparence : Sexe objectivé et sadisme culturel

 

 

 

 

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J’ai le droit de jouir de ton corps, dirai-je à qui me plaît, et ce droit, je l’exercerai, sans qu’aucune limite m’arrête dans le caprice des exactions que j’aie le goût d’y assouvir.
Marquis de Sade 1

Vint enfin un temps où tout ce que les hommes avaient regardé comme inaliénable devint objet d’échange, de trafic et pouvait s’aliéner. C’est le temps où les choses mêmes qui jusqu’alors étaient communiquées, mais jamais échangées ; données mais jamais vendues ; acquises, mais jamais achetées – vertu, amour, opinion, science, conscience, etc., – où tout enfin passa dans le commerce. C’est le temps de la corruption générale, de la vénalité universelle, ou, pour parler en termes d’économie politique, le temps où toute chose, morale ou physique, étant devenue valeur vénale, est portée au marché pour être appréciée à sa plus juste valeur.

Karl Marx 2

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Pour Sade, l’homme a le droit de posséder autrui pour en jouir et satisfaire ses désirs ; les femmes et les enfants sont réduits à des objets, à des organes sexuels et, comme tout objet, ils sont interchangeables et, par conséquent, anonymes, sans individualité propre. Ils sont instrumentalisés pour que le dominant puisse assouvir ses fantasmes d’asservissement. « Sa société idéale réaffirmait ainsi le principe capitaliste selon lequel hommes et femmes ne sont, en dernière analyse, que des objets d’échange. Elle incorporait également et poussait jusqu’à une surprenante et nouvelle conclusion la découverte de Hobbes, qui affirmait que la destruction du paternalisme et la subordination de toutes les relations sociales aux lois du marché avaient balayé les dernières restrictions à la guerre de tous contre tous, ainsi que les illusions apaisantes qui masquaient celle-ci3. » Il en résulte que le plaisir se confond avec le viol, l’agression et le meurtre. Dans une société, qui n’a d’autre culte que l’argent, aucune limite n’est imposée à la poursuite du plaisir, à la satisfaction immédiate de n’importe quel désir. Qu’il soit pervers ou criminel n’importe guère. Car, se demande Christopher Larsh, « comment condamner le crime ou la cruauté, sinon à partir de normes ou de critères qui trouvent leurs origines dans la religion, la compassion ou dans une conception de la raison qui rejette des pratiques purement instrumentales ? Or, aucune de ces formes de pensée ou de sentiment n’a de place logique dans une société fondée sur la production de marchandises4. »

En 1974, Diana Russell nous avertissait que « si la libération sexuelle ne s’accompagne pas d’une libération des rôles sexuels traditionnels, il peut s’ensuivre une oppression des femmes encore plus grande qu’auparavant5 ». Cette prophétie semble réalisée. Au Québec, une femme sur trois a été victime d’au moins une agression sexuelle depuis l’âge de 16 ans6. Cependant, les infractions sexuelles sont plus fréquentes (53 % des cas) chez les moins de 18 ans, surtout chez les filles7. On peut donc s’avancer à conclure que le nombre d’agresseurs sexuels est très important. En outre, au cours des dernières années, on a constaté un rajeunissement des auteurs de violences sexuelles8.

L’agression sexuelle est un acte d’appropriation du corps et du sexe d’autrui, qui dépersonnalise et déshumanise, tout en révélant la hiérarchie sociale. Elle est masculine9 et ses victimes sont des femmes, des filles ou des êtres féminisés10. Vraisemblablement, dans le domaine de la sexualité, l’oppression des femmes s’est accentuée. L’expansion considérable des industries du sexe à l’échelle mondiale est un facteur important de cette aggravation11.

La société actuelle s’apparente de plus en plus à l’utopie sexuelle de Sade qui a entrevu le règne sur les individus d’un mode de production basé sur l’objectivation marchande généralisée dans lequel « le corps de l’opprimé ne lui appartient pas », il est un « objet de plaisir ». Et si l’opprimé ne s’appartient pas, « il n’est pas jusqu’au plaisir que son oppresseur ne prétende exiger de lui12 ». Le monde capitaliste exalte le plaisir tout en effaçant le désir féminin, célèbre l’autonomie individuelle tout en réduisant les relations interpersonnelles à des échanges marchands. Dans le cadre d’une telle société, où la « liberté sexuelle […] devient une valeur marchande et un élément des mœurs sociales », le plaisir « engendre la soumission13 ».

Valeur vénale14

La mondialisation néolibérale favorise la pénétration de la marchandise dans le domaine des mœurs et les révolutionne15, ayant des effets considérables, mais mal connus, sur les codes sociaux ainsi que sur le psychisme humain et les rapports entre les hommes et les femmes. Par l’inégalité sociale et l’appropriation qu’elle implique, la marchandisation des corps dans le système capitaliste néolibéral mondialisé élargit constamment le nombre de ses proies. L’offre étendue, qui stimule une demande en croissance16, affecte désormais des millions de femmes et d’enfants. Cette marchandisation exige des corps de plus en plus jeunes. « Depuis, les années 1980-1990, on assiste à un rajeunissement des prostituées », constate Max Chaleil17, ce que confirme l’Organisation internationale pour les migrations : « De nos jours, les victimes sont plus jeunes qu’auparavant et les enfants sont de plus en plus présents dans le processus18. »

Le système de la prostitution est une manifestation particulièrement significative de la domination des hommes comme sexe dans une société marchande. Ce dernier point doit être expliqué dans la mesure où la mondialisation capitaliste néolibérale a accéléré tous les phénomènes de marchandisation, particulièrement ceux qui ont rapport au vivant.

Une des caractéristiques du mode de production capitaliste, renforcée singulièrement depuis les années 1980, est la transformation de l’activité humaine en marchandises19. Dans la mondialisation néolibérale actuelle, rien ne semble pouvoir échapper au processus de la « monétarisation des rapports sociaux20 ». La marchandise est à la fois un produit et un moyen d’obtenir de l’argent. L’argent sous la forme de capital a pour seule finalité sa propre augmentation, sa croissance (d’où la dynamique écocidaire du système).

L’extension du champ monétaire entraîne la transformation en marchandise de ce qui n’est pas produit pour être de la marchandise. Ce processus de marchandisation opère inévitablement au prix d’une violence sociale considérable.

La marchandise n’est pas qu’une « chose », même si elle en prend l’apparence, elle est fondamentalement un rapport social. La transformation d’un être humain en marchandise signifie non seulement son objectivation ou sa chosification, mais également son inscription dans des rapports de soumission, de subordination et d’exploitation.

La marchandise sous sa forme argent est dans la prostitution, comme dans les autres domaines de la vie sociale, la matérialisation de la connexion sociale21, c’est-à-dire des liens sociaux entre les êtres humains, lesquels ont réifiés. En tant que marchandises, les humains-forces de travail génèrent du capital (mais, du point de vue capitaliste, le salaire apparaît comme une dépense). Toutefois, dans les industries du sexe, les marchandises humaines ont la particularité de disposer d’un double avantage – ils sont à la fois un bien et un service – et donc de pouvoir rapporter de deux façons. Plus précisément, l’un des traits de l’actuel capitalisme est non seulement la marchandisation accrue des corps en tant que sexes, loués aux clients prostitueurs nationaux et internationaux (touristes sexuels), mais également la marchandisation des femmes et des enfants eux-mêmes vendus et revendus à des réseaux successifs de trafiquants et de proxénètes.

La forme la plus élémentaire, immédiate et universelle, de la richesse dans la société capitaliste est la marchandise. Acquérir des marchandises et les consommer apparaissent comme les buts essentiels des activités sociales – l’argent n’étant qu’une « simple figure métamorphosée de la marchandise22 ». La marchandise est, dans nos sociétés, un symbole du statut social et de la réussite23. La sensation de bien-être est très souvent liée à son accaparement. Notre « moi » se forge et prend sens, en partie, à travers ce processus. Ce qui est vendu n’est pas seulement un produit, c’est également un mode de vie et un imaginaire.

Paradoxalement, l’accès aux marchandises ne donne qu’une satisfaction temporaire tout en créant une insatisfaction permanente. Ce facteur fait prospérer l’économie capitaliste et les industries du sexe.

Depuis quarante ans, les sociétés ont été marquées par un essor des industries du sexe : la prostitution s’est industrialisée et a colonisé tous les recoins de monde ; la traite à des fins de prostitution affecte des millions de personnes chaque année, surtout des jeunes femmes et des fillettes ; la pornographie est tentaculaire, hypertrophique et omniprésente ; la culture est imprégnée par le sexe-marchandise. Le désir de jouissance s’articule de plus en plus à celui de posséder et de jouir du sexe commercialisé d’autrui, sous sa forme virtuelle ou réelle.

Au fur et à mesure que la consommation étend son emprise, on assiste à une « organisation systématique de la défaillance de la faculté de rencontre », à une « communication sans réponse » engendrant un « autisme généralisé24». En ce sens, la prostitution est paradigmatique d’une époque sans réciprocité entre les êtres, de communication unilatérale.

La marchandisation actuelle des êtres humains dans les industries du sexe ne se limite pas à une activité de commerce : vente et achat de marchandises. Cette industrie ne met pas seulement sur le marché des femmes et des enfants, mais fabrique également les « marchandises ». La violence est décisive dans ce processus. « Les marchandises ne peuvent point aller d’elles-mêmes au marché ni s’échanger entre elles, écrivait Marx. Il nous faut donc tourner nos regards vers leurs gardiens et leurs conducteurs, c’est-à-dire leurs possesseurs. Les marchandises sont des choses et, conséquemment, n’opposent à l’homme aucune résistance. Si elles manquent de bonne volonté, il peut employer la force, en d’autres termes s’en emparer25. » C’est ce que l’on voit plus particulièrement dans la traite à des fins d’exploitation sexuelle.

Celui qui donne l’argent a un avantage constant sur celui qui donne la marchandise, ce qui, selon Georg Simmel, « accorde à l’homme une formidable prépondérance » dans la prostitution26. Le paiement de l’acte sexuel dédouane le prostitueur : la rétribution implique la fin de la responsabilité du payeur et son transfert sur la personne qui perçoit la somme d’argent. « Ce paiement-là n’est pas acte de liberté : il signifie affranchissement de l’homme et asservissement de la femme27. » Nelly Arcand formule ainsi ce rapport : « Ceux qui payent seront toujours plus grands que ceux qui sont payés en baissant la tête28. » L’argent est le nœud des choses29 ; il lie, rabaisse et soumet la personne prostituée, tout en rendant le rapport impersonnel, réifié. Le sentiment de supériorité des prostitueurs, lequel fait partie intégrante de leur plaisir, est lié à l’acte de location du corps d’autrui et à la déshumanisation qu’il implique. Le prostitueur ne recherche pas la réciprocité. C’est précisément la subordination des corps qui est source de plaisir : « Ce n’est pas de moi qu’ils bandent, ça n’a jamais été de moi, c’est de ma putasserie, du fait que je suis là pour ça30. »

Enfin, la prostitution c’est l’irruption de la marchandise (le domaine public) dans le sexuel (le domaine privé, mais de moins en moins privé). L’argent apparaît également comme un substitut à la virilité.

Dans les sociétés capitalistes, la sexualité masculine hégémonique31 fonctionne en grande partie au moyen d’un désir univoque. C’est aussi très souvent un appel à une consommation rapide. Le temps des relations sexuelles est généralement déterminé par l’éjaculation, qui marque l’objectif et la fin de la relation sexuelle. Dans cette consommation, il y a survalorisation de la place et de la fonction du pénis. Cette sexualité se présente aussi comme réductionniste et fonctionnelle, si ce n’est utilitariste et contingentée.

Dialectique de la domination et de la soumission sexuelle

Le fantasme de la domination sexuelle exige aussi bien le désir de domination que celui de soumission. Il exige donc l’existence d’individus qui se soumettent, de préférence librement, à la domination sexuelle, qui ne voient d’épanouissement que dans cette soumission.

Le fantasme pornographique reflète fidèlement les thèmes de la relation maître-esclave, où l’affirmation de soi passe par la non-reconnaissance de l’autre comme être humain. La pornographie est un « monde sadique32 », où les femmes et les enfants ne comptent que comme objets de jouissance, c’est-à-dire ne comptent plus en tant que sujets.

Plus près de nous que l’œuvre de Sade, Histoire d’O33, un roman sadomasochiste dit érotique, met en scène une femme dont le désir le plus profond est d’être dominée afin d’être acceptée et reconnue par les dominants. « Si le dominant n’a pas l’impression d’exercer un pouvoir injuste, le dominé n’éprouve pas, non plus, le besoin de se soustraire à sa tutelle […] L’individu aliéné finit par endosser, intérieurement, le bien-fondé de la soumission qu’on exige de lui. » Et même à rechercher cette soumission car « c’est de l’autre qu’il reçoit sa valeur34 ».

Au début du roman, O est conduite par son amant, sans en être avertie, au château de Roissy35, un lieu conçu par des hommes pour le dressage des femmes. O s’entend donner des instructions précises : « Vous êtes ici au service de vos maîtres […] Vous abandonnerez toujours au premier mot de qui vous l’enjoindra, ou au premier signe, ce que vous faites, pour votre seul véritable service, qui est de vous prêter. Vos mains ne sont pas à vous, ni vos seins, ni tout particulièrement aucun des orifices de votre corps, que nous pouvons fouiller et dans lesquels nous pouvons nous enfoncer à notre gré […] Vous ne devez jamais regarder l’un de nous au visage. Dans le costume que nous portons, si notre sexe est à découvert, ce n’est pas pour la commodité […] c’est pour l’insolence, pour que vos yeux s’y fixent, et ne se fixent pas ailleurs, pour que vous appreniez que c’est là votre maître […] S’il convient que vous vous accoutumiez à recevoir le fouet […] ce n’est pas tant pour notre plaisir que pour votre instruction […] Il s’agit en effet […] de vous faire sentir, par le moyen de cette douleur, que vous êtes contrainte, et de vous enseigner que vous êtes entièrement vouée à quelque chose qui est en dehors de vous. »

O est dépouillée de tout libre arbitre. Elle doit être toujours disponible et ouverte. Elle n’est ni plus ni moins qu’une chose. Elle est violentée en permanence, non seulement physiquement, mais aussi par l’obligation psychologique de se soumettre totalement aux désirs masculins, de ne plus avoir de désirs qui lui soient propres. Ses maîtres ne se font reconnaître d’elle que par leur pénis, organe qui représente à la fois leur désir et leur souveraineté. S’ils abusent d’elle, précisent-ils, c’est plus pour lui « enseigner », l’« éclairer », que pour leur plaisir. Autrement dit, même en la prenant, ils lui soulignent qu’ils n’ont pas besoin d’elle. Ils se situent dans un rapport non seulement de maître à esclave, mais aussi d’enseignant à élève. Ce rapport en est un d’autorité et de supériorité « naturelles » – le sexe en est la monstration. Les hommes contrôlent leurs actes, les planifient. Bref, ils visent un but rationnel. Leur sadisme ne consiste pas seulement à se délecter du spectacle de la souffrance, mais à savoir qu’ils peuvent l’infliger lorsqu’ils le désirent. Leur pouvoir est visible : il laisse des marques, des stigmates.

L’idée de la prédisposition des femmes à la soumission et à l’aliénation est évidente dans ce passage où O se sent comblée et soupire d’aise : « Mais quel repos, quel délice l’anneau de fer qui troue la chair et pèse pour toujours, la marque qui ne s’effacera jamais, la main d’un maître qui vous couche sur un lit de roc, l’amour d’un maître qui sait s’approprier sans pitié ce qu’il aime. » O a dû consentir à des humiliations, des douleurs et des tourments de plus en plus sévères. Le récit se développe en fonction des étapes de cette soumission de plus en plus profonde, suivant l’impact de chaque nouvelle négation de sa volonté, chaque nouvelle défaite de sa résistance. Et, la négation radicale de sa propre personne, cette acceptation du statut de chose est pourtant ce qui va fonder chez O le désir pour l’un de ses amants. En retour, cet amant la rendra « plus intéressante » en la faisant marquer au fer rouge et en lui faisant élargir l’anus. La domination de ce dernier sera plus rationnelle, plus calculatrice, plus totale aussi que toutes les autres formes précédentes de domination.

Dans sa préface à Histoire d’O, Jean Paulhan écrivait : « Et pourtant O exprime, à sa manière, un idéal viril. Viril ou du moins masculin […] Enfin une femme qui avoue ! Qui avoue quoi ? Ce dont les femmes se sont de tout temps défendues (mais jamais plus qu’aujourd’hui). Ce que les hommes de tout temps leur reprochaient : qu’elles ne cessent pas d’obéir à leur sang ; que tout est sexe en elles, et jusqu’à l’esprit. Qu’il faudrait sans cesse les nourrir, sans cesse les laver et les farder, sans cesse les battre. Qu’elles ont simplement besoin d’un bon maître, et qui se défie de sa bonté. »

Histoire d’O serait donc un « aveu » qui rendrait enfin compte de la réalité profonde, psychique, du sexe féminin. Cette « réalité » s’énonce ainsi : puisqu’une femme est avant tout « chair », son esprit est guidé par la « chair » et aucune volonté de femme ne saurait résister à l’appel de la chair. Donc l’aliénation des femmes est inhérente à leur nature. Lorsque la chair triomphe (ce qui est inévitable), c’est toujours aux dépens de la conscience de soi comme sujet. A contrario, la supériorité masculine devient évidente, car les hommes ont, eux, la maîtrise de l’esprit sur la chair.

Puisque toute femme est inéluctablement submergée par la chair, l’homme qui l’agresse n’est, en définitive, qu’un instrument révélant sa vérité féminine profonde. En outre, cette agression lui dévoile sa valeur. En retour, ce dévoilement justifie la domination, la violence et le viol masculins.

On pourrait objecter que le désir de soumission n’est pas proprement féminin, que les rôles de maître et d’esclave n’ont rien d’intrinsèquement féminin ou masculin comme le rappelle l’auteur de La Vénus à la fourrure, Léopold Sacher Masoch36, et toute une production pornographique contemporaine. Cette objection tient mal lorsque l’on analyse de plus près l’œuvre de Sacher Masoch. C’est l’homme qui dirige les actions, impose ses fantasmes, domine la situation. L’« esclave sexuel volontaire » est ici le maître des ébats sexuels sadomasochistes. Encore une fois, c’est le désir masculin qui structure le tout.

En quelque sorte, le sadisme pornographique « métaphorise » les rapports sociaux. Il constitue un transfert de sens. Un tel discours, par substitution discursive, épure et déshumanise les femmes ainsi que les rapports sexuels et sociaux. Le sadisme pornographique est aussi un symptôme d’une certaine sexualité masculine, qui s’avère souvent violente, si l’on se fie aux données sur les viols et les autres types d’agressions sexuelles ainsi qu’au vécu des femmes.

L’évolution récente des rapports sociaux de sexe

Les années 1970 avaient remis en cause les rôles traditionnels et permis aux femmes de se libérer du contrôle infantilisant imposé par la société masculine sur leur vie – rappelons qu’elles étaient des mineures devant la loi, le mari ayant tous les pouvoirs en tant que chef de la famille – et sur leur corps, notamment avec le droit à l’avortement. Le mouvement féministe a transformé radicalement la conception du viol, lequel était légal lorsque perpétré par le mari sur son épouse, et a imposé la notion de consentement. Le viol est désormais un viol même si la victime est vêtue de façon « provocante » ou sexy, n’est plus vierge, etc. Enfin, la dissociation de la sexualité et de la reproduction a permis de lever ce poids qui a toujours pesé lourdement sur les femmes : la hantise de la grossesse non désirée.

Caractérisées par le triomphe du néolibéralisme, les années 1980 ont vu apparaitre un nouveau discours qui a remplacé peu à peu la liberté sexuelle par le devoir de la performance, tout en mettant en place le diktat de la jeunesse, de la sveltesse anorexique et de la féminité exacerbée. La mode unisexe cédait la place à une sexualisation figée des attributs. La « libération sexuelle » était de moins en moins un élément de la libération des femmes. La domination masculine se renouvelait en s’avançant « masquée, sous le drapeau de la liberté sexuelle37 ». La libéralisation sexuelle provoquait une explosion de la marchandisation du sexe.

Les années 1990 ont fait du corps des femmes un temple du marché, l’objet de transactions et un support commercial. L’autonomie plus grande, une conquête essentielle du mouvement féministe, a été transformée au fil du triomphe des relations marchandes en une soumission accentuée aux plaisirs sexuels masculins. C’est l’ère dans les pays capitalistes dominants de l’Europe de l’Ouest et du Pacifique Sud des légalisations du proxénétisme et de la prostitution des femmes dans des bordels et des zones dites de tolérance. C’est également l’époque de l’explosion de la production et de la consommation pornographiques.

Les nouvelles prescriptions sont corporelles. Le corps féminin transformé et mutilé est plus que jamais une surface d’inscription de l’idéologie dominante, à la fois bourgeoise et patriarcale. Le corps est désormais traité comme une propriété individuelle, dont chacun est responsable. L’injonction « libératrice » est désormais individualisée et non plus collective. Elle a réintroduit par la fenêtre ce qui avait été chassé par la porte, l’obligation d’un lourd entretien féminin sexualisé des corps, lequel est devenu très onéreux. Les ventes de lingerie féminine progressent de 10 % par an depuis les années 1990. Le nombre d’interventions de chirurgie plastique a grimpé vertigineusement38. La juvénilité obligée du corps féminin l’infantilise : nymphoplastie, resserrement des parois vaginales, épilation des poils pubiens…

Enjeu commercial, la beauté féminine doit, en outre, impérativement se dévoiler pour exister : ce corps dénudé fait partie des représentations quotidiennes et sature l’espace public.

Dans la nouvelle mouture du capitalisme, le contrôle de soi est la condition à la vente de soi, laquelle est elle-même une condition de la réussite sociale. Aujourd’hui, la « revendication de ne pas être une chose, un instrument, manipulable et marchandisable, serait passéiste et non une condition de dignité du sujet39. » L’apparence est décisive dans le travail sur soi pour sa propre mise en valeur.

Les régressions sont à la fois symboliques (retour à la femme-objet40) et tangibles (exploitation accrue des corps féminins par les industries du sexe, la publicité, etc.). Les nouvelles prescriptions sont également sexuelles. Performatives, elles s’inspirent de la pornographie et de ses codes, devenus le nouveau manuel de la libéralisation sexuelle. En 1981, est « découvert » le point G, cette zone intravaginale ultrasensible au-dessus de l’os pubien. Cette prétendue trouvaille débouche sur une optimisation des performances coïtales et l’obligation des jouissances multiples. En outre, elle responsabilise les femmes pour leur jouissance et, dans un même mouvement, déresponsabilise (à nouveau) les hommes. Elle fraye ainsi la voie « enrégimentement sexuel41 » renouvelé. L’injonction de jouir est désormais une condition de la santé et de l’équilibre mental. Pourtant, dans les cabinets gynécologiques, les plaintes les plus fréquentes en matière de sexualité viennent des femmes de moins de 30 ans. Plus de 50 % trouvent les rapports douloureux42. On assiste donc au retour en force de la « frigidité » féminine, c’est-à-dire de l’instrumentalisation de la sexualité des femmes en faveur du plaisir sexuel masculin.

Cette biopolitique du corps impose un contrôle intériorisé contraignant notamment pour les femmes qui sont ses cibles charnelles privilégiées. « Plutôt qu’à une disparition des contraintes, on assiste à une intériorisation des maitrises et des surveillances », explique Philippe Perrot, qui poursuit : « Par étapes successives, accompagnant la montée de l’individualisme, les normes cessent de s’imposer brutalement pour s’exercer insidieusement, en souplesse, par la voie d’un chantage déguisé en sollicitude, en invite à l’épanouissement et au bien-être43. » L’intériorisation des contraintes sociales est de plus en plus reliée aux codes pornographiques.

L’invasion des représentations sexuelles pornographiques débouche sur un nouveau conformisme. « L’industrialisation de l’image sexuelle […], de la pornographie à la publicité, reconduit les normes de genre les plus réactionnaires (andocentrisme et hétérosexisme) et le vieux contrôle des corps, surtout des corps féminins », conclut François Cusset44.

Pour être belle, une femme doit être jeune et le rester45. À partir des années 1980, la jeunesse n’est plus associée à la révolte et aux idées nouvelles bouleversant les cadres archaïques et rigides. L’audace juvénile se limite à un idéal corporel uniformisant, impérieux et commercial.

« Le jeunisme est un ressort idéologique majeur des années 198046. » On le voit en œuvre partout. La norme dans la pornographie, la publicité et la mode (notamment avec son utilisation de mannequins très jeunes) est largement « adocentriste ». Si les jeunes, particulièrement les jeunes femmes et les adolescentes, sont parmi les principales cibles des vendeurs de biens de consommation, ils sont également des biens de plus en plus consommables. On constate une sexualisation précoce des filles imprégnées de références sexuelles adultes. Les garçons s’attendent à ce que les filles reproduisent les actes et les attitudes de la pornographie, ainsi que les pratiques corporelles qui lui sont liées47.

Les contraintes ont changé de nature. La nouvelle morale sexuelle, tout aussi normative que l’ancienne, impose un nouvel ordre sexuel tyrannique, lequel se traduit dans des normes corporelles et des rapports sexuels focalisés sur le plaisir masculin et la génitalité. Le nouveau conformisme est tonitruant tout en rendant docile. Il est sexiste, raciste et infantilisant. Le discours permissif sans précédent dans l’histoire qui caractérise les sociétés occidentale48 s’accompagne d’une violence accrue. Dans la pornographie, cela s’exprime, entre autres, par une humiliation accentuée des femmes et une brutalité davantage tangible et normalisée. Le sadisme est devenu banal.

La pornographie emblématise les corps féminins comme des objets-fantasmes mis au service sexuel fantasmagorique des hommes, mais exploités réellement par les industries du sexe. Elle « adultise » sexuellement les enfants tout en infantilisant les femmes.

Ce que nous avons nommé « pédophilisation49 » rend compte à la fois du jeunisme comme ressort idéologique qui s’est imposé à partir des années 1980, du processus de rajeunissement du recrutement par les industries du sexe, de sa mise en scène par la pornographie et de « l’adocentrisme » de ces représentations. Il rend également compte des techniques d’infantilisation employées par l’industrie. Cependant, le rajeunissement constaté n’est pas que la conséquence des modalités actuelles de la production des industries du sexe, il joue également dans la consommation. Désormais, on consomme très jeune. La pornographie devient le principal lieu d’« éducation » sexuelle et un modèle pour les relations sexuelles. Plus les jeunes consomment tôt, plus ils sont influencés dans leur sexualité. Plus leurs désirs, leurs fantasmes et leurs pratiques s’inspirent des codes pornographiques. Plus ils consomment jeunes, plus leurs corps sont modifiés (tatouage, piercing, chirurgie esthétique, etc.). Plus ils consomment jeunes, plus ils demandent à leur partenaire de consommer et de reproduire les actes sexuels vus sur les écrans. Plus ils consomment jeunes, plus ils consomment avec régularité et fréquence.

Il ressort également que la consommation par les jeunes filles affecte leur estime de soi. Par ailleurs, plus l’estime de soi est faible, plus les jeunes filles sont précocement actives sexuellement. L’enquête de Statistique Canada sur la santé montrait que « les filles dont l’image de soi était faible à l’âge de 12 ou 13 ans étaient plus susceptibles que celles qui avaient une forte image se soi de déclarer, dès l’âge de 14 ou 15 ans, avoir déjà eu des relations sexuelles50 ». Alors que 10,9 % des filles qui affichent une bonne estime de soi déclarent avoir eu des relations sexuelles avant 15 ans, la proportion est presque deux fois plus importante (19,4 %) chez celles qui affichent une piètre estime de soi51.

Les femmes à l’épreuve de la beauté

Plus que jamais, les pratiques liées à la beauté féminine sont invasives. Les impératifs actuels de la beauté féminine requièrent le découpage de la peau, les injections, le réarrangement ou l’amputation de parties du corps, l’introduction de corps étrangers sous l’épiderme, etc52. Les femmes et les adolescentes souffrent pour devenir belles. Au quotidien, elles font subir à leur corps un nombre important de stress. Elles utilisent des produits de beauté – savon, shampoing, revitalisant, fixatif, gel, crème hydratante, maquillage, déodorant et parfum – qui contiennent des agents nocifs pour la santé53, sans compter qu’elles portent des souliers à talon haut, lesquels engendrent des dommages parfois irréversibles au dos, au talon d’Achille, aux muscles des mollets, à la forme du pied et des orteils et qui produisent à la longue des varices, lesquelles exigeront plus tard une chirurgie réparatrice. Les colorants pour les cheveux sont parmi les produits les plus nocifs pour la santé. Les régimes alimentaires auto-administrés représentent 7 % environ des causes de retard de croissance et de puberté anormale54.

Les impératifs normatifs de la beauté, qui se sont massifiés et qui pèsent lourdement sur les femmes et les filles, exigent un travail sans cesse recommencé. Un temps important lui est consacré. L’absolu de la minceur et du ventre plat – garder la ligne à tout prix – fait plonger des adolescentes dans l’anorexie boulimie55. À cela s’ajoutent le sein haut et la bouche pulpeuse. Les cheveux sont longs, les poils ne sont plus. Pour rester dans la course à la beauté, « les adolescentes doivent développer une “écoute inquiète” de leur corps56 ». Celles qui ne s’y conforment pas sont out, coupables et indignes. Elles n’ont aucun maitrise sur elles-mêmes, ne savent pas se mettre en valeur et se vendre, sont donc peu performantes, en conséquence, elles sont inintéressantes.

Les femmes, les filles et même les fillettes sont poussées à l’exhibition. Ce devoir de paraître est déguisé en droit au bien-être. Le corps, qui doit être lisse, désirable, désirant et performant, est en même temps morcelé, ce qui est particulièrement évident dans la publicité et dans la pornographie. La partie est préférée au tout et l’érotisme masculin contemporain se caractérise par un « fétichisme polymorphe » (lequel renvoie au fétichisme de la marchandise), du sein en passant par les fesses jusqu’au pied. Par ailleurs, la loupe pornographique « portée sur tous les détails conduit d’abord à écarter les corps réels du corps idéal, les corps vécus du corps rêvé57. » Le corps féminin réel, malgré tous les efforts qui lui sont consacrés, déçoit fatalement, particulièrement les hommes qui ont commencé à consommer très jeunes de la pornographie58.

Certains préfèrent les real dolls aux vraies femmes. Quelques clics de souris permettent aux clients de choisir le corps, le visage, le style de coiffure et de maquillage, la couleur des cheveux, des yeux, de la peau, bref de se construire un ersatz de la femme idéale. La poupée-réalité est alors livrée revêtue de lingerie, d’une robe sexy et d’escarpins. Elle a le sexe aussi étroit que celui d’une adolescente. Elle est belle, jeune, silencieuse, passive, toujours consentante. Elle est parfaite ! La poupée X, un support masturbatoire pénétrable, est pour Élisabeth Alexandre, un symbole de la détestation des femmes59, des vraies femmes en chair et en os. L’une des raisons invoquées par les hommes qui ont acquis des poupées X renvoie à leurs problèmes avec l’autonomie des femmes, laquelle semble faire obstacle à la relation « amoureuse véritable ». L’expression états-unienne « real doll » affublée à une jeune femme ou à une adolescente désigne une fille particulièrement mignonne et facile à vivre. Elle ne revendique pas, reste passive, ne vit que pour plaire… C’est ce qui la rend si attrayante.

Que des hommes soient capables d’avoir une érection pour des objets synthétiques totalement dociles et jouir en dit sans doute long sur eux en particulier et sur la société masculine en général. Puisque encore plus d’hommes sont capables de bander sur des corps de femmes, de filles et d’enfants par écrans interposés et jouir, comment comprendre cette pratique sociale qui s’élargit de jour en jour ?  ? Quels sont les liens entre ces comportements et la domination sociale masculine ?

Pouvoirs

Les représentations des corps et les valeurs qu’elles induisent, le travail incessant des apparences pour s’y conformer, reproduisent à leur échelle les pouvoirs de la structure sociale. L’assise de la domination « passe par la maîtrise des usages du corps et l’imposition de ses normes60 ». Les normes, qui se sont imposées, sont fortement corrélées historiquement à l’ascension de la bourgeoisie puis à sa victoire61. Dans le capitalisme, la domination masculine impose non seulement une division sexiste du travail et une essentialisation des rôles — à l’homme la raison et la sphère publique, à la femme la procréation, les émotions, le travail des apparences et la sphère privée —, mais également une maîtrise du corps féminin, laquelle est intériorisée par les principales concernées, les dominées62. Elle s’exprime, entre autres, par le vêtement (du corset magnifiant la féminité et étouffant le corps au string, de la lingerie aux talons aiguille), en passant par les matériaux qui sont spécifiques aux vêtements féminins et qui réduisent la femme « à être une vitrine ostentatoire de la réussite sociale du mari63 ». Si la domination masculine vêt les femmes – du voile à la haute couture –, elle les dévêt également dans la publicité, la pornographie et ailleurs.

Pour Pierre Bourdieu, les femmes sont « sans cesse sous le regard des autres, elles sont condamnées à éprouver constamment l’écart entre le corps réel, auquel elles sont enchaînées, et le corps idéal dont elles travaillent sans relâche à se rapprocher64 ». Ce sont les regards des hommes qui décident des corps des femmes65. Pourtant, les publicitaires, les magazines et les pornocrates prétendent inlassablement promouvoir la « libération » des femmes. Elles sont libérées de quoi exactement ? On ne le sait pas trop. Cette prétendue libération n’en entraîne pas moins une forme exacerbée du souci de l’apparence, un travail constant sur celle-ci et une perpétuelle surveillance de soi. Ce qui dans la pornographie atteint des sommets caricaturaux, puisque la féminité y est paroxystique. Elle implique de multiples transformations corporelles, du tatouage et du piercing obligés à la chirurgie plastique, des régimes répétés à l’usage des drogues (qui permettent de moins manger). Rester jeune s’avère là aussi un impératif catégorique mais, sous stress constant, les corps pornographiques vieillissent très rapidement et mal, d’où une rotation exceptionnellement élevée des hardeuses dans l’industrie et, pour la très grande majorité, une espérance de vie dans le « métier » des plus courtes.

Les corps sont des enjeux de pouvoirs tout en étant leur symbolisation. L’époque actuelle inscrit systématiquement et massivement dans les corps les disparités sociales entre les sexes et les générations. Ce corps est une expression de la domination sociale masculine et marchande. Dans ce cadre, la valeur vénale de la liberté sexuelle « permet aux plus forts, plus riches, plus cyniques de cautionner leurs désirs criminels au détriment des plus faibles ou des plus pauvres66 ». L’argent-roi donne accès aux femmes et aux filles partout à travers le monde ainsi que sur tous les supports médiatiques tout en légitimant leur exploitation sexuelle.

Cette domination trouve une forme d’expression ultime dans les productions pornographiques qui pèsent considérablement désormais sur les représentations collectives. Dans son témoignage, Raffaëla Anderson raconte : « Elle termine en fin de me maquiller. Quand je vois ce que ça donne, je suis déçue. Je ressemble à une gamine de douze ans67. » La symbolique est forte. Faire croire que la hardeuse est âgée de douze ans est l’une des techniques de représentation de l’inceste ou de l’agression sexuelle sur une mineure. L’infantilisation pornographique rejoint une autre tendance sociale normalisée : le choix par de nombreux hommes de partenaires beaucoup plus jeunes qu’eux ou plus fragiles. Les hommes de pouvoir et d’argent ont souvent à leurs bras des jeunettes68. Cela leur permet, entre autres, d’exhiber leur pouvoir et de montrer leur capacité à dominer69. Inévitablement, les hommes de pouvoir abusent de leur pouvoir. Le sexe, l’argent et le pouvoir, ainsi que les abus qui se traduisent par du harcèlement sexuel ou des agressions sexuelles, sont étroitement imbriqués – plaisir sexuel et pouvoir, pouvoir sexuel et plaisir se conjuguent : ils excitent et incitent70.

Le préadolescent et l’adolescent d’aujourd’hui sont gavés de pornographie. Ils sont accoutumés à une vision sexiste des rapports sexuels avant même d’atteindre la maturité sexuelle. Leur imaginaire sexuel est nourri par les produits de cette industrie et, puisque le sentiment et la tendresse sont tabous dans la pornographie, puisque le sexe mécanique et le sadisme culturel sont valorisés, l’objectivation et l’instrumentalisation des femmes et des filles s’en trouvent socialement renforcées. Les garçons affichent très tôt des conduites de contrôle sexuel, assure le psychothérapeute James Wright. Ces comportements commencent habituellement à la fin de l’école primaire et sont étroitement imbriqués à leur perception de la masculinité71, laquelle est déterminée par l’environnement social au sein duquel la pornographie joue certainement un rôle. Une enquête auprès de 3 000 élèves de huit écoles secondaires de Montréal, Kingston et Toronto, au Canada, a révélé que « trois élèves sur quatre » se font harceler sexuellement par leurs pairs72 ». Le harcèlement sexuel est épidémique : 98,7 % des filles d’un échantillon de 315 étudiantes ont été la cible de harcèlement sexuel avant l’âge de 18 ans73. Dans une société où le sexe, surtout celui des jeunes femmes et des adolescentes, est un bien de consommation qui sert à vendre des marchandises et à exciter les hommes, il n’apparaît pas étonnant que l’on constate des taux élevés de harcèlement et d’agressions sexuels et que la cible des agressions soit avant tout des adolescentes.

Dans la pornographie, « la femme crie et jouit de la jouissance de l’homme74 ». L’adéquation est parfaite entre l’homme qui veut et la femme qui est à son service sexuel. Voilà peut-être le fin mot de l’histoire : « La femme doit apprendre à aimer son corps, afin de pouvoir donner du plaisir75. » Le narcissisme promu se couple avec le sadisme culturel. Par la perpétuation du règne de la marchandise, laquelle imprime des caractéristiques particulières à l’oppression des femmes, cet accouplement s’avère l’un des meilleurs garants de l’ordre social.

Richard Poulin

 

 

 

 

 

 

 

 

Article publié dans : Sexe, capitalisme et critique de la valeur : pulsions, dominations, sadisme social, sous la direction de Richard Poulin et Patrick Vassort (M éditeur, Ville Mont-Royal, Québec, 2012, 190 pages)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1;Marquis de Sade, La Philosophie dans le boudoir ou Les Instituteurs immoraux [1795], dans Œuvres complètes, Paris, Cercle du Livre précieux, 1966, p. 295.

2Karl Marx, Misère de la philosophie, Paris, Éditions sociales, 1972 [1847]p. 64.

3Christopher Lasch, La culture du narcissisme. La vie américaine à un âge de déclin des espérances, Castelnau-le-Lez, Climats, 2000, p. 105.

4 Ibid, p. 106.

5 Diana H. Russel, The Politics of Rape. The Victim’s Perspective, New York, Stein & Day, 1974.

6< ww.msss.gouv.qc.ca/sujets/prob_sociaux/agression_sexuelle/index.php?des-chiffres-qui-parlent >.

7Ministère de la Sécurité publique, Statistiques 2008 sur les agressions sexuelles au Québec, Québec, 2010, p. 3

8 Aux prises avec des agresseurs sexuels plus jeunes que voici quinze ans, des intervenants du Centre de psychologie légale de Montréal, lequel encadre les mineurs agresseurs sexuels, font un lien entre le rajeunissement des agresseurs, la consommation pornographique et la sexualisation précoce. Le ministère de la Sécurité publique (op. cit., p. 4) met en évidence le fait que « bien que les 12 à 14 ans et les 15 à 17 ans soient moins représentés parmi les auteurs présumés d’infractions sexuelles, ces groupes d’âge affichaient les plus fortes concentrations d’auteurs présumés ».

9Selon les données du ministère de la Sécurité publique (ibid.), 98 % des agresseurs sexuels sont des hommes.

10 La plupart des pédocriminels attirés par les garçons sont hétérosexuels. À leurs yeux, le jeune garçon est tout simplement incorporé au genre féminin. Le fait qu’il soit impubère lui confère un statut féminin. Ces prédateurs rejettent, en règle générale, les garçons qui atteignent leur puberté. Voir l’étude pionnière de Florence Rush, Le secret le mieux gardé. L’exploitation sexuelle des enfants, Paris, Denoël Gonthier, 1983.

11 Voir à ce propos notre essai, La mondialisation des industries du sexe, Ottawa, L’Interligne, 2004 et Paris, Imago, 2011 [2005] ; ainsi que Sheila Jeffreys, The Industrial Vagina, The Political Economy of the Global Sex Trade, New York, Routledge, 2009.

12 Lise Noël, L’intolérance, une problématique générale, Montréal, Boréal, 1989, p. 95 et 97.

13 Herbert Marcuse, L’homme unidimensionnel, Paris, Seuil, 1968, p. 108-109.

14 Ce que le producteur de marchandises offre sur le marché « ce n’est pas seulement un objet utile, mais encore et surtout une valeur vénale ». Marx, Misère de la philosophie, op. cit., p. 52. Par la suite, Marx utilisera les termes valeur d’échange ou valeur proprement dite. Voir Le Capital, livre premier, tome I, Paris Éditions sociales, 1975 [1867], p. 51 et suivantes.

15 Pour Marx et Engels, « la bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production, ce qui veut dire les rapports de production, c’est-à-dire l’ensemble des rapports sociaux […] Ce bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l’époque bourgeoise de toutes les précédentes […] Tout ce qui avait solidité et permanence s’en va en fumée, tout ce qui était sacré est profané, et les hommes sont forcés enfin d’envisager leurs conditions d’existence et leurs rapports réciproques avec des yeux désabusés ». Karl Marx et Friedrich Engels, Le manifeste du Parti communiste, Paris, Éditions sociales, 1976 [1847], p. 35.

16 Karl Marx explique que « la production ne fournit pas seulement la matière au besoin, mais elle fournit également un besoin à la matière ». La production produit en même temps le besoin « en créant un type déterminé de consommation et la faculté de consommer elle-même en tant que besoin ». Dans Manuscrits de 1857-1858 (Grundrisse), Paris, Éditions sociales, 1980, p. 14-15.

17 Max Chaleil, Prostitution. Le désir mystifié, Paris, Parangon, 2002,p. 59.

18 IOM, Trafficking In Persons: IOM Strategy And Activities, MC/INF/270, Eighty-six Session, 11 novembre 2003, < www.iom.int//DOCUMENTS/GOVERNING/EN/MCINF_ 270.PDF >.

19 André Gauron, L’empire de l’argent, Paris, Desclée de Brouwer, 2002, p. 30.

20 Bernard Perret, Les nouvelles frontières de l’argent, Paris, Seuil, 1999, p35

21 Karl Marx, « Fragment de la version primitive de la “Contribution à la critique de l’économie politique” [1858], dans Karl Marx, Contribution à la critique de l’économie politique, 1859, < http://inventin.lautre.net/livres/Marx-critique-de-l-economie-politique.pdf >.

22 Karl Marx, Un chapitre inédit du Capital, Paris, UGE, 10/18, 1970 [1867], p 75

23 « Son pouvoir social [à l’individu], tout comme sa connexion avec la société, il les porte sur lui, dans sa poche ». Marx, Manuscrits de 1857-1858 (Grundrisse), op. cit., p. 92.

24 Guy Debord, La société du spectacle, 1967,
<www.uqac/uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/livres/debord_guy/société_du_spectacle/spectacle.html >.

25 Marx, Le Capital, op. cit., p. 95.

26 Georg Simmel, Philosophie de l’amour, Paris, Rivages, 1988 [1892], p. 77.

27 Françoise Héritier, Masculin/féminin II. Dissoudre la hiérarchie, Paris, Odile Jacob, 2002, p. 131.

28 Nelly Arcand, Putain, Paris, Seuil, 2001, p. 63-64.

29 « L’argent est devenu le seul nexus rerum (nœud des choses) qui les lie… » Marx, Contribution à la critique de l’économie politique, op. Cit.

30 Arcand, op. cit., p. 19.

31 Sur le concept de masculinité hégémonique, voir R. W. Connell, Masculinities, Berkeley/Los Angeles, University of California Press, 2005.

32 Michela Marzano, Malaise dans la sexualité. Le piège de la pornographie, Paris, JC Lattès, 2006, p. 87.

33 Pauline Réage (Dominique Aury), Histoire d ’O, Paris, Pauvert, 1972 [1954].

34 Noël, op. cit., p. 91.

35 Le choix de Roissy n’est sans doute pas anodin, puisqu’on y pratiquait un enfermement des pensionnaires des maisons closes avant leur abolition, en France, en 1946.

36 La Vénus à la fourrure et autres nouvelles, Paris, Presses Pocket, 1985.

37 Anne-Marie Sohn, « Le corps sexué », dans Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine et Georges Vigarello (dir.), Histoire du corps, tome 3, Paris, Seuil, 2006, p. 93-128.

38 Angelika Taschen (dir.), La chirurgie esthétique, Köln, Taschen, 2005, p. 10.

39 Véronique Guienne, « Savoir se vendre : qualité sociale et disqualification sociale », Cahiers de recherche sociologique, n° 43, janvier 2007, p. 13.

40 Christine Détrez et Anne Simon, À leur corps défendant. Les femmes à l’épreuve du nouvel ordre moral, Paris, Seuil, 2006, p. 12.

41 François Cusset, La décennie. Le grand cauchemar des années 1980, Paris, La Découverte, 2008, p. 273.

42 Anne de Kervasdoué cité par Blandine Kriegel, La violence à la télévision, Paris, PUF, 2003.

43 Philippe Perrot, Le travail des apparences. Le corps féminin, XVIIIe-XIXe siècle, Paris, Seuil, 1984, p. 206-207.

44 Cusset, op. cit., p. 274.

45 Jean-Claude Kaufmann dans Corps de femmes, regards d’hommes. Sociologie des seins nus (Paris, Nathan, 1998), a montré la force de l’ostracisme encouru par les personnes âgées dans le lieu de liberté apparente et de la tolérance affichée, la plage.

46 Idem, p. 280.

47 Pour en savoir plus et explorer ces attitudes masculines juvéniles, voir notre ouvrage Sexualisation précoce et pornographie, Paris, La Dispute, 2009.

48 Jean-Claude Guillebaud, La tyrannie du plaisir, Paris, Seuil, 1998, p. 36-37.

49 Poulin, Sexualisation précoce et pornographie, op. cit.

50 Statistique Canada, Les relations sexuelles précoces, 3 mai 2005, [site consulté le 15 mai 2005], < http://wwwstatcan.ca/Daily/Français/05053/q05053a.htm &gt;

51 L’enquête sociale et de santé auprès des enfants et des adolescents québécois 1999 de l’Institut de la statistique du Québec (Québec, Les Publications du Québec, 2000) indiquait également que 61 % des filles de seize ans, qui ont fréquenté un garçon dans l’année qui a précédé le sondage et qui avaient une faible estime de soi, ont subi de la violence. Chez les filles qui affirmaient avoir une estime d’elles-mêmes élevée, ce taux se situait à la moitié, soit 30 %.

52 Sheila Jeffreys, Beauty and Misogynie : Harmful Cultural Practices In The West, London, Routledge, 2005.

53 Plusieurs produits, notamment des marques Cover Girl, Pantene, Secret, Dove, Revlon, Suave, Clairol, Estée Lauder et Calvin Klein contiennent du « phthalate », une toxine nocive qui a des effets à long terme sur la santé. Pour de plus amples informations sur ce sujet, voir Stacy Malkan, Not Just a Pretty Face. The Ugly Side of the Beauty Industry, Canada, New Society Publishers, 2007.

54 Sandrine et Alain Perroud, La beauté à quel prix ? Lausanne, Favre, 2006.

55 Depuis 1970, le poids moyen d’un mannequin utilisé dans la publicité est passé de 11 % de moins que le poids moyen d’une femme à 17 % en 1987. Aujourd’hui, les mannequins pèsent 23 % de moins que la femme moyenne ; il n’est donc pas surprenant que 75 % des femmes et des adolescentes suivent ou ont suivi un régime amaigrissant. Selon Santé Canada, de 1987 à 2001, les hospitalisations pour les troubles de l’alimentation chez les filles de moins de 15 ans ont augmenté de 34 % et chez celles âgées de 15 à 24 ans de 29 %. Santé Canada, Rapport sur les maladies mentales au Canada, Ottawa, Santé Canada, octobre 2002, < http://www.phac-aspc.gc.ca/publicat/miic-mmac/index_f.html >.

56 Caroline Moulin, Féminités adolescentes, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2005,p. 78.

57 Perrot, op. cit., p. 67.

58 Les sexologues québécois disent recevoir beaucoup de jeunes hommes qui souffrent de dysfonctions érectiles qu’ils imputent à leur consommation de pornographie. Il semble que le corps féminin réel déçoit particulièrement les hommes qui ont commencé à consommer très jeunes.

59 Élisabeth Alexandre, Des poupées et des hommes. Enquête sur l’amour artificiel, Paris, La Musardine, 2005.

60 Christine Détrez, La construction sociale du corps, Paris, Seuil, 2002, p. 173.

61 Voir entre autres Michel Foucault, Histoire de la sexualité tome 1. La volonté de savoir, Paris, Gallimard, 1976 ; Georges Vigarello, Le corps redressé, Paris, Delarge, 2001 ; Alain Corbin, Le miasme et la jonquille, Paris, Aubier, 1982.

62 Pierre Bourdieu, La domination masculine, Paris, Seuil, 1998.

63 Détrez, op. cit., p. 187.

64 Bourdieu, op. cit., p. 95.

65 Kaufmann, op. cit.

66 Dominique Folscheid, Sexe mécanique. La crise contemporaine de la sexualité, Paris, La Table Ronde, 2002, p. 14.

67 Raffaëla Anderson, Hard, Paris, Grasset, 2001, p. 17.

68 Janine Mossuz-Lavau, La vie sexuelle en France, Paris, La Martinière, 2002, p. 49.

69 Marx exprime cette idée autrement : « Moi qui par l’argent peux tout ce à quoi aspire un cœur humain, est-ce que je ne possède pas tous les pouvoirs humains ? Donc mon argent ne transforme-t-il pas toutes mes impuissances en leur contraire ? Ce que je suis, et ce que je puis, n’est nullement déterminé par mon individualité. Je suis laid, mais je puis m’acheter la plus belle femme ; aussi ne suis-je pas laid, car l’effet de la laideur, sa force rebutante, est annihilée par l’argent. » Karl Marx, Manuscrits de 1844, Paris, Éditions sociales, 1972 [1844], p. 121.

70 Michel Foucault, op. cit., p. 66.

71 James E. Wright, The Sexualization of America’s Kids and How to Stop It, New York, Lincoln, Shanghai, Writers Club Press, 2001.

72 Dans Pierrette Bouchard, Consentantes ? Hypersexualisation et violences sexuelles, Rimouski, CALACS de Rimouski, 2007, p. 52.

73 Julia Whealin, « Women’s report of unwanted sexual attention during chilhood », Journal of Child Sexual Abuse, vol. 11, n° 1, 2002, p. 75-94.

74 Matthieu Dubost, La tentation pornographique, Paris, Ellipses, 2006, p. 66.

75 Christine Détrez et Anne Simon, À leur corps défendant. Les femmes à l’épreuve du nouvel ordre moral, Paris, Seuil, 2006, p. 245.