What a fucking cake !

 

 

 

 

 

 

Sur http://entreleslignesentrelesmots…

 

 

 

 

 

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Passée la jolie couverture vert amande, où la ménagère, idéal-type des années soixante, offre entre sourire de modestie convenue et poitrine de profil un gros gâteau au chocolat, « abandonnez toutes espérances »…

On reconnaît bien les éléments du monde patriarcal où Andrea Dworkin nous mène, mais son éclairage très puissant nous montre comment ils en sont la constitution, l’architecture, le cœur.

Rouages

Les relations de domination, d’oppression et d’exploitation des femmes que les hommes entretiennent ne sont pas des relations parmi d’autres qui le seraient moins ou autrement, mais les rouages mêmes du système. Et on peut toutes les ramener au rapport d’exploitation sexuelle et reproductive, qui en est la clé de voûte.

LIRE L’ARTICLE ICI

Andrea Dworkin : Les femmes de droite

avec préface de Christine Delphy,

Montréal, Éditions du remue-ménage, 2012

traduction : Martin  Dufresne et Michele Briand.

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Dur à avaler

28/02/2013

Dur à avaler

Par Virginie Despentes, écrivain

Sur http://www.lemonde.fr/livres/article

Qu’il y ait des meufs dans le 6earrondissement de Paris qui s’agitent volontiers sur les queues qui peuvent leur rapporter de l’argent : rien de neuf. S’il ne s’agissait que de désir, elles sortiraient de leur quartier. Qu’on vienne demander encore un effort aux citoyens, la classe moyenne aura bien quelques euros à débourser pour l‘Obs, pour Libé et pour Stock – le gogo, on le sait, s’attrape bien par la libido : rien de neuf. On ne donne jamais assez aux riches. La sensation pénible d’assister à la débâcle d’une cour en folie, toujours rien de neuf. L’ironie du sort, qui veut que l’homme mis en scène soit celui qui dirigea longtemps l’organisation qui a orchestré la dette, ce trait qu’on veut tirer sur toute utopie en hypothéquant nos futurs, n’a rien de neuf non plus.

Du côté de l’Obs, rien de bien neuf non plus, cette gauche-là tutoie les sommets. Et quand Joffrin consacre la « une » de son journal au livre de Iacub, ce n’est pas qu’il vient de découvrir les vertus de la presse façon Closer, c’est la littérature qui l’appelle. Il s’explique dans son petit édito : « Les qualités littéraires du livre étaient indiscutables. » Joffrin, on ne savait pas qu’il avait la faculté de trier ce qui entre en bibliothèque de ce qui part à la poubelle. On devrait faire appel à lui plus souvent, on s’épargnerait un tas de discussions oiseuses.

La littérature, pas la peine de s’en faire pour elle, en a vu d’autres, elle a toujours aussi servi les intérêts des boutiquiers et, si elle doit continuer d’avoir un sens, elle s’en remettra. Puisque le propre de la littérature, justement, est de prendre avec le temps une force que les plus calamiteuses entreprises de négoce ne devraient pouvoir saccager.

GARDES-CHIOURMES

Un parallèle, cependant, m’intrigue : qu’on se souvienne du silence pour le moins poli qui suivit quasi unanimement la publication du texte de Tristane Banon Le Bal des hypocrites (Au Diable Vauvert, 2011). A cette époque, les critiques littéraires se drapaient dans la dignité la plus offensée : ah non, ça, ce n’était pas de la littérature. Elle, ils l’ont vue venir et ils nous ont prévenus : voyeurisme, volonté pathétique de faire parler d’elle, petit texte sans importance. Les gardes-chiourmes étaient là, la pudeur brandie en bandoulière, pour s’assurer que la jeune auteure ne tirerait aucun bénéfice critique de son entreprise d’écriture. Mais, quand il s’agit des errements érotico-neuneus d’une bourgeoise mollement masochiste, on fait le tour des plateaux télé pour ameuter le chaland. Quand je lis dans Libé, sous la plume de Lançon, que Iacub, c’est un peu Sade qui rencontre Guibert, je demande quand même à ce qu’on m’explique pourquoi Banon n’a été pour personne Bret Easton Ellis qui rencontrait Joan Didion. Son texte à elle posait pourtant quelques questions intéressantes.

Par exemple, ce refus atypique du droit de cuissage, cette histoire de petite fille qui se débat quand on veut la prendre de force. Qui non seulement se sauve, mais encore décide de ne pas se taire, contre les conseils avisés de son milieu. Il y avait une petite transgression, là-dedans, un joli refus de se laisser faire, par deux fois. Ce courage-là, hors de question de le saluer. Banon, c’était le texte anecdotique d’une pauvre fille. Alors pourquoi Iacub est l’égérie féministe de la presse de gauche d’aujourd’hui ? De l’oeuvre de Iacub, on avait peine à retenir grand-chose, jusqu’alors, si ce n’est une obsession du genre : le viol ne serait qu’une vue de l’esprit, une confusion mentale, une soumission à la propagande féministe.

On sait que, vu du côté des hommes, les auteures ne sont jamais aussi intéressantes que quand elles décrivent ce qui leur passe entre les cuisses. On découvre aujourd’hui que c’est encore mieux si elles se soumettent aux diktats patriarcaux les plus éculés. Tant il est vrai que, vu d’une certaine gauche, qualifier l’immigrée de laide et de vulgaire, on ne s’en lassera jamais. Comme rappeler qu’une femme de pouvoir, telle Sinclair, émascule toujours l’homme qu’elle épouse. La gauche, elle aussi, est en passe de se décomplexer. Iacub est bien utile pour redire aux femmes quelle est leur place légitime : sous les reins des puissants, et aux pauvres, dans le même mouvement : la main au portefeuille, pour assister de loin aux partouzes des élites.

Ça aurait été plus direct et marrant, les gars, si vous vous étiez fait imprimer des tee-shirts « on est tous des trousseurs de domestiques » puisqu’au final c’est là que vous paraissez vouloir en venir, à tout prix. Une femme de chambre, ça ne devrait pas coûter aussi cher, le fond du problème c’est ça. La parole des pauvres, la gueulante des opprimés, même entendues de loin, visiblement vous gênent pour dîner entre vous, tranquilles. L’enthousiasme avec lequel vous venez nous dire qu’on devrait trouver tout ça formidable est quand même dur à avaler. Vous êtes peut-être tous des trousseurs de domestiques, mais vous devriez vous méfier du pénible arrière-goût que nous laisse, à la longue, l’impression d’être toutes vos femmes de ménage.

Si pour vous la location d‚utérus de femmes pauvres est une étape supplémentaire dans la marchandisation des corps de femmes, je vous invite à signer la pétition que viennent de lancer la Coordination pour le droit à l‚avortement et à la contraception, le Collectif national pour les droits des femmes et la Coordination lesbienne en France.

 

Parce que  la GPA est un symbole extrême de la marchandisation des corps des femmes.

 

 

 

JE SIGNE

De l’abolition de l’esclavage à l’abolition de la prostitution

L’homme à abattre

Mise en ligne le mardi 11 décembre 2012


par Marie de Cenival

 

 

 

 

 

 

Sur http://multitudes.samizdat.net/L-homme-a-abbatre

 

 

 

Rue des Pyrénées, Paris, avril 2007. Sur notre passage, les insultes sexistes pleuvent : «  Salope ! T’es une salope, comme ta candidate ! », « Sale pute ! », « Cette conne ? » La violence est incroyable. Les mots qui font le plus mal sont ceux que des femmes nous murmurent, sans songer à mal : «  Surtout, ne dîtes pas que c’est une femme, justement ! C’est vous qui allez nous faire perdre !  ». Bravant l’opprobre, socialistes ou non, nous déclamons à voix haute en distribuant des tracts rue de Passy : «  Pour la première fois, une femme brigue la Présidence ! ». Les regards nous fusillent. La perle revint à une jeune femme qui tentera de nous convaincre que notre propos est «  anti-féministe, justement !  ».

Si la portée symbolique de l’accession d’une femme à la Présidence dans la France de 2007 fut niée par les femmes elles-mêmes, elle n’échappa pas aux hommes qui couvraient la candidate de jurons sexistes jusque dans son propre camp. Sur le trottoir et dans les cafés de la rue des Pyrénées, les hommes qui nous insultaient ne nous laissaient pas oublier une seconde que notre candidate était une femme. Les médias nous le rappelaient chaque jour, lisant dans la couleur de son corsage comme dans un grimoire pour interpréter son humeur politique du jour – au point qu’elle choisit de brandir le drapeau de sa « féminitude » comme argument de campagne. Un sacrilège – et sans doute une erreur tactique – que les françaises ne lui pardonneraient jamais !

Les françaises cette année-là rêvaient d’un monde parfait dont le sexisme aurait été banni de longue date. Elles voulaient que la candidate soit traitée comme une personne, et non comme une femme, bref, que son genre ne fasse pas débat, un rêve bien légitime. Mais la cause était perdue d’avance. Nous avons beau faire comme si de rien n’était, la femme en nous – qui souhaitons qu’on l’oublie – se révèle malgré nous et se sent visée dès qu’une femme politique monte sur la tribune. A l’heure du grand débat télévisé entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, toutes les femmes de France étaient sur le gril. Elles ont sans doute eu la nausée à chaque bourde de Madame Royal, se sentant exposée sur la place publique, jugées à travers cette image imparfaite de la femme politique, livrée en pâture au jugement de l’Universel. Les hommes se sont-ils sentis concernés par les bourdes de Monsieur Sarkozy ? Ont-ils un seul instant eu honte d’être représentés par lui en tant qu’hommes ? Sans doute pas, car l’Homme Politique est un Etre Universel, quelque soit son degré de machitude.

En 2007 il fallait cacher la femme derrière la candidate ou se rendre coupable de sexisme, un sexisme qu’on l’accusait parfois de s’infliger elle-même. Ce phénomène d’aliénation est bien connu : aux lesbiennes par exemple on dit souvent de faire preuve de modestie, de ne pas fabriquer l’homophobie en affichant leurs amours et leur identité… Une identité qui se rappelle à nous avec force, qu’on le veuille ou non, chaque jour de notre vie. Une identité communément synonyme d’insulte, forgée par l’homophobie ambiante, que l’on peut choisir de subir passivement ou arborer avec fierté, mais que l’on ne peut pas ignorer. En 2007, entre les deux tours, il est devenu presque plus facile d’être une lesbienne que d’être une femme.

« Je suis une femme, je voudrais mourir » (Tony Curtis dans le film Certains l’aiment chaud)

Dans les années 70, Women Is Beautiful ! Le « Peuple des femmes » est mû par une vraie fierté identitaire. Quarante ans plus tard, il n’est plus question de se réclamer de cette identité. Il convient au contraire de rejeter la figure de la femme qui n’est qu’un piège dans lequel on nous a enfermées pour mieux nous asservir. Se revendiquer comme femme, c’est risquer de tomber dans un essentialisme dont on connaît trop les travers : exaltation de qualités soit disant spécifiques, justifiant finalement notre condition ; trahison des minorités sexuelles, morcellement du mouvement social et exclusion d’autres catégories opprimées, etc.

A raison ou a tord, nous avons abandonné la femme comme identité, et même le peuple des femmes comme classe opprimée, contrairement à d’autres populations discriminées qui marchent encore chaque année pour dire leur fierté identitaire et sont rejoint par des foules hétérosexuelles. Mais alors, le masque une fois tombé, au nom de qui faut-il nous libérer du sexisme ? Avec quel visage faut-il se battre contre la domination masculine si les revendications catégorielles menacent ainsi de nous enfermer dans une identité que nous n’avons pas choisie mais subie, que nous renions aujourd’hui, alors qu’on nous y enferme toujours ?

« Nos identités sont plurielles ! » dit-on dans les séminaires féministes, en référence à la poète féministe Audrey Lorde qui introduisait chacun de ses discours par cette entête : « I am black, lesbian, mother, warrior, poet ». Oublions les femmes, soyons Queer ! Le mouvement Queer veut vider les classifications sexuées de leur substance en brouillant les frontières en apparence comme dans la pratique entre les sexes biologiques et les genres socio-culturels, jusqu’à se débarrasser de la notion même de sexe, elle aussi produit d’une construction sociale et linguistique. Nombre d’entre nous, lesbiennes, bi, trans F to M [1], profitent des nouveaux espaces d’expression et de liberté créés par ce mouvement ; d’autres, des femmes surtout, revendiquent la position Queer sans être pratiquantes pour autant d’une sexualité hors normes. Pour les jeunes militantes françaises cette identité est devenue plus facile à porter que celle de femme, de féministe ou de lesbienne. Une nouvelle génération de femmes engagées adoptent la Queer attitude et fustigent l’essentialisme de leurs ainées, cause de tous les maux, auquel le féminisme dans son ensemble est désormais assimilé.

Le Queer rêve d’un monde ou les genres n’existeraient pas, un monde au-delà des sexes, et du sexisme. Symbolique du succès de ce nouveau paradigme dans les milieux militants, le 8 mars 2009, les Panthères Roses qui incarnaient la branche activiste du mouvement Queer en France, s’attaquaient au symbole républicain. En cette journée des droits des femmes, elles placardèrent un drapeau bleu, blanc, rouge, au pied de la Statue de la République, sur lequel on pouvait lire les mots suivant « RACISTE, CAPITALISTE, HETEROCENTRISTE ». Quelque chose y manquait, mais quoi ? Il y manquait la femme. Elle n’avait qu’un seul jour, le 8 mars 2009 elle l’avait perdu.

Comment mieux s’échapper de sa condition qu’en reniant l’identité qui fait l’objet de l’oppression ?Retenons notre respiration, fermons les yeux… Cessons d’exister. C’est si bon.

 

 

 

 

 

L’ARTICLE INTÉGRAL ICI

03/12/2012

 

 

 

Manipulation, calomnies et menaces, pourquoi sont-ils indignes ?