« Je suis une femme « trans » et je soutiens le droit des femmes de naissance à des espaces non mixtes »

par Martin Dufresne (Articles),

samedi 6 juillet 2013, 06:24

Sur Le blog de Christine Delphy 

Avez-vous entendu parler de la conférence féministe radicale RadFem RiseUp, organisée à Toronto ce weekend? Des lettres de pression l’ont fait expulser d’une galerie d’art qui devait l’accueillir, sous prétexte qu’elle opérerait une discrimination par son format non-mixte (womyn-only). 

 

 

 

 

 

 

Contrairement à la prétention des anonymes qui ont exercé ces pressions – allant jusqu’à des menaces de mort – en disant représenter la communauté transgenre, voici la lettre d’une femme trans qui appuie et justifie le droit des femmes de naissance à se réunir entre elles. Cette conférence a tout de même lieu en ce moment à Toronto, malgré les tentatives pour la boycotter. Détails sur http://radfemriseup.wordpress.com et sur Twitter autour du mot-clic #RadFemRiseUp

 

Lettre ouverte à la galerie Beaver Hall: Je suis une femme trans et je soutiens le droit des femmes de naissance à des espaces non mixtes  (I’m a trans woman and I support female-only spaces)

 

 

Je suis très découragée d’apprendre aujourd’hui que vous avez décidé d’empêcher la conférence Radfem Rise Up de se réunir dans vos locaux. Je comprends qu’à titre d’entreprise privée, vous avez le dernier mot sur les types d’expression que vous y autorisez. Toutefois, je crains que votre décision a probablement été influencée par des activistes trans qui non seulement n’ont pas à cœur les meilleurs intérêts des femmes, mais se comportent d’ailleurs souvent de façons misogynes.

Le sexe a de l’importance. Nier cette importance du sexe repousse de plusieurs siècles le travail du mouvement féministe, voire le rend carrément impossible. Les femmes au 19e siècle n’ont pas été privées du droit de vote parce qu’elles «performaient la féminité» : on les empêchait de voter parce qu’elles étaient de sexe féminin (female). Les filles, qui sont de loin les principales victimes des agressions sexuelles dans l’enfance, ne sont pas attaquées parce qu’elles «s’identifient» comme filles – elles sont de sexe féminin et n’ont donc pas le choix en la matière. La pratique de l’avortement sexospécifique en Inde et en Chine, qui a dans certains secteurs déséquilibré le rapport entre les sexes en le portant jusqu’à 118/100 (masculin/féminin) n’a pas lieu à cause du «genre» du foetus, un concept évidemment risible dans ce contexte! Il s’agit bel et bien d’un enjeu de sexe.

Les femmes trans ne sont pas de sexe féminin. Je vis comme une femme aujourd’hui, mais je suis née mâle et j’ai été élevée en garçon. J’ai effectué à la fin de mon cours secondaire la transition vers une vie en tant que fille/femme et j’ai maintenant vécu plus de la moitié de ma vie en tant que fille/femme. Composer avec le sexisme n’est pas une sinécure, mais je suis beaucoup moins malheureuse que je ne l’étais avant ma transition. (Le fait de «passer», d’être perçue comme de sexe féminin (passing as female) m’a également rendu la vie plus facile quand j’étais visiblement transgenre, et je suis chanceuse d’avoir eu cette expérience.) Toutefois, même après avoir pris toutes les hormones et avoir obtenu une SRS (chirurgie de réassignation sexuelle), je suis toujours de sexe masculin (I’m still male). Ma structure osseuse est masculine. Je suis encore quelqu’un qui a vécu en garçon jusqu’à ma transition. Je n’ai pas d’utérus et je ne serai jamais enceinte. Rien ne peut changer ces réalités! Je vis ces jours-ci une existence «furtive», et la plupart des gens présument que j’ai eu une enfance normale de fille. Quand je suis au bord des larmes, il arrive que des copains s’inquiètent de m’avoir mise enceinte. Cependant, je me souviens encore de mon enfance, je connais mon corps, et je sais que je serai toujours différente d’autres femmes.

 

 

 

 

 

Les femmes «de naissance» (females) ont besoin d’un espace à elles (female-only space) pour identifier et déconstruire (to unpack) les fadaises de leur socialisation féminine. Il ne s’agit pas de Féminisme de niveau 101, mais bien de Féminisme 0,001 – un critère de base absolu! Les femmes trans, ayant reçu une socialisation masculine, ne sont pas confrontées à la même série d’enjeux : nous avons à résoudre des problèmes entièrement différents – notamment, l’oppression que nous avons vécue en tant que garçons différents au chapitre du genre (gender-variant boys), si nous présentions cette différence avant notre transition, ou la haine de soi que certaines femmes trans intériorisent au cours de leurs années de «placard». Aucune de ces choses n’est identique au vécu d’une fillette!

 

 

 

 

 

 

Lorsque des femmes trans combattent le droit des femmes de naissance à des espaces non mixtes, elles réagissent contre une menace perçue: celle que ces femmes ne respectent pas leurs «identités» en tant que femmes. Mais le féminisme radical n’est pas axé sur les émotions ou les démarches d’identification – il s’agit de la lutte de personnes qui sont violées et assassinées en raison de leur sexe. De plus, être une femme n’est pas une identité – c’est une catégorisation socialement assignée, fondée sur le sexe perçu. Si femme était une identité, pourquoi n’importe quelle femme de naissance «s’identifierait-elle» comme femme? Ne verrait-on pas toutes les femmes de naissance «s’identifier» en tant qu’hommes, afin de pouvoir obtenir les meilleurs emplois et de pouvoir imposer leur voix dans la sphère politique ? Les théories du genre créé par auto-affirmation (because-I-say-so) contredisent directement la réalité – nous ne marchons pas dans la rue avec notre «pronom de préférence» épinglé à nos chemises.

 

 

 

 

 

 

Si les femmes trans veulent être reconnues en tant que femmes, et particulièrement par les femmes de naissance, elles feraient mieux de soutenir réellement ces femmes. Cela signifie reconnaître que nous avons grandi dotées du privilège masculin, faire attention à ne pas enterrer la voix des femmes de naissance, et éviter de nous approprier des mots comme misogynie (qui désigne en réalité le viol et l’assassinat de femmes par des hommes, chaque minute de chaque jour) pour simplement signifier «quelqu’un m’a fait de la peine». Nos vies en tant que femmes trans sont difficiles – mais ce sont DES HOMMES qui nous battent et nous assassinent, et DES HOMMES qui rédigent les lois qui nous font du mal, et DES HOMMES qui gèrent les firmes d’assurance qui nous refusent des traitements. Sachons assigner le blâme là où il est mérité!

 

 

Les femmes trans qui arrêtent d’enterrer la parole des femmes de naissance découvriront probablement qu’elles ont soudainement beaucoup plus d’amies femmes, et qu’elles sont plus acceptées en tant que femmes. Soudainement, les opinions transphobes de la petite minorité de féministes radicales qui sont réellement transphobes, plutôt que simplement critiques de l’activisme trans (trans-critical), ne sembleront plus très importantes. Lorsque vous obtenez réellement une validation dans votre vie, l’existence de personnes intolérantes pèse moins lourd. Imaginez ça!

Je sais que les enjeux trans sont vraiment déroutants, mais lorsque des activistes trans comme Joelle Ruby Ryan, Morgan Page et Julia Serrano s’approprient le langage de la justice sociale pour promouvoir leurs politiques misogynes, n’en soyez pas dupes, s’il vous plaît! Non seulement ces personnes enterrent-elles les voix des femmes de naissance, mais elles enterrent également les voix des transsexuelles qui sont socialement assimilées en tant que femmes. Veuillez ne pas donner priorité aux objectifs égoïstes et égocentriques de ces personnes contre les droits des femmes de naissance.

Cordialement,

 

 

Une transsexuelle anonyme qui appuie les femmes de naissance

Le 5 juillet, 14h58

SOURCE: http://snowflakeespecial.tumblr.com/post/54689372575/open-letter-to-beaver-hall-gallery-im-a-trans-woman

Politique d’admission de RadFem Riseup: https://www.facebook.com/editnote.php?draft&note_id=10153025785930595&id=701346417

Traduction: Martin Dufresne

 

 

 

 

 

Sur le sujet lire aussi :

« Le queer, un nouveau packaging pour un vieux patriarcat »

 

 

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What a fucking cake !

 

 

 

 

 

 

Sur http://entreleslignesentrelesmots…

 

 

 

 

 

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Passée la jolie couverture vert amande, où la ménagère, idéal-type des années soixante, offre entre sourire de modestie convenue et poitrine de profil un gros gâteau au chocolat, « abandonnez toutes espérances »…

On reconnaît bien les éléments du monde patriarcal où Andrea Dworkin nous mène, mais son éclairage très puissant nous montre comment ils en sont la constitution, l’architecture, le cœur.

Rouages

Les relations de domination, d’oppression et d’exploitation des femmes que les hommes entretiennent ne sont pas des relations parmi d’autres qui le seraient moins ou autrement, mais les rouages mêmes du système. Et on peut toutes les ramener au rapport d’exploitation sexuelle et reproductive, qui en est la clé de voûte.

LIRE L’ARTICLE ICI

Andrea Dworkin : Les femmes de droite

avec préface de Christine Delphy,

Montréal, Éditions du remue-ménage, 2012

traduction : Martin  Dufresne et Michele Briand.

Par Martin Dufresne

Collectif masculin contre le sexisme, (514) 563-4428

sur http://www.lagauche.com/gauche/lghebdo/1997/1997-45-05.html


On associe sans difficulté l’oppression de populations athées, agnostiques, ou insuffisamment soumises, à l’action de l’intégrisme religieux qui amène, par exemple, des gouvernements catholiques romains à lutter contre le droit des femmes à la contraception ou à pouvoir divorcer sans basculer dans l’extrême pauvreté.


Mais on énonce moins clairement l’existence d’un intégrisme masculin qui sous-tend de façon semblable le sexisme, c’est-à-dire l’existence et le maintien d’une identité absolue et de privilèges inamovibles réservés aux vrais hommes, au Père par exemple.


Si l’intégrisme religieux des ayatollahs et du Pape sont aujourd’hui caricaturables – encore qu’on ne le fasse que pour la religion des autres, notamment celle des populations arabes – cet intégrisme masculin en pleine expansion conserve relativement bonne presse dans un monde aussi antiféministe que misogyne.

On ne s’inquiète pas de voir des maîtres à penser encensés dans tous les médias dicter aux hommes et aux femmes la recherche de l’identité masculine et de l’intérêt personnel des hommes comme pierres de touche d’un progrès social et personnel. Serait-on aussi naïf si c’est à l’identité aryenne qu’on référait la population, comme on l’a fait il y a soixante ans au nom des mêmes mythologies ?


Des discours qui seraient immédiatement dénoncés s’ils réservaient aux seuls Aryens des qualités humaines mises en valeur sont plus que jamais aujourd’hui accrédités par la soi-disant psychologie populaire – celle du néo-jungisme d’un Guy Corneau, par exemple. Sous le couvert du mouvement de la croissance personnelle, la droite antiféministe présente comme naturel et désirable que des dominants, les hommes, s’organisent et se centrent sur la défense de leurs intérêts. Faisant appel à une symétrie factice, on prétend que les luttes des dominés justifient ce ressac d’égoïsme, ce masculinisme fondamental.


Tout fondamentalisme prétend à la possession de la vérité avant de justifier son imposition aux autres. La notion qu’à chaque sexe correspond sa vérité et que les hommes doivent donc ne rendre des comptes qu’à la masculinité est une arme incroyablement destructrice de tout partage et rééquilibrage social. On n’a pas dit autre chose aux Nazis il y a 60 ans.


Le fondamentalisme ou intégrisme masculin ne se limite pas à de plaisantes spéculations sur la masculinité profonde. C’est l’alibi de tout homme qui se sent en droit d’imposer sa loi, qui se dit menacé par toute résistance, qui s’organise politiquement sur la base de son sexe. C’est la biologie utilisée comme arme.

Aux États-Unis, le mouvement d’extrême-droite Promise Keepers rassemble dans des stades dignes de Pinochet des centaines de milliers d’hommes qui pleurent sur eux-mêmes et sur leur assurance menacée et qui se promettent bien de rétablir le pouvoir mâle, tant face à leur conjointe que dans la société. Leurs attaques contre les femmes et les gais ne semblent pas décontenancer les médias qui s’extasient en coeur sur ces hommes qui « expriment leurs émotions » et répondent enfin au féminisme. « Enfin, les hommes se grouillent… »


Au Québec, les hommes organisés en tant qu’hommes ne font pas que se gargariser des mythes jungiens des années 30 sur « l’agressivité foncièrement masculine » : ils créent des groupes de lutte contre la perception des pensions alimentaires, ils offrent à l’État un soutien accru aux hommes comme alternative aux sanctions des crimes sexistes, ils grugent les faibles sommes accordées aux femmes et enfants victimes de ces agressions. Et un pouvoir toujours aussi hostile aux droits des femmes les utilise comme alibi.

Le tout au nom d’une mythique identité masculine dont ces groupes porteraient le flambeau. Après tout si peu d’hommes s’en démarquent…

En conclusion, on aurait tort de se rassurer trop vite en diabolisant les intégristes comme un phénomène purement religieux, n’impliquant que des barbus d’une autre culture. Il existe parmi nous un intégrisme souriant, beaucoup plus séduisant, bardé de références pseudo-scientifiques et en apparence progressistes, mais qui n’en est pas moins virulent pour amener, par exemple, des hommes en instance de divorce à massacrer leurs enfants pour leur éviter de devenir des fils manqués. De tels crimes se multiplient au Québec, comme la sympathie institutionnelle pour les auteurs de ce qu’on appelle encore des tragédies familiales.


Car, au-delà de la séduction des nouveaux hommes, l’intégrisme s’appuie sur un très vieux pouvoir et a toujours pour but de maintenir un pouvoir abusif contesté.

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Lectures suggérées :

La sainte virilité, Emmanuel Raynaud, Paris, Syros, 1977.

Women Respond to the Men’s Movement : A feminist collection, Kay Leigh Hagan, 1992.

Backlash : The Undeclared War Against American Women, Susan Faludi, Crown, 1991 (existe en version française).

Peut-on être un homme sans faire le mâle?, John Stoltenberg, Ed. de l’homme, Montréal, 1995

Limites et risques de l’intervention psychologisante auprès des batteurs de femmes, Martin Dufresne, Montréal, CMCS, 1997.

Refusing to Be a Man, John Stoltenberg, Portland, Or. : Breitenbush, 1989.

Sites masculinistes sur Internet : http://www.backlash.com, http://www.menmedia.org, http://www.vix.com/pub/men, etc.

{Source : le Réseau québécois contre le néo-libéralisme}