Manipulation, calomnies et menaces, pourquoi sont-ils indignes ?

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Réflexions sur la GPA

Par Christine Le Doaré

Que nous soyons ou pas intéressés par la perspective de devenir parents, l’homoparentalité fait consensus parmi les personnes et associations LGBT ;  en revanche,  la GPA (Gestation pour Autrui) fait débat, voici une contribution personnelle.

Gilles Bon Maury est récemment venu présenter son livre Familles en miettes au Centre LGBT Paris. Cet ouvrage traite de l’homoparentalité et essentiellement de la GPA ; ce fut pour moi l’occasion de me documenter sur ce sujet pour le moins polémique. Je tiens à remercier Gilles dont le livre m’a aidée à me forger une opinion.


« Après avoir préservé l’acte sexuel du risque d’être parent, après avoir distingué entre l’acte biologique et l’acte biographique, la marche se poursuit vers la différenciation entre le fait biologique de la gestation et le fait biographique de l’engagement parental. Il s’agit aujourd’hui de reconnaître à chacun le droit de concevoir un projet familial qui peut reposer sur plusieurs adultes, dont certains seulement s’engagent dans une responsabilité parentale. Les autres s’inscrivent dans l’histoire familiale, en s’y investissant moins, à travers la contribution délimitée d’une gestation ou d’un don de gamètes.»


Cette argumentation séduit logiquement tout militant de l’égalité des droits. Je relève malgré tout, qu’entre un don de gamètes et une grossesse il y a une différence significative. Une grossesse dure en moyenne neuf mois et comporte  de lourdes contraintes et même de sérieux risques, en particulier au moment de l’accouchement. Pour autant, il ne s’agit en effet pas d’une maladie et la plupart des femmes parviennent à terme en menant une vie quasi-normale ; toutefois, beaucoup n’échappent pas aux nausées, à des états psychologiques fluctuants, à une diminution de leur mobilité les derniers mois, à une prise de poids souvent longue à résorber ; en outre, le temps de récupération de l’organisme est du double du temps de la grossesse.

«Ces victoires interagissent avec l’opinion publique. Aujourd’hui, 64% des Français sont favorables à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. 57% des Français sont favorables à l’ouverture de l’adoption aux couples de même sexe. 65% des Français sont favorables à ce que le recours à la gestation pour autrui soit autorisé en France.»

Il ressort de ces données que les Français sont largement favorables à la GPA. C’est pour moi une surprise, il serait utile de connaître le libellé exact de la question soumise à l’échantillon de personnes interrogées. En outre, ne serait-il pas prudent d’interpréter ces statistiques  en sachant que les français s’illustrent en général par un sexisme atavique, en effet, les idées féministes n’imprègnent pas, loin s’en faut, la société française. Bien au contraire,  les femmes sont souvent louées pour leurs prétendues qualités féminines, elles sont valorisées pour leur générosité, leur faculté d’abnégation, leur effacement, leur aptitude à prendre en charge les besoins des autres, apaiser leurs souffrances… Il n’y a qu’à se promener quelques minutes dans le rayon des jouets d’un magasin pour en prendre conscience, trousse d’infirmière et fer à repasser pour petites filles et voitures et jeux de construction pour petits garçons ! Alors, pourrait-il y avoir ici comme un lien de cause à effet, les français considérant comme parfaitement naturel que les femmes puissent « offrir » neuf mois de leur vie pour contenter ceux qui pour mener à bien leur projet de parentalité,  préfèrent se reproduire plutôt que d’adopter ?  (…)

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Sur http://blogs.tetu.com/nos_combats_lgbt

Par  Christine Le Doaré, présidente du Centre LGBT de Paris IdF


8 mars, Journée internationale des femmes oblige, laissons de côté quelques instants nos combats LGBT. La moitié ou à peu près de l’humanité mérite tout de même bien ça !

Depuis toujours récupéré, dévoyé, dévalorisé, parfois même ridiculisé, le féminisme est bel et bien toujours pertinent pour changer les relations entre les êtres et espérer un jour vivre dans un monde plus égalitaire et apaisé.

L’égalité n’est pas une alternative, c’est une impérieuse nécessité ; n’est-il pas extravagant qu’au xxie siècle elle ne soit toujours pas achevée ?

Le 8 mars est organisée une manifestation à laquelle participeront de nombreux groupes féministes, mais aussi associations et quelques partis politiques. La plate-forme revendicative est accessible sur le site du Collectif national des droits des femmes (CNDF) : monde du travail – inégalité des salaires, 80 % des travailleurs pauvres, plafond de verre… –, représentativité politique, sexualité et contraception, santé, violences et viols, prise en compte des revendications lesbiennes…

Le CNDF est un collectif, le mouvement des femmes n’a d’ailleurs jamais été uniforme : entre psy et po (psychanalyse et politique) et les femmes de l’extrême gauche, ça n’a jamais été le grand amour et les lesbiennes n’ont pas toujours non plus été accueillies bras ouverts ! Au sein d’un collectif se confrontent des positions parfois divergentes, ce qui permet d’apprendre des autres et d’évoluer, à condition toutefois d’adhérer aux fondamentaux fondateurs.

Une « nébuleuse alternative » constituée de groupuscules et individus en appelle à « un nouveau féminisme » et propose une autre manifestation que celle du CNDF. Par nature curieuse, j’ai voulu comprendre les raisons d’un tel besoin de séparation et de visibilité ; alors j’ai comparé leurs revendications avec celles de la plate-forme du CNDF. J’ai aussi consulté leurs échanges sur le groupe Internet « Un nouveau féminisme est possible » et j’y ai retrouvé, sans surprise, quelques militants de la nébuleuse des alternatifs « pro-sexe » ou « sexe positif ».

Quel bilan tirer de la comparaison des revendications ? Si on les survole, elles sont similaires : contre l’oppression, l’appropriation du corps des femmes, l’injonction aux normes, aux rôles ; contre les violences, le viol, les violences conjugales ; contre la précarisation des femmes, les différences de salaire ; contre la sous-représentation politique des femmes ; pour la sauvegarde de la gynécologie médicale, l’IVG… Je précise que toutes ces revendications m’agréent à 100 %.

La « nébuleuse alternative » s’intéresse peut-être plus – et à juste titre – aux questions de choix de sexe, genre et sexualité. Indéniablement, beaucoup de féministes sont éloignées des questions trans ; pourtant, des trans sont devenues, deviendront des femmes, d’autres ne veulent pas être assimilées au genre masculin, d’autres encore veulent s’affranchir du genre.

Notre « nébuleuse alternative » insiste aussi sur les problèmes des femmes « racialisées » ; étrange expression tout de même, si l’on considère qu’il n’existe qu’une seule race, la race humaine. J’ai un peu de mal à imaginer que le CNDF et la Marche Mondiale des Femmes ne soient pas convaincu de la nécessité de lutter contre le racisme et surtout de l’exigence d’inclure plutôt que de parler en leur nom les femmes de couleur, les femmes immigrées qui doivent enfin avoir voix au chapitre pour dénoncer leur double, voire triple oppression !

Je comprends aussi que les membres de la « nébuleuse alternative » reprochent au CNDF d’exclure des individus ou groupes du cortège du 8 mars. L’exclusion n’est peut-être pas une réponse adaptée en effet, mais ce sont en partie les mêmes qui veulent chasser Gaylib (les LGBT de l’UMP) de la Marche des Fiertés LGBT ! Comprend qui peut…


À condition d’adhérer aux principes fondamentaux de la plate-forme revendicative et de ne pas trahir les principes fondateurs de la lutte, quelles que soient par ailleurs leurs différences politiques et stratégiques, tous ceux qui défendent les droits des personnes LGBT et ne s’opposent pas à l’égalité des droits ne doivent-ils pas pouvoir participer à la Marche des Fiertés, et tous ceux qui défendent les droits des femmes pouvoir défiler à la manifestation féministe du 8 mars ? Je crois bien que si.

Nous venons de le vérifier, les revendications convergent. Reste une question à élucider : la « nébuleuse alternative » contrevient-elle aux principes fondamentaux du féminisme ?

Il faut persévérer un peu, au bout de la liste des revendications, je crois bien avoir trouvé la raison de la vindicte des féministes à leur encontre : « Parce que nous subissons de front la loi sur la sécurité intérieure (LSI). Parce qu’on nous dit qu’on ne peut pas faire ce qu’on veut de nos corps et de nos vies. Parce que les prostituéEs sont criminaliséEs, harceléEs, violentéEs. Parce que ce sont d’abord elles et eux qui sont précariséEs et misEs en danger par la pénalisation des clients. Parce que c’est la loi sur le racolage et la clandestinisation supplémentaire des étrangères qui sont dangereuses, pas le travail du sexe quand il est choisi, et s’il est autogéré et protégé par le droit commun. »

Cette phrase indique sans ambiguïté que des « travailleurs du sexe » sont membres du groupe et que ce groupe revendique la réglementation de la prostitution.

Les travailleurs du sexe qui s’expriment notamment au travers du Syndicat des travailleurs du sexe (STRASS) affirment qu’ils se prostituent librement ; ce sont majoritairement des hommes « biologiques », également quelques trans femmes (M to F), mais plus rares sont les prostituées femmes « biologiques » ou les trans masculins (F to M) en leur sein.

Ces travailleurs du sexe sont particulièrement doués en matière de communication et avec quelques prostituées de luxe, escortes filles et garçons, sur Internet, ils monopolisent l’attention des médias sur la question ; rien de bien surprenant en cela, ils ravissent la bonne conscience de beaucoup d’hommes, allez disons-le, qui rechignent à questionner leur rapport à l’autre dans le domaine du sexe et plus généralement de l’intime.

À l’inverse, les esclaves modernes que sont les prostituées en provenance des pays de l’Est ou d’Afrique notamment ou les gamins gay mis à la porte de chez eux et n’ayant pas d’autre alternative pour survivre n’intéressent guère les médias car lorsqu’ils s’expriment, c’est pour raconter leur cauchemar, à des années-lumière de tout glamour ! Il faut avoir entendu ces garçons raconter leur histoire ; ces filles qui n’ont aucune échappatoire car leurs familles sont menacées, décrire jusqu’à la nausée les violences subies, la drogue et l’alcool, elles enchaînent les passes, leurs conditions de vie sont lamentables et beaucoup sont assassinées dans l’indifférence générale.

J’ai visionné récemment un documentaire sur la prostitution sur Arte, j’ai bien écouté les prostituées « volontaires », toutes rêvent d’en sortir, l’une de celles qui dit s’être librement prostituée confiait sans ciller être actuellement amoureuse et donc ne plus se prostituer ! Tiens donc, mais pour quelle raison, s’il s’agit comme le prétendent les travailleurs du sexe, d’un métier comme un autre ? En France, 92 % des prostituées veulent en sortir, mais ce sont les 8 % de « volontaires » qui fascinent les médias ! En outre, creuser un peu leur discours, c’est vite comprendre que pour beaucoup d’entre elles, la prostitution fait office de thérapie paradoxale pour tenter de dépasser un traumatisme, le plus souvent des violences sexuelles dans l’enfance.

Sans même questionner le caractère « volontaire » proclamé par quelques prostitué(e)s, pour un ou une prostitué(e) « volontaire », combien de centaines de prostitué(e)s forcé(e)s ?

Si tout le monde est bien convaincu de la nécessité de ne pas stigmatiser les prostitué(e)s, mais plutôt de lutter contre les violences et discriminations commises à leur encontre, en revanche, les avis divergent sur les modalités pour y parvenir et sur leur finalité.

Pour quelles raisons les « pro-sexe » et pro-prostitution plus généralement ne disent-ils jamais que les féministes sont favorables à la poursuite des proxénètes et des industriels du sexe, également des clients (sans client, pas de marché), mais pas du tout à la poursuite des prostitué(e)s ? Ils ne parlent jamais non plus de l’expérience des féministes australiennes qui se sont battues pour réglementer la prostitution et le regrettent aujourd’hui, le bilan étant désastreux.

La légalisation de la prostitution, une expérience sociale qui a échoué en Australie : http://sisyphe.org/spip.php?article723

En fait, ils ne donnent que peu d’arguments, jamais de chiffres, ils se contentent de nier en bloc, de prétendre que les abolitionnistes et les féministes en particulier sont malhonnêtes et n’ont rien compris. Seulement voilà, il faut juste les croire sur parole !

Ce que je trouve plus accablant encore, c’est que des universitaires, des chercheurs, sans surprise très majoritairement masculins, sont de fervents adeptes de la réglementation et de la banalisation de la prostitution ; ceux-là devancent ou cautionnent les mouvements pro-réglementation.

Du haut de leurs privilèges, ils défendent notamment qu’il n’est pas pire de se prostituer que de se faire exploiter dans des emplois « classiques ». Bien sûr, ils ne s’intéressent qu’à la prostitution « choisie », balayent tout le reste d’un revers de la main, et surtout font comme s’ils ne savaient pas que l’argent facile du ou de la prostituté(e) est aussi l’argent qui les détruit, l’argent qu’il faut pour payer toutes les substances et autres artifices nécessaires pour tenir sur la longueur et que les « carrières » ne durent pas ! Plus grave encore, ils ignorent les conclusions des rapports établis par les pays qui ont adopté la légalisation. L’objectif premier de la réglementation consiste à soustraire les industries du sexe au crime organisé ; ces rapports révèlent pourtant clairement que le contrôle des mafias et du crime organisé sur ces industries est, après réglementation, pire que jamais ; également qu’il n’est plus possible de faire la chasse à la prostitution forcée, car interdire le trafic tout en autorisant la prostitution revient exactement au même que vouloir interdire la traite tout en autorisant l’esclavage !

Face à une telle mauvaise foi, je finis par me demander à qui profitent de telles positions et qui les finance ? Une amie, jeune chercheuse, m’a récemment confiée avoir voulu entreprendre une thèse féministe sur la prostitution : elle a fini par abandonner, sa directrice de thèse ayant été menacée.

En France, c’est donc la guerre entre partisans de la réglementation et ceux de la prohibition et quelque chose me dit que les féministes de la manifestation unitaire du 8 mars ne défendent pas les intérêts des industries du sexe, prostitution comprise, qui drainent sans complexe les capitaux néocoloniaux et exploitent souvent jusqu’à la mort des femmes, parfois des garçons, du monde entier, toujours plus nombreux et plus jeunes.

C’est indéniable, défendre les industries capitalistes et mondialisées du sexe ne fait pas partie des fondamentaux du féminisme, n’en déplaise aux partisans « pro-sexe » !

Les « pro-sexe » prétendent que les féministes subissent une influence religieuse et morale ou encore qu’elles sont dépassées, qu’il s’agit d’une question de génération. Pourtant, de très jeunes féministes sont abolitionnistes et certains « pro-sexe » ont amplement passé soixante ans !

En réalité, ce sont tout à la fois une conscience aiguë de l’oppression des femmes et de la domination masculine, également une remise en question des mythes naturalistes relatifs à la sexualité et surtout une forte conscience de classe qui motivent leur position. Yolande Geadah l’a fort bien résumé : « La morale puritaine bourgeoise, inspirée du christianisme, selon laquelle l’idéal féminin réside dans la virginité ou la maternité, interdit les relations sexuelles libres pour les femmes, mais tolère ou encourage la prostitution pour assouvir les besoins sexuels des hommes célibataires tout en préservant la chasteté des jeunes filles de bonne famille. » Ce n’est pas par hasard si Christine Boutin est favorable aux maisons closes !

Les féministes et pro-féministes refusent la forme ultime de l’exploitation de l’homme par l’homme ou de la femme par l’homme (sans oublier la prostitution gay). Je ne peux m’empêcher de citer ici un fameux philosophe du xixe siècle, insoupçonnable d’une quelconque influence religieuse : « Vint enfin un temps où tout ce que les hommes avaient regardé comme inaliénable devint objet d’échange, de trafic et pouvait s’aliéner. C’est le temps où les choses mêmes qui jusqu’alors étaient communiquées mais jamais échangées ; données mais jamais vendues ; acquises mais jamais achetées – vertu, amour, opinion, science, conscience, etc. – où tout enfin passa dans le commerce. C’est le temps de la corruption générale, de la vénalité universelle, ou, pour parler en termes d’économie politique, le temps où toute chose, morale ou physique, étant devenue valeur vénale, est portée au marché » (Karl Marx, Misère de la philosophie, 1847, cité par Richard Poulin dans La Mondialisation des industries du sexe). Édifiant, non ?

Ce sociologue canadien qui déclare « La prostitution prétendument “libre” relève du libéralisme et non de la liberté » a également observé que les victimes de la prostitution sont dans leur immense majorité des femmes et des enfants issus « de couches sociales défavorisées, aux revenus précaires et limités, de minorités ethniques, de groupes indigènes, de réfugiés, d’immigrants clandestins, du tiers monde, des pays déstructurés par leur transition vers l’économie capitaliste ».

Nous comprenons mieux pourquoi notre « nébuleuse alternative » ne peut déployer ses banderoles pro-prostitution dans le cortège féministe du 8 mars. Ce jour est la Journée internationale du droit des femmes : drôle d’idée tout de même que de vouloir intégrer un cortège féministe pour revendiquer le droit de se prostituer alors que l’écrasante majorité des prostitués sont des femmes qui exercent sous la contrainte ! Si la question de la prostitution devait être abordée lors de cette manifestation, ce serait pour dénoncer les industries du sexe, les mafias, les trafics, les profits des patrons de maisons closes, les violences, les viols, la drogue…

Personnellement, je trouve que le modèle suédois qui sanctionne toute forme de proxénétisme et tout achat de services sexuels, mais n’inquiète jamais directement les prostitué(e)s qui peuvent ainsi porter plainte sans risque pour des faits de violences ou des viols, constitue peut-être bien l’une des meilleures réponses existantes. Reste peut-être à étudier mieux encore la question et les solutions à mettre en œuvre chez nous.

Aussi, quel étrange mélange des genres de se revendiquer « pour un féminisme qui refuse de voir son discours récupéré à des fins racistes, qui sache se démultiplier, concevoir l’émancipation sous toutes ses formes, et se revendique aussi des féminismes anticolonialiste, pro-sexe, trans et lesbiennes » ? Qu’ont donc en commun les théories anticolonialistes et les assertions des « pro-sexe » et pour quelles obscures raisons s’arrogent-ils l’exclusivité ou la spécificité des luttes antiracistes ? Peut-on m’expliquer en quoi défendre les droits des lesbiennes et ceux des trans serait lié aux théories « pro-sexe » ? Comme des milliers d’autres, je suis lesbienne, féministe, je défends ardemment les droits des trans, plus généralement des personnes LGBT, je combats toute forme de racisme, les discriminations vécues par les personnes handicapées me révoltent aussi… et pourtant, les préoccupations « pro-sexe » au mieux m’indiffèrent et souvent m’exaspèrent !

Tout ceci ne relève-t-il pas d’une forme de mystification qui n’a de progressiste ou révolutionnaire que le nom ? Que ce soit en matière de prostitution où je rejoins Yolande Geadah (« Les réglementaristes acquiescent, sciemment ou non, au célèbre adage thatchérien : “Je ne connais pas de société, je ne connais que des individus” ») comme dans tous les autres domaines d’ailleurs.

Face aux théories, événements, comportements, productions, créations qualifiés de « pro-sexe », je reste souvent perplexe, rarement séduite.

Tout d’abord, se revendiquer « pro-sexe » sous-entend nécessairement que d’autres sont contre. Mais qui sont donc ces autres ? L’Église, la bourgeoisie, les générations précédentes ? Il y a longtemps que les apôtres de la pudibonderie ont perdu la bataille ! Pourquoi alors ce besoin de promouvoir le sexe ; serait-il menacé ? Il me semble pourtant que le sexe est à l’aise partout, omniprésent dans les programmes télé, au cinéma, dans la rue, sur les affiches ; les enfants y sont désormais confrontés dès leur plus jeune âge… Partout des incitations à jouir sans entraves, jusque dans nos assiettes avec tous ces aliments et compléments alimentaires aphrodisiaques dont on nous rebat les oreilles. Mais quels sont donc les problèmes des « pro-sexe » avec le sexe pour être ainsi dans la surenchère et s’imaginer être plus libres, créatifs, émoustillants et exaltants que les autres et que produisent-ils donc de si alléchant ?

Toujours motivée par ma curiosité, les performances « artistiques » que j’ai pu découvrir relèvent, à de rares exceptions près, de l’amateurisme le plus déplaisant ; le propos y est somme toute assez pauvre, le jeu des acteurs très approximatif. Que l’on souhaite s’amuser en privé, je comprends et alors tout est bon à prendre, mais capturer un public et lui faire payer un droit d’entrée pour de bien piètres prestations, j’ai plus de mal à suivre. Les films porno quant à eux sont souvent déconcertants, parfois même d’une tristesse et d’une laideur confondantes, les corps sont ultra-instrumentalisés, plus les godes sont énormes et les situations glauques, mieux c’est ! Les soirées sex-club sont promues comme un must incontournable et terriblement in. En réalité, il ne s’agit que de reproduire ce qui se joue dans n’importe quel sex-club depuis des décennies : esclave sexuel tenu en laisse, voyeurisme, exhibition, artifices et instruments, pratiques sadomaso… Bien entendu, certains produits sont mieux aboutis et plus convaincants que d’autres et soyons clair, je ne porte aucun jugement moral sur tout ceci : élevée par des parents athées, je considère que chacun choisit sa sexualité et les pratiques qui lui conviennent à partir du moment ou tout se passe entre adultes consentants, mais je n’ai toujours pas compris ce que tout ceci pouvait bien avoir de particulièrement excitant, encore moins de nouveau et surtout de subversif !

À vrai dire, l’univers « pro-sexe » m’inspire au mieux un sévère ennui, au pis je perçois tant de souffrances et d’entraves dans ce qui nous est montré à voir et entendre par certains et surtout certaines que je crois comprendre ce qui se joue là en réalité mais ne se dit pas, ne se discute jamais. Ceci me bouleverse et m’intéresse infiniment plus.

Ce qui nous est vendu là, car c’est aussi un business ne nous y trompons pas, pour être une géniale débauche de sexe ultradécomplexé et en toute convivialité, me conduit à me demander jusqu’où les « pro-sexe » iront dans une forme de thérapie financée par un public quelque peu naïf et généreux, prêt à soutenir, avec beaucoup d’indulgence, ce que produit sa communauté !

Allez, j’ose le dire, le sexe est en effet génial, comme beaucoup d’autres choses d’ailleurs, mais celui qui me comble et me trouble, c’est celui que je partage avec l’autre que je ne perds jamais de vue dans sa globalité, celui qui peut avec le moins d’artifices et de mise en scène possible nous transporter ; pas étonnant que les performances « pro-sexe » me déçoivent le plus souvent. Je ne leur en veux bien sûr pas pour ça, mais parce qu’ils prétendent ériger en nouveaux standards de la sexualité et de la jouissance moderne et subversive leurs modèles tristes et glacés à pleurer ; fort heureusement pour eux, beaucoup de personnes LGBT ont un humour, une patience et une solidarité à toute épreuve et réclament rarement un remboursement !

À peine connues et déjà dépassées, les théories « pro-sexe », malgré mon agacement, ne méritaient peut-être pas autant d’attention, d’ailleurs, de nos jours c’est le mouvement « no sex » qui les supplante ! Oui, l’alternance en quelque sorte, trop de pression à consommer du sexe conduit, par opposition, les adeptes du « no sex » à refuser tout échange sexuel et c’est furieusement tendance aux États-Unis.

En France, avec notre petit retard habituel, les « pro-sexe » exercent encore une fascination sur des personnes mystifiées par ce qui n’est rien d’autre que de la poudre aux yeux. Il est vrai qu’il n’est pas si facile de déconstruire de séduisantes théories apparemment révolutionnaires et admettre qu’elles peuvent se révéler réactionnaires.

N’est-ce pas terrible de réaliser notamment que les mafieux du crime organisé et les patrons des industries du sexe ne pouvaient pas rêver de meilleurs alliés ?

Non, votre féminisme n’est pas nouveau, il n’est tout simplement pas si féministe que ça !

Christine Le Doaré

LIRE AUSSI :  « Putophobe » ou STRASSphobe ?

Brisons le tabou d’une mixité d’apparence !

« Le 3 mars dernier,  j’ai publié sur mon blog «Nos combats LGBT » sur Têtue.com, le texte « Non votre féminisme n’est pas nouveau ! ». J’ai volontairement laissé passer deux semaines avant de revenir sur ce document qui a provoqué des réactions dont l’ampleur et la force m’ont étonnée. Je n’avais pas envisagé que ce texte révèlerait de tels clivages.

L’objectif de ce nouveau post est double : dire comment j’ai reçu les diverses réactions ; proposer des hypothèses quant aux raisons de ce petit séisme et tenter d’apporter quelques pistes de réflexion afin de former les alliances nécessaires à un avenir commun.(…) »

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Sur le sujet lire aussi :  Feu « Verts » au proxénétisme ! Lettre ouverte du Mouvement du Nid aux Verts


(Merci Ash pour les liens :-)